P comme Planche à tracer en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La planche à tracer est l’outil symbolique du Maître maçon. À l’origine, c’était la surface sur laquelle le maître d’œuvre dessinait les plans et les épures du chantier, avant que les ouvriers ne taillent et n’assemblent les pierres. La franc-maçonnerie spéculative l’a rangée parmi les trois bijoux immobiles de la loge, avec la pierre brute de l’Apprenti et la pierre cubique du Compagnon. Elle figure la capacité de concevoir, d’ordonner et de transmettre un projet. Son nom a aussi donné au vocabulaire maçonnique le mot « planche », qui désigne les travaux écrits présentés en loge.

L’outil du maître d’œuvre

Planche à tracer
Dessinateur devant sa planche

Sur les chantiers médiévaux, le maître d’œuvre traçait à l’échelle réelle, sur une aire de plâtre ou sur des planches, les épures des éléments à tailler : arcs, voûtes, profils de moulures. Les tailleurs de pierre en tiraient leurs gabarits. Quelques chambres des traits ont conservé de ces tracés gravés, comme à la cathédrale d’York. La planche à tracer est donc l’instrument qui fait passer l’idée de l’architecte dans la matière, par la médiation de la géométrie.

Un bijou immobile

Les instructions maçonniques d’origine anglaise distinguent les bijoux mobiles, comme l’équerre, le niveau et la perpendiculaire, et les bijoux immobiles, qui restent exposés dans la loge : la pierre brute, sur laquelle l’Apprenti travaille ; la pierre cubique, sur laquelle le Compagnon éprouve ses outils ; la planche à tracer, sur laquelle le Maître trace ses plans. Les rites français ont repris cette triade, qui résume la progression des trois degrés symboliques.

Tracing board, trestle board, tableau de loge

Le vocabulaire peut prêter à confusion. En anglais, le tracing board désigne aujourd’hui le tableau de loge, peint ou imprimé, qui expose les symboles du degré ; le trestle board, terme de la tradition américaine, correspond plus précisément à la planche du Maître. En français, la planche à tracer est le bijou du Maître, tandis que le tableau de loge, ou tapis, est la représentation des symboles de chaque degré. Au XVIIIe siècle, ce tableau était souvent dessiné à la craie sur le sol, puis effacé à la fin de la tenue.

Le Maître et le plan

Planche à tracer
Source : Wikimedia Commons – The Masonic or Pigpen cipher using the Grid X Grid X variant that was widely emp – Public domain

Associer la planche à tracer au Maître, c’est dire que la Maîtrise est l’art de concevoir. L’Apprenti dégrossit, le Compagnon ajuste, le Maître dessine l’ensemble et veille à la cohérence de l’ouvrage. La légende du troisième degré fait d’Hiram l’architecte du Temple, celui qui tient les plans ; sa mort met en péril l’achèvement de l’œuvre, et les Maîtres doivent retrouver ce qui a été perdu. La planche à tracer rappelle la responsabilité de transmettre un projet que d’autres réaliseront.

Le Livre comme planche à tracer

Les instructions anglaises développent une analogie fameuse : de même que l’ouvrier bâtit selon les plans tracés par le maître sur sa planche, le maçon doit construire son édifice moral selon les règles du Volume de la Loi sacrée, présenté comme la planche à tracer spirituelle du Grand Architecte. Dans les obédiences adogmatiques, la lecture est plus large : chacun trace son propre plan de vie, éclairé par la raison et la conscience.

De la planche à la « planche »

  • Une « planche » désigne l’exposé écrit qu’un membre présente en loge sur un sujet symbolique, philosophique ou sociétal.
  • « Tracer une planche », c’est rédiger ce travail.
  • La « planche tracée », ou tracé, est le compte rendu des travaux rédigé par le Secrétaire.
  • La « planche de convocation » annonce l’ordre du jour d’une tenue.
  • Toutes ces expressions viennent de la même image : poser par écrit le plan d’un ouvrage.

Le saviez-vous ?

Sur certains tableaux de loge français du XVIIIe siècle, la planche à tracer est figurée par une grille de lignes, que l’on rapproche de la clé de l’« alphabet maçonnique », écriture chiffrée dont les lettres sont formées de fragments de cette grille.

Pour approfondir

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd. 2006).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Pierre brute, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Planche, Tracé, Hiram.

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