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Le pélican qui s’ouvre la poitrine pour nourrir ses petits de son sang est l’un des symboles les plus émouvants de la franc-maçonnerie. Absent des loges bleues, il apparaît dans les hauts grades, au 18e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, celui de Souverain Prince Rose-Croix, et au 4e Ordre du Rite Français. Hérité des bestiaires médiévaux, de la symbolique chrétienne et de l’alchimie, il incarne la charité poussée jusqu’au don de soi, l’amour du prochain et la régénération : une leçon morale qui couronne le parcours chapitral.
Une légende antique et médiévale

La légende du pélican se fixe dans le Physiologus, recueil grec rédigé dans les premiers siècles de notre ère à Alexandrie, qui associe à chaque animal une leçon morale et religieuse. Selon une version, le pélican tue ses petits puis les ressuscite au bout de trois jours en les arrosant de son sang ; selon une autre, plus répandue, il les nourrit de sa propre chair. L’oiseau réel ne fait rien de tel : la poche de son bec, appuyée sur sa poitrine, a sans doute nourri cette image.
Les bestiaires médiévaux diffusent la légende dans toute l’Europe. Honorius d’Autun y voit un emblème de la Passion et de la Résurrection ; Dante appelle le Christ « notre pélican » dans le Paradis ; l’hymne Adoro te devote, attribuée à Thomas d’Aquin, l’invoque comme Pie pelicane. Le pélican devient une figure de l’Eucharistie.
Au grade de Rose-Croix
Le pélican entre en maçonnerie avec les grades de Rose-Croix, apparus dans l’écossisme vers 1760 et devenus le 18e degré du REAA en 1801. Le grade a d’ailleurs porté le titre de Chevalier de l’Aigle et du Pélican. Le bijou traditionnel du Chevalier Rose-Croix associe un compas, une rose-croix et un pélican nourrissant ses petits.
Le grade est placé sous le signe des trois vertus théologales, Foi, Espérance, Charité. Le pélican y figure la troisième : l’amour de l’humanité « jusqu’au sacrifice », selon la formule du Dictionnaire de la franc-maçonnerie. Le grade étant d’origine chrétienne, sa lecture a varié selon les obédiences : christique pour les uns, universaliste et humaniste pour d’autres.
Le pélican des alchimistes
L’alchimie a aussi son pélican : un vase de distillation dont les tubulures recourbées ramènent le liquide dans la panse, pour une circulation continue. L’image de l’oiseau qui se nourrit de lui-même s’y prête. Dans l’iconographie alchimique, le pélican peut représenter la pierre philosophale, qui se multiplie en se donnant. Certaines représentations maçonniques montrent sept petits plutôt que trois, ce que certains auteurs rattachent à cette tradition hermétique.
Au Rite Français
Le Rite Français connaît lui aussi un grade de Rose-Croix : le 4e Ordre, Souverain Prince Rose-Croix, tel qu’il est fixé par le Régulateur des Chevaliers maçons de 1786. On y retrouve le pélican parmi les emblèmes du grade. Les deux rites partagent ainsi une même iconographie, héritée des grades de Rose-Croix du XVIIIe siècle, même si leurs rituels et leurs interprétations diffèrent selon les obédiences qui les pratiquent.
Interprétations
- Charité : don de soi au service d’autrui, sans attente de retour.
- Sacrifice : le sang versé rappelle que toute œuvre véritable coûte à celui qui l’accomplit.
- Régénération : par la version de la résurrection, le pélican rejoint le thème initiatique de la mort et de la renaissance.
- Paternité : le pélican est aussi le « bon père » qui transmet sa propre substance.
- Fraternité : l’amour reçu se transmet à la génération suivante.
Le saviez-vous ?
La légende a inspiré Alfred de Musset dans La Nuit de mai (1835), où le poète se compare au pélican qui offre son cœur à ses petits. Le pélican figure aussi, aujourd’hui encore, sur des armoiries et des emblèmes d’institutions charitables.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.), article « Pélican ».
- Émile Mâle, L’Art religieux du XIIIe siècle en France, Paris, 1898 (rééd.).
- Michel Pastoureau, Bestiaire du Moyen Âge, Seuil, 2011.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Rose-Croix, Chapitre, Alchimie, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Bijou.
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