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L comme Libre examen en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le libre examen est le principe selon lequel chacun doit former son jugement par sa propre raison, en refusant l’argument d’autorité. Né dans les débats religieux de la Renaissance et de la Réforme, il est devenu au XIXe siècle la devise de l’Université libre de Bruxelles et l’un des fondements de la franc-maçonnerie dite libérale et adogmatique, en Belgique d’abord, puis dans une grande partie de la maçonnerie francophone. Il ne désigne pas une doctrine, mais une méthode : examiner, douter, confronter, sans s’interdire aucune question.

Définition

Libre examen
Source : Wikimedia Commons – Rijksmuseum – CC0

Le libre examen, calque du latin liberum examen, désigne la liberté de jugement face à toute autorité, qu’elle soit religieuse, politique ou intellectuelle. Il repose sur le rejet de l’argument d’autorité : une affirmation ne vaut pas parce qu’elle émane d’une institution ou d’un maître, mais parce qu’elle résiste à l’examen de la raison.

Le principe ne prescrit aucune conclusion. On peut, par libre examen, aboutir à la foi comme à l’incroyance. Ce qui compte est la démarche : l’indépendance du jugement et la disponibilité au doute.

Des origines religieuses

L’expression apparaît dès la Renaissance. La pensée protestante l’a revendiquée pour défendre la lecture personnelle de l’Écriture, même si les Églises réformées en ont souvent limité la portée. L’université de Leyde en avait fait sa devise. Le libre examen est ainsi passé, en quelques siècles, d’un principe de lecture religieuse à un principe général de la pensée critique.

L’Université libre de Bruxelles

En Belgique, le libre examen est indissociable de l’Université libre de Bruxelles, fondée en 1834 par les libéraux, en réponse à la création d’une université catholique la même année. Son fondateur, Pierre-Théodore Verhaegen, également Grand Maître du Grand Orient de Belgique, emploie l’expression « liberté d’examen » en 1854 et définit en 1859 l’idéal de l’université comme l’indépendance de la raison humaine.

Le libre examen est inscrit dans les statuts de l’ULB en 1894. Aujourd’hui encore, l’article premier de ses statuts organiques fonde l’enseignement et la recherche sur ce principe, défini comme le rejet de l’argument d’autorité et l’indépendance de jugement.

Libre examen et franc-maçonnerie

Libre examen
Source : Wikimedia Commons – LapinsCrétinsCalotteQuest – CC BY-SA 4.0

Le Grand Orient de Belgique a joué un rôle décisif dans cette histoire. En 1854, sous la grande maîtrise de Verhaegen, il abolit l’article de ses statuts qui interdisait aux loges de traiter de politique et de religion. En 1872, il supprime l’obligation d’invoquer le Grand Architecte de l’Univers, cinq ans avant le Grand Orient de France. Les historiens décrivent ce passage d’une attitude d’origine religieuse à une pensée non dogmatique, puis à une laïcité affirmée.

Dans la maçonnerie dite libérale ou adogmatique, le libre examen est devenu un principe cardinal : aucune vérité n’est imposée à l’initié, qui reste libre de ses convictions. La maçonnerie dite régulière, attachée à la croyance en un Être suprême, reconnaît la liberté de conscience mais dans un cadre différent.

Ce que le principe implique en loge

  • Liberté de parole : chacun expose sa pensée sans être interrompu ni jugé.
  • Pluralité : les convictions religieuses et philosophiques sont multiples et respectées.
  • Esprit critique : les planches sont discutées et non simplement approuvées.
  • Absence de dogme : les symboles se prêtent à des interprétations personnelles.
  • Travail sur soi : le doute porte aussi sur ses propres certitudes.

Le saviez-vous ?

La fondation de l’ULB est célébrée chaque année à Bruxelles lors de la Saint-Verhaegen, fête étudiante du 20 novembre qui porte le nom du fondateur. Le choix d’un « saint » laïque pour une université du libre examen relève d’un humour revendiqué.

À retenir

  • Le libre examen est le refus de l’argument d’autorité et la liberté de jugement.
  • D’origine religieuse, il est devenu la devise de l’Université libre de Bruxelles.
  • Le Grand Orient de Belgique a supprimé l’invocation obligatoire du Grand Architecte en 1872.
  • Il est un principe cardinal de la franc-maçonnerie libérale et adogmatique.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Liberté de conscience (antimaçonnisme), Fondation du Grand Orient de Belgique, 23 février 1833 (date historique), Tolérance, Humanisme maçonnique (antimaçonnisme).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

D comme Devoir en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le mot Devoir a en franc-maçonnerie un double sens. Il désigne d’abord les « Anciens Devoirs », ces textes réglementaires et légendaires des maçons opératifs médiévaux, dont s’inspirent les Constitutions d’Anderson de 1723. Il désigne ensuite l’ensemble des obligations morales que le franc-maçon s’engage à respecter envers lui-même, envers ses frères et envers l’humanité. Entre héritage historique et exigence éthique, le Devoir rappelle que la liberté maçonnique n’est pas licence : elle s’exerce dans un cadre de loyauté, de fraternité et de travail.

Des Anciens Devoirs aux Constitutions

Devoir
Source : Wikimedia Commons – Christophe Dioux – Public domain

Les Anciens Devoirs, en anglais Old Charges, sont un ensemble de manuscrits rédigés en Grande-Bretagne à partir de la fin du Moyen Âge. Les plus anciens connus sont le manuscrit Regius, daté de la fin du XIVe siècle, et le manuscrit Cooke, du XVe siècle. Ils mêlent une histoire légendaire du métier, rattachée à la géométrie et aux grands bâtisseurs bibliques, et des règles de conduite pour les maçons.

En 1723, les Constitutions d’Anderson, publiées pour la Grande Loge de Londres, reprennent cette matière et la réécrivent pour une franc-maçonnerie désormais spéculative. Leurs Charges of a Free-Mason ont été traduites en français sous le titre de devoirs ou d’obligations, notamment dans l’ouvrage de La Tierce paru en 1742. Le mot Devoir désigne donc à l’origine un texte normatif.

Le contenu des Devoirs

  • Envers Dieu et la religion : la question, tranchée différemment selon les obédiences, de la croyance requise.
  • Envers l’autorité civile : être un sujet paisible et ne pas comploter contre l’État.
  • En loge : assiduité, respect des officiers, discrétion sur les travaux.
  • Envers les frères : fraternité, aide mutuelle, refus des querelles et des médisances.
  • Dans le travail : loyauté, honnêteté et juste salaire, hérités du métier.

Le Devoir dans le compagnonnage

Le mot a connu une autre fortune dans le compagnonnage français. Les sociétés compagnonniques se désignent depuis l’Ancien Régime comme des « Devoirs » : on parle des Compagnons du Devoir, du Devoir de liberté, des enfants de Salomon, de maître Jacques ou du père Soubise. Le Devoir y désigne à la fois la règle commune et la communauté qui la porte.

Franc-maçonnerie et compagnonnage sont deux traditions distinctes, aux histoires séparées, mais elles partagent cette idée d’une règle de vie transmise par l’initiation et liée au métier de bâtisseur.

Une exigence morale

Devoir
Source : Wikimedia Commons – Gamet, André (Oullins, 18–05–1919 – Lyon, 17–03–2017), photographe – CC0

Dans la pratique contemporaine des loges, le devoir est d’abord une éthique. L’initié prend des engagements solennels lors de sa réception ; il s’oblige à la discrétion, à l’assiduité, à la solidarité. Les rituels lui rappellent ses devoirs envers sa famille, sa patrie, ses frères et l’humanité, selon des formulations qui varient d’un rite à l’autre.

Au Rite écossais rectifié, la Règle maçonnique adoptée lors du convent de Wilhelmsbad en 1782 énumère avec précision les devoirs du maçon envers Dieu, envers soi-même, envers son prochain et envers sa patrie. Elle demeure l’un des textes les plus complets sur ce sujet.

Devoir et liberté

La franc-maçonnerie se présente souvent comme une école de liberté. Le devoir n’y est pas imposé de l’extérieur : il est librement consenti. L’initié choisit de s’engager, et c’est cette adhésion volontaire qui fonde la valeur de ses obligations. Plusieurs commentateurs y voient l’écho de la morale des Lumières, qui fait du devoir l’expression de la raison et non de la contrainte.

Cette tension entre liberté et devoir traverse toute l’histoire maçonnique, des débats sur la régularité aux discussions sur l’engagement social des obédiences.

Le saviez-vous ?

Plus d’une centaine de versions manuscrites des Anciens Devoirs ont été recensées par les historiens. Leur comparaison a permis de reconstituer des familles de textes et de mieux comprendre le passage de la maçonnerie opérative à la maçonnerie spéculative.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • James Anderson, The Constitutions of the Free-Masons, Londres, 1723.
  • Louis-François de La Tierce, Histoire, obligations et statuts de la très vénérable confraternité des francs-maçons, Francfort, 1742.
  • La Règle maçonnique du Rite écossais rectifié, adoptée au convent de Wilhelmsbad, 1782.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Anciens Devoirs (Old Charges), Publication des Constitutions d’Anderson, 1723 (date historique), Obligation, Serment, Fraternité.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

S comme Sagesse, Force, Beauté en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Sagesse, Force, Beauté : cette triade est l’une des plus anciennes et des plus constantes de la franc-maçonnerie. Elle désigne les trois piliers qui soutiennent symboliquement la loge, associés aux trois premiers officiers, le Vénérable et les deux Surveillants, ainsi qu’aux trois ordres d’architecture ionique, dorique et corinthien. Elle exprime une conception complète de l’œuvre : la sagesse qui conçoit, la force qui réalise et soutient, la beauté qui orne et achève. Présente dans les rituels d’ouverture de nombreux rites, elle résume en trois mots l’idéal du bâtisseur.

Les trois piliers de la loge

Sagesse, Force, Beauté
Source : Wikimedia Commons – Miscellaneous Items in High Demand, PPOC, Library of Congress – Public domain

Dans le langage maçonnique, la loge est soutenue par trois grands piliers, que l’on nomme Sagesse, Force et Beauté. Ils sont figurés sur les tableaux de loge par trois colonnes et, dans de nombreux temples, par trois petites colonnes surmontées d’un chandelier, disposées autour du pavé mosaïque. Ils ne doivent pas être confondus avec les deux colonnes de l’entrée, Jakin et Boaz.

La triade remonte aux catéchismes maçonniques anglais du XVIIIe siècle, qui demandent ce qui soutient la loge et répondent par ces trois mots. Elle s’est diffusée ensuite dans l’ensemble des rites, avec des correspondances qui varient légèrement de l’un à l’autre.

Correspondances traditionnelles

  • Sagesse : le Vénérable Maître, l’ordre ionique, le roi Salomon dans les lectures inspirées du Temple.
  • Force : le Premier Surveillant, l’ordre dorique, Hiram roi de Tyr qui fournit les matériaux.
  • Beauté : le Second Surveillant, l’ordre corinthien, Hiram l’architecte qui orna le Temple.
  • Les attributions des ordres et des personnages peuvent différer selon les rites et les rituels.

La formule d’ouverture

Dans plusieurs rituels, notamment au Rite écossais ancien et accepté, l’ouverture des travaux fait entendre la triade dans la bouche des trois Lumières. Le Vénérable souhaite que la Sagesse préside à la construction de l’édifice ; le Premier Surveillant, que la Force le soutienne ; le Second Surveillant, que la Beauté l’orne. La parole circule ainsi de l’Orient vers l’Occident et le Midi, dessinant un triangle dans l’espace du temple.

Ce moment rituel donne à la triade une dimension active : il ne s’agit pas seulement de qualités à admirer, mais d’énergies à mettre en œuvre dans le travail collectif qui commence. À la clôture, certains rituels leur font correspondre d’autres mots qui disent le fruit du travail accompli.

Concevoir, réaliser, orner

La lecture la plus courante voit dans la triade les trois temps de toute construction. La Sagesse conçoit le plan et fixe le but ; la Force réalise, porte et maintient ; la Beauté harmonise et parachève. Aucune ne suffit seule : la sagesse sans force reste un projet, la force sans sagesse devient brutalité, la beauté sans les deux autres n’est qu’ornement.

Appliquée au maçon lui-même, la triade décrit un équilibre intérieur entre l’intelligence, la volonté et la sensibilité. Elle rejoint ainsi l’idée, centrale en franc-maçonnerie, que le travail sur la pierre est d’abord un travail sur soi.

Origines et résonances

Les commentateurs rapprochent volontiers cette triade de l’architecture antique. Vitruve, dans son De architectura, demandait à tout édifice solidité, utilité et beauté, triade que la Renaissance a abondamment reprise. La parenté n’est pas une filiation démontrée, mais elle éclaire l’esprit d’un symbolisme né chez des bâtisseurs.

D’autres auteurs ont proposé des correspondances avec les trois colonnes de l’arbre séphirotique de la Kabbale, où figurent des sefirot nommées sagesse, rigueur ou force, et beauté. Ces rapprochements relèvent de l’interprétation et non de l’histoire des rituels.

Le saviez-vous ?

Les trois piliers sont souvent présentés comme incomplets : on évoque parfois un quatrième pilier absent, signe que l’édifice n’est jamais achevé et que le travail maçonnique reste ouvert. Ce thème, développé dans plusieurs planches, prolonge l’idée du temple toujours en construction.

À retenir

  • Sagesse, Force et Beauté sont les trois piliers qui soutiennent symboliquement la loge.
  • Ils correspondent au Vénérable et aux deux Surveillants.
  • Ils sont associés aux ordres ionique, dorique et corinthien.
  • Ils figurent les trois temps de l’œuvre : concevoir, réaliser, orner.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Vénérable (Vénérable Maître en chaire), Surveillants, Colonnes, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Lumières (trois).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

G comme Grand Expert en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Grand Expert est l’officier de loge chargé de veiller au bon déroulement du rituel. Gardien de la tradition et de la régularité des travaux, il connaît le cérémonial dans le détail, prépare les candidats et les accompagne lors des cérémonies, contrôle la qualité des visiteurs et seconde le Vénérable dans la conduite des tenues. Son titre varie selon les rites : Grand Expert au Rite écossais ancien et accepté, Expert dans d’autres pratiques. Discret mais indispensable, il incarne l’idée que la forme rituelle, transmise avec exactitude, porte en elle une part de l’enseignement maçonnique.

Définition et appellations

Grand Expert
Source : Wikimedia Commons – Arielinson – CC BY-SA 4.0

Le vocabulaire maçonnique définit le Grand Expert comme l’officier chargé du bon déroulement du rituel. Selon les rites et les obédiences, la même fonction peut être désignée sous le nom d’Expert, et certaines pratiques parlent d’Architecte préparateur pour la partie de la charge consacrée à la préparation des candidats. Le titre de Grand Expert est caractéristique des loges travaillant au Rite écossais ancien et accepté en France.

Le mot « expert » doit s’entendre dans son sens ancien : celui qui a l’expérience, qui a éprouvé. Le Grand Expert n’est pas un spécialiste de la symbolique ; il est celui qui sait faire, et faire correctement, ce que le rituel prescrit.

Une place parmi les officiers

La loge distingue traditionnellement les officiers à poste fixe, comme l’Orateur, le Secrétaire, le Trésorier ou l’Hospitalier, et les officiers qui se déplacent. Le Grand Expert appartient à cette seconde catégorie, aux côtés du Maître des cérémonies. Il circule dans le temple, intervient au moment voulu et assure la liaison entre le Vénérable et les différents moments du cérémonial.

Les descriptions publiées de son bijou varient selon les rites et les époques. Une présentation des officiers parue sur 450.fm le décrit au REAA comme associant une règle et un œil, signes de la mesure et de la vigilance. Comme pour tous les bijoux d’office, il est porté au cordon et changé à chaque renouvellement des officiers.

Ses missions

  • Gardien du rituel : veiller à l’exactitude des gestes, des paroles et des déplacements.
  • Préparation des candidats : recevoir le profane, le préparer et l’accompagner lors des cérémonies.
  • Vérification : s’assurer, avec le Couvreur, de la qualité maçonnique des frères et des visiteurs.
  • Assistance : suppléer, si besoin, un officier absent et seconder le Vénérable.
  • Transmission : former les officiers plus jeunes à la pratique du cérémonial.

Dans les cérémonies d’initiation

C’est au moment des cérémonies que la fonction prend toute son importance. Dans de nombreux rituels, l’Expert ou le Grand Expert est celui qui conduit le récipiendaire, l’accompagne dans ses voyages et veille à ce que chaque étape se déroule dans l’ordre prévu. Le rôle exige sang-froid et bienveillance : le candidat ne sait rien, et c’est sur l’officier que repose la cohérence de ce qu’il va vivre.

Les répartitions précises entre Grand Expert, Expert et Maître des cérémonies diffèrent d’un rite et d’une obédience à l’autre. Les rituels de chaque juridiction en fixent le détail, que l’on ne saurait uniformiser.

Un officier de tradition

Les commentateurs voient dans le Grand Expert le gardien de la tradition de la loge. Il est souvent choisi parmi les Maîtres expérimentés, parfois anciens Vénérables, parce que la charge suppose une connaissance intime du rituel et des usages de l’atelier. Il est aussi un pédagogue discret : en corrigeant un geste ou un placement, il transmet ce que l’on n’apprend pas dans les livres.

Certaines lectures symboliques rattachent la fonction à l’idée de régulation : maintenir, corriger, accorder. Le Grand Expert veille à ce que la forme demeure juste, afin que le sens puisse s’y déposer.

Le saviez-vous ?

En 1912, Oswald Wirth consacra des pages de la revue Le Symbolisme à l’installation des officiers de loge, rappelant que chaque fonction a son sens propre. Le Grand Expert y apparaît comme un officier dont la compétence conditionne la qualité des travaux de tous.

À retenir

  • Le Grand Expert veille au bon déroulement du rituel et à la régularité des travaux.
  • Il prépare et accompagne les candidats lors des cérémonies.
  • Son titre et ses attributions varient selon les rites : Grand Expert au REAA, Expert ailleurs.
  • Il est un officier mobile, distinct des officiers à poste fixe.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Officiers, Maître des cérémonies (MDC), Couvreur, Élection de Portalis comme vénérable de L’Étroite Persévérance des Amis Réunis à Aix, 1768 (date historique), Rituel, Initiation, Bijou.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Cordonite (ou cordonnite) en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La cordonite, parfois écrite cordonnite, est une « maladie imaginaire » dont souffriraient les francs-maçons trop friands d’honneurs, de grades et de décors. Le mot, forgé sur le cordon, cette large écharpe qui distingue officiers, maîtres et hauts gradés, emprunte le suffixe médical -ite pour désigner une inflammation de l’ego. Terme d’humour et d’autocritique, il circule dans les loges, les planches et la presse maçonnique pour rappeler une évidence : le décor n’est qu’un signe, et la quête des titres trahit l’esprit de l’initiation qui prétend dépouiller l’homme de ses métaux.

Un mot d’humour maçonnique

Cordonite (ou cordonnite)
Source : Wikimedia Commons – Ji-Elle – CC BY-SA 3.0

La cordonite n’appartient à aucun rituel ni à aucun règlement. C’est un mot d’atelier, né de la conversation fraternelle, que les vocabulaires de la franc-maçonnerie définissent comme une maladie imaginaire touchant les frères avides d’honneurs et de grades. Le suffixe -ite, celui de la bronchite ou de l’otite, donne au mot sa saveur : la vanité y est traitée comme une affection, contagieuse et parfois chronique.

On parle ainsi de « cordonite aiguë » pour une ambition soudaine, ou de « cordonite chronique » pour celui qui collectionne les fonctions et les degrés. L’expression permet de nommer un travers sans accuser personne : on la diagnostique souvent chez les autres, plus rarement chez soi.

Le cordon, du signe au symptôme

Le cordon est un élément du décor maçonnique : une écharpe portée en sautoir ou en baudrier, dont la couleur et les ornements varient selon le rite, le grade et la fonction. Le Vénérable, les officiers, les membres des hauts grades et les grands officiers des obédiences en portent de distinctifs. Le cordon dit une charge ou un parcours ; il ne confère en lui-même aucune qualité.

La cordonite commence lorsque ce rapport s’inverse : le signe est recherché pour lui-même, le décor devient but, la fonction un trophée. La presse maçonnique a résumé cette dérive en parlant du cordon qui « dévoie son utilité » quand s’insinue l’imposture de la cordonite.

Cordonite et cratophilie : le diagnostic de Daniel Béresniak

La cordonite a une sœur savante : la cratophilie. Construit sur le grec kratos, le pouvoir, et philia, l’amour, le mot a été mis en circulation dans le monde maçonnique par Daniel Béresniak (1933-2005), l’un des essayistes maçonniques les plus féconds de la seconde moitié du XXe siècle, auteur de Rites et symboles de la franc-maçonnerie et de La Légende d’Hiram et les initiations traditionnelles. Il en a fait le titre d’un recueil, Embrochons la bêtise et la cratophilie, paru en 2001 aux éditions du Club Zéro puis réédité en 2018 par Detrad aVs dans la collection « Esprit libre » : billets d’humeur, analyses et interventions de colloques où il s’en prend aux deux maux qu’il jugeait les plus tenaces dans la vie des groupes humains.

Pour Béresniak, la cratophilie, « l’amour du pouvoir », n’est pas une opinion mais une disposition. Elle « atteint les hommes de gauche comme de droite indifféremment », écrit-il, et il la range parmi les pathologies narcissiques. Le vocabulaire clinique n’a rien d’un effet de style chez un auteur qui a consacré un ouvrage à la psychanalyse (Comprendre la psychanalyse, 1990) : il ne s’agit pas de juger un caractère, mais de nommer une pente que chacun porte en soi et que les groupes, profanes comme initiatiques, ont tôt fait d’encourager.

Les deux mots se répondent. La cordonite décrit le symptôme visible : le cordon convoité, la charge cumulée, le titre affiché. La cratophilie nomme la passion qui le nourrit. Le premier est un mot d’atelier, souriant ; le second est un diagnostic plus grave, car il ne s’arrête pas aux portes du temple et concerne la cité tout entière. Béresniak rappelait que, dans une société démocratique, « c’est le suffrage qui fait et défait les princes ». La règle vaut pour les ateliers : l’élection des officiers, leur renouvellement et le retour au rang du Vénérable sortant sont, en Loge, les remèdes institutionnels à la tentation de s’installer dans le pouvoir.

Le mot a fait école dans les colonnes de 450.fm. Jacques Fontaine, qui se réclame de Béresniak comme de son maître, l’emploie pour s’interroger sur la fraternité dans des loges traversées par les rivalités ; d’autres auteurs en ont tiré un test humoristique du « maçon cratophile » ou ont décrit comme une « grande épidémie » les Vénérables et dignitaires qui ne quittent plus leur fauteuil. Tous retrouvent la même intuition : la cordonite n’est que la partie émergée d’une passion plus profonde, que l’initiation, travail sur soi et dépouillement des métaux, a précisément pour objet de désarmer.

Les symptômes décrits

  • Course aux grades : l’empressement à franchir les degrés plutôt qu’à les travailler.
  • Collection des charges : cumul de fonctions en loge, en chapitre et en obédience.
  • Goût des préséances : attention excessive aux titres, aux places et aux honneurs protocolaires.
  • Ambition électorale : campagnes et réseaux pour accéder aux fonctions d’obédience.
  • Jalousie et rivalités : souvent décrites comme le cortège ordinaire de l’ambition.

Un remède initiatique

Les auteurs qui dénoncent la cordonite rappellent que l’initiation commence par un dépouillement. Le profane laisse ses métaux à la porte du temple ; l’Apprenti travaille en silence ; le parcours maçonnique est présenté comme un travail sur soi, non comme une carrière. La vanité des honneurs contredit l’humilité que les rituels enseignent.

Plusieurs planches insistent aussi sur la responsabilité collective. Le mal vient du monde profane, mais il entre en loge lorsque les frères et les sœurs n’ont pas laissé leur ego au seuil. Le choix des parrainages, le sérieux des enquêtes et la rotation des charges sont présentés comme des moyens de prévention.

Un thème d’autocritique

La cordonite fait partie de ces mots par lesquels la franc-maçonnerie se moque d’elle-même. Elle voisine avec d’autres plaisanteries d’atelier sur les tenues interminables ou les agapes trop arrosées. Cet humour a une fonction : il désamorce les tensions et rappelle, sans solennité, que l’égalité entre frères doit primer sur la hiérarchie des décors.

Le thème n’est pas récent. La multiplication des hauts grades au XVIIIe siècle a été critiquée dès cette époque comme un « marché » de titres et de cordons. Le mot cordonite donne simplement une forme plaisante à une critique ancienne.

Le saviez-vous ?

Certains auteurs ont observé, avec malice, que la cordonite serait plus fréquente dans les loges masculines et y ont vu « l’effet coq ». Ils suggèrent que la mixité tempérerait ces rivalités. Il s’agit là d’une observation d’atelier, non d’une étude : aucune enquête n’a jamais mesuré la prévalence de la maladie.

À retenir

  • La cordonite est un terme d’humour désignant l’appétit des honneurs, des grades et des décors.
  • Le mot est forgé sur le cordon, écharpe du décor maçonnique, et sur le suffixe médical -ite.
  • Elle est l’envers de l’humilité et du dépouillement enseignés par l’initiation.
  • Elle est la forme visible de la cratophilie, l’« amour du pouvoir » diagnostiqué par Daniel Béresniak.
  • Elle ne figure dans aucun rituel : c’est un mot de la culture orale des loges.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cordon, Décors, Métaux, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Élection de Portalis comme vénérable de L’Étroite Persévérance des Amis Réunis à Aix, 1768 (date historique), Officiers, Daniel Béresniak (Auteur).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Hekal (Hékhal, Hekkal) en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Hekal, que l’on écrit aussi Hékhal ou Hekkal, désigne la deuxième des trois parties du Temple de Salomon : le « Saint », vaste salle de culte située entre le vestibule, l’Ulam, et le Saint des Saints, le Debir. Le mot hébreu signifie d’abord « palais » ou « grande maison ». Pour les francs-maçons, dont la loge se veut l’image du Temple, le Hekal représente l’espace intermédiaire du travail, entre le monde extérieur et le sanctuaire inaccessible. Il occupe une place particulière dans le degré de Maître secret du Rite écossais ancien et accepté.

Étymologie : du palais au sanctuaire

Hekal (Hékhal, Hekkal)
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – CC BY 4.0

Le terme hébreu hekhal vient, par l’akkadien ekallu, du sumérien É.GAL, « grande maison ». Dans la Bible, il désigne aussi bien le palais d’un roi que la demeure de Dieu. Appliqué au Temple de Jérusalem, il nomme la grande salle où se déroulait le culte quotidien, par opposition au Debir, l’arrière-salle réservée à l’Arche d’alliance.

Les graphies varient selon les systèmes de transcription : Hekal, Hékal, Hékhal, Hekhal ou Hekkal, forme retenue par certains vocabulaires maçonniques. Toutes renvoient au même mot et au même lieu.

Le Saint dans le Temple de Salomon

Selon le premier livre des Rois, au chapitre 6, le Temple mesurait soixante coudées de long, vingt de large et trente de haut. Il se composait de trois espaces en enfilade : l’Ulam, vestibule ouvert ; le Hekal, le Saint, long de quarante coudées ; enfin le Debir, cube de vingt coudées de côté, où reposait l’Arche contenant les Tables de la Loi. Seul le grand prêtre pénétrait dans le Debir, une fois l’an, au jour du Grand Pardon.

Le Hekal, rectangle deux fois plus long que large, abritait selon les textes bibliques le mobilier du culte : les chandeliers d’or, la table des pains de proposition et l’autel des parfums. C’était l’espace des prêtres, du service régulier et de la lumière artificielle, entre la clarté du jour du vestibule et l’obscurité du sanctuaire.

La loge, image du Temple

La franc-maçonnerie spéculative a fait du Temple de Salomon son modèle symbolique. La loge est un temple, orienté d’Occident en Orient, dont la structure ternaire est souvent commentée à partir des trois parties du sanctuaire biblique. Plusieurs auteurs rapprochent le Hekal du « carré long » de la loge, l’espace où se tiennent les frères et où se déroule le travail, tandis que l’Orient évoque le lieu le plus saint.

On remarque aussi une inversion : le Temple de Jérusalem s’ouvrait à l’Orient, alors que l’on entre en loge par l’Occident. Le parcours maçonnique va ainsi de l’extérieur vers l’intérieur, et de la matière vers l’esprit.

Le Hekal au degré de Maître secret

Hekal (Hékhal, Hekkal)
Source : Wikimedia Commons – Uoaei1 – CC BY-SA 4.0

Au Rite écossais ancien et accepté, le 4e degré, Maître secret, place symboliquement la loge dans le Saint, face au Saint des Saints dont une balustrade la sépare. Le temple est en deuil après la mort d’Hiram ; le candidat apprend à se tenir dans cet espace intermédiaire, au seuil d’un sanctuaire auquel il n’a pas encore accès.

Les commentaires du degré décrivent volontiers une gradation de la lumière : celle du jour dans l’Ulam, celle des chandeliers dans le Hekal, celle, invisible, du Debir. Le Maître secret apprend que le travail se poursuit dans la discrétion, entre ce qui est déjà su et ce qui reste à découvrir.

Une lecture symbolique ternaire

  • Ulam : le vestibule, associé au corps et au monde extérieur.
  • Hekal : le Saint, associé à l’âme, à l’étude et au service.
  • Debir : le Saint des Saints, associé à l’esprit et au mystère.
  • Cette tripartition est rapprochée par plusieurs auteurs du parcours en trois grades symboliques.

Le saviez-vous ?

Le mot n’a pas disparu de l’usage juif : dans les synagogues de tradition séfarade et orientale, on appelle hekhal l’armoire sainte qui renferme les rouleaux de la Torah, nommée aron ha-qodesh chez les Ashkénazes. Par ailleurs, une branche de la mystique juive ancienne porte le nom de littérature des Hekhalot, les « palais » célestes que l’âme traverse.

Pour approfondir

  • Le premier livre des Rois, chapitres 6 à 8, et le second livre des Chroniques, chapitres 3 et 4, pour la description biblique du Temple.
  • Les rituels publiés et commentaires du 4e degré du Rite écossais ancien et accepté.
  • Les études consacrées au Temple de Salomon dans la symbolique maçonnique, notamment sur 450.fm.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Saints Jean, Carré long, Orient, Hiram.

À lire aussi sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

J comme Jeton en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le jeton maçonnique est une petite pièce de métal, de cuivre ou d’argent, frappée au nom d’une loge ou d’une obédience. Au XVIIIe siècle, il servait d’abord de jeton de présence : il garantissait l’assiduité des frères, permettait de calculer les cotisations et pouvait tenir lieu de billet d’entrée. Orné d’outils, de colonnes, de devises et de dates comptées selon l’ère maçonnique, il est devenu un objet de collection et une source précieuse pour l’historien. Le jeton raconte la vie matérielle des ateliers, leurs fêtes, leurs figures et leur goût pour l’emblème.

Un objet de la sociabilité des Lumières

Jeton
Source : Wikimedia Commons – François Bernier (17..?-17..?) – Public domain

Le jeton de présence n’est pas une invention maçonnique. Les académies, les corporations, les chapitres ecclésiastiques et les compagnies savantes en distribuaient déjà à leurs membres présents, à la fois comme récompense et comme moyen de comptabilité. Les loges du XVIIIe siècle, qui se pensaient comme des sociétés choisies, ont naturellement adopté cet usage.

Le vocabulaire maçonnique en garde la trace : le jeton y est défini comme une pratique ancienne destinée à garantir l’assiduité des membres et à calculer les cotisations. Le frère achetait en début d’année un nombre de jetons correspondant aux tenues prévues ; ceux-ci lui étaient remboursés au fil de ses présences. Dans certains ateliers, un jeton d’argent valait deux ou trois jetons de cuivre.

Usages dans la vie des loges

  • Présence : le jeton remis à chaque tenue atteste la participation et encourage l’assiduité.
  • Comptabilité : il facilite le calcul des cotisations et des amendes pour absence.
  • Entrée : dans les loges qui organisaient des concerts ou des fêtes, il pouvait servir de billet ou d’abonnement.
  • Commémoration : frappé pour un anniversaire, une fête d’ordre ou en hommage à un frère disparu.
  • Identité : il porte le titre distinctif de l’atelier, son orient et ses emblèmes.

L’exemple des Neuf Sœurs

La loge parisienne des Neuf Sœurs, qui réunissait savants, artistes et écrivains, offre un cas bien documenté. Ses convocations mentionnent la « distribution des jettons » en fin de tenue. Le graveur François Bernier, membre de l’atelier, y a signé plusieurs jetons : l’un daté de 1781 au nom du comte de Milly, Vénérable ; un autre, daté selon l’ère maçonnique 5783, à l’effigie de Benjamin Franklin, frappé après la fête donnée en son honneur en 1783 ; un troisième enfin, en hommage posthume à Milly, mort en 1784.

Ces pièces montrent comment le jeton passe du registre comptable au registre mémoriel. Le revers gravé pour l’un est réutilisé pour l’autre, la date est effacée, le portrait est redessiné : le jeton suit les événements de la loge et les rend visibles.

Iconographie et inscriptions

Jeton
Source : Wikimedia Commons – Unknown – CC0

Les jetons maçonniques puisent dans le répertoire commun de l’Ordre : équerre et compas, niveau, perpendiculaire, colonnes, étoile flamboyante, soleil et lune, mains entrelacées, ruche ou chaîne d’union. Les légendes utilisent volontiers les abréviations à trois points, qui désignent la loge, son orient et ses officiers.

La datation suit souvent l’ère de la Vraie Lumière, qui ajoute quatre mille ans au millésime courant : 5783 correspond ainsi à 1783. Pour le numismate, ces conventions sont un indice de provenance ; pour l’historien, elles témoignent de la façon dont les loges se représentaient leur propre ancienneté.

Collections et numismatique

Les jetons maçonniques figurent aujourd’hui dans les collections publiques, comme celles du musée Carnavalet à Paris, qui conserve notamment des jetons du Grand Orient de France de la première moitié du XIXe siècle et d’une loge chapitrale de 1819. Ils circulent aussi sur le marché numismatique, où ils forment une catégorie à part entière, aux côtés des médailles et des décorations maçonniques.

Le XIXe et le XXe siècle ont vu les jetons de présence céder la place aux registres de signatures, mais la frappe commémorative s’est maintenue. Des loges continuent de faire graver un jeton pour un centenaire ou un anniversaire, renouant avec une tradition de mémoire matérielle.

Le saviez-vous ?

Le jeton maçonnique de Benjamin Franklin gravé par Bernier est d’une extrême rareté : un seul exemplaire en cuivre est connu dans les collections françaises, selon les recherches numismatiques consacrées aux Neuf Sœurs. La pièce est ainsi l’un des rares portraits métalliques de Franklin produits par une loge dont il fut le Vénérable.

À retenir

  • Le jeton de présence garantissait l’assiduité et servait au calcul des cotisations.
  • Il était frappé en cuivre ou en argent, avec des emblèmes et des légendes à trois points.
  • La loge des Neuf Sœurs en a laissé des exemples célèbres, dont un jeton à l’effigie de Franklin.
  • Les loges frappent encore des jetons commémoratifs pour leurs anniversaires.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge Bleue ou Loge Symbolique., Tenue, Ère Maçonnique, Trois points, Trésorier, Initiation de Voltaire à la loge des Neuf Sœurs à Paris, 7 avril 1778 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Tau en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Tau est la dix-neuvième lettre de l’alphabet grec, héritière de la dernière lettre de l’alphabet hébreu, le tav. Sa forme en T, celle d’une croix sans tête, en a fait très tôt un signe sacré : marque des justes chez le prophète Ézéchiel, croix de saint Antoine, signature de François d’Assise. La franc-maçonnerie l’a recueilli sous deux formes : le Tau simple, que l’on retrouve sur certains tabliers de Maîtres installés, et le célèbre Triple Tau, emblème de l’Arche royale. Comprendre le Tau, c’est suivre la trajectoire d’une lettre devenue symbole de protection, d’achèvement et de vie.

Une lettre devenue symbole

Tau
Source : Wikimedia Commons – Otourly – CC BY-SA 4.0

Dans l’alphabet hébreu, le tav est la dernière lettre. Son tracé ancien, en forme de croix ou de X, servait de simple marque, de signature ou de sceau. Le grec en a tiré le tau, dont le latin a conservé la forme en T. Parce qu’elle ferme l’alphabet hébreu, la lettre a été chargée par les commentateurs d’une idée d’accomplissement : elle est la fin d’un parcours, ce qui conclut et parachève.

La croix en T, dite crux commissa, a ainsi précédé dans l’iconographie chrétienne la croix à quatre branches. On l’a appelée « croix anticipatrice » ou « croix typique », parce qu’elle annonçait la Croix. Elle est aussi la croix de saint Antoine, attribut de l’ermite égyptien et emblème des Antonins, ordre hospitalier médiéval voué aux malades du « mal des ardents ».

La marque d’Ézéchiel

Le texte fondateur est le chapitre 9 du livre d’Ézéchiel. Le prophète y voit un homme vêtu de lin chargé de tracer une marque sur le front de ceux qui gémissent sur les abominations commises dans Jérusalem ; ceux-là seront épargnés. Le mot hébreu employé pour cette marque est précisément tav. La tradition juive puis chrétienne en a fait le signe des justes et des préservés.

Saint François d’Assise, au XIIIe siècle, adopta le Tau comme signature et comme signe de bénédiction, ce qui explique sa présence persistante dans la spiritualité franciscaine. Les encyclopédies maçonniques anglo-saxonnes du XIXe siècle ont recueilli cet héritage et retenu pour le Tau un sens de salut et de vie préservée.

Le Triple Tau de l’Arche royale

Dans la maçonnerie anglo-saxonne, le Tau est avant tout l’emblème de l’Arche royale (Royal Arch). La Charte de concorde de 1766, qui institua le premier Grand Chapitre en Angleterre, prescrivait aux compagnons de porter sur leur tablier un insigne formé d’un T surmontant un H. C’est de cette combinaison qu’est issu le Triple Tau : trois T réunis par leur base, au centre d’un triangle et d’un cercle sur le bijou du grade.

Les interprétations proposées sont nombreuses. Les anciens questionnaires lisent le T sur H comme Templum Hierosolymae, « le Temple de Jérusalem », ou comme Clavis ad Thesaurum, « la clef du trésor ». D’autres commentaires y voient une allusion à la Divinité ou à une trinité. Les historiens du Royal Arch soulignent que ces lectures ne s’excluent pas et qu’aucune n’est imposée.

Le Tau sur les tabliers

Tau
Source : Wikimedia Commons – Dcoetzee, F l a n k e r – Public domain

Dans les loges de tradition anglaise, notamment au Rite Émulation, le tablier du Maître installé et du Passé Maître porte à la place des rosettes trois figures en T inversé, souvent appelées « niveaux » et rapprochées du Tau. Elles distinguent ceux qui ont reçu la cérémonie d’installation propre à la charge de Vénérable. Le Tau y signale donc une fonction accomplie plutôt qu’un grade nouveau.

Dans la maçonnerie continentale, le Tau apparaît surtout dans les grades dits capitulaires et dans des commentaires symboliques. Plusieurs auteurs ont rapproché sa forme de l’équerre et du niveau, outils de la rectitude, ou de la colonne surmontée d’une architrave, figure élémentaire de la construction.

Interprétations symboliques

  • Achèvement : dernière lettre de l’alphabet hébreu, le tav évoque la plénitude et la fin d’un travail.
  • Protection : marque des justes chez Ézéchiel, il désigne ceux qui sont préservés.
  • Vie : certains auteurs le rapprochent de la croix ansée égyptienne, l’ankh, symbole de vie, par la forme seule.
  • Construction : sa silhouette évoque à la fois l’équerre, le niveau et le linteau posé sur un pilier.
  • Unité : réuni en Triple Tau, il figure la convergence de plusieurs principes en un centre.

Le saviez-vous ?

La formule Templum Hierosolymae, souvent associée au Triple Tau, a nourri au XIXe siècle bien des spéculations sur une prétendue filiation templière. Les spécialistes du Royal Arch rappellent que l’insigne T sur H est attesté dès 1766, dans un contexte purement maçonnique, et que l’idée d’un emblème hérité des Templiers reste sans fondement documentaire.

À retenir

  • Le Tau dérive du tav hébreu, dernière lettre de l’alphabet.
  • Ézéchiel 9 en fait la marque des justes épargnés.
  • Le Triple Tau est l’emblème de l’Arche royale, issu de l’insigne T sur H de 1766.
  • Les tabliers de Maîtres installés de tradition anglaise portent trois figures en T inversé.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tablier, Équerre, Niveau, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré.

À lire aussi sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Force et Vigueur en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

« Force et vigueur » est une formule rituelle par laquelle le Vénérable Maître annonce que les travaux d’une loge reprennent après une interruption : « Les travaux reprennent force et vigueur. » L’expression vient de la langue juridique de l’Ancien Régime, où une loi ou un acte « demeure en sa force et vigueur » lorsqu’il conserve tous ses effets. Appliquée à la loge, elle signifie que l’atelier retrouve pleinement son caractère rituel et son autorité. Brève et sonore, accompagnée d’un coup de maillet, elle marque le retour à l’ordre, au silence et à l’attention qui caractérisent le travail maçonnique.

Une expression venue du droit

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Bien avant d’entrer dans les rituels, le binôme « force et vigueur » appartient au vocabulaire des actes officiels : édits, ordonnances et contrats précisent que telle disposition « demeurera en sa force et vigueur », c’est-à-dire qu’elle reste pleinement valide et exécutoire. La maçonnerie française du XVIIIe siècle, qui emprunte volontiers au langage administratif et juridique de son temps, a repris la formule pour signifier le rétablissement des travaux dans toute leur validité rituelle.

Le redoublement des mots — force et vigueur — est caractéristique de cette langue, qui aime les couples de quasi-synonymes pour renforcer une affirmation, comme « us et coutumes » ou « tenants et aboutissants ».

Quand la formule est-elle prononcée ?

Les travaux d’une loge suivent un ordre précis, de l’ouverture à la clôture. Ils peuvent être momentanément suspendus : pour une récréation, pour permettre une circulation ou une préparation dans le temple, ou lorsque la loge passe d’un grade à un autre au cours d’une même tenue. La reprise est alors annoncée par le Vénérable Maître, généralement après un coup de maillet répercuté par les Surveillants.

Dans plusieurs rituels, notamment au Rite Français, la formule intervient aussi lorsque la loge, après avoir fermé les travaux à un grade supérieur, revient au grade inférieur : « Les travaux de Compagnon reprennent force et vigueur. » La parole du Vénérable rétablit ainsi l’atelier dans le grade où il poursuivra sa tenue. Les formulations exactes varient selon les rites et les obédiences.

Force et vigueur : deux nuances

Les deux mots ne sont pas strictement synonymes. La force évoque la puissance, la capacité d’agir et de soutenir ; elle est l’une des trois grandes colonnes symboliques de la loge, avec la Sagesse et la Beauté, et elle est associée au Premier Surveillant dans de nombreux rites. La vigueur, du latin vigor, évoque l’élan vital, la fraîcheur de l’énergie. Leur association suggère une énergie à la fois stable et vivante.

Le maillet et la parole

Force et Vigueur en franc-maçonnerie – Stained Glass at Masonic Hall

La reprise des travaux combine le geste et la parole : le coup de maillet du Vénérable, parfois répercuté par les Surveillants, puis la formule. Ce double marquage, comparable à celui de la batterie et des acclamations, donne à l’instant sa solennité. Il rappelle que l’autorité rituelle du Vénérable s’exerce au service de l’ordre et de l’harmonie de l’atelier, et non pour elle-même.

Chacun est invité à quitter l’attitude plus libre de la pause pour retrouver la disposition intérieure propre au travail en loge : attention, silence, discipline et présence.

Dans le langage courant des loges

L’expression déborde le rituel. On parle de reprendre les travaux « avec force et vigueur » à la rentrée, après la trêve estivale, ou de redonner force et vigueur à une loge en sommeil que l’on « réveille ». La formule exprime alors une volonté de renouvellement et d’engagement collectif. Elle rappelle que le travail initiatique connaît des pauses, des ralentissements et des reprises, et que l’essentiel est de savoir se remettre à l’ouvrage.

Le vocabulaire de la suspension et de la reprise

  • Suspendre les travaux : les interrompre momentanément sans les fermer.
  • Récréation : pause pendant laquelle la loge n’est plus en travaux rituels.
  • Reprendre force et vigueur : rétablir les travaux dans leur plein caractère rituel.
  • Fermer ou clore les travaux : y mettre fin selon le rituel du grade.
  • Mettre en sommeil une loge : suspendre son activité pour une durée indéterminée ; la réveiller : la rendre de nouveau active.

Ce lexique montre que la loge distingue soigneusement l’interruption, qui laisse l’atelier constitué, et la clôture, qui le disperse. La formule de reprise suppose que rien n’a été dissous : l’atelier retrouve simplement son plein exercice.

À retenir

  • Formule du Vénérable annonçant la reprise des travaux après une suspension.
  • Héritée de la langue juridique, où un acte « demeure en sa force et vigueur ».
  • Accompagnée d’un coup de maillet, souvent répercuté par les Surveillants.
  • Employée aussi lors du retour à un grade inférieur au cours d’une tenue.
  • La force est l’une des trois colonnes de la loge, avec la Sagesse et la Beauté.

Voir aussi dans le glossaire : Maillet, Sautoir de Vénérable Maître, Batterie, Surveillants.

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F comme Fêtes Solsticiales en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les fêtes solsticiales sont les deux grandes célébrations de l’année maçonnique, tenues autour des solstices d’été et d’hiver et traditionnellement placées sous le patronage des deux saints Jean : Jean-Baptiste, fêté le 24 juin, et Jean l’Évangéliste, fêté le 27 décembre. Elles réunissent une tenue solennelle et un banquet, souvent un banquet d’ordre. Leur importance est historique autant que symbolique : c’est le jour de la Saint-Jean d’été 1717 que se réunit à Londres la première Grande Loge, et la course de la lumière fournit aux loges l’une de leurs méditations les plus anciennes.

Deux solstices, deux saints Jean

Fêtes Solsticiales en franc-maçonnerie – Feu de la Saint-Jean (Quimper)

Le solstice d’été marque le jour le plus long, celui où la lumière atteint son apogée avant de décroître ; le solstice d’hiver, la nuit la plus longue, à partir de laquelle la lumière renaît. L’Église a placé tout près de ces dates les fêtes de saint Jean-Baptiste (24 juin) et de saint Jean l’Évangéliste (27 décembre). Une parole du Baptiste à propos du Christ, « il faut qu’il croisse et que je diminue », a souvent été rapprochée de la course solaire. Les deux Jean encadrent ainsi l’année comme deux portes.

Les loges de Saint-Jean

Les maçons d’Écosse et d’Angleterre se plaçaient déjà sous le patronage de saint Jean, et l’on parle encore de « loges de Saint-Jean » pour désigner les loges symboliques des trois premiers degrés, par opposition aux hauts grades. Les deux fêtes étaient jours d’assemblée, d’élection des officiers et de banquet. En Écosse comme en Angleterre, de nombreuses loges portent le nom de Saint John, et la formule ancienne fait venir le maçon « d’une loge de Saint-Jean ».

Repères

  • 24 juin 1717 : quatre loges londoniennes se réunissent à l’auberge de l’Oie et du Gril et élisent Anthony Sayer premier Grand Maître.
  • 1723 : les Constitutions d’Anderson prévoient une assemblée et une fête annuelles de la Grande Loge.
  • XVIIIe siècle : en France, les loges élisent souvent leurs officiers et célèbrent leurs banquets à la Saint-Jean.
  • Aujourd’hui : la plupart des loges tiennent une tenue solsticiale en juin et en décembre, parfois sous le nom de fêtes de l’ordre.

Le déroulement

Fêtes Solsticiales en franc-maçonnerie – Saint John the Evangelist. Engraving by G. de Jode. Wellcome V0032416

La tenue solsticiale est une tenue solennelle, souvent ouverte aux visiteurs et parfois aux familles pour la partie conviviale. Elle comporte selon les rites un éclairage particulier, une lecture ou un discours sur le sens du solstice, une évocation des frères et des sœurs disparus dans l’année, et s’achève par une chaîne d’union. Elle est fréquemment suivie d’un banquet d’ordre, avec ses santés d’obligation, son vocabulaire propre et ses canons « chargés et alignés », ou d’agapes plus simples.

Lectures religieuses et lectures cosmiques

Selon les obédiences et les rites, l’accent varie. Dans les maçonneries chrétiennes ou déistes, comme au Rite Écossais Rectifié, le patronage des deux saints Jean et la référence à l’Évangile de Jean restent centraux. Dans les obédiences libérales et adogmatiques, la fête est davantage lue comme une célébration du cycle naturel de la lumière, de la mort et de la renaissance, sans référence confessionnelle. Les deux lectures se rejoignent dans une même idée : le temps maçonnique est cyclique, et chaque solstice invite à faire le point.

Janus et les deux portes

La symbolique solsticiale a été enrichie au XXe siècle par des auteurs d’inspiration traditionnelle, qui ont rapproché les deux Jean du dieu romain Janus aux deux visages, gardien des portes et des commencements, et des « portes solsticiales » de la tradition antique : porte des hommes au solstice d’été, porte des dieux au solstice d’hiver. Ces rapprochements, qui relèvent de l’interprétation, sont devenus des thèmes classiques de planches et de discours.

La lumière qui croît et décroît

Au solstice d’été, la lumière est à son comble et commence à décliner : c’est le temps du bilan, de la récolte, de la conscience que toute plénitude porte sa fin. Au solstice d’hiver, au plus profond de l’ombre, la lumière recommence à croître : c’est le temps de l’espérance et du recommencement. Pour une société initiatique qui « donne la lumière » à ses membres, ces deux moments sont une leçon de patience : rien n’est jamais acquis, rien n’est jamais perdu.

Le saviez-vous ?

Les feux de la Saint-Jean, allumés dans de nombreuses régions d’Europe autour du 24 juin, appartiennent au même calendrier solaire christianisé. Les loges n’en ont pas repris l’usage, mais leur fête d’été partage avec ces traditions populaires l’idée d’une célébration de la lumière à son sommet.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Saints Jean, Banquet d’ordre, Lumières (trois), Fondation de la loge Saint-Jean Auxiliaire à Stockholm, 1752 (date historique).

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