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La bienfaisance est la vertu qui consiste à faire le bien d’autrui, en particulier à secourir ceux qui sont dans le besoin. Mot des Lumières, elle est au cœur de la pratique maçonnique depuis le XVIIIe siècle : chaque tenue se clôt par la circulation du tronc de bienfaisance, l’Hospitalier veille sur les frères en difficulté, et les obédiences soutiennent des œuvres et des fondations. Elle se distingue de l’aumône par sa discrétion et son esprit fraternel, et le Rite écossais rectifié en a même fait le nom de son ordre intérieur, les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.
Un mot des Lumières
Le mot bienfaisance s’est imposé dans la langue française au XVIIIe siècle ; on en attribue souvent la diffusion à l’abbé de Saint-Pierre, qui l’employa dans les années 1720 pour désigner une vertu sociale et laïque, distincte de la charité chrétienne. La bienfaisance des Lumières se veut rationnelle, organisée et tournée vers l’utilité publique.
La franc-maçonnerie naissante a adopté ce vocabulaire. Les loges du XVIIIe siècle se présentent comme des sociétés de bienfaisance autant que de sociabilité, et la générosité envers les frères malheureux et les pauvres fait partie de leurs devoirs.
Le tronc de bienfaisance
En fin de tenue, un officier fait circuler le tronc de bienfaisance, encore appelé tronc de la veuve ou tronc hospitalier. Chacun y dépose discrètement son obole, sans que personne ne sache ce qu’il donne. Le produit est consacré à des œuvres philanthropiques ou au secours des frères et de leurs familles.
Le nom de « tronc de la veuve » rappelle la légende d’Hiram, présenté comme le fils d’une veuve, et l’usage de désigner les francs-maçons comme les « enfants de la veuve ». La discrétion du don est une règle : la bienfaisance maçonnique ne cherche pas la reconnaissance.
L’Hospitalier
La bienfaisance a son officier : l’Hospitalier, parfois appelé Élémosinaire ou Aumônier selon les rites. Il gère le tronc, prend des nouvelles des frères malades ou éprouvés, et propose à la loge les secours nécessaires. Il forme avec le Vénérable et le Trésorier ce que certains commentaires nomment le triangle des voies et moyens. Son bijou évoque souvent une bourse.
Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte
Au convent des Gaules réuni à Lyon en 1778, à l’initiative de Jean-Baptiste Willermoz, la réforme de la Stricte Observance templière en France prend le nom de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Le Rite écossais rectifié fait ainsi de la bienfaisance la vertu cardinale de son ordre intérieur, liée à une conception chrétienne de la chevalerie spirituelle.
Pour le Rite écossais rectifié, la bienfaisance n’est pas seulement un geste matériel : elle exprime l’amour du prochain qui doit animer le chevalier, et la Règle maçonnique de 1782 en fait un devoir essentiel.
Formes contemporaines
- Solidarité interne : aide aux frères, aux sœurs et à leurs familles en difficulté.
- Œuvres et fondations : plusieurs obédiences disposent de fondations reconnues qui soutiennent la recherche, l’éducation ou l’action sociale.
- Institutions anglaises : la Grande-Bretagne a développé dès le XVIIIe siècle de grandes institutions charitables maçonniques, écoles et maisons de retraite.
- Actions locales : les loges soutiennent des associations de leur région, souvent sans publicité.
Bienfaisance, charité, solidarité
Les auteurs maçonniques distinguent volontiers la bienfaisance de la charité, à forte connotation religieuse, et de la solidarité, qui insiste sur la réciprocité. La bienfaisance maçonnique se veut fraternelle : on ne donne pas d’en haut, on aide un égal. Elle est aussi discrète, car elle n’a de sens que si elle n’est pas une occasion de vanité.
Le saviez-vous ?
La Royal Masonic School for Girls, fondée à Londres en 1788 à l’initiative du chevalier Bartholomew Ruspini, est l’une des plus anciennes institutions charitables maçonniques encore en activité. Elle accueillait à l’origine les filles de francs-maçons tombés dans le besoin.
À retenir
- La bienfaisance est une vertu des Lumières, adoptée très tôt par les loges.
- Le tronc de bienfaisance circule en fin de tenue ; le don y est anonyme.
- L’Hospitalier est l’officier chargé de la solidarité.
- Le Rite écossais rectifié a fait de la bienfaisance le nom de son ordre intérieur.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Tronc de la veuve, Hospitalier (ou Elémosinaire), Enfants de la veuve, Fraternité.
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