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Le REAA passe officiellement à l’intelligence artificielle
C’est une information qui risque de bouleverser les ateliers supérieurs, les commissions rituelles et les Frères qui n’ont toujours pas retrouvé le mot de passe de leur boîte mail. Le Suprême Conseil du REAA aurait décidé d’adapter sa devise historique aux temps modernes. Face au développement inquiétant de l’intelligence artificielle, capable de rédiger des planches, de fabriquer des images, de résumer Platon, de commenter le Delta rayonnant et, bientôt, de choisir les menus d’agape, la célèbre formule :
Ordo ab chao
L’ordre naît du chaos
serait remplacée par une version plus conforme à la civilisation numérique :
Ordi ab chao
L’ordinateur naît du chaos.
Une formule élaborée, selon certaines sources, avec le concours de spécialistes de la Silicon Valley et de deux consultants capables d’expliquer le mot « disruptif » sans jamais dire précisément ce qu’ils font.
L’IA, nouveau danger initiatique
Il faut reconnaître que la menace est réelle. Autrefois, un Frère devait lire, chercher, écrire, raturer, douter, recommencer et passer trois nuits à se demander comment parler de la pierre brute sans citer Jung, Guénon et le mot « Lumière » vingt fois.
Aujourd’hui, il suffit de demander :
« Fais-moi une planche profonde sur le symbolisme du compas, niveau 18, avec trois citations et une conclusion fraternelle. »
Quelques secondes plus tard, le texte est prêt. Il contient une référence à Hiram, un passage sur la dualité, une phrase en latin et une conclusion expliquant que « le véritable Temple est en nous ». Le Frère peut alors consacrer son temps à l’essentiel : choisir une police suffisamment mystérieuse pour que personne ne soupçonne qu’il n’a pas lu sa propre planche. C’est donc pour préserver l’avenir de l’humanité, et surtout éviter que les Maçons soient remplacés par des imprimantes avec sautoir, que le Suprême Conseil a décidé d’agir.

Les hauts grades passent au numérique
La réforme entraînera plusieurs changements. Le Maître Secret deviendra Maître Secret avec double authentification. Le Grand Maître Architecte deviendra Grand Maître Architecte Cloud, responsable de l’hébergement sécurisé des archives du Rite entre deux colonnes et un disque dur externe. Le Chevalier Kadosh recevra une clé USB chiffrée à la place de son épée. Il luttera contre les forces de l’ignorance, de la tyrannie et des pièces jointes trop lourdes. Quant au 33e degré, il sera attribué au Frère ou à la Sœur capable de faire fonctionner le vidéoprojecteur, le son et la connexion Wi-Fi sans appeler un adolescent de la famille.
C’est ce que l’on appelle désormais la véritable perfection.
Le prochain Grand Commandeur sera un robot
Mais l’annonce la plus importante est tombée à la fin de la réunion : le prochain Grand Commandeur sera un robot humanoïde. Son nom de code : S.G.C.-33, pour Suprême Grand Commandeur, version 33. Le choix paraît logique. Le robot ne sera jamais absent, ne demandera aucune indemnité de déplacement, ne perdra jamais les archives, ne confondra pas les dates du Convent et pourra prononcer une allocution de deux heures sans reprendre son souffle.
Il est également programmé pour répondre aux situations délicates :
« Très Illustre Frère, votre intervention dépasse la durée réglementaire. Votre micro sera coupé dans trois… deux… un… »
Il pourra aussi analyser les planches :
« Citations vérifiables : 12%.
Usage du mot “Lumière” : 47 occurrences.
Pensée personnelle détectée : faible.
Recommandation : passage immédiat à l’agape. »
Les puristes s’inquiètent déjà. Mais il faudrait peut-être se demander si le vrai scandale ne serait pas de découvrir qu’un robot sait mieux écouter, mieux répartir la parole, mieux gérer les conflits et se montrer plus fraternel que certains humains. Dans ce cas, l’IA n’aurait pas détruit le REAA. Elle aurait seulement révélé que nous avions oublié de quoi était fait l’Ordre.
Une tradition mise à jour
Le Suprême Conseil tient néanmoins à rassurer les Frères : l’agape restera humaine. Aucun robot ne sera autorisé à choisir le vin, couper le fromage ou décider si le dessert mérite une seconde part. La nouvelle devise devrait donc bientôt apparaître au-dessus des Temples :
ORDI AB CHAO
À condition que le devis soit accepté, que la commission des finances donne son accord, que le Frère chargé de l’installation retrouve l’échelle et que le Wi-Fi fonctionne. Comme quoi, malgré l’intelligence artificielle, le chaos conserve encore de très beaux jours devant lui.

c’est une blague? certes il n’est pas interdit d’utiliser une IA, par exemple pour donner un peu d’espace de lecture voire quelques corrections, mais si c’est elle qui fait le travail, alors dans ce cas, on fait reset.
Les éclésiastisques en leur temps avaient cloué au pilori un certain Gutemberg au motif que le livre facile pouvait propager facilement des idées subversives… un maillet mal manié peut faire une grosse bosse et un compas dans les mains d’un agité peut crever un oeil…faut-il pour cela les bannir du temple ou bien apprendre à s’en servir?
Cette rubrique du lundi me fait toujours démarrer la semaine avec un beau rayon de soleil !
ORDO AB CHAO : QUAND L’HUMAIN RESTE LA MESURE
Cet article se veut satirique. Il révèle surtout une résignation dangereuse : celle d’une franc-maçonnerie qui, sous couvert d’humour, accepte que la technique remplace le sens.
Derrière le calembour Ordi ab Chao, c’est une vision appauvrie de la tradition qui s’impose. Le symbole devient logiciel. La réflexion personnelle cède la place à l’IA. La transmission vivante se réduit à une base de données.
Le vrai problème n’est pas l’outil, c’est la paresse intellectuelle. Un Frère qui fait rédiger sa planche par une IA se prive de l’essentiel : l’effort de recherche, la confrontation à ses limites, la découverte progressive d’un sens qui ne se livre qu’à celui qui le cherche.
Une tradition ne se « met pas à jour » comme un logiciel. Si le REAA doit évoluer, ce ne sera pas pour suivre une mode technologique, mais parce qu’une réflexion collective profonde l’exigera.
Plutôt que de rire de notre propre affaiblissement, il faut rappeler l’exigence : en Loge, on ne vient pas pour briller, on vient pour travailler. Et le travail, c’est le sien.
Ordo ab Chao ne signifie pas que l’ordre émerge spontanément du chaos, mais qu’il se conquiert par un travail sur soi. Remplacer cette devise, même en plaisantant, c’est accepter que la facilité remplace la profondeur.
La franc-maçonnerie n’a pas besoin de se « mettre à jour ». Elle a besoin de se rappeler que l’humain reste la mesure de toute chose.
L’accès à la connaissance a changé depuis mon enfance. Quand j’étais étudiant, elle passait par de longs moments en bibliothèque, la lecture des fiches et les discussions avec les bibliothécaires pour trouver les ouvrages qui pourraient m’aider dans mon travail.
Internet a révolutionné cette démarche. L’IA enfonce le clou. Elle va même encore plus loin, elle apporte désormais de la valeur dans l’idéation elle-même.
Ceci dit, une approche pragmatique de l’acquisition des connaissances pourrait être de se souvenir que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ».
Concrètement, cela voudrait dire que nous devrions tous accepter de nous passer de support pour exprimer nos propos. Pour y parvenir, il nous faudrait réellement comprendre les notions présentées, mais aussi les chemins logiques qui permettent de les partager.
Cela nécessite également de comprendre que présenter un savoir ne consiste pas simplement à restituer une information. C’est vouloir transmettre quelque chose.
Supprimer le support, et surtout la lecture littérale d’un texte, qui est globalement ennuyeuse pour tout le monde, permettrait de redonner du pouvoir à l’oralité et à l’art de rendre ses propos clairs, intéressants et dirigés vers un but. Parmi ces buts, il y en a un que je trouve particulièrement beau, faire un cadeau aux autres en leur offrant un chemin de réflexion.
Mais pour cela, il faut avoir réfléchi à ce que l’on veut offrir et l’avoir suffisamment ancré pour pouvoir s’affranchir du support. Et pour ancrer, il faut travailler.
Oui pratiquer l’oralité…
le thème défini choisi ou imposé doit être développé en loge car connu et étudié mais oralement.
Le débat peut suivre et être défendu par l’orateur lors des échanges ou simplement développé.
@Suorum Patrona, peut-être que la réponse se trouve dans la parole qui circule après la planche… Sans travail, pas de compréhension… sans compréhension pas de réponse aux questions. J’ai vécu cette situation il y a peu. Le conférencier a ressenti un fort malaise qui, malgré des justifications sur les parvis, ne s’est pas dissipé.
Nous rencontrons le meme problème et cela va finir par devenir ingerable. Par contre attention l IA n est qu un symptôme ce cache le fond du problème malheureusement. Au lieu de travailler avec ce qui ajh ve devenir une realité, de jeunes macons s en servent pour éviter de travailler simplement. La facilité et le paraitre d une « jolie » planche prend le dessus, a tel point qu ils n arrivent meme pas a lire correctement leur planches en tenue car ils ne comprennent rien a ce que l IA a écrit pour eux…..et qd on leur dit que ce n est pas eux qui ont rédigé, ils nient et en plus le prennent mal….si quelqu un a une solution pragmatique je prends…
La réponse est : nous sommes très mal barrés.