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B comme Blanc (couleur) en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le blanc est la couleur fondamentale de la franc-maçonnerie : celle du tablier de peau d’agneau remis à l’apprenti et des gants qu’il reçoit le jour de son initiation. Il signifie la pureté des intentions, l’innocence, la candeur, mais aussi la lumière que le nouvel initié vient de recevoir. Associé au noir sur le pavé mosaïque, il exprime la dualité du monde ; placé au sommet de certaines échelles de grades, il symbolise l’accomplissement. Simple en apparence, il porte un enseignement moral et initiatique d’une grande richesse.

Une couleur de lumière

Blanc (couleur)
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – Public domain

Le blanc est longtemps considéré non comme une absence, mais comme une couleur à part entière, celle de la lumière, de la pureté et du sacré. Les vêtements liturgiques, les robes des baptisés, les toges des candidats romains, dont le nom vient de candidus, « d’un blanc éclatant », en témoignent. Michel Pastoureau a retracé cette longue histoire où le blanc s’oppose tantôt au noir, tantôt au rouge.

Le tablier blanc

Le tablier de l’apprenti est en peau d’agneau ou de couleur blanche, sans ornement. Il rappelle le tablier de travail des tailleurs de pierre et, par sa couleur, l’innocence de l’agneau. Le Rite Émulation, dans un passage célèbre de la cérémonie, le présente comme plus ancien que la Toison d’or ou l’Aigle romaine. Les tabliers de compagnon et de maître restent blancs, ornés de bordures et de symboles propres à chaque rite.

Pour beaucoup d’auteurs, ce blanc n’est pas un état acquis mais un engagement : le maçon s’efforce de garder son tablier sans tache, c’est-à-dire de conformer ses actes à ses principes.

Les gants blancs

Le maçon porte des gants blancs en loge. Selon un usage ancien du XVIIIe siècle, notamment en France, le nouvel initié recevait deux paires de gants : l’une pour lui, l’autre destinée à la femme qu’il estime le plus. Les gants blancs signifient que les mains du maçon doivent rester pures de toute action indigne ; la tradition les rattache aussi à la légende d’Hiram, dont les maîtres ne voulaient pas avoir trempé les mains dans le crime.

Blanc et noir

Le pavé mosaïque, fait de carreaux noirs et blancs alternés, et la houppe dentelée qui entoure la loge rappellent que le monde est fait d’ombre et de lumière. Le blanc n’y efface pas le noir : il le complète. Cette alternance évoque la condition humaine, tissée de bien et de mal, de savoir et d’ignorance, et l’effort pour progresser sans nier sa part d’ombre.

Dans les rites et les grades

  • Apprenti : tablier blanc sans ornement, bavette relevée selon l’usage français.
  • Gants : blancs pour tous les membres en tenue.
  • REAA : selon une classification courante, les derniers degrés de l’échelle, administratifs, sont dits « blancs ».
  • Alchimie : l’œuvre au blanc (albedo), purification qui succède à l’œuvre au noir.
  • Compagnonnage : le blanc est traditionnellement associé aux métiers de la pierre dans les couleurs des rubans.

Interprétations

Le blanc réunit toutes les couleurs du spectre : il est ainsi l’image de la synthèse et de l’harmonie que l’initié recherche. Il évoque aussi la page vierge, le commencement, la disponibilité intérieure de celui qui entre en loge en laissant derrière lui ses métaux et ses préjugés. Couleur du deuil dans certaines cultures, il rappelle enfin que toute naissance initiatique suppose une mort symbolique.

Le saviez-vous ?

Le mot « candidat » vient du latin candidatus, « vêtu de blanc » : à Rome, ceux qui briguaient une magistrature portaient une toge blanchie à la craie. Le profane qui frappe à la porte du temple est donc, étymologiquement, un homme vêtu de blanc.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Michel Pastoureau, Blanc. Histoire d’une couleur, Seuil, 2022.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).
  • Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, t. I, L’Apprenti, Dervy (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tablier, Gants, Pavé mosaïque, Apprenti, Candidat, Métaux, Noir (couleur).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

R comme Rouge (couleur) en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le rouge est en France la couleur emblématique du Rite Écossais Ancien et Accepté : il borde le tablier et le cordon des maîtres écossais, là où le Rite Français, le Rite Écossais Rectifié et le Rite Émulation utilisent le bleu. Il domine aussi certains hauts grades, au premier rang desquels le 18e degré de Rose-Croix. Couleur du feu, du sang, de la vie et du sacrifice, il porte une symbolique ancienne que l’alchimie, la chevalerie et la liturgie chrétienne ont enrichie. Sa place en loge éclaire l’histoire même des rites.

Une couleur primordiale

Rouge (couleur)
Source : Wikimedia Commons – Photograph taken by and (c)2007 Johnathan J. Stegeman (Midimacman) – GFDL 1.2

Pour l’historien Michel Pastoureau, le rouge est la première couleur que l’humanité ait maîtrisée et pensée, la couleur par excellence, au point que dans plusieurs langues le même mot signifie « coloré » et « rouge ». Il associe deux pôles : le feu, qui éclaire et purifie, et le sang, qui donne la vie ou la reprend. Il est aussi couleur du pouvoir, de la pourpre impériale et cardinalice.

Le rouge écossais

Dans la maçonnerie française, les décors des trois premiers degrés du REAA se distinguent par le rouge : le tablier de maître est blanc bordé de rouge, et le cordon porte cette couleur. Les autres rites pratiqués en France, Rite Français, Rite Écossais Rectifié, Émulation, utilisent le bleu, d’où l’expression de « loges bleues » pour la maçonnerie des trois premiers degrés.

L’origine de ce choix est discutée. On invoque le besoin, au début du XIXe siècle, de distinguer le rite écossais du bleu du Grand Orient, le rouge de la Légion d’honneur ou celui de la chevalerie. Des chercheurs rappellent que des grades écossais du XVIIIe siècle utilisaient déjà des tabliers bordés de rouge et que les règles de décor n’ont été fixées que progressivement. Prudence donc : il n’y a pas d’explication unique attestée.

Dans les hauts grades

Le rouge marque surtout le 18e degré, celui de Souverain Prince Rose-Croix, qualifié de grade rouge : il y évoque le sang du sacrifice, la charité du pélican et l’ardeur de l’amour fraternel. Selon une classification courante, les grades du REAA se répartissent en ensembles de couleurs : les grades capitulaires sont associés au rouge, les grades philosophiques au noir, les derniers degrés au blanc. Dans le monde anglophone, le Royal Arch se distingue aussi par des décors où dominent l’écarlate et la pourpre.

Rouge et alchimie

Dans le Grand Œuvre, l’œuvre au rouge ou rubedo est la dernière étape, après l’œuvre au noir et l’œuvre au blanc : celle de l’accomplissement, où la matière purifiée atteint sa perfection. Les auteurs maçonniques qui lisent l’initiation à travers l’alchimie voient dans le rouge la couleur de la réalisation, de l’esprit incarné, du feu intérieur rendu visible.

Repères

  • REAA : tablier de maître bordé de rouge en France.
  • Rite Français, RER, Émulation : décors bleus, d’où la notion de « maçonnerie bleue ».
  • 18e degré : Rose-Croix, grade rouge par excellence.
  • Royal Arch : décors où dominent l’écarlate et la pourpre.
  • Alchimie : le rouge clôt le Grand Œuvre, après le noir et le blanc.
  • Symbolique : feu, sang, vie, sacrifice, amour fraternel.

Rouge et chevalerie

Le rouge est aussi la couleur de la croix des Templiers et de nombreux ordres de chevalerie. La maçonnerie chevaleresque du XVIIIe siècle, qui multiplie les grades de chevaliers, puise largement dans cet imaginaire. Dans plusieurs grades, la croix rouge, le sang du martyr ou le feu de l’ardeur rappellent l’idéal d’un engagement total au service d’une cause juste. Le rouge y est moins violence que courage et fidélité.

Le saviez-vous ?

Dans la Grande Loge de Londres, au XVIIIe siècle, le rouge est attribué aux Grands Stewards, chargés notamment de l’organisation des fêtes, tandis que les Grands Officiers portent le bleu. On parle encore aujourd’hui de « Red Apron Lodges » pour les loges anglaises autorisées à désigner un Grand Steward.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Michel Pastoureau, Rouge. Histoire d’une couleur, Seuil, 2016.
  • Grand Collège des Rites Écossais (GODF), Rouge, coll. « Essais écossais », vol. 28.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tablier, Cordon, Rose-Croix, Pélican, Bleu, Banquet blanc, Alchimie.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L comme Loge de recherche en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Une loge de recherche, ou loge d’étude et de recherche, est un atelier maçonnique consacré à l’étude de la franc-maçonnerie elle-même : son histoire, ses rituels, ses symboles, ses textes. Dotée d’une patente de son obédience, elle n’initie pas et ne confère pas de grades ; ses membres sont en général des maîtres déjà formés dans d’autres loges. Née à Londres à la fin du XIXe siècle avec la célèbre Quatuor Coronati, la formule s’est répandue dans le monde entier et a profondément renouvelé la connaissance historique de l’Ordre.

Définition et fonctionnement

Loge de recherche
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – Public domain

La loge de recherche se consacre à ce que l’on appelle parfois la maçonnologie. Elle travaille selon un rituel, comme toute loge régulièrement constituée, mais ses tenues sont dominées par la présentation et la discussion de travaux documentés. Elle ne reçoit pas de profanes : on y entre par affiliation, souvent sur cooptation, en raison de ses compétences ou de ses publications.

La plupart des loges de recherche publient leurs travaux sous forme d’actes, de cahiers ou de revues. Beaucoup ont créé un cercle de correspondance, ouvert à des maçons qui ne sont pas membres de la loge mais reçoivent ses publications et peuvent y contribuer.

Quatuor Coronati, la loge pionnière

La loge Quatuor Coronati n° 2076, à Londres, sous la juridiction de la Grande Loge Unie d’Angleterre, est établie en 1884 et consacrée en 1886. Parmi ses fondateurs figurent Sir Charles Warren, son premier Vénérable, l’historien Robert Freke Gould, William James Hughan et George William Speth. Son nom renvoie aux Quatre Couronnés, martyrs chrétiens tenus pour patrons des tailleurs de pierre, invoqués dès le Poème Regius.

Ses travaux paraissent chaque année depuis 1886 dans Ars Quatuor Coronatorum. Son cercle de correspondance, ouvert à tous, est présenté comme la plus ancienne société de recherche maçonnique au monde. La loge a promu une méthode dite « authentique », fondée sur l’examen critique des documents, par opposition aux reconstructions légendaires du XIXe siècle.

Les loges de recherche en France

En France, la loge Villard de Honnecourt est créée en 1964 par Jean Baylot au sein de la Grande Loge Nationale Française, sur le modèle de Quatuor Coronati ; elle devient loge nationale de recherche. Sa revue, fondée en 1965, s’appelle successivement Travaux de Villard de Honnecourt, puis Travaux de la loge nationale de recherche Villard de Honnecourt, puis, depuis 2008, Les Cahiers Villard de Honnecourt.

À la Grande Loge de France, la loge Jean Scot Érigène, fondée à Paris en 1987, est la plus ancienne de ses loges de recherche ; d’autres ont suivi en région. La GLNF compte plusieurs loges de recherche thématiques, et le Suprême Conseil de France a créé en 2016 un aréopage de recherche. D’autres obédiences, en France et en Belgique, ont développé des structures comparables.

Dans le monde

Loge de recherche
Source : Wikimedia Commons – Pfmcg – CC BY 4.0
  • Royaume-Uni : outre Quatuor Coronati, de nombreuses loges de recherche provinciales, comme The Anchor Lodge of Research en Écosse.
  • États-Unis : plus de quarante loges de recherche, dont l’American Lodge of Research de New York (1931).
  • Australie : Victoria Lodge of Research à Melbourne, agréée en 1911.
  • Suisse : le Groupe de recherche Alpina, créé à Berne en 1985, publie la revue Masonica.
  • Scandinavie : loges de recherche au Danemark et en Norvège.

Pourquoi c’est important

Les loges de recherche ont contribué à faire de l’histoire maçonnique une discipline rigoureuse, en dialogue avec l’université. Elles ont édité des sources, critiqué des légendes, établi des chronologies. Pour les loges ordinaires, elles constituent une ressource : conférences, bibliographies, publications. Elles rappellent aussi qu’une démarche initiatique n’exclut pas l’exigence intellectuelle et le doute méthodique.

Le saviez-vous ?

Le nom de Villard de Honnecourt est celui d’un maître d’œuvre picard du XIIIe siècle dont le carnet de dessins, conservé à la Bibliothèque nationale de France, est l’un des rares témoignages directs sur le savoir des bâtisseurs médiévaux.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Ars Quatuor Coronatorum, transactions de la loge Quatuor Coronati n° 2076, Londres, depuis 1886.
  • Les Cahiers Villard de Honnecourt, revue de la loge nationale de recherche Villard de Honnecourt (GLNF).
  • Masonica, revue du Groupe de recherche Alpina, Suisse.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge Bleue ou Loge Symbolique., Patente, Obédience, Planche à tracer, Maître secret.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

A comme Arche d’alliance en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’Arche d’alliance est le coffre sacré qui, selon la Bible, contenait les Tables de la Loi et reposait dans le Saint des saints du Temple de Salomon. La franc-maçonnerie, qui fait du Temple son grand modèle symbolique, la retrouve dans plusieurs grades et légendes, en particulier dans le Royal Arch anglo-saxon et dans des hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté. Elle y figure la présence du sacré, la parole retrouvée et l’alliance entre l’homme et le divin. Il ne faut pas la confondre avec l’« arch » du Royal Arch, qui désigne une voûte.

L’Arche dans la Bible

Arche d’alliance
Source : Wikimedia Commons – illustrators of the 1728 Figures de la Bible, Gerard Hoet (1648–1733) and others – Public domain

Le livre de l’Exode (chapitre 25) décrit l’Arche avec précision : un coffre de bois d’acacia recouvert d’or, surmonté du propitiatoire et de deux chérubins aux ailes déployées. Elle contient les Tables de la Loi, et la tradition y ajoute la verge d’Aaron et un vase de manne. Portée par les Lévites durant l’Exode, elle est installée par Salomon dans le Debir, le Saint des saints du Temple, où seul le grand prêtre pénètre une fois l’an.

Sa disparition, probablement lors de la destruction du Temple par les Babyloniens en 587 avant notre ère, a nourri d’innombrables légendes sur sa cachette. Cette énigme se prête naturellement aux récits initiatiques de découverte d’un dépôt sacré.

Le Temple, modèle de la loge

La loge maçonnique se pense comme une image du Temple de Salomon, avec ses colonnes, son parvis, son lieu saint et son Orient. L’Arche y occupe la place la plus secrète : celle du Saint des saints, que la loge ne représente pas toujours matériellement mais qu’elle évoque comme le cœur invisible du sanctuaire. Plusieurs grades de perfection du REAA, à partir du 4e degré, Maître secret, introduisent le récipiendaire auprès de ce lieu.

Royal Arch : voûte ou arche ?

Le Royal Arch, attesté dans les îles Britanniques dès les années 1740, est en Angleterre le complément du grade de maître. Le mot arch y désigne une voûte : la légende évoque, lors de la reconstruction du second Temple sous Zorobabel, la découverte d’une crypte souterraine où l’on retrouve la Parole perdue. Selon les versions du rituel, notamment américaines, des objets sacrés, dont l’Arche d’alliance, sont mis au jour dans cette voûte.

En Angleterre, le Suprême Grand Chapitre est formé en 1817, après l’Union de 1813 qui reconnaît l’Ordre du Royal Arch comme partie de la « pure et ancienne maçonnerie ». Dans le REAA, le 13e degré, Royale Arche, développe une autre légende, celle d’Hénoch et de la voûte sacrée où le Nom divin a été déposé.

Trois « arches » à ne pas confondre

Arche d’alliance
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – Public domain
  • L’Arche d’alliance : le coffre sacré de l’Exode, déposé dans le Saint des saints.
  • La voûte (arch) : la crypte du Royal Arch et du 13e degré du REAA, lieu de la Parole retrouvée.
  • L’arche de Noé : honorée dans le grade anglais de Royal Ark Mariner et dans le 21e degré du REAA, Noachite.

Interprétations symboliques

Pour le franc-maçon, l’Arche représente la Loi intériorisée, le dépôt de sagesse qu’il faut protéger et transmettre. Elle rappelle aussi l’idée d’alliance : une relation de confiance entre l’homme et le principe qui le dépasse, que chaque rite nomme à sa manière. Sa disparition et sa quête rejoignent le thème central de la parole perdue, que les hauts grades s’attachent à retrouver.

Le Saint et le Saint des saints

Le Temple de Salomon, tel que le décrit le premier livre des Rois, comprend un vestibule (Oulam), une grande salle, le Saint (Hekal), où se trouvent le chandelier et l’autel des parfums, et le Saint des saints (Debir), où repose l’Arche. Cette progression du parvis vers le lieu le plus retiré inspire la gradation initiatique : de grade en grade, le maçon est symboliquement conduit plus près du centre.

Le saviez-vous ?

Dans le Rite Français comme au REAA, le temple est orienté et l’Orient correspond symboliquement à la place du Saint des saints. Le Vénérable Maître siège donc là où, dans le Temple de Salomon, reposait l’Arche.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • La Bible, Exode 25 et 1 Rois 8, pour la description de l’Arche et son installation dans le Temple.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).
  • Pierre Mollier, La Chevalerie maçonnique, Dervy, 2005.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Saints Jean, Hekal (Hékhal, Hekkal), Arche royale (Rite maçonnique), Parole perdue.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

R comme Ruche (et abeille) en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La ruche et l’abeille sont, dans la tradition maçonnique anglo-saxonne, l’emblème de l’industrie, c’est-à-dire du travail assidu et collectif. La ruche figure parmi les emblèmes expliqués au grade de maître dans les rituels américains ; on la retrouve sur des tabliers, des tableaux de loge et des objets du XVIIIe siècle. Image d’une communauté ordonnée où chacun œuvre pour tous, elle exprime l’idéal d’une loge laborieuse et fraternelle, sans « frelons » qui profiteraient du travail des autres. Le symbole parle à tous ceux qui voient dans la loge un atelier.

Un symbole antique

Ruche (et abeille)
Source : Wikimedia Commons – Creator:James Fuller Queen – Public domain

L’abeille fascine depuis l’Antiquité. Virgile, dans les Géorgiques, décrit la cité des abeilles comme un modèle d’ordre et de dévouement au bien commun. Les Pères de l’Église y voient une image de la chasteté et du travail. À l’époque moderne, la ruche devient une métaphore politique et morale de la société bien réglée, où l’intérêt de chacun se fond dans celui de tous.

L’abeille dans les premiers écrits maçonniques

Dès le XVIIIe siècle, le monde maçonnique s’approprie l’image. Un pamphlet de 1724 attribué à Jonathan Swift fait de l’abeille le « grand hiéroglyphe » de la maçonnerie et compare la loge à une ruche. Le ton est satirique, mais le rapprochement s’impose : comme les abeilles, les maçons bâtissent ensemble une œuvre commune.

Un emblème du grade de maître

La ruche prend une place officielle dans la maçonnerie américaine avec le Freemason’s Monitor de Thomas Smith Webb, publié en 1797, qui fixe pour des générations les « emblèmes » expliqués au troisième degré. La ruche y est présentée comme un emblème de l’industrie. Le texte invite le maçon à ne pas être un frelon dans la ruche de la nature, c’est-à-dire un membre inutile qui vit du travail d’autrui sans y contribuer.

Albert Mackey, dans son Encyclopedia of Freemasonry, rappelle que le mot « industrie » désignait alors le travail concerté d’un grand nombre d’ouvriers sur une même entreprise. Albert Pike écrit pour sa part, dans Morals and Dogma (1871), qu’une loge doit ressembler à une ruche.

Dans la maçonnerie française

La ruche est moins présente dans les rituels français que dans les rituels américains, mais on la rencontre sur des objets, des tabliers peints et des diplômes du XVIIIe et du XIXe siècle. Elle exprime le même idéal : travail régulier, discipline librement consentie, solidarité. Il ne faut pas la confondre avec l’abeille impériale de Napoléon, emblème politique sans lien direct avec la symbolique maçonnique.

La ruche et le travail en loge

La symbolique de la ruche rejoint une idée centrale de la maçonnerie : le travail n’y est pas un labeur servile mais une œuvre librement consentie. Les loges ouvrent et ferment leurs « travaux », les membres présentent des « planches », et chaque tenue est pensée comme une étape d’un chantier commun. L’abeille, qui transforme le pollen en miel, offre l’image d’un travail qui transforme la matière brute en substance nourricière, comme l’initié transforme son expérience en sagesse.

Ce que la ruche enseigne

  • Le travail : la loge est un chantier ; chacun y apporte sa pierre.
  • La coopération : nulle abeille ne produit seule le miel ; nul maçon ne construit seul le temple.
  • La solidarité : les rituels américains associent la ruche au devoir d’aider les frères dans le besoin.
  • L’ordre : la géométrie hexagonale des alvéoles a souvent été lue comme une image de l’harmonie et de la mesure.
  • La douceur : le miel, fruit du labeur, évoque la récompense du travail bien fait.

Le saviez-vous ?

George Washington a reçu un tablier maçonnique offert par La Fayette, dont le rabat est orné d’une ruche. Cet objet, souvent reproduit, illustre la popularité du symbole dans la maçonnerie américaine de la fin du XVIIIe siècle.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Thomas Smith Webb, The Freemason’s Monitor, or Illustrations of Masonry, Albany, 1797.
  • Albert G. Mackey, An Encyclopædia of Freemasonry, Philadelphie, 1874 (rééd.).
  • Albert Pike, Morals and Dogma, Charleston, 1871.

Voir aussi dans le glossaire : Travail, Maître secret, Tablier, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Loge Bleue ou Loge Symbolique., Fraternité.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Pélican en Franc-maçonnerie

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Le pélican qui s’ouvre la poitrine pour nourrir ses petits de son sang est l’un des symboles les plus émouvants de la franc-maçonnerie. Absent des loges bleues, il apparaît dans les hauts grades, au 18e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, celui de Souverain Prince Rose-Croix, et au 4e Ordre du Rite Français. Hérité des bestiaires médiévaux, de la symbolique chrétienne et de l’alchimie, il incarne la charité poussée jusqu’au don de soi, l’amour du prochain et la régénération : une leçon morale qui couronne le parcours chapitral.

Une légende antique et médiévale

Pélican
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – CC BY 4.0

La légende du pélican se fixe dans le Physiologus, recueil grec rédigé dans les premiers siècles de notre ère à Alexandrie, qui associe à chaque animal une leçon morale et religieuse. Selon une version, le pélican tue ses petits puis les ressuscite au bout de trois jours en les arrosant de son sang ; selon une autre, plus répandue, il les nourrit de sa propre chair. L’oiseau réel ne fait rien de tel : la poche de son bec, appuyée sur sa poitrine, a sans doute nourri cette image.

Les bestiaires médiévaux diffusent la légende dans toute l’Europe. Honorius d’Autun y voit un emblème de la Passion et de la Résurrection ; Dante appelle le Christ « notre pélican » dans le Paradis ; l’hymne Adoro te devote, attribuée à Thomas d’Aquin, l’invoque comme Pie pelicane. Le pélican devient une figure de l’Eucharistie.

Au grade de Rose-Croix

Le pélican entre en maçonnerie avec les grades de Rose-Croix, apparus dans l’écossisme vers 1760 et devenus le 18e degré du REAA en 1801. Le grade a d’ailleurs porté le titre de Chevalier de l’Aigle et du Pélican. Le bijou traditionnel du Chevalier Rose-Croix associe un compas, une rose-croix et un pélican nourrissant ses petits.

Le grade est placé sous le signe des trois vertus théologales, Foi, Espérance, Charité. Le pélican y figure la troisième : l’amour de l’humanité « jusqu’au sacrifice », selon la formule du Dictionnaire de la franc-maçonnerie. Le grade étant d’origine chrétienne, sa lecture a varié selon les obédiences : christique pour les uns, universaliste et humaniste pour d’autres.

Le pélican des alchimistes

L’alchimie a aussi son pélican : un vase de distillation dont les tubulures recourbées ramènent le liquide dans la panse, pour une circulation continue. L’image de l’oiseau qui se nourrit de lui-même s’y prête. Dans l’iconographie alchimique, le pélican peut représenter la pierre philosophale, qui se multiplie en se donnant. Certaines représentations maçonniques montrent sept petits plutôt que trois, ce que certains auteurs rattachent à cette tradition hermétique.

Au Rite Français

Le Rite Français connaît lui aussi un grade de Rose-Croix : le 4e Ordre, Souverain Prince Rose-Croix, tel qu’il est fixé par le Régulateur des Chevaliers maçons de 1786. On y retrouve le pélican parmi les emblèmes du grade. Les deux rites partagent ainsi une même iconographie, héritée des grades de Rose-Croix du XVIIIe siècle, même si leurs rituels et leurs interprétations diffèrent selon les obédiences qui les pratiquent.

Interprétations

  • Charité : don de soi au service d’autrui, sans attente de retour.
  • Sacrifice : le sang versé rappelle que toute œuvre véritable coûte à celui qui l’accomplit.
  • Régénération : par la version de la résurrection, le pélican rejoint le thème initiatique de la mort et de la renaissance.
  • Paternité : le pélican est aussi le « bon père » qui transmet sa propre substance.
  • Fraternité : l’amour reçu se transmet à la génération suivante.

Le saviez-vous ?

La légende a inspiré Alfred de Musset dans La Nuit de mai (1835), où le poète se compare au pélican qui offre son cœur à ses petits. Le pélican figure aussi, aujourd’hui encore, sur des armoiries et des emblèmes d’institutions charitables.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.), article « Pélican ».
  • Émile Mâle, L’Art religieux du XIIIe siècle en France, Paris, 1898 (rééd.).
  • Michel Pastoureau, Bestiaire du Moyen Âge, Seuil, 2011.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Rose-Croix, Chapitre, Alchimie, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Bijou.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Ténèbres en Franc-maçonnerie

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Les ténèbres désignent, dans le langage maçonnique, l’état d’obscurité qui précède l’initiation : celui du profane qui n’a pas encore « reçu la lumière ». Le candidat est conduit les yeux bandés, passe par le cabinet de réflexion, puis voit le bandeau tomber. Ce passage des ténèbres à la lumière, emprunté à la Genèse et au prologue de l’Évangile de Jean, structure toute la symbolique initiatique. Les ténèbres ne sont pas le mal absolu : elles sont le lieu d’où l’on part, la matière première d’une naissance nouvelle.

Origine biblique et étymologie

Le mot vient du latin tenebrae, « obscurité ». Dans la Bible, les ténèbres précèdent la création : « Que la lumière soit » (Genèse 1, 3) les dissipe sans les anéantir, puisque Dieu sépare ensuite la lumière et les ténèbres. Le prologue de l’Évangile selon saint Jean affirme que la lumière luit dans les ténèbres (Jean 1, 5). Ce texte, sur lequel la Bible est ouverte dans plusieurs rites, éclaire le sens maçonnique du mot.

La liturgie chrétienne connaît aussi l’office des Ténèbres de la Semaine sainte, au cours duquel les cierges sont éteints un à un. L’image d’une obscurité traversée vers une lumière renouvelée appartient donc à un fonds culturel largement partagé.

Dans le rituel d’initiation

Dans la plupart des rites, le candidat est préparé et introduit les yeux bandés : il est « dans les ténèbres ». Le Rite Émulation parle du candidat hoodwinked. Le Rite Français et le REAA le font d’abord séjourner dans le cabinet de réflexion, pièce obscure où l’attendent les symboles de la mort et l’invitation à rédiger un testament philosophique. Après les épreuves, le moment central de l’initiation est celui où le Vénérable Maître fait donner la lumière : le bandeau tombe.

La question rituelle adressée au candidat, telle que la publient les ouvrages sur les rites, résume cette logique : interrogé sur ce qu’il désire, il demande la lumière. Les ténèbres sont ainsi la condition même de la quête.

Au grade de maître

Les ténèbres reviennent au troisième degré. Dans de nombreux rites, la chambre du milieu est tendue de noir et faiblement éclairée pendant la cérémonie qui évoque la mort d’Hiram. Le maître naît d’une nouvelle traversée de l’obscurité : la mort symbolique précède le relèvement. Les ténèbres y prennent le sens du deuil, de la perte de la parole, mais aussi de la gestation.

Interprétations symboliques

  • Ignorance : l’état profane, marqué par les préjugés et les passions, que l’initiation invite à dépasser.
  • Chaos originel : la devise du REAA, Ordo ab chao, « l’ordre à partir du chaos », exprime ce passage.
  • Matrice : comme la graine dans la terre, l’initié mûrit dans l’ombre avant de voir le jour ; c’est le sens du VITRIOL.
  • Complémentarité : le pavé mosaïque, noir et blanc, rappelle que lumière et ombre coexistent dans le monde et en chacun.
  • Humilité : nul n’est définitivement « éclairé » ; la lumière se cherche toujours.

Ténèbres et antimaçonnisme

Les adversaires de la franc-maçonnerie ont retourné le vocabulaire : la loge serait elle-même le royaume des ténèbres. L’encyclique Humanum genus de Léon XIII (1884) décrit le monde partagé entre deux camps, la cité de Dieu et le règne de Satan, et range la maçonnerie dans le second. Au tournant du XXe siècle, l’imagerie satanique popularisée par les mystifications de Léo Taxil prolonge ce thème. Les historiens y voient une lecture polémique qui ignore le sens initiatique du symbole, où les ténèbres sont le point de départ et non le but.

Le saviez-vous ?

Dans le langage des loges du XVIIIe siècle, le monde profane est parfois désigné comme le lieu des ténèbres, par opposition au temple, lieu de la lumière. D’où l’expression ancienne selon laquelle le nouvel initié a été « tiré des ténèbres ».

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).
  • René Guénon, Aperçus sur l’initiation, Éditions traditionnelles, 1946.
  • Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, t. I, L’Apprenti, Dervy (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Lumières (trois), Bandeau, Cabinet de Réflexion, Initiation, Profane, Pavé mosaïque, Chambre du Milieu.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Hermétisme en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’hermétisme désigne l’ensemble des doctrines placées sous le patronage d’Hermès Trismégiste, figure légendaire de sagesse issue de la rencontre entre le dieu égyptien Thot et l’Hermès grec. Redécouverts à la Renaissance, ses textes ont nourri l’alchimie, la Kabbale chrétienne et le rosicrucianisme, avant d’inspirer certains grades maçonniques. Le mot a aussi pris le sens courant de « fermé », « difficile d’accès ». Pour la franc-maçonnerie, l’hermétisme représente un héritage symbolique majeur, à manier avec discernement.

Hermès « trois fois grand »

Hermétisme
Source : Wikimedia Commons – Giovanni di Stefano – Public domain

Les Grecs d’Égypte assimilèrent leur dieu Hermès, messager et maître des passages, au dieu égyptien Thot, patron de l’écriture et du savoir. Le surnom Trismégiste, « trois fois très grand », désigne ce sage mythique auquel on attribua une vaste littérature, rédigée en grec entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère environ.

On distingue l’hermétisme philosophique, réuni dans le Corpus Hermeticum et l’Asclépius, qui traite de Dieu, du monde et de la régénération de l’âme, et l’hermétisme technique, qui couvre l’astrologie, la magie et l’alchimie.

La redécouverte de la Renaissance

Vers 1463, à la demande de Cosme de Médicis, Marsile Ficin traduit en latin quatorze traités du Corpus Hermeticum, publiés en 1471 sous le titre de Pimander. On croit alors Hermès contemporain de Moïse, dépositaire d’une sagesse primordiale annonçant le christianisme. En 1614, le philologue Isaac Casaubon démontre que ces textes datent en réalité des premiers siècles de notre ère ; leur prestige symbolique survivra pourtant à cette datation.

La Table d’émeraude, court texte transmis par la tradition arabe puis latine, devient la charte de l’alchimie. On en retient l’adage fameux selon lequel ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, principe d’analogie entre le microcosme et le macrocosme.

Hermétisme et franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie spéculative n’est pas née de l’hermétisme : elle hérite d’abord des usages des loges de bâtisseurs. Mais dès le XVIIIe siècle, des systèmes de hauts grades accueillent des thèmes hermétiques. Le baron de Tschoudy publie en 1766 un catéchisme alchimique dans L’Étoile flamboyante ; Antoine-Joseph Pernety anime à partir de 1784 les Illuminés d’Avignon. Les rites dits « égyptiens », comme Misraïm et Memphis, revendiqueront plus tard un héritage hermétique explicite.

Dans le REAA, le 28e degré, Prince adepte ou Chevalier du Soleil, est réputé le plus hermétique de l’échelle. Au niveau des loges bleues, la présence du cabinet de réflexion, du sel, du soufre et de l’acronyme VITRIOL dans plusieurs rites témoigne de cette influence.

Interprétations

Hermétisme
Source : Wikimedia Commons – Marsilio Ficino, Hermes Trismegistus – Public domain

Pour Oswald Wirth, l’hermétisme offre une clé de lecture des symboles maçonniques : la loge est un laboratoire où l’initié transmute sa propre nature. René Guénon insiste, lui, sur la notion de tradition primordiale et sur le caractère opératif de l’initiation. Les historiens, de Frances Yates à Antoine Faivre, ont replacé ces courants dans l’histoire intellectuelle européenne et montré comment l’hermétisme de la Renaissance a façonné l’ésotérisme occidental.

La prudence s’impose : le recours à l’hermétisme a parfois servi à prêter à la maçonnerie une antiquité fabuleuse. Les loges qui s’y intéressent aujourd’hui le font comme d’un langage symbolique, non comme d’une filiation historique.

À retenir

  • Hermès Trismégiste : figure syncrétique de Thot et d’Hermès, auteur supposé d’une littérature grecque des premiers siècles.
  • Corpus Hermeticum : traduit par Ficin (1463), publié en 1471, daté par Casaubon (1614).
  • Table d’émeraude : texte fondateur de l’alchimie, principe d’analogie entre haut et bas.
  • 28e degré du REAA : Prince adepte ou Chevalier du Soleil, grade d’inspiration hermétique.
  • Sens courant : « hermétique » signifie fermé, comme le vase scellé des alchimistes.

Le saviez-vous ?

L’expression « fermé hermétiquement » vient du sceau d’Hermès, nom donné au procédé par lequel les alchimistes scellaient leurs vases en faisant fondre le col du verre.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • André-Jean Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, 4 vol., Gabalda, 1944-1954.
  • Frances A. Yates, Giordano Bruno et la tradition hermétique, Dervy, 1988 (éd. originale 1964).
  • Antoine Faivre, L’Ésotérisme, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1992.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Alchimie, Rose-Croix, Cabinet de Réflexion, Tradition et contre-tradition (antimaçonnisme), Ésotérisme, Initiation.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

A comme Alchimie en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’alchimie, art de la transmutation des métaux devenu à la Renaissance une voie de transformation intérieure, a laissé une empreinte durable sur la franc-maçonnerie. Au XVIIIe siècle, des grades hermétiques et des catéchismes alchimiques circulent dans les loges ; aujourd’hui encore, le cabinet de réflexion, le sel, le soufre et l’acronyme VITRIOL en gardent la trace. Pour le franc-maçon, l’alchimie n’est pas une chimie secrète : c’est une image puissante du travail sur soi, du passage de la pierre brute à la pierre polie, de l’obscurité à la lumière.

Origine et étymologie

Alchimie
Source : Wikimedia Commons – Stradanus – Public domain

Le mot vient de l’arabe al-kīmiyā’, lui-même probablement tiré du grec khêmeia ou khumeia. Née dans l’Égypte hellénistique, transmise et enrichie par les savants du monde arabe, l’alchimie gagne l’Europe latine au XIIe siècle. Elle mêle opérations de laboratoire et spéculation sur l’unité de la matière, dans un langage d’images : le lion vert, le mariage du roi et de la reine, la mort et la résurrection.

À partir de Paracelse puis des manifestes rosicruciens du début du XVIIe siècle, comme les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz (1616), l’alchimie prend une coloration de plus en plus spirituelle : la transmutation du plomb en or devient l’allégorie de la régénération de l’homme.

Les grades alchimiques du XVIIIe siècle

La franc-maçonnerie spéculative se développe dans un siècle où l’hermétisme reste vivant. En 1766, le baron Théodore-Henry de Tschoudy publie L’Étoile flamboyante, qui contient un « Catéchisme ou instruction pour le grade d’Adepte ou Apprenti Philosophe sublime et inconnu » : sous forme de questions et réponses, il y relie la doctrine des principes, la pierre philosophale et la purification de la matière aux grades maçonniques.

Le bénédictin Antoine-Joseph Pernety (1716-1796), auteur des Fables égyptiennes et grecques dévoilées et d’un Dictionnaire mytho-hermétique (1758), fonde avec le comte Grabianka un cercle d’illuminés à Berlin, puis, à partir de 1784, les Illuminés d’Avignon, installés au « temple du Mont-Thabor » près de Bédarrides. Leur rite associe hermétisme, mysticisme et maçonnerie.

Dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, le 28e degré, Prince adepte ou Chevalier du Soleil, conserve un enseignement d’inspiration hermétique, hérité de ces systèmes du XVIIIe siècle.

Dans les loges d’aujourd’hui

La trace la plus connue est le cabinet de réflexion, que pratiquent notamment le Rite Français et le REAA. Le candidat y trouve, selon les descriptions publiées par les obédiences, du sel, du soufre et l’acronyme VITRIOL, pour Visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem : « Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Sel, soufre et mercure sont les trois principes de l’alchimie paracelsienne.

Plus largement, la succession des épreuves initiatiques, du noir de la mort symbolique à la lumière, a souvent été rapprochée des étapes du Grand Œuvre : œuvre au noir (nigredo), œuvre au blanc (albedo), œuvre au rouge (rubedo). Ce rapprochement est une lecture symbolique, non une donnée rituelle commune à tous les rites.

Interprétations

Au XXe siècle, Oswald Wirth publie Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie (1909), qui a largement diffusé ces correspondances dans les loges francophones. Le psychiatre Carl Gustav Jung, dans Psychologie et alchimie, voit dans les images alchimiques une projection des processus psychiques de transformation. Les historiens de l’ésotérisme, à la suite d’Antoine Faivre, invitent à distinguer ces lectures modernes des pratiques réelles des alchimistes.

Repères

  • Athanor : four à feu lent et constant, image de la patience du travail intérieur.
  • VITRIOL : acronyme latin associé au cabinet de réflexion.
  • Sel, soufre, mercure : les trois principes de l’alchimie paracelsienne.
  • Pierre philosophale : but du Grand Œuvre, souvent rapprochée de la pierre cubique.
  • Tschoudy, Pernety : deux figures des croisements entre alchimie et hauts grades au XVIIIe siècle.

Le saviez-vous ?

Avant de se consacrer à l’hermétisme, Pernety avait accompagné Bougainville aux îles Malouines en 1763-1764 comme aumônier et naturaliste. Il fut ensuite bibliothécaire de Frédéric II à Berlin.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Oswald Wirth, Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie, Paris, 1909.
  • Carl Gustav Jung, Psychologie et alchimie, Buchet-Chastel, 1970 (éd. originale 1944).
  • Antoine Faivre, L’Ésotérisme, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1992.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cabinet de Réflexion, Pierre brute, Rose-Croix, Initiation.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Z comme Zodiaque en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le zodiaque, bande céleste divisée en douze signes que le Soleil semble parcourir en une année, est présent dans de nombreux temples maçonniques, peint sur la voûte, sculpté sur les murs ou associé à des colonnes. Ce n’est ni un dogme ni une invitation à l’astrologie : c’est un langage symbolique qui inscrit la loge dans le cosmos et dans le temps cyclique. Il rappelle que l’atelier est une image du monde, ouvert de l’Orient à l’Occident, et que le travail initiatique suit, comme la course solaire, un rythme de lumière croissante et décroissante.

Origine et étymologie

Zodiaque
Source : Wikimedia Commons – Jmj9999 – CC BY-SA 4.0

Le mot vient du grec zôdiakos kuklos, le « cercle des petits animaux », car la plupart des signes portent des noms d’êtres vivants. La division de l’écliptique en douze parties égales est héritée de l’astronomie mésopotamienne, transmise au monde grec puis à l’Europe médiévale. Les cathédrales en ont fait un motif courant, souvent associé aux travaux des mois : le cycle des signes y rythme le labeur humain.

Dans le temple maçonnique

La loge est décrite dans les rituels comme une image de l’univers, dont la voûte étoilée figure le ciel. Dans de nombreux temples, notamment en France, les douze signes du zodiaque sont représentés tout autour de la salle ou sur des colonnes engagées le long des murs. Leur disposition varie : il n’existe pas de règle universelle commune à toutes les obédiences, et chaque temple reflète les choix de ses constructeurs.

Certains auteurs symbolistes ont proposé une répartition raisonnée : signes d’été vers l’Orient, où brillent le Soleil et la Lune, signes d’hiver vers l’Occident. D’autres rapprochent les douze signes des douze lacs d’amour de la houppe dentelée qui entoure la loge. Ces lectures relèvent de l’interprétation, non de prescriptions rituelles communes.

Le cycle solaire et les deux saint Jean

Le zodiaque rejoint une donnée bien établie de la tradition maçonnique : la place des deux saint Jean. Les fêtes solsticiales, la Saint-Jean d’été (24 juin) et la Saint-Jean d’hiver (27 décembre), marquent les deux portes de l’année solaire, au point le plus haut et au point le plus bas de la course du Soleil. Les loges anglaises du XVIIIe siècle se réunissaient volontiers à ces dates, et la Grande Loge de Londres fut fondée le jour de la Saint-Jean-Baptiste 1717.

Le parcours du Soleil à travers les douze signes offre ainsi une image du cheminement initiatique : descente vers l’obscurité, renaissance de la lumière, montée vers le midi. La formule rituelle « de midi à minuit » s’inscrit dans cette symbolique du temps sacré.

Lectures astronomiques de la légende d’Hiram

Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, plusieurs auteurs ont lu les mythes religieux comme des allégories solaires. Charles-François Dupuis, dans Origine de tous les cultes (1795), en est la figure majeure. Dans son sillage, Jean-Marie Ragon a interprété la légende d’Hiram comme un mythe solaire : le maître assassiné par trois compagnons y devient le Soleil affaibli par les trois mois d’hiver, avant sa renaissance printanière.

Cette lecture a eu un grand succès au XIXe siècle. Elle est aujourd’hui considérée comme une interprétation parmi d’autres, révélatrice du goût de l’époque pour les explications cosmiques, plutôt que comme l’origine historique du rituel de maître.

Zodiaque, astrologie et ésotérisme

La présence du zodiaque dans les temples a parfois été lue comme la preuve d’une pratique astrologique. Rien de tel dans les rituels publiés des grandes obédiences : le zodiaque y sert de décor et de support de méditation. Il est vrai que des auteurs ésotérisants, de Ragon à Oswald Wirth, ont développé des correspondances entre signes, planètes, métaux et grades ; ces spéculations restent personnelles et n’engagent aucune obédience.

À retenir

  • Douze signes : héritage de l’astronomie antique, motif courant des cathédrales et des temples maçonniques.
  • Voûte étoilée : la loge est une image du ciel ; le zodiaque en marque le pourtour.
  • Solstices : les deux saint Jean, d’été et d’hiver, ouvrent et ferment l’année maçonnique.
  • Pas de règle unique : la disposition des signes varie selon les temples et les rites.
  • Mythe solaire : lecture de la légende d’Hiram popularisée au XIXe siècle, débattue aujourd’hui.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Charles-François Dupuis, Origine de tous les cultes, ou Religion universelle, Paris, 1795.
  • Jean-Marie Ragon, Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, Paris, 1841.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Voûte étoilée, Houppe dentelée, Orient, Hiram, Temple, Midi.

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