mer 08 février 2023 - 02:02

Lorsque le pélican….

Ô merveille! Lorsque nous voyons de grands pélicans, ce qui nous surprend d’abord, c’est qu’ils sont… grands, justement! Ils nous étonnent par leur volume et leur comportement sans nous éviter le trouble et le questionnement…   

Car nous devrions peut-être dire « larges » pélicans plutôt que « grands », quand nous les observons sur les rives des étendues d’eau claire ou au-dessus des flots nourriciers, déployant des ailes d’une envergure impressionnante d’une extrémité à l’autre. Et ne parlons pas de leur bec ! Un long entonnoir jaunâtre, doublé d’une volumineuse poche extensible, servant de garde à manger à des pêches fructueuses. Pas moins d’un kilo de poissons stockable et transportable sur de longues distances ! Quels sacrés pêcheurs volants !

Autre moment d’étonnement : lorsque les pélicans exécutent leur décollage. Sur une ligne de vol assurée précédée d’un démarrage compliqué, c’est une sorte de perfection que nous entrevoyons dans le silence, entre le ciel et l’eau.

Les plus méditants d’entre nous en viendraient même à penser combien il est universellement admirable de s’extraire volontairement d’un endroit marécageux et fangeux pour s’approcher avec ténacité de la chaleur bienfaisante du soleil afin de rejoindre l’harmonie et la beauté du monde…

L’oiseau aurait une origine lointaine, en affinité aux commencements obscurs de l’humanité. N’est-ce pas de là qu’il tient le secret de la sagesse et de la sérénité qui caractérisent sa manière de vivre ?

On sait en effet de cet oiseau monogame, pacifique, et aimant vivre en collectivité, que mâle et femelle couvent alternativement les œufs pendant la période d’incubation et que la responsabilité de l’élevage des petits est partagée au sein du couple. Tendresse infinie et protection absolue sans différenciation entre les parents et bien loin des rapports dits « dominés/dominants » !

Pêcher un peu, dormir longtemps, se soucier de sa toilette et de son lissage de plumes au soleil avec application et constance : le plan de vie du « Pelecanus » demeure simple et séduisant !

C’est avant tout pour sa légendaire manifestation de tendresse que le Pélican blanc est entré dans le champ de notre imaginaire symbolique : ainsi ranimerait-il ses petits mort-nés en se frappant le poitrail avec son bec et en les arrosant de son sang. Un sacrifice que la théologie et l’iconographie chrétienne ont superposé à l’image du Christ qui a versé son propre sang sur la Croix pour racheter les péchés de l’humanité et la conduire à la vie éternelle…

De manière plus large, parce que tant d’artistes ou artisans furent fervents du symbolisme chrétien du pélican au bec recourbé sur son jabot, combien d’œuvres créatives ont été offertes à notre contemplation admirative ! Elles rassemblent la joie de reconnaître cette signifiance christique dans la grâce des anses du col de l’animal que ce soit dans les livres enluminés, en ornements sur des chapiteaux de pierre, en délicates courbures dans la taille de boiseries sombres meublant des lieux de prières… Les mêmes émotions nous touchent à la vue des mosaïques colorées de l’oiseau protecteur ou de son emblème sur les blasons et les armoiries de ceux qui voulaient hier témoigner allégoriquement de leur esprit chevaleresque et altruiste… 

Ce désir d’agrémenter par une figure symbolique non équivoque, va jusque dans les rangs de la Franc-maconnerie où les Chevaliers Rose-Croix, animés par la charité, la foi et l’espérance, décorent leurs tabliers, leurs gants, leurs médailles, d’un pélican blanc et sanglant, la tête courbée sur la couvée qui quémande….

∆∆∆

Pélican, oiseau du ciel et de l’eau, que dis-tu aujourd’hui de ton destin propre ? Là-bas, dans le delta du Danube, ou de passage sur les lacs d’une eau tropicale, quel pieux silence se partage avant ton prochain envol migratoire ?

Courras-tu encore ta chance près de l’homme ? Ou le laisseras-tu seul, confronté à sa propre histoire, à ses renoncements et à ses rêves désertés ?

«Où va le mouvement même des choses, sur sa houle, où va le cours même du ciel, sur sa roue… [1]              
 


[1] Page 162, Saint-John Perse, Amers suivi de Oiseaux, nrf, Poésie/Gallimard

Claude Laporte
Claude Laporte
Cursus universitaire en Droit public, Organisation du travail, et Sociologie Politique. (Maîtrise en Droit Public (1972), à la Faculté de Bordeaux. Chargée de cours sur la « Sociologie Politique et des Institutions Internationales » aux élèves de 1ère Année de Droit (1972/1973). Puis, intégration professionnelle au sein de l’Assurance Maladie. Dernier poste occupé : Responsable de la Communication à la Direction des Systèmes d’Information à la CNAMTS. Autres diplômes : DESS Systèmes d’Information; DEA «Communication, Technologies et Pouvoir » (Université Paris-Sorbonne). Par ailleurs : des engagements dans le domaine associatif et culturel. Depuis mars 2020 une activité écriture/publications avec la création et l’animation du blog EMEREKA, journal d’opinions et d’humeurs ..

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