Entrée d’Antoine-Émile Moulin, père de Jean Moulin, au Grand Orient de France, 1902 (date historique)

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Glossaire de la franc-maçonnerie

En 1902, Antoine-Émile Moulin, professeur d’histoire à Béziers, est reçu dans une loge du Grand Orient de France. Militant radical, adjoint au maire, dreyfusard et pilier de la Ligue des droits de l’homme, ce républicain laïque est le père de Jean Moulin, né en 1899, futur préfet et unificateur de la Résistance. Son entrée en maçonnerie, à la veille de la loi de séparation des Églises et de l’État, résume l’univers républicain dans lequel grandit le futur héros national et rappelle combien la loge fut, au début du XXe siècle, un foyer de la culture radicale du Midi.

Date : 1902
Lieu : Hérault, France

Le contexte : la République radicale et la laïcité

Entrée d’Antoine-Émile Moulin, père de Jean Moulin, au Grand Orient de France, 1902
Source : Wikimedia Commons – Jean Hey (Meister von Moulins) This illustration was made by louis-garden. Pleas – CC BY-SA 3.0

Au tournant du siècle, la France sort de l’affaire Dreyfus. Les républicains radicaux, nombreux dans les loges, arrivent au pouvoir avec le Bloc des gauches en 1902 et préparent la séparation des Églises et de l’État, votée en 1905. Le Grand Orient de France, qui a supprimé en 1877 l’obligation de croire en Dieu, est alors très lié au Parti radical. Dans le Languedoc viticole, la maçonnerie recrute largement parmi les enseignants, les élus et les notables républicains.

L’événement : l’initiation d’un professeur républicain

Selon l’encyclopédie Wikipédia et la section biterroise de la Ligue des droits de l’homme, Antoine-Émile Moulin est reçu en 1902 dans une loge affiliée au Grand Orient de France. Les sources consultées ne donnent ni le nom de la loge ni sa ville ; son enracinement à Béziers rend probable une loge de la région, sans que cela puisse être affirmé. Ses convictions laïques et anticléricales le conduisent à soutenir nettement la séparation des Églises et de l’État.

Antoine-Émile Moulin, un notable républicain

Né en 1857 à Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône) dans une famille de tisserands, élève brillant du lycée d’Avignon, il étudie les lettres à Aix-en-Provence. Nommé au collège de Bédarieux, il obtient sa mutation au collège de Béziers, où il enseigne le français et le latin puis l’histoire-géographie. Il épouse Blanche Pègue en 1885. Militant radical, adversaire du boulangisme, il est adjoint du maire Alphonse Mas de 1894 à 1902, puis conseiller général de l’Hérault de 1913 à 1932 et vice-président de l’assemblée départementale.

Dreyfusard et homme de culture

Entrée d’Antoine-Émile Moulin, père de Jean Moulin, au Grand Orient de France, 1902
Source : Wikimedia Commons – Fonteray – CC BY-SA 4.0

Dès le début de l’affaire Dreyfus, il combat l’erreur judiciaire ; il adhère à la section biterroise de la Ligue des droits de l’homme dès sa création et en devient plus tard le président. Il anime le comité qui fait ériger à Béziers le monument à Casimir Péret, inauguré en 1907, participe à une société d’éducation populaire et, en 1923, à une association laïque pour la jeunesse. Poète en français et en occitan, il publie en 1936 un ouvrage sur Fouché, récompensé par l’Institut de France en 1937. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1922.

La famille Moulin

Antoine-Émile et Blanche Moulin ont quatre enfants : une fille morte en bas âge, Joseph (1888-1907), Laure (1892-1974), professeure d’anglais, et Jean (1899-1943). Préfet sous la IIIe République, Jean Moulin devient le délégué du général de Gaulle et l’unificateur de la Résistance intérieure avant de mourir après son arrestation à Caluire en 1943. Les biographes soulignent l’importance de la culture républicaine, laïque et dreyfusarde transmise par son père.

Postérité et mémoire

Antoine-Émile Moulin meurt en avril 1938 à Saint-Andiol. Une place de Béziers, à l’angle des avenues Foch et Albert-Ier, porte son nom. Son engagement maçonnique est régulièrement rappelé lorsqu’on évoque les racines républicaines de Jean Moulin, dont le père incarne une génération de francs-maçons radicaux qui fit de l’école et de la laïcité le cœur de son combat.

Repères chronologiques

  • 1857 : naissance d’Antoine-Émile Moulin à Saint-Andiol.
  • 1894-1902 : adjoint au maire de Béziers.
  • 20 juin 1899 : naissance de Jean Moulin à Béziers.
  • 1902 : entrée d’Antoine-Émile Moulin au Grand Orient de France.
  • 9 décembre 1905 : loi de séparation des Églises et de l’État.
  • 1913-1932 : conseiller général de l’Hérault.
  • Avril 1938 : mort d’Antoine-Émile Moulin à Saint-Andiol.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Initiation, Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Loge Mère, Antoine-Émile Moulin (Personnalité).

Glossaire de la franc-maçonnerie

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES