L comme Laïcité en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La laïcité désigne la séparation des Églises et de l’État, la neutralité de la puissance publique en matière de croyances et la garantie de la liberté de conscience pour tous. En France, elle est étroitement associée à l’histoire de la franc-maçonnerie dite libérale et adogmatique, en particulier du Grand Orient de France, dont nombre de membres ont pris part aux grandes lois scolaires et à la loi de 1905. Valeur revendiquée par plusieurs obédiences, elle est aussi un sujet de débat, de mémoire et parfois de polémique, car elle a nourri à la fois l’engagement républicain des loges et les accusations de leurs adversaires.

Une notion française

Laïcité
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – Public domain

Le mot laïcité apparaît dans la langue française dans les années 1870, au moment où se pose la question d’un enseignement public affranchi de la tutelle religieuse. Il vient de laïc, issu du grec laos, le peuple, par opposition au clergé. La notion se précise avec les lois scolaires de Jules Ferry en 1881 et 1882, qui instituent l’école primaire gratuite, obligatoire et laïque.

La loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État en constitue la pierre angulaire : la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, mais ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. La Constitution de 1958 définit la France comme une République laïque.

Les loges et le combat laïque

Sous la Troisième République, de nombreux francs-maçons ont participé au mouvement laïque. Le Grand Orient de France supprime en 1877 l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme, sur la proposition du pasteur Frédéric Desmons, et s’affirme comme une obédience adogmatique. Ses loges deviennent des lieux de réflexion et de sociabilité républicaine, où se discutent l’école, l’instruction populaire et la place de l’Église dans la société.

La Ligue de l’enseignement, fondée en 1866 par Jean Macé, lui-même franc-maçon, illustre ces convergences. Les historiens soulignent toutefois que la laïcité est l’œuvre d’un large mouvement politique et intellectuel, dont les loges ne furent qu’une composante.

Une valeur, des approches

Toutes les obédiences n’abordent pas la laïcité de la même manière. Le Grand Orient de France, le Droit Humain, la Grande Loge féminine de France ou la Grande Loge de France, chacune avec ses nuances, en font une valeur explicite et s’expriment publiquement à son sujet. La maçonnerie dite régulière, comme la Grande Loge nationale française, s’interdit en principe toute prise de position politique ou religieuse et considère la question comme relevant de la conscience de chacun.

En Belgique, la laïcité a pris une autre forme : celle d’un mouvement philosophique organisé, issu notamment du libre examen, et reconnu par l’État aux côtés des cultes.

Laïcité en loge

Laïcité
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – Public domain
  • Liberté de conscience : l’initié est libre de croire ou de ne pas croire.
  • Neutralité de l’espace : la loge accueille des convictions diverses sans en privilégier aucune.
  • Volume de la loi sacrée : selon les rites, il est remplacé ou accompagné d’autres textes, comme une Constitution ou un livre blanc.
  • Débat public : certaines obédiences publient des positions sur l’école, la bioéthique ou la fin de vie.

Un enjeu de polémiques

Le lien entre loges et laïcité a nourri l’antimaçonnisme. L’affaire des fiches, en 1904, au cours de laquelle le ministère de la Guerre fit recenser les opinions religieuses des officiers avec le concours du Grand Orient, a durablement servi d’argument aux adversaires de la franc-maçonnerie. La propagande du régime de Vichy a ensuite présenté l’école laïque comme une œuvre maçonnique à abattre.

Les historiens rappellent que ces accusations ont grossi le rôle des loges pour mieux disqualifier la République. Les francs-maçons ont pris part au combat laïque, mais ils ne l’ont ni inventé ni conduit seuls.

Le saviez-vous ?

Le pasteur protestant Frédéric Desmons, qui porta en 1877 la réforme supprimant l’obligation de croyance au Grand Orient de France, fut aussi député puis sénateur du Gard. Que cette réforme ait été défendue par un homme d’Église rappelle que la laïcité maçonnique ne s’est pas construite contre la foi, mais pour la liberté de conscience.

À retenir

  • La laïcité garantit la liberté de conscience et la neutralité de l’État.
  • Les lois Ferry de 1881-1882 et la loi de 1905 en sont les jalons majeurs.
  • Le Grand Orient de France devient adogmatique en 1877.
  • Les obédiences régulières s’abstiennent de toute prise de position publique sur le sujet.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Libre examen, Liberté de conscience (antimaçonnisme), Entrée d’Antoine-Émile Moulin, père de Jean Moulin, au Grand Orient de France, 1902 (date historique), Humanisme maçonnique (antimaçonnisme).

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