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La mixité en Franc-maçonnerie désigne la présence conjointe de femmes et d’hommes dans une même loge, avec accès égal à l’initiation, aux grades et aux offices. Longtemps impensable, puisque les Constitutions d’Anderson de 1723 réservaient la maçonnerie aux hommes, elle s’est imposée en France à partir de la fin du XIXe siècle, avec l’initiation de Maria Deraismes en 1882 et la fondation du Droit Humain en 1893. Elle est aujourd’hui majoritaire dans le paysage maçonnique français, tout en restant l’un des clivages les plus nets entre les obédiences.
Des loges d’adoption à l’égalité

Au XVIIIe siècle, les femmes ne sont pas totalement absentes de la vie maçonnique. Des loges d’adoption apparaissent en France à partir des années 1740 : rattachées à une loge masculine, elles pratiquent un rituel propre, souvent inspiré de récits bibliques. Le Grand Orient de France les reconnaît et les place sous sa tutelle le 10 juin 1774. Fréquentées par l’aristocratie, elles restent toutefois dépendantes et disparaissent presque au XIXe siècle, avant d’être réactivées par la Grande Loge de France en 1906.
1882-1893 : la rupture
Le 14 janvier 1882, la loge Les Libres Penseurs du Pecq, relevant de la Grande Loge symbolique écossaise, initie la féministe et femme de lettres Maria Deraismes selon le même rituel que les hommes. Le scandale est immédiat : la loge est mise en sommeil et l’initiation reste sans lendemain. Onze ans plus tard, le 4 avril 1893, Maria Deraismes et le sénateur Georges Martin fondent à Paris la Grande Loge symbolique écossaise de France Le Droit Humain, première obédience mixte. Elle devient en 1901 l’Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain, et s’étend rapidement en Suisse, au Royaume-Uni avec Annie Besant, puis dans le monde entier.
Repères
- 1774 : le Grand Orient de France reconnaît les loges d’adoption.
- 1882 : initiation de Maria Deraismes au Pecq.
- 1893 : fondation du Droit Humain, première obédience mixte.
- 1904 : initiation de Louise Michel dans une loge mixte.
- 1945-1952 : les loges d’adoption de la Grande Loge de France deviennent l’Union maçonnique féminine de France, puis la Grande Loge féminine de France.
- 2010 : le Grand Orient de France laisse ses loges libres d’initier des femmes.
Mixité, non-mixité : un paysage contrasté

En France, trois modèles coexistent. Les obédiences mixtes, dont le Droit Humain, la Grande Loge mixte universelle ou la Grande Loge mixte de France, initient indistinctement femmes et hommes. Les obédiences féminines, au premier rang desquelles la Grande Loge féminine de France, ont fait le choix de loges de femmes. Les obédiences masculines, comme la Grande Loge de France ou la Grande Loge nationale française, restent réservées aux hommes. Le Grand Orient de France occupe une position intermédiaire : depuis 2010, chaque loge décide si elle initie des femmes, et beaucoup sont devenues mixtes.
Sur le plan international, la Grande Loge unie d’Angleterre et les obédiences dites régulières ne reconnaissent pas les obédiences mixtes ou féminines. La mixité est ainsi l’un des marqueurs de la frontière entre maçonnerie dite régulière et maçonnerie libérale ou adogmatique.
Les arguments en présence
Les partisans de la mixité invoquent l’universalité de la démarche initiatique : si l’initiation concerne l’être humain, elle ne peut exclure la moitié de l’humanité. Ils y voient aussi une cohérence avec les combats pour l’égalité civique auxquels nombre de maçons ont participé. Les défenseurs de la non-mixité, masculine ou féminine, mettent en avant la tradition, la liberté de parole dans un entre-soi choisi, ou la spécificité d’un cheminement vécu entre personnes du même sexe. Beaucoup de maçonnes de la Grande Loge féminine de France défendent ainsi la non-mixité comme un choix, non comme une exclusion.
Symbolique et pratique
La mixité a fait évoluer le vocabulaire et les usages. On parle de « sœurs et frères », de « sororité » à côté de fraternité, et certains rituels ont adapté leurs formules. Les obédiences mixtes pratiquent pour l’essentiel les rites courants, Rite Écossais Ancien et Accepté, Rite Français, et d’autres. Le symbolisme maçonnique, riche de couples et de polarités, colonnes, soleil et lune, équerre et compas, offre par ailleurs aux loges mixtes une matière abondante de réflexion.
Le saviez-vous ?

Le siège du Droit Humain, rue Jules-Breton à Paris, abrite le temple où se réunissent depuis plus d’un siècle des loges mixtes. La féministe et communarde Louise Michel y fut associée, puisqu’elle fut initiée en 1904 dans la loge La Philosophie sociale, peu avant sa mort.
Pour approfondir
- Voir aussi dans le glossaire : Loges d’adoption, Droit Humain, Maria Deraismes, Obédience, Régularité, Sororité.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Fondation du Droit Humain par Maria Deraismes et Georges Martin, 4 avril 1893 (date historique), Initiation de Maria Deraismes au Pecq, 14 janvier 1882 (date historique), Obédience, Régularité, Naissance de la Grande Loge féminine de France, 22 septembre 1952 (date historique).
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