dim 23 janvier 2022 - 13:01

ITALIE : La symbolique de l’Aigle et du Pélican – Partie I

De notre confrère italien expartibus.it

Le Maître est donc celui qui vient se sacrifier, offrant son être en offrande pour le bonheur de ses disciples, et lorsque le symbole du Pélican et la loi mystérieuse seront compris, l’Initié tuera l’Initiateur.
Gérard Encausse

On ne peut parler que de ce que l’on éprouve directement. Sur la voie d’Hermès, soit on devient un laboratoire de soi et le premier objet de connaissance, soit on ne l’est pas. Le reste, quoi qu’il arrive, n’est qu’intuition, intention, témoignage de la doctrine, un niveau encore initiatiquement valable, pseudo savoir mnémotechnique ou, pire, copier-coller et crédit spirituel tant vanté. Un exercice para-rotarien de ceux qui, irradiés par le reflet mensonger des foulards et des grenouilles, répètent en vain la vérité d’autrui déguisée en un soi-disant lexique maçonnique.

L’objet de cette étude est le thème symbolique/hermétique de la symbolique du 18ème degré du Rite Ecossais et en particulier du bijou dans lequel l’Aigle et le Pélican sont représentés.

Étant donné que le symbole est toujours une allusion, un doigt pointé vers la lune, et que le sens, le sens caché dans la forme, est souvent « détourné » de sa coquille, le soi-disant « signifiant », et qu’aucun chemin initiatique ne peut être épuisé ou contenu dans une analyse systématique ou encyclopédique, il est également vrai que l’analyse de l’évolution historique permet de déterrer et de décrypter, comme dans une fouille archéologique, le morphing continu du symbole qui en réalité affirme une vérité inouïe sans cesse réaffirmée dans Franc-maçonnerie : la progressivité de la recherche initiatique et le besoin continu d’actualiser le sens et la signification des rites et des symboles selon la fonction historique de l’évolution humaine ou, hélas, de sa chute involutive.

Avant de me plonger de manière vivante et surtout personnelle dans la perception et le décodage intime des deux symboles, il me semble opportun de récapituler le sens des degrés qui précèdent l’ascension au centre de la Croix du XVIII degré. C’est un exercice difficile à épuiser verbalement, mais je vais essayer.

GRADE IV

Essence : Obéissance, Fidélité et Secret.
Ésotérisme : obéissance et fidélité non à une organisation, à un Maître, à Salomon ou à une Grande Loge, MAIS À VOUS-MÊME.

Dans la vie, tu recommences toujours. Des parties de soi meurent et renaissent tout le temps. Le maître est mort et personne ne nous sauvera. Vous devez le faire seul, même si ce sentiment cosmique angoissant est tempéré par l’amour des frères. Au-delà du concept de salut, commence un nouveau chemin de libération qui pour le Maçon n’a qu’un nom : construction du temple de Salomon et rectification de soi, et par conséquent de la société humaine, pour la réalisation de la liberté personnelle et collective.

On se sent perdu devant une urne du Sancta Sanctorum où est renfermé le corps du Maître, ou le secret du savoir perdu. Les Maîtres qui la gardent savent ce que contient l’urne, mais ne peuvent pas y accéder, car la clé pour l’ouvrir est cassée.

Ici la réalité initiatique nous dépouille d’illusions et d’idéalisations. Dans la vie maintenant, nous marchons seuls, dans une vallée de larmes que, apparemment, même la présence aimante de nos frères, eux aussi perdus et en larmes, ne peut tempérer et éclairer.

La construction du Temple ne peut être arrêtée. L’antithèse doit être surmontée par une nouvelle synthèse. Encore une fois, pour vivre, nous devons nous transformer. Pour réussir, le diplôme nous montre une issue : la voie de l’Obéissance, dans le Silence, et de la Fidélité. En silence, l’analogie avec celle de l’Apprenti est extraordinaire, nous devons écouter la voix du maître intérieur, confiant qu’il peut nous guider dans les tempêtes matérielles et émotionnelles de la vie.

Le silence nous aide à affronter intacts les combats avec l’imprévisible, l’absurde, l’impossible, face auxquels on ne peut que se taire et protéger sa vie privée. D’autre part, au sens hermétique, le silence est une cavité silencieuse, secrète, où résonne l’ineffable. Ce qui se situe au-delà des limites verbales et non verbales, au-delà de l’exprimable et touche presque au surhumain. Le cœur même de la Vie. Si on ne peut pas articuler la Parole perdue, on peut, on doit, préparer la caisse de résonance du cœur à la prononciation du Nom. Le voyage de l’exilé et de l’ermite a commencé.

IX DEGRÉ

Essence : tout en possédant le statut de Maître, nous ne sommes pas à l’abri des dérapages ou des rechutes. La vengeance contre ceux qui ont tué Hiram doit se transformer en justice. Hiram est l’enseignant intérieur. Hiram est en nous.
Esotérisme : le thème secret et non projectif du diplôme est le Moi . La vengeance doit se transformer en action : le meurtre non brutal mais progressif et transformateur de notre moi inférieur. Nous devons « décapiter » notre fierté luciférienne, notre fierté : un noyau cosmique et primordial. Le même qui nous a plongés dans la Chute. Ce nouveau saut d’octave nous oblige à être courageux et implacables face à nos faiblesses. Et tout aussi courageux dans la défense de la Vérité.

Le neuvième degré du Rite Écossais Ancien et Accepté parle d’ignorance, d’erreur et d’intolérance qui avilissent et entravent l’évolution de l’humanité. Le symbolisme du degré crie vengeance pour la mort d’Hiram. Le décor symbolique du Temple exprime la douleur, la solitude et la perplexité.

Le Rituel, par la voix du Plus Puissant, dit : « Nous ne savons pas d’où nous venons, ni ce que nous sommes, ni ce que la mort fera de nous. Rien ne commence, rien ne finit, tout se transmute sans cesse ». Ici , dans l’Orient résonnent les échos Soutra du cœur bouddhiste pour confirmer l’unité transcendante des différents chemins: « Voici comment nous allons penser à ce monde éphémère: comme une étoile à l’ aube, une bulle d’air dans une rivière, un éclair dans un nuage d’été , une lumière tremblante, un fantôme ou un rêve « . Une parabole zen sert de contrepoint : « Il n’y a pas d’esprit, vous ne pouvez donc pas le mettre dans un état particulier. Il n’y a pas de vérité, donc tu ne peux pas t’entraîner à la chercher« . Au disciple perdu qui n’est plus capable de suivre et de comprendre l’enseignement, le Maître répond :  » Moi non plus je ne peux pas me comprendre « .

Hiram est mort, peut-être pour toujours, ou peut-être n’a-t-il jamais été, victime du conflit ancestral immémorial entre ceux qui oppriment les hommes et ceux qui, à l’inverse, tentent de se libérer et de les libérer. Mais le secret est que tout cela se passe éternellement, ainsi que dans le macrocosme, d’abord et surtout, en nous-mêmes.

L’Étranger est notre nature divine, facilement reconnue par Salomon comme un guide pour conduire les Chevaliers Élus à la révélation liée à l’assassinat d’Hiram.

L’Étranger est un état de conscience, une ouverture à l’écoute du guide intérieur qui déclenche le travail d’éveil puis mystérieusement « disparaît ».

Il me fait mal de souligner que dans l’intermède du saut quantique qui court entre le IX et le XVIII degré, le XIII degré, Chevalier de l’Arc Royal , n’est plus pratiqué , dont l’intrigue ésotérique repose sur la découverte d’un temple sous-terrain construit par Enoch sous les ruines du temple détruit de Salomon. Dans d’autres rites « parallèles » à l’écossais, notamment égyptiens, il est fait référence à la soi-disant « légende des mages ». Contrairement à la version écossaise, les neuf noms de Dieu gravés sur neuf arches deviennent les noms des Sephiroth de la Kabbale. Et les trois Maîtres Architectes, Guibulum , Johaben et Stolkin, sont remplacés par trois mages, un maître et deux disciples. Je considère ce degré comme un chaînon manquant, surtout dans la version plus explicite ‘ Memphis ‘, non seulement parce qu’il introduit un thème éclairant qui, à mon avis, amène à la scène du Temple, bien que limité à une simple liste, les Sephirot de l’Arbre de Vie, mais parce qu’il nous bouleverse et nous met en garde contre les limites et les risques de la recherche, l’absolue nécessité de la progressivité et le danger involutif de sombrer dans le « cône d’ombre » infrahumain d’un chemin interdit qui ne respecte pas les lois et les limites tracées par le Principe Divin pour l’homme créature.

La légende se déroule après la mort d’Hiram et de Salomon, après la destruction du Temple par Nabuchodonosor. Trois mages initiés, originaires du pays de Babylone, partent en pèlerinage vers les ruines de ce qui était le centre de toute sagesse. Au cours de l’inspection, ils découvrent, sous un mur qui s’effondre, une ouverture sombre et profonde. Après l’avoir agrandi, grâce à l’aide du soleil qui brille au zénith, ils voient le scintillement d’un objet mystérieux au fond. Les mages, guidés par le maître aîné, descendent dans les profondeurs de la terre, s’attachant entre eux par des cordes. Une fois qu’il touche le sol, le Maître récupère le joyau triangulaire gravé du Nom ineffable, jeté là par Hiram avant de tomber sous les coups de ses compagnons assassins. Il le porte avec l’écriture tournée vers l’intérieur. Dès lors, les Initiés se lancent dans un voyage, dans le grandiose temple souterrain, à travers 10 portes, qu’ils parviennent à ouvrir, l’une après l’autre, en prononçant les noms des Sephirot de l’Arbre de Vie et en apprenant progressivement de plus en plus étonnant et connaissance approfondie. Puis le Maître trouve une pierre d’agate, symbole de la ‘conception suprême ‘. Les jeunes mages, un instant avant de prononcer « le nom », sont réduits au silence par le maître qui leur ordonne de ne pas prononcer le mot ineffable. À ce stade, le vieux mage révèle que la pierre n’a pas été placée là par Hiram, mais par Enoch, le premier initié-initiateur, qui n’est jamais mort et qui survit dans ses enfants spirituels. Les deux Mages, détournant l’attention de la Pierre, se rendent devant une onzième porte soigneusement dissimulée et demandent l’aide du Maître pour l’ouvrir. Le vieux Mage, catégorique, refuse de le faire, expliquant que la porte doit rester fermée car elle cache un terrible mystère. Néanmoins, les deux imprudents commencent à prononcer tous les mots qui leur viennent à l’esprit. Enfin, déjà sur le point de baisser les bras, l’un des deux commente à voix haute : « mais tu ne peux pas continuer indéfiniment ». A ce mot, en hébreu En Soph, la porte s’ouvre avec violence et un vent furieux éteint les lampes magiques. Avec beaucoup de difficulté les trois parviennent à la refermer.

Comme le souligne frère Hermeticus dans le livre  » Les dix portes  » édité par Venexia editrice

« Cette légende représente évidemment un voyage souterrain sur les traces d’une Tradition perdue. Le temple aujourd’hui réduit en ruines symbolise en fait les vestiges de cette Tradition, que l’Initié doit péniblement explorer pour trouver des lambeaux de Vérité ; mais les enseignements les plus précieux n’ont pas été perdus et une main divine les a sauvés de la destruction, afin que les hommes de bonne volonté de tous les temps puissent toujours les retrouver. Ne vous étonnez pas du fait que la dimension de la verticalité est tournée vers le bas et non vers le haut : toutes les traditions initiatiques affirment qu’il faut d’abord descendre puis remonter (l’exemple le plus connu est représenté par la Comédie de Dante, dont le protagoniste doit descendre dans les profondeurs les plus sombres de l’Enfer avant d’en sortir pour revoir les étoiles et pouvoir accéder aux mondes supérieurs). Le voyage se termine par le retour sur terre : peu importe à quel point vous approfondissez votre connaissance de vous-même et vous plongez dans les mystérieux abysses de l’Univers, vous devrez toujours retourner dans le monde terrestre et apporter les trésors spirituels découverts dans la vie de tous les jours, toujours que nous pouvons survivre »

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