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H comme Hermétisme en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’hermétisme désigne l’ensemble des doctrines placées sous le patronage d’Hermès Trismégiste, figure légendaire de sagesse issue de la rencontre entre le dieu égyptien Thot et l’Hermès grec. Redécouverts à la Renaissance, ses textes ont nourri l’alchimie, la Kabbale chrétienne et le rosicrucianisme, avant d’inspirer certains grades maçonniques. Le mot a aussi pris le sens courant de « fermé », « difficile d’accès ». Pour la franc-maçonnerie, l’hermétisme représente un héritage symbolique majeur, à manier avec discernement.

Hermès « trois fois grand »

Hermétisme
Source : Wikimedia Commons – Giovanni di Stefano – Public domain

Les Grecs d’Égypte assimilèrent leur dieu Hermès, messager et maître des passages, au dieu égyptien Thot, patron de l’écriture et du savoir. Le surnom Trismégiste, « trois fois très grand », désigne ce sage mythique auquel on attribua une vaste littérature, rédigée en grec entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère environ.

On distingue l’hermétisme philosophique, réuni dans le Corpus Hermeticum et l’Asclépius, qui traite de Dieu, du monde et de la régénération de l’âme, et l’hermétisme technique, qui couvre l’astrologie, la magie et l’alchimie.

La redécouverte de la Renaissance

Vers 1463, à la demande de Cosme de Médicis, Marsile Ficin traduit en latin quatorze traités du Corpus Hermeticum, publiés en 1471 sous le titre de Pimander. On croit alors Hermès contemporain de Moïse, dépositaire d’une sagesse primordiale annonçant le christianisme. En 1614, le philologue Isaac Casaubon démontre que ces textes datent en réalité des premiers siècles de notre ère ; leur prestige symbolique survivra pourtant à cette datation.

La Table d’émeraude, court texte transmis par la tradition arabe puis latine, devient la charte de l’alchimie. On en retient l’adage fameux selon lequel ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, principe d’analogie entre le microcosme et le macrocosme.

Hermétisme et franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie spéculative n’est pas née de l’hermétisme : elle hérite d’abord des usages des loges de bâtisseurs. Mais dès le XVIIIe siècle, des systèmes de hauts grades accueillent des thèmes hermétiques. Le baron de Tschoudy publie en 1766 un catéchisme alchimique dans L’Étoile flamboyante ; Antoine-Joseph Pernety anime à partir de 1784 les Illuminés d’Avignon. Les rites dits « égyptiens », comme Misraïm et Memphis, revendiqueront plus tard un héritage hermétique explicite.

Dans le REAA, le 28e degré, Prince adepte ou Chevalier du Soleil, est réputé le plus hermétique de l’échelle. Au niveau des loges bleues, la présence du cabinet de réflexion, du sel, du soufre et de l’acronyme VITRIOL dans plusieurs rites témoigne de cette influence.

Interprétations

Hermétisme
Source : Wikimedia Commons – Marsilio Ficino, Hermes Trismegistus – Public domain

Pour Oswald Wirth, l’hermétisme offre une clé de lecture des symboles maçonniques : la loge est un laboratoire où l’initié transmute sa propre nature. René Guénon insiste, lui, sur la notion de tradition primordiale et sur le caractère opératif de l’initiation. Les historiens, de Frances Yates à Antoine Faivre, ont replacé ces courants dans l’histoire intellectuelle européenne et montré comment l’hermétisme de la Renaissance a façonné l’ésotérisme occidental.

La prudence s’impose : le recours à l’hermétisme a parfois servi à prêter à la maçonnerie une antiquité fabuleuse. Les loges qui s’y intéressent aujourd’hui le font comme d’un langage symbolique, non comme d’une filiation historique.

À retenir

  • Hermès Trismégiste : figure syncrétique de Thot et d’Hermès, auteur supposé d’une littérature grecque des premiers siècles.
  • Corpus Hermeticum : traduit par Ficin (1463), publié en 1471, daté par Casaubon (1614).
  • Table d’émeraude : texte fondateur de l’alchimie, principe d’analogie entre haut et bas.
  • 28e degré du REAA : Prince adepte ou Chevalier du Soleil, grade d’inspiration hermétique.
  • Sens courant : « hermétique » signifie fermé, comme le vase scellé des alchimistes.

Le saviez-vous ?

L’expression « fermé hermétiquement » vient du sceau d’Hermès, nom donné au procédé par lequel les alchimistes scellaient leurs vases en faisant fondre le col du verre.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • André-Jean Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, 4 vol., Gabalda, 1944-1954.
  • Frances A. Yates, Giordano Bruno et la tradition hermétique, Dervy, 1988 (éd. originale 1964).
  • Antoine Faivre, L’Ésotérisme, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1992.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Alchimie, Rose-Croix, Cabinet de Réflexion, Tradition et contre-tradition (antimaçonnisme), Ésotérisme, Initiation.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

A comme Alchimie en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’alchimie, art de la transmutation des métaux devenu à la Renaissance une voie de transformation intérieure, a laissé une empreinte durable sur la franc-maçonnerie. Au XVIIIe siècle, des grades hermétiques et des catéchismes alchimiques circulent dans les loges ; aujourd’hui encore, le cabinet de réflexion, le sel, le soufre et l’acronyme VITRIOL en gardent la trace. Pour le franc-maçon, l’alchimie n’est pas une chimie secrète : c’est une image puissante du travail sur soi, du passage de la pierre brute à la pierre polie, de l’obscurité à la lumière.

Origine et étymologie

Alchimie
Source : Wikimedia Commons – Stradanus – Public domain

Le mot vient de l’arabe al-kīmiyā’, lui-même probablement tiré du grec khêmeia ou khumeia. Née dans l’Égypte hellénistique, transmise et enrichie par les savants du monde arabe, l’alchimie gagne l’Europe latine au XIIe siècle. Elle mêle opérations de laboratoire et spéculation sur l’unité de la matière, dans un langage d’images : le lion vert, le mariage du roi et de la reine, la mort et la résurrection.

À partir de Paracelse puis des manifestes rosicruciens du début du XVIIe siècle, comme les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz (1616), l’alchimie prend une coloration de plus en plus spirituelle : la transmutation du plomb en or devient l’allégorie de la régénération de l’homme.

Les grades alchimiques du XVIIIe siècle

La franc-maçonnerie spéculative se développe dans un siècle où l’hermétisme reste vivant. En 1766, le baron Théodore-Henry de Tschoudy publie L’Étoile flamboyante, qui contient un « Catéchisme ou instruction pour le grade d’Adepte ou Apprenti Philosophe sublime et inconnu » : sous forme de questions et réponses, il y relie la doctrine des principes, la pierre philosophale et la purification de la matière aux grades maçonniques.

Le bénédictin Antoine-Joseph Pernety (1716-1796), auteur des Fables égyptiennes et grecques dévoilées et d’un Dictionnaire mytho-hermétique (1758), fonde avec le comte Grabianka un cercle d’illuminés à Berlin, puis, à partir de 1784, les Illuminés d’Avignon, installés au « temple du Mont-Thabor » près de Bédarrides. Leur rite associe hermétisme, mysticisme et maçonnerie.

Dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, le 28e degré, Prince adepte ou Chevalier du Soleil, conserve un enseignement d’inspiration hermétique, hérité de ces systèmes du XVIIIe siècle.

Dans les loges d’aujourd’hui

La trace la plus connue est le cabinet de réflexion, que pratiquent notamment le Rite Français et le REAA. Le candidat y trouve, selon les descriptions publiées par les obédiences, du sel, du soufre et l’acronyme VITRIOL, pour Visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem : « Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Sel, soufre et mercure sont les trois principes de l’alchimie paracelsienne.

Plus largement, la succession des épreuves initiatiques, du noir de la mort symbolique à la lumière, a souvent été rapprochée des étapes du Grand Œuvre : œuvre au noir (nigredo), œuvre au blanc (albedo), œuvre au rouge (rubedo). Ce rapprochement est une lecture symbolique, non une donnée rituelle commune à tous les rites.

Interprétations

Au XXe siècle, Oswald Wirth publie Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie (1909), qui a largement diffusé ces correspondances dans les loges francophones. Le psychiatre Carl Gustav Jung, dans Psychologie et alchimie, voit dans les images alchimiques une projection des processus psychiques de transformation. Les historiens de l’ésotérisme, à la suite d’Antoine Faivre, invitent à distinguer ces lectures modernes des pratiques réelles des alchimistes.

Repères

  • Athanor : four à feu lent et constant, image de la patience du travail intérieur.
  • VITRIOL : acronyme latin associé au cabinet de réflexion.
  • Sel, soufre, mercure : les trois principes de l’alchimie paracelsienne.
  • Pierre philosophale : but du Grand Œuvre, souvent rapprochée de la pierre cubique.
  • Tschoudy, Pernety : deux figures des croisements entre alchimie et hauts grades au XVIIIe siècle.

Le saviez-vous ?

Avant de se consacrer à l’hermétisme, Pernety avait accompagné Bougainville aux îles Malouines en 1763-1764 comme aumônier et naturaliste. Il fut ensuite bibliothécaire de Frédéric II à Berlin.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Oswald Wirth, Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie, Paris, 1909.
  • Carl Gustav Jung, Psychologie et alchimie, Buchet-Chastel, 1970 (éd. originale 1944).
  • Antoine Faivre, L’Ésotérisme, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1992.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cabinet de Réflexion, Pierre brute, Rose-Croix, Initiation.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Z comme Zodiaque en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le zodiaque, bande céleste divisée en douze signes que le Soleil semble parcourir en une année, est présent dans de nombreux temples maçonniques, peint sur la voûte, sculpté sur les murs ou associé à des colonnes. Ce n’est ni un dogme ni une invitation à l’astrologie : c’est un langage symbolique qui inscrit la loge dans le cosmos et dans le temps cyclique. Il rappelle que l’atelier est une image du monde, ouvert de l’Orient à l’Occident, et que le travail initiatique suit, comme la course solaire, un rythme de lumière croissante et décroissante.

Origine et étymologie

Zodiaque
Source : Wikimedia Commons – Jmj9999 – CC BY-SA 4.0

Le mot vient du grec zôdiakos kuklos, le « cercle des petits animaux », car la plupart des signes portent des noms d’êtres vivants. La division de l’écliptique en douze parties égales est héritée de l’astronomie mésopotamienne, transmise au monde grec puis à l’Europe médiévale. Les cathédrales en ont fait un motif courant, souvent associé aux travaux des mois : le cycle des signes y rythme le labeur humain.

Dans le temple maçonnique

La loge est décrite dans les rituels comme une image de l’univers, dont la voûte étoilée figure le ciel. Dans de nombreux temples, notamment en France, les douze signes du zodiaque sont représentés tout autour de la salle ou sur des colonnes engagées le long des murs. Leur disposition varie : il n’existe pas de règle universelle commune à toutes les obédiences, et chaque temple reflète les choix de ses constructeurs.

Certains auteurs symbolistes ont proposé une répartition raisonnée : signes d’été vers l’Orient, où brillent le Soleil et la Lune, signes d’hiver vers l’Occident. D’autres rapprochent les douze signes des douze lacs d’amour de la houppe dentelée qui entoure la loge. Ces lectures relèvent de l’interprétation, non de prescriptions rituelles communes.

Le cycle solaire et les deux saint Jean

Le zodiaque rejoint une donnée bien établie de la tradition maçonnique : la place des deux saint Jean. Les fêtes solsticiales, la Saint-Jean d’été (24 juin) et la Saint-Jean d’hiver (27 décembre), marquent les deux portes de l’année solaire, au point le plus haut et au point le plus bas de la course du Soleil. Les loges anglaises du XVIIIe siècle se réunissaient volontiers à ces dates, et la Grande Loge de Londres fut fondée le jour de la Saint-Jean-Baptiste 1717.

Le parcours du Soleil à travers les douze signes offre ainsi une image du cheminement initiatique : descente vers l’obscurité, renaissance de la lumière, montée vers le midi. La formule rituelle « de midi à minuit » s’inscrit dans cette symbolique du temps sacré.

Lectures astronomiques de la légende d’Hiram

Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, plusieurs auteurs ont lu les mythes religieux comme des allégories solaires. Charles-François Dupuis, dans Origine de tous les cultes (1795), en est la figure majeure. Dans son sillage, Jean-Marie Ragon a interprété la légende d’Hiram comme un mythe solaire : le maître assassiné par trois compagnons y devient le Soleil affaibli par les trois mois d’hiver, avant sa renaissance printanière.

Cette lecture a eu un grand succès au XIXe siècle. Elle est aujourd’hui considérée comme une interprétation parmi d’autres, révélatrice du goût de l’époque pour les explications cosmiques, plutôt que comme l’origine historique du rituel de maître.

Zodiaque, astrologie et ésotérisme

La présence du zodiaque dans les temples a parfois été lue comme la preuve d’une pratique astrologique. Rien de tel dans les rituels publiés des grandes obédiences : le zodiaque y sert de décor et de support de méditation. Il est vrai que des auteurs ésotérisants, de Ragon à Oswald Wirth, ont développé des correspondances entre signes, planètes, métaux et grades ; ces spéculations restent personnelles et n’engagent aucune obédience.

À retenir

  • Douze signes : héritage de l’astronomie antique, motif courant des cathédrales et des temples maçonniques.
  • Voûte étoilée : la loge est une image du ciel ; le zodiaque en marque le pourtour.
  • Solstices : les deux saint Jean, d’été et d’hiver, ouvrent et ferment l’année maçonnique.
  • Pas de règle unique : la disposition des signes varie selon les temples et les rites.
  • Mythe solaire : lecture de la légende d’Hiram popularisée au XIXe siècle, débattue aujourd’hui.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Charles-François Dupuis, Origine de tous les cultes, ou Religion universelle, Paris, 1795.
  • Jean-Marie Ragon, Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, Paris, 1841.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Voûte étoilée, Houppe dentelée, Orient, Hiram, Temple, Midi.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

S comme Souverain Grand Commandeur en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Souverain Grand Commandeur est le président d’un Suprême Conseil, l’instance qui administre les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), du 4e au 33e degré. Titulaire du 33e et dernier degré, il dirige une juridiction souveraine sur un territoire donné, veille à la conservation des rituels et garantit la régularité de la transmission des grades. Le titre, solennel et chargé d’histoire, remonte à la naissance du rite à Charleston en 1801 ; il a été porté en France par des personnalités comme Cambacérès, Decazes ou Adolphe Crémieux. Comprendre cette fonction, c’est comprendre comment l’écossisme s’est organisé.

Un titre né avec le Rite Écossais Ancien et Accepté

Souverain Grand Commandeur
Source : Wikimedia Commons – Jean-Baptiste Greuze – Public domain

Le REAA est fondé en 1801 à Charleston, en Caroline du Sud, par John Mitchell et Frederick Dalcho, qui constituent le premier Suprême Conseil, souvent appelé « Suprême Conseil mère du monde ». Le système des 33 degrés s’appuie sur les Grandes Constitutions de 1786, attribuées à Frédéric II de Prusse ; cette attribution est aujourd’hui largement tenue pour légendaire par les historiens, ce qui n’enlève rien à la valeur normative du texte pour les Suprêmes Conseils.

Ces Constitutions prévoient qu’une puissance souveraine, composée de Grands Inspecteurs Généraux du 33e degré, gouverne le rite dans chaque pays. À sa tête siège un président élu par ses pairs : le Souverain Grand Commandeur, souvent qualifié de « Très Puissant ».

Rôle et attributions

Le Souverain Grand Commandeur préside les séances du Suprême Conseil, représente la juridiction auprès des autres Suprêmes Conseils et signe les patentes qui constituent les ateliers de hauts grades. Il est entouré d’officiers aux titres codifiés, dont un Lieutenant Grand Commandeur, un Grand Chancelier et un Grand Secrétaire. La conduite des affaires reste collégiale : le Suprême Conseil décide de la collation du 33e degré et de l’évolution des rituels.

Sous son autorité s’étagent les ateliers de perfection (4e au 14e degré), les chapitres (15e au 18e), les aréopages (19e au 30e), puis les instances des 31e et 32e degrés. Le Suprême Conseil lui-même correspond au 33e degré, celui de Souverain Grand Inspecteur Général.

L’arrivée en France

Le comte Alexandre de Grasse-Tilly, revenu des Antilles et des États-Unis muni de patentes de Charleston, fonde à Paris le Suprême Conseil du 33e degré en France le 20 octobre 1804 et en devient le premier Souverain Grand Commandeur. Un Acte d’Union et Concordat est signé le 3 décembre 1804 avec le Grand Orient de France, qui répartit la gestion des degrés entre les deux puissances pendant quelques années.

Dès 1806, Grasse-Tilly cède la place à Jean-Jacques Régis de Cambacérès, archichancelier de l’Empire. Le titre devient alors un instrument de prestige et d’encadrement de la maçonnerie impériale. Le Suprême Conseil, réorganisé en 1821, prend ensuite le nom de Suprême Conseil de France.

Quelques grandes figures

  • Régis de Cambacérès (1806-1821) : l’archichancelier fait de l’écossisme un rouage de la sociabilité impériale.
  • Élie Decazes (1838-1860) : ancien ministre de Louis XVIII, il préside le Suprême Conseil pendant plus de vingt ans.
  • Adolphe Crémieux (1869-1880) : avocat et homme d’État, auteur du décret de 1870 sur la citoyenneté des juifs d’Algérie.
  • Albert Pike (Grand Commandeur de la Juridiction Sud des États-Unis à partir de 1859) : réviseur des rituels et auteur de Morals and Dogma (1871).
  • Charles Riandey (1961-1964) : son départ en 1964 conduit à la création d’un nouveau Suprême Conseil lié à la Grande Loge Nationale Française.

Un pouvoir encadré par des règles internationales

Chaque Suprême Conseil est en principe seul souverain sur son territoire, mais plusieurs coexistent aujourd’hui en France, liés à des obédiences différentes. Pour maintenir une cohérence, les Suprêmes Conseils se réunissent en conférences internationales. Le Convent de Lausanne de 1875 a ainsi révisé les constitutions du rite et affirmé des principes communs, dont la discussion a d’ailleurs nourri plusieurs divisions.

La fonction est élective et limitée dans le temps selon les statuts propres à chaque juridiction. Le Souverain Grand Commandeur n’est pas un « chef suprême » de la franc-maçonnerie : son autorité ne porte que sur les hauts grades de son rite et de sa juridiction, et les loges symboliques des trois premiers degrés relèvent, en France, des obédiences.

Symbolique et décor

Le décor du 33e degré associe traditionnellement l’aigle bicéphale couronné et la devise latine Deus meumque jus, « Dieu et mon droit », reprise des Grandes Constitutions. L’aigle à deux têtes, regardant l’Orient et l’Occident, figure l’universalité du rite et l’équilibre des contraires. Le titre de « Souverain » n’a rien de politique : il signifie que le Suprême Conseil ne dépend d’aucune autre autorité maçonnique pour les degrés qu’il administre.

Le saviez-vous ?

Le titre de Grand Commandeur se distingue de celui de Grand Maître, réservé aux présidents des obédiences symboliques. En France, plusieurs personnalités ont été successivement l’un et l’autre, ce qui montre l’étroite imbrication historique entre loges bleues et hauts grades écossais.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).
  • Albert Pike, Morals and Dogma of the Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry, Charleston, 1871.
  • Pierre Mollier, La Chevalerie maçonnique, Dervy, 2005.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Aréopage, Chapitre, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

S comme Shibboleth en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Shibboleth, que la tradition maçonnique française écrit souvent Schibboleth, est un mot hébreu qui signifie « épi » ou « courant d’eau ». Il doit sa célébrité à un épisode du livre des Juges : les hommes de Galaad démasquaient les fuyards d’Éphraïm à leur incapacité de le prononcer correctement. Devenu en de nombreuses langues le nom de tout signe de reconnaissance, il occupe une place importante dans la franc-maçonnerie, qui l’associe au grade de Compagnon. Il y invite à méditer sur l’appartenance, le passage et la parole juste.

Le récit biblique

Shibboleth
Source : Wikimedia Commons – Gustave Doré – Public domain

Le chapitre 12 du livre des Juges rapporte une guerre entre les hommes de Galaad, conduits par Jephté, et ceux de la tribu d’Éphraïm, qui lui reprochaient de ne pas les avoir appelés à combattre les Ammonites. Vainqueurs, les Galaadites s’emparent des gués du Jourdain. Aux fuyards qui veulent passer, ils demandent de dire « Schibboleth ».

Les Éphraïmites, qui prononçaient « Sibboleth », se trahissaient par leur accent et étaient mis à mort. Le texte biblique évoque quarante-deux mille victimes. L’épisode fait d’un simple mot une épreuve d’identité : ce n’est pas le sens qui compte, mais la manière de le dire.

Le sens du mot

En hébreu, shibbolet désigne l’épi de céréale et, dans d’autres passages, le flot ou le courant d’eau. Les dictionnaires maçonniques retiennent cette double signification. L’iconographie maçonnique l’a volontiers traduite par un épi de blé au bord d’une rivière, image qui figure sur certains tableaux de loge.

Un mot devenu concept

Par extension, un schibboleth désigne tout signe, mot ou usage qui permet de distinguer les membres d’un groupe de ceux qui n’en sont pas. Le terme est passé dans plusieurs langues, en anglais notamment, pour désigner une formule de ralliement ou un critère d’appartenance, parfois avec une nuance critique : celle d’un mot d’ordre vide de sens que l’on répète par conformisme.

L’histoire connaît d’autres schibboleths tragiques, où la prononciation d’un mot a servi à identifier et à persécuter un groupe. Le terme rappelle ainsi la part sombre des signes de reconnaissance, qui peuvent inclure autant qu’exclure.

Dans la tradition maçonnique

Le mot apparaît dans le contexte maçonnique français dès les années 1740, dans les textes de l’époque qui décrivent les usages des loges. Il est associé au grade de Compagnon dans de nombreux rites, où il intervient comme mot de reconnaissance transmis lors de la cérémonie d’augmentation de salaire. Sa présence est attestée de longue date dans la littérature maçonnique publique.

Le Compagnon est l’homme du voyage et du passage. Le récit du gué, où l’on ne franchit le fleuve qu’à condition de dire juste, s’accorde avec ce grade qui met en avant la marche, le travail et l’apprentissage de la parole.

Lectures symboliques

  • L’épi : la maturation, le fruit du travail, l’abondance qui récompense l’effort.
  • Le courant d’eau : le passage, la traversée d’un état à un autre.
  • La prononciation : la parole juste, qui suppose d’avoir appris et intégré.
  • La reconnaissance : le lien entre ceux qui partagent un même chemin.
  • L’exclusion : une mise en garde contre les signes qui servent à rejeter l’autre.

Plusieurs auteurs lisent le massacre des Éphraïmites comme une figure du combat intérieur : le maçon doit surmonter en lui ce qui l’empêche de passer. D’autres, plus attentifs à la dimension politique, voient dans l’épisode une guerre fratricide entre tribus d’un même peuple, et une réflexion sur le danger des identités closes.

Le saviez-vous ?

Certains commentateurs ont cru reconnaître le schibboleth dans une illustration du Traité de la Cabale de Jean Thenaud, rédigé vers 1535-1536, qui montre un épi au milieu d’une rivière. Le rapprochement est suggestif, mais il reste une hypothèse.

À retenir

  • Shibboleth signifie « épi » ou « courant d’eau » en hébreu.
  • Juges 12 en fait le mot qui trahit les Éphraïmites aux gués du Jourdain.
  • Il désigne par extension tout signe de reconnaissance d’un groupe.
  • La franc-maçonnerie l’associe au grade de Compagnon.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Compagnon, Mot de passe, Augmentation de salaire…, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Colonnes, Reconnaissance.

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N comme Nombre d’or en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le nombre d’or, noté φ (phi) et égal à environ 1,618, est la proportion obtenue lorsqu’un segment est partagé de telle sorte que le rapport du tout à la grande partie soit égal au rapport de la grande partie à la petite. Connu des géomètres grecs sous le nom de partage en extrême et moyenne raison, célébré à la Renaissance comme « divine proportion », il occupe une place de choix dans l’imaginaire maçonnique, attaché à la géométrie, à l’architecture et à l’étoile flamboyante. Il invite aussi à la prudence, car bien des légendes lui prêtent plus qu’il ne contient.

Une définition géométrique

Nombre d’or
Source : Wikimedia Commons – Leonardo da Vinci – Public domain

Le nombre d’or est la solution positive de l’équation x² = x + 1, soit (1 + √5) / 2, environ 1,618. Il a une propriété remarquable : son carré est égal à lui-même augmenté de un, et son inverse à lui-même diminué de un. Il est lié à la suite de Fibonacci, dont le rapport entre deux termes consécutifs tend vers lui.

Euclide, dans ses Éléments, décrit vers 300 avant notre ère la construction du partage d’un segment en extrême et moyenne raison. Le problème est ancien et lié à la construction du pentagone régulier et des solides réguliers.

De la divine proportion au nombre d’or

En 1509, le moine mathématicien Luca Pacioli publie à Venise De divina proportione, illustré de figures de polyèdres attribuées à Léonard de Vinci. La proportion y reçoit une aura théologique et esthétique. Au XIXe siècle, l’expression section dorée apparaît en Allemagne, et c’est au XXe siècle que le diplomate roumain Matila Ghyka popularise en France, avec Le Nombre d’or paru en 1931, l’idée d’une proportion universelle présente dans l’art et la nature.

Le Corbusier s’en inspire pour son Modulor, système de mesures fondé sur le corps humain et la proportion dorée. L’engouement pour le nombre d’or est donc, pour une large part, un phénomène moderne.

La géométrie dans la tradition maçonnique

La franc-maçonnerie se réclame de la géométrie, que les Anciens Devoirs identifiaient à la maçonnerie elle-même. La lettre G, placée au centre de l’étoile flamboyante dans de nombreux rites, est souvent rapportée à la géométrie. Dans ce cadre, le nombre d’or apparaît comme une figure privilégiée de l’harmonie et de la proportion juste que recherche le bâtisseur.

Il n’est pas un élément des rituels anciens : on ne le trouve pas dans les textes du XVIIIe siècle. Il appartient au commentaire symbolique, particulièrement développé au XXe siècle, qui relit les outils et les figures de la loge à la lumière des mathématiques et de l’ésotérisme.

Pentagramme et étoile flamboyante

Nombre d’or
Source : Wikimedia Commons – Futurebird at English Wikipedia – CC BY 2.5

Le lien le plus solide entre le nombre d’or et le symbolisme maçonnique passe par le pentagramme. Dans une étoile à cinq branches régulière, le rapport entre une diagonale et un côté du pentagone est exactement le nombre d’or, et chaque segment de l’étoile est divisé selon cette proportion. L’étoile flamboyante, symbole du grade de Compagnon dans plusieurs rites, porte donc en elle la divine proportion.

Les commentateurs rapprochent aussi le nombre cinq, le Compagnon et l’homme aux bras et jambes écartés inscrit dans le pentagramme, image de l’homme comme microcosme. Ces lectures relèvent de l’interprétation, mais elles reposent sur une propriété géométrique exacte.

Mythes et prudence

  • Le Parthénon : l’idée qu’il aurait été conçu selon le nombre d’or n’est pas démontrée et dépend des mesures retenues.
  • Les pyramides : les rapprochements proposés sont discutés par les historiens des mathématiques.
  • La nature : la phyllotaxie de certaines plantes est liée à la suite de Fibonacci, mais beaucoup d’exemples cités sont approximatifs.
  • La beauté : aucune étude n’a établi une préférence esthétique universelle pour cette proportion.

Le saviez-vous ?

Avant de désigner φ, l’expression nombre d’or avait un tout autre sens : dans le comput ecclésiastique, elle désigne le rang d’une année dans le cycle de Méton, période de dix-neuf ans au terme de laquelle les phases de la Lune reviennent aux mêmes dates. Ce nombre, qui sert au calcul de la date de Pâques, était inscrit en lettres d’or dans les calendriers.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Luca Pacioli, De divina proportione, Venise, 1509.
  • Matila Ghyka, Le Nombre d’or, Gallimard, 1931.
  • Mario Livio, The Golden Ratio, Broadway Books, 2002.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Géométrie, la lettre G, Étoile flamboyante, Compagnon, Compas, Colonne d’harmonie.

À lire aussi sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

M comme Maître secret en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Maître secret est le nom du 4e degré du Rite écossais ancien et accepté, le premier des grades dits de perfection qui suivent la maîtrise symbolique. Le récipiendaire y est placé dans un temple endeuillé par la mort d’Hiram, devant le Saint des Saints qu’il ne peut encore franchir. Il y apprend le silence, la discrétion et la fidélité, et commence la recherche de la parole perdue qui structure tout le système écossais. Degré de seuil, souvent comparé à un nouvel apprentissage, il ouvre au maçon le vaste champ des hauts grades.

Place dans le Rite écossais ancien et accepté

Maître secret
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – Public domain

Le Rite écossais ancien et accepté compte trente-trois degrés. Les trois premiers, Apprenti, Compagnon et Maître, sont pratiqués en loge symbolique. Du 4e au 14e degré s’étendent les grades de perfection, travaillés en loges de perfection. Le Maître secret en est le premier : il fait passer le maçon de la loge bleue aux ateliers dits supérieurs.

Ces degrés sont conférés sous l’autorité d’un Suprême Conseil ou d’une juridiction équivalente, selon l’organisation propre à chaque obédience. En France, plusieurs juridictions pratiquent le degré, avec des rituels publiés ou conservés dans les archives, qui diffèrent sur des points de détail.

Origines historiques

Le grade de Maître secret est issu des systèmes de hauts grades développés en France au milieu du XVIIIe siècle. On le trouve dans le Rite de Perfection, ou Ordre du Royal Secret, à vingt-cinq degrés, que le négociant Étienne Morin diffusa aux Antilles et en Amérique du Nord à partir des années 1760. Le Suprême Conseil fondé à Charleston en 1801 intégra ces grades dans l’échelle à trente-trois degrés du Rite écossais ancien et accepté.

Le décor et la légende

La loge de Maître secret représente symboliquement le Saint du Temple de Salomon, le Hekal, séparé du Saint des Saints par une balustrade. Le temple est en deuil : la mort d’Hiram a interrompu les travaux et la parole a été perdue. Les décors, souvent noirs semés de larmes, expriment cette affliction.

Le récipiendaire est admis à prendre part au deuil et à la garde du sanctuaire. Il reçoit des symboles qui annoncent un accès futur, comme une clé, et une couronne qui évoque l’espérance. Le grade met en scène une attente : le Maître secret se tient au seuil, apprend à se taire et à veiller.

Les enseignements du degré

Maître secret
Source : Wikimedia Commons – Hoalinh – CC BY-SA 4.0
  • Le silence : apprendre à se taire, à écouter et à garder ce qui doit l’être.
  • La discrétion : le secret comme discipline intérieure plutôt que comme dissimulation.
  • La fidélité : garder le sanctuaire et poursuivre l’œuvre interrompue.
  • La recherche : partir en quête de la parole perdue, fil conducteur des grades écossais.
  • L’humilité : redevenir apprenti dans un nouveau cycle de travail.

Un nouvel apprentissage

De nombreux commentaires soulignent que le Maître secret se trouve, au 4e degré, dans une situation comparable à celle de l’Apprenti au 1er. Il découvre un nouvel univers symbolique, de nouveaux décors et de nouveaux usages, et se tient en silence. Cette humilité retrouvée est l’un des enseignements essentiels du grade : la maîtrise symbolique n’est pas un terme, mais le début d’un autre chemin.

Le degré suscite aussi des réflexions sur le rapport entre dogme, symbole et liberté de conscience, notamment dans les juridictions adogmatiques qui lisent son décor biblique comme un langage symbolique plutôt que comme une profession de foi.

Le saviez-vous ?

Les fonds d’archives conservent des séries de rituels du 4e degré couvrant plusieurs décennies. La ville de Besançon, par exemple, signale dans son fonds patrimonial des rituels de Maître secret datés de 1966 à 2018, témoignant de la continuité et des révisions successives du grade.

À retenir

  • Maître secret est le 4e degré du Rite écossais ancien et accepté.
  • Il ouvre la série des grades de perfection, du 4e au 14e degré.
  • La loge figure le Saint du Temple de Salomon, endeuillé par la mort d’Hiram.
  • Il enseigne le silence, la discrétion et la fidélité.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Loge de Perfection, Hekal (Hékhal, Hekkal), Saints Jean, Parole perdue, Hiram.

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B comme Bienfaisance en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La bienfaisance est la vertu qui consiste à faire le bien d’autrui, en particulier à secourir ceux qui sont dans le besoin. Mot des Lumières, elle est au cœur de la pratique maçonnique depuis le XVIIIe siècle : chaque tenue se clôt par la circulation du tronc de bienfaisance, l’Hospitalier veille sur les frères en difficulté, et les obédiences soutiennent des œuvres et des fondations. Elle se distingue de l’aumône par sa discrétion et son esprit fraternel, et le Rite écossais rectifié en a même fait le nom de son ordre intérieur, les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.

Un mot des Lumières

Le mot bienfaisance s’est imposé dans la langue française au XVIIIe siècle ; on en attribue souvent la diffusion à l’abbé de Saint-Pierre, qui l’employa dans les années 1720 pour désigner une vertu sociale et laïque, distincte de la charité chrétienne. La bienfaisance des Lumières se veut rationnelle, organisée et tournée vers l’utilité publique.

La franc-maçonnerie naissante a adopté ce vocabulaire. Les loges du XVIIIe siècle se présentent comme des sociétés de bienfaisance autant que de sociabilité, et la générosité envers les frères malheureux et les pauvres fait partie de leurs devoirs.

Le tronc de bienfaisance

En fin de tenue, un officier fait circuler le tronc de bienfaisance, encore appelé tronc de la veuve ou tronc hospitalier. Chacun y dépose discrètement son obole, sans que personne ne sache ce qu’il donne. Le produit est consacré à des œuvres philanthropiques ou au secours des frères et de leurs familles.

Le nom de « tronc de la veuve » rappelle la légende d’Hiram, présenté comme le fils d’une veuve, et l’usage de désigner les francs-maçons comme les « enfants de la veuve ». La discrétion du don est une règle : la bienfaisance maçonnique ne cherche pas la reconnaissance.

L’Hospitalier

La bienfaisance a son officier : l’Hospitalier, parfois appelé Élémosinaire ou Aumônier selon les rites. Il gère le tronc, prend des nouvelles des frères malades ou éprouvés, et propose à la loge les secours nécessaires. Il forme avec le Vénérable et le Trésorier ce que certains commentaires nomment le triangle des voies et moyens. Son bijou évoque souvent une bourse.

Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte

Au convent des Gaules réuni à Lyon en 1778, à l’initiative de Jean-Baptiste Willermoz, la réforme de la Stricte Observance templière en France prend le nom de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Le Rite écossais rectifié fait ainsi de la bienfaisance la vertu cardinale de son ordre intérieur, liée à une conception chrétienne de la chevalerie spirituelle.

Pour le Rite écossais rectifié, la bienfaisance n’est pas seulement un geste matériel : elle exprime l’amour du prochain qui doit animer le chevalier, et la Règle maçonnique de 1782 en fait un devoir essentiel.

Formes contemporaines

  • Solidarité interne : aide aux frères, aux sœurs et à leurs familles en difficulté.
  • Œuvres et fondations : plusieurs obédiences disposent de fondations reconnues qui soutiennent la recherche, l’éducation ou l’action sociale.
  • Institutions anglaises : la Grande-Bretagne a développé dès le XVIIIe siècle de grandes institutions charitables maçonniques, écoles et maisons de retraite.
  • Actions locales : les loges soutiennent des associations de leur région, souvent sans publicité.

Bienfaisance, charité, solidarité

Les auteurs maçonniques distinguent volontiers la bienfaisance de la charité, à forte connotation religieuse, et de la solidarité, qui insiste sur la réciprocité. La bienfaisance maçonnique se veut fraternelle : on ne donne pas d’en haut, on aide un égal. Elle est aussi discrète, car elle n’a de sens que si elle n’est pas une occasion de vanité.

Le saviez-vous ?

La Royal Masonic School for Girls, fondée à Londres en 1788 à l’initiative du chevalier Bartholomew Ruspini, est l’une des plus anciennes institutions charitables maçonniques encore en activité. Elle accueillait à l’origine les filles de francs-maçons tombés dans le besoin.

À retenir

  • La bienfaisance est une vertu des Lumières, adoptée très tôt par les loges.
  • Le tronc de bienfaisance circule en fin de tenue ; le don y est anonyme.
  • L’Hospitalier est l’officier chargé de la solidarité.
  • Le Rite écossais rectifié a fait de la bienfaisance le nom de son ordre intérieur.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tronc de la veuve, Hospitalier (ou Elémosinaire), Enfants de la veuve, Fraternité.

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H comme Humanisme en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’humanisme désigne une conception du monde qui place l’être humain, sa dignité, sa raison et sa capacité de perfectionnement au centre de la réflexion et de l’action. Héritière de la Renaissance et des Lumières, la franc-maçonnerie se présente volontiers comme une école d’humanisme : elle propose à ses membres un travail sur eux-mêmes ordonné à l’amélioration de l’humanité. Spiritualiste ou laïque selon les obédiences, cet humanisme maçonnique est l’un des mots qui reviennent le plus souvent dans les textes fondateurs, les discours et les engagements des loges.

Aux sources de l’humanisme

Humanisme
Source : Wikimedia Commons – Peter Paul Rubens – CC0

Le mot humanisme est forgé au XIXe siècle pour désigner le mouvement intellectuel de la Renaissance qui redécouvre les lettres antiques et réfléchit à la dignité de l’homme. Pic de la Mirandole, dans son Discours sur la dignité de l’homme de 1486, Érasme ou Montaigne en sont des figures majeures. Le terme s’est ensuite élargi à toute pensée qui fait de l’homme la mesure et la fin de l’action.

Les Lumières prolongent cet héritage en le liant à la raison, à la tolérance et au progrès. C’est dans ce contexte que naît, au début du XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie spéculative.

Un idéal inscrit dans les textes

Les Constitutions d’Anderson de 1723 présentent la maçonnerie comme un centre d’union entre des hommes qui, autrement, seraient restés étrangers les uns aux autres. Cette ambition d’unir au-delà des différences de religion, de nation et de condition est au cœur de l’humanisme maçonnique.

La Constitution du Grand Orient de France définit l’obédience comme une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, qui travaille à l’amélioration matérielle et morale et au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. D’autres obédiences emploient des formulations proches, mettant l’accent sur le perfectionnement de l’individu.

Humanisme spiritualiste, humanisme laïque

La franc-maçonnerie connaît plusieurs sensibilités. La maçonnerie dite régulière, qui requiert la croyance en un Être suprême, défend un humanisme spiritualiste : l’homme se perfectionne sous le regard du Grand Architecte de l’Univers. La maçonnerie libérale et adogmatique revendique un humanisme laïque, fondé sur la liberté absolue de conscience et sur la seule raison.

Ces différences sont réelles et ont des conséquences institutionnelles, notamment en matière de reconnaissance entre obédiences. Mais toutes partagent l’idée que le travail initiatique vise d’abord l’homme et sa transformation.

L’humanisme en pratique

Humanisme
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – Public domain
  • Perfectionnement de soi : le travail sur la pierre brute figure l’amélioration de l’individu.
  • Fraternité : l’égalité de principe entre frères et sœurs, quelle que soit leur condition.
  • Tolérance : le respect des convictions d’autrui dans le débat en loge.
  • Solidarité : la bienfaisance et l’entraide, en loge et au-delà.
  • Engagement : pour certaines obédiences, la réflexion sur les questions de société.

Le Droit Humain, un nom-programme

L’Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain, fondé en 1893 par Maria Deraismes et Georges Martin, a fait de l’humanisme son nom même. En admettant hommes et femmes à égalité, il a voulu appliquer jusque dans ses loges le principe d’une humanité une et indivisible. Son histoire montre que l’humanisme maçonnique est aussi une question d’organisation interne.

Le saviez-vous ?

L’encyclique du pape Léon XIII qui condamna la franc-maçonnerie en 1884 s’intitule Humanum genus, « le genre humain ». Elle oppose deux camps dans l’humanité, l’un fidèle à l’Église, l’autre rangé derrière les sociétés secrètes. Le titre a souvent été relevé comme une ironie de l’histoire par des francs-maçons qui se réclament précisément de l’humanisme.

À retenir

  • L’humanisme place l’homme, sa dignité et sa raison au centre de la réflexion.
  • La franc-maçonnerie se présente comme une école de perfectionnement de l’homme et de l’humanité.
  • Il existe un humanisme maçonnique spiritualiste et un humanisme laïque.
  • Le Droit Humain, fondé en 1893, en a fait son nom.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Fraternité, Tolérance, Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Libre examen, Pierre brute, Initiation de Georges Martin à la loge Union et Bienfaisance, 21 mars 1879 (date historique), Fondation du Droit Humain par Maria Deraismes et Georges Martin, 4 avril 1893 (date historique).

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L comme Laïcité en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La laïcité désigne la séparation des Églises et de l’État, la neutralité de la puissance publique en matière de croyances et la garantie de la liberté de conscience pour tous. En France, elle est étroitement associée à l’histoire de la franc-maçonnerie dite libérale et adogmatique, en particulier du Grand Orient de France, dont nombre de membres ont pris part aux grandes lois scolaires et à la loi de 1905. Valeur revendiquée par plusieurs obédiences, elle est aussi un sujet de débat, de mémoire et parfois de polémique, car elle a nourri à la fois l’engagement républicain des loges et les accusations de leurs adversaires.

Une notion française

Laïcité
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – Public domain

Le mot laïcité apparaît dans la langue française dans les années 1870, au moment où se pose la question d’un enseignement public affranchi de la tutelle religieuse. Il vient de laïc, issu du grec laos, le peuple, par opposition au clergé. La notion se précise avec les lois scolaires de Jules Ferry en 1881 et 1882, qui instituent l’école primaire gratuite, obligatoire et laïque.

La loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État en constitue la pierre angulaire : la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, mais ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. La Constitution de 1958 définit la France comme une République laïque.

Les loges et le combat laïque

Sous la Troisième République, de nombreux francs-maçons ont participé au mouvement laïque. Le Grand Orient de France supprime en 1877 l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme, sur la proposition du pasteur Frédéric Desmons, et s’affirme comme une obédience adogmatique. Ses loges deviennent des lieux de réflexion et de sociabilité républicaine, où se discutent l’école, l’instruction populaire et la place de l’Église dans la société.

La Ligue de l’enseignement, fondée en 1866 par Jean Macé, lui-même franc-maçon, illustre ces convergences. Les historiens soulignent toutefois que la laïcité est l’œuvre d’un large mouvement politique et intellectuel, dont les loges ne furent qu’une composante.

Une valeur, des approches

Toutes les obédiences n’abordent pas la laïcité de la même manière. Le Grand Orient de France, le Droit Humain, la Grande Loge féminine de France ou la Grande Loge de France, chacune avec ses nuances, en font une valeur explicite et s’expriment publiquement à son sujet. La maçonnerie dite régulière, comme la Grande Loge nationale française, s’interdit en principe toute prise de position politique ou religieuse et considère la question comme relevant de la conscience de chacun.

En Belgique, la laïcité a pris une autre forme : celle d’un mouvement philosophique organisé, issu notamment du libre examen, et reconnu par l’État aux côtés des cultes.

Laïcité en loge

Laïcité
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – Public domain
  • Liberté de conscience : l’initié est libre de croire ou de ne pas croire.
  • Neutralité de l’espace : la loge accueille des convictions diverses sans en privilégier aucune.
  • Volume de la loi sacrée : selon les rites, il est remplacé ou accompagné d’autres textes, comme une Constitution ou un livre blanc.
  • Débat public : certaines obédiences publient des positions sur l’école, la bioéthique ou la fin de vie.

Un enjeu de polémiques

Le lien entre loges et laïcité a nourri l’antimaçonnisme. L’affaire des fiches, en 1904, au cours de laquelle le ministère de la Guerre fit recenser les opinions religieuses des officiers avec le concours du Grand Orient, a durablement servi d’argument aux adversaires de la franc-maçonnerie. La propagande du régime de Vichy a ensuite présenté l’école laïque comme une œuvre maçonnique à abattre.

Les historiens rappellent que ces accusations ont grossi le rôle des loges pour mieux disqualifier la République. Les francs-maçons ont pris part au combat laïque, mais ils ne l’ont ni inventé ni conduit seuls.

Le saviez-vous ?

Le pasteur protestant Frédéric Desmons, qui porta en 1877 la réforme supprimant l’obligation de croyance au Grand Orient de France, fut aussi député puis sénateur du Gard. Que cette réforme ait été défendue par un homme d’Église rappelle que la laïcité maçonnique ne s’est pas construite contre la foi, mais pour la liberté de conscience.

À retenir

  • La laïcité garantit la liberté de conscience et la neutralité de l’État.
  • Les lois Ferry de 1881-1882 et la loi de 1905 en sont les jalons majeurs.
  • Le Grand Orient de France devient adogmatique en 1877.
  • Les obédiences régulières s’abstiennent de toute prise de position publique sur le sujet.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Libre examen, Liberté de conscience (antimaçonnisme), Entrée d’Antoine-Émile Moulin, père de Jean Moulin, au Grand Orient de France, 1902 (date historique), Humanisme maçonnique (antimaçonnisme).

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