C comme Cordonite (ou cordonnite) en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La cordonite, parfois écrite cordonnite, est une « maladie imaginaire » dont souffriraient les francs-maçons trop friands d’honneurs, de grades et de décors. Le mot, forgé sur le cordon, cette large écharpe qui distingue officiers, maîtres et hauts gradés, emprunte le suffixe médical -ite pour désigner une inflammation de l’ego. Terme d’humour et d’autocritique, il circule dans les loges, les planches et la presse maçonnique pour rappeler une évidence : le décor n’est qu’un signe, et la quête des titres trahit l’esprit de l’initiation qui prétend dépouiller l’homme de ses métaux.

Un mot d’humour maçonnique

Cordonite (ou cordonnite)
Source : Wikimedia Commons – Ji-Elle – CC BY-SA 3.0

La cordonite n’appartient à aucun rituel ni à aucun règlement. C’est un mot d’atelier, né de la conversation fraternelle, que les vocabulaires de la franc-maçonnerie définissent comme une maladie imaginaire touchant les frères avides d’honneurs et de grades. Le suffixe -ite, celui de la bronchite ou de l’otite, donne au mot sa saveur : la vanité y est traitée comme une affection, contagieuse et parfois chronique.

On parle ainsi de « cordonite aiguë » pour une ambition soudaine, ou de « cordonite chronique » pour celui qui collectionne les fonctions et les degrés. L’expression permet de nommer un travers sans accuser personne : on la diagnostique souvent chez les autres, plus rarement chez soi.

Le cordon, du signe au symptôme

Le cordon est un élément du décor maçonnique : une écharpe portée en sautoir ou en baudrier, dont la couleur et les ornements varient selon le rite, le grade et la fonction. Le Vénérable, les officiers, les membres des hauts grades et les grands officiers des obédiences en portent de distinctifs. Le cordon dit une charge ou un parcours ; il ne confère en lui-même aucune qualité.

La cordonite commence lorsque ce rapport s’inverse : le signe est recherché pour lui-même, le décor devient but, la fonction un trophée. La presse maçonnique a résumé cette dérive en parlant du cordon qui « dévoie son utilité » quand s’insinue l’imposture de la cordonite.

Les symptômes décrits

  • Course aux grades : l’empressement à franchir les degrés plutôt qu’à les travailler.
  • Collection des charges : cumul de fonctions en loge, en chapitre et en obédience.
  • Goût des préséances : attention excessive aux titres, aux places et aux honneurs protocolaires.
  • Ambition électorale : campagnes et réseaux pour accéder aux fonctions d’obédience.
  • Jalousie et rivalités : souvent décrites comme le cortège ordinaire de l’ambition.

Un remède initiatique

Les auteurs qui dénoncent la cordonite rappellent que l’initiation commence par un dépouillement. Le profane laisse ses métaux à la porte du temple ; l’Apprenti travaille en silence ; le parcours maçonnique est présenté comme un travail sur soi, non comme une carrière. La vanité des honneurs contredit l’humilité que les rituels enseignent.

Plusieurs planches insistent aussi sur la responsabilité collective. Le mal vient du monde profane, mais il entre en loge lorsque les frères et les sœurs n’ont pas laissé leur ego au seuil. Le choix des parrainages, le sérieux des enquêtes et la rotation des charges sont présentés comme des moyens de prévention.

Un thème d’autocritique

La cordonite fait partie de ces mots par lesquels la franc-maçonnerie se moque d’elle-même. Elle voisine avec d’autres plaisanteries d’atelier sur les tenues interminables ou les agapes trop arrosées. Cet humour a une fonction : il désamorce les tensions et rappelle, sans solennité, que l’égalité entre frères doit primer sur la hiérarchie des décors.

Le thème n’est pas récent. La multiplication des hauts grades au XVIIIe siècle a été critiquée dès cette époque comme un « marché » de titres et de cordons. Le mot cordonite donne simplement une forme plaisante à une critique ancienne.

Le saviez-vous ?

Certains auteurs ont observé, avec malice, que la cordonite serait plus fréquente dans les loges masculines et y ont vu « l’effet coq ». Ils suggèrent que la mixité tempérerait ces rivalités. Il s’agit là d’une observation d’atelier, non d’une étude : aucune enquête n’a jamais mesuré la prévalence de la maladie.

À retenir

  • La cordonite est un terme d’humour désignant l’appétit des honneurs, des grades et des décors.
  • Le mot est forgé sur le cordon, écharpe du décor maçonnique, et sur le suffixe médical -ite.
  • Elle est l’envers de l’humilité et du dépouillement enseignés par l’initiation.
  • Elle ne figure dans aucun rituel : c’est un mot de la culture orale des loges.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cordon, Décors, Métaux, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Élection de Portalis comme vénérable de L’Étroite Persévérance des Amis Réunis à Aix, 1768 (date historique), Officiers.

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