T comme Tau en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Tau est la dix-neuvième lettre de l’alphabet grec, héritière de la dernière lettre de l’alphabet hébreu, le tav. Sa forme en T, celle d’une croix sans tête, en a fait très tôt un signe sacré : marque des justes chez le prophète Ézéchiel, croix de saint Antoine, signature de François d’Assise. La franc-maçonnerie l’a recueilli sous deux formes : le Tau simple, que l’on retrouve sur certains tabliers de Maîtres installés, et le célèbre Triple Tau, emblème de l’Arche royale. Comprendre le Tau, c’est suivre la trajectoire d’une lettre devenue symbole de protection, d’achèvement et de vie.

Une lettre devenue symbole

Tau
Source : Wikimedia Commons – Otourly – CC BY-SA 4.0

Dans l’alphabet hébreu, le tav est la dernière lettre. Son tracé ancien, en forme de croix ou de X, servait de simple marque, de signature ou de sceau. Le grec en a tiré le tau, dont le latin a conservé la forme en T. Parce qu’elle ferme l’alphabet hébreu, la lettre a été chargée par les commentateurs d’une idée d’accomplissement : elle est la fin d’un parcours, ce qui conclut et parachève.

La croix en T, dite crux commissa, a ainsi précédé dans l’iconographie chrétienne la croix à quatre branches. On l’a appelée « croix anticipatrice » ou « croix typique », parce qu’elle annonçait la Croix. Elle est aussi la croix de saint Antoine, attribut de l’ermite égyptien et emblème des Antonins, ordre hospitalier médiéval voué aux malades du « mal des ardents ».

La marque d’Ézéchiel

Le texte fondateur est le chapitre 9 du livre d’Ézéchiel. Le prophète y voit un homme vêtu de lin chargé de tracer une marque sur le front de ceux qui gémissent sur les abominations commises dans Jérusalem ; ceux-là seront épargnés. Le mot hébreu employé pour cette marque est précisément tav. La tradition juive puis chrétienne en a fait le signe des justes et des préservés.

Saint François d’Assise, au XIIIe siècle, adopta le Tau comme signature et comme signe de bénédiction, ce qui explique sa présence persistante dans la spiritualité franciscaine. Les encyclopédies maçonniques anglo-saxonnes du XIXe siècle ont recueilli cet héritage et retenu pour le Tau un sens de salut et de vie préservée.

Le Triple Tau de l’Arche royale

Dans la maçonnerie anglo-saxonne, le Tau est avant tout l’emblème de l’Arche royale (Royal Arch). La Charte de concorde de 1766, qui institua le premier Grand Chapitre en Angleterre, prescrivait aux compagnons de porter sur leur tablier un insigne formé d’un T surmontant un H. C’est de cette combinaison qu’est issu le Triple Tau : trois T réunis par leur base, au centre d’un triangle et d’un cercle sur le bijou du grade.

Les interprétations proposées sont nombreuses. Les anciens questionnaires lisent le T sur H comme Templum Hierosolymae, « le Temple de Jérusalem », ou comme Clavis ad Thesaurum, « la clef du trésor ». D’autres commentaires y voient une allusion à la Divinité ou à une trinité. Les historiens du Royal Arch soulignent que ces lectures ne s’excluent pas et qu’aucune n’est imposée.

Le Tau sur les tabliers

Tau
Source : Wikimedia Commons – Dcoetzee, F l a n k e r – Public domain

Dans les loges de tradition anglaise, notamment au Rite Émulation, le tablier du Maître installé et du Passé Maître porte à la place des rosettes trois figures en T inversé, souvent appelées « niveaux » et rapprochées du Tau. Elles distinguent ceux qui ont reçu la cérémonie d’installation propre à la charge de Vénérable. Le Tau y signale donc une fonction accomplie plutôt qu’un grade nouveau.

Dans la maçonnerie continentale, le Tau apparaît surtout dans les grades dits capitulaires et dans des commentaires symboliques. Plusieurs auteurs ont rapproché sa forme de l’équerre et du niveau, outils de la rectitude, ou de la colonne surmontée d’une architrave, figure élémentaire de la construction.

Interprétations symboliques

  • Achèvement : dernière lettre de l’alphabet hébreu, le tav évoque la plénitude et la fin d’un travail.
  • Protection : marque des justes chez Ézéchiel, il désigne ceux qui sont préservés.
  • Vie : certains auteurs le rapprochent de la croix ansée égyptienne, l’ankh, symbole de vie, par la forme seule.
  • Construction : sa silhouette évoque à la fois l’équerre, le niveau et le linteau posé sur un pilier.
  • Unité : réuni en Triple Tau, il figure la convergence de plusieurs principes en un centre.

Le saviez-vous ?

La formule Templum Hierosolymae, souvent associée au Triple Tau, a nourri au XIXe siècle bien des spéculations sur une prétendue filiation templière. Les spécialistes du Royal Arch rappellent que l’insigne T sur H est attesté dès 1766, dans un contexte purement maçonnique, et que l’idée d’un emblème hérité des Templiers reste sans fondement documentaire.

À retenir

  • Le Tau dérive du tav hébreu, dernière lettre de l’alphabet.
  • Ézéchiel 9 en fait la marque des justes épargnés.
  • Le Triple Tau est l’emblème de l’Arche royale, issu de l’insigne T sur H de 1766.
  • Les tabliers de Maîtres installés de tradition anglaise portent trois figures en T inversé.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tablier, Équerre, Niveau, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

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