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Premier film de Brian Yuzna, Society (1989) suit un adolescent de Beverly Hills persuadé que sa famille et le beau monde qui l’entoure cachent un terrible secret. Satire sociale déguisée en film d’horreur corporelle, l’œuvre est devenue culte pour ses effets spéciaux extravagants. Elle ne montre aucune loge, mais pousse jusqu’au délire le fantasme d’une élite fermée qui se nourrit littéralement des autres.
De quoi parle Society ?
Bill Whitney a tout pour être heureux : une famille riche, une belle maison, une place enviée au lycée. Il se sent pourtant étranger chez lui. Ses parents et sa sœur fréquentent une société très sélecte dont les fêtes l’inquiètent, et un enregistrement compromettant le persuade que quelque chose de monstrueux se joue derrière les sourires. Personne ne le croit, pas même son psychiatre.
Tourné en Californie en 1988 sur un scénario de Woody Keith et Rick Fry, le film a été montré au Festival de Cannes en mai 1989, mais n’est sorti aux États-Unis qu’en 1992. Échec commercial dans son pays, il a été mieux reçu en Europe. Les effets spéciaux de Screaming Mad George, inspirés en partie de Salvador Dalí, lui valent aujourd’hui une réputation culte dans le cinéma d’horreur corporelle.
L’élite comme société secrète
Le titre dit tout : la « bonne société » elle-même est la société secrète. Yuzna ne s’embarrasse ni de rituel maçonnique ni de symbolique ésotérique ; il fait de l’appartenance de classe une affaire de sang et de lignée, avec ses rites mondains, ses initiés et ses exclus. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, qu’il entre dans une filmographie de la société secrète.
Il faut le préciser, car ce fantasme d’élites prédatrices réunies en cercle fermé est aussi l’un des moteurs du complotisme antimaçonnique. Le film, lui, assume la métaphore : il ne prétend rien révéler, il caricature la morgue des riches et la peur de l’exclusion sociale. On peut le rapprocher d’Eyes Wide Shut, autre récit d’un profane égaré au seuil d’une fête réservée.
Lecture symbolique : l’entre-soi contre la fraternité
Vu par un maçon, Society offre un contre-modèle saisissant. La loge réunit des hommes et des femmes de conditions différentes, qui se reconnaissent égaux en dignité ; la société de Beverly Hills, elle, ne connaît que le privilège de naissance et la consommation de l’autre. Le film pousse jusqu’à l’absurde une fraternité défigurée, où l’on ne s’assemble que pour mieux dévorer.
Le parcours de Bill a aussi les traits d’une initiation inversée : le jeune homme cherche la vérité sur ses origines et sur le cercle qui l’a élevé, mais la lumière qu’il découvre n’éclaire rien d’autre que la domination. À réserver aux amateurs, le film étant particulièrement cru.
Une satire de son époque
Society est un film de la fin des années Reagan, au moment où l’argent facile et l’entre-soi des quartiers riches deviennent des sujets de satire. Sous ses outrances, il raconte une angoisse adolescente très ordinaire : ne pas se reconnaître dans sa propre famille, soupçonner que les adultes jouent une comédie dont on ignore les règles. Le fantastique ne fait que donner corps à ce malaise.
Le film rappelle enfin que l’imaginaire de la société secrète est d’abord un langage pour parler du pouvoir. Lorsqu’on y projette la Franc-maçonnerie, on se trompe d’objet : ce que Society vise, ce n’est pas une confrérie initiatique, mais la reproduction des privilèges.
Fiche technique
- Titre original : Society
- Année : 1989
- Pays : États-Unis
- Réalisation : Brian Yuzna
- Scénario : Woody Keith, Rick Fry
- Interprètes : Billy Warlock, Devin DeVasquez, Evan Richards, Ben Meyerson
- Durée : 1 h 39
- Genre : Horreur, satire
Voir aussi dans le glossaire : Élites, Fraternité défigurée, Imaginaire antimaçonnique.
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