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Dans Et l’homme créa la femme (2004), Frank Oz adapte sur le ton de la satire le roman d’Ira Levin : à Stepford, les épouses sont d’une perfection inquiétante et les maris se retrouvent dans une très exclusive « Association des hommes ». Aucune loge ici, mais un club masculin fermé qui fabrique la soumission. De quoi rappeler, par contraste, ce qu’une véritable fraternité doit à la liberté de chacun.
De quoi parle Et l’homme créa la femme ?
Joanna Eberhart, brillante dirigeante de télévision, perd son poste du jour au lendemain. Son mari Walter l’emmène s’installer avec leurs enfants à Stepford, banlieue cossue du Connecticut. Tout y est impeccable, jusqu’aux épouses, souriantes, dévouées, figées dans un idéal domestique d’un autre âge. Avec Bobbie, écrivaine caustique, et Roger, nouvel arrivant, Joanna commence à se demander ce qui se passe dans la maison où les maris passent leurs soirées.
Le film réunit Nicole Kidman, Matthew Broderick, Bette Midler, Glenn Close et Christopher Walken, sur un scénario de Paul Rudnick. Le tournage fut difficile, et des projections test décevantes conduisirent le studio à faire retourner des scènes. L’accueil critique fut largement négatif.
D’Ira Levin au remake
Le roman d’Ira Levin, The Stepford Wives (1972, publié en français sous le titre Les Femmes de Stepford), est une fable glaçante sur la peur masculine de l’émancipation des femmes. Une première adaptation, réalisée par Bryan Forbes en 1975 avec Katharine Ross, en gardait la noirceur. Le film de 2004 en est le remake, mais il bascule vers la comédie et la satire du conformisme de banlieue. Levin est aussi l’auteur de Rosemary’s Baby, autre récit d’une femme seule face à un cercle qui conspire autour d’elle.
Un club d’hommes, pas une loge
L’« Association des hommes » de Stepford a tout du cliché de la société masculine fermée : un bâtiment réservé, des réunions où les épouses n’entrent pas, des notables cooptés, un secret partagé entre membres. C’est pour cette raison que le film figure dans les filmographies de la société secrète. Mais rien n’y renvoie à la Franc-maçonnerie : ni rituel, ni symbole, ni démarche initiatique.
La confusion mérite pourtant d’être dissipée, car l’image du club masculin fermé colle encore à la Franc-maçonnerie. Si certaines obédiences restent masculines, la maçonnerie française compte depuis longtemps des obédiences mixtes et féminines, et nulle loge digne de ce nom ne se donne pour objet de soumettre qui que ce soit. Le film décrit exactement le contraire d’une fraternité : un entre-soi qui se nourrit de la dépossession des autres.
Lecture symbolique : la perfection sans liberté
Stepford est un monde de surfaces lisses. Les épouses y sont sans aspérités, comme une pierre dont on aurait effacé le grain au lieu de la tailler. C’est l’inverse du travail sur la pierre brute, qui suppose un sujet libre, conscient de ses défauts et maître de son propre perfectionnement.
Le film rappelle ainsi, par l’absurde, que toute entreprise de perfectionnement imposée de l’extérieur n’est qu’un dressage. La perfection voulue par d’autres que soi n’a rien d’une élévation.
Fiche technique
- Titre original : The Stepford Wives
- Année : 2004
- Pays : États-Unis
- Réalisation : Frank Oz
- Scénario : Paul Rudnick, d’après le roman d’Ira Levin
- Interprètes : Nicole Kidman, Matthew Broderick, Bette Midler, Glenn Close, Christopher Walken, Roger Bart, Faith Hill
- Durée : 1 h 33
- Genre : Comédie, science-fiction, satire
Voir aussi dans le glossaire : Femme, Mixité, Fraternité défigurée, Liberté.
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