
Dans les rituels d’initiation au grade d’Apprenti, les flammes désignent l’épreuve de la purification par le feu, qui accompagne traditionnellement le troisième voyage du candidat. Après les épreuves de l’air et de l’eau, le futur initié, les yeux bandés, traverse ou côtoie un feu symbolique, le plus souvent produit par de brèves flammes jetées à proximité. Cette épreuve, héritée des rituels du XVIIIe siècle, clôt le cycle des éléments et précède le moment où le candidat recevra la lumière. Elle figure la purification, la transformation et le passage à une condition nouvelle.
Les voyages et les éléments

La cérémonie d’initiation comporte, au Rite Français comme au REAA, une série de voyages au cours desquels le candidat, les yeux bandés, fait le tour du temple sous la conduite de l’Expert. Chacun est associé à un élément et à une épreuve : le premier, bruyant et difficile, évoque l’air et les tumultes de la vie ; le deuxième, plus calme, s’accompagne d’une purification par l’eau ; le troisième, paisible, d’une purification par le feu. La terre a été rencontrée auparavant, dans le cabinet de réflexion.
L’épreuve du feu
Lors du troisième voyage, le candidat est entouré à plusieurs reprises de flammes vives mais brèves, sans danger, souvent obtenues autrefois avec de la poudre de lycopode, qui s’enflamme d’un coup en produisant une lueur et une chaleur fugitives. Les rituels anciens parlent d’envelopper le candidat de flammes trois fois. L’effet sensoriel est fort : même à travers le bandeau, le candidat perçoit l’éclat et la chaleur. Les modalités ont évolué avec les règles de sécurité.
Dans les rituels
- Rite Français : trois voyages, avec purifications par l’eau puis par le feu ; le cabinet de réflexion représente la terre.
- REAA : même structure générale en trois voyages, avec des variantes dans les formules et les objets.
- Rite Écossais Rectifié : les voyages existent, mais le symbolisme et le déroulé diffèrent.
- Rite Émulation : il ne comporte pas de purifications par les éléments ; les circumambulations y ont un autre sens.
La purification par le feu
Le feu est, dans presque toutes les traditions, l’agent de la purification et de la transformation. Il consume ce qui est impur, sépare le métal de la gangue, change la matière. L’alchimie en fait l’instrument du grand œuvre ; la Bible le montre dans le buisson ardent ou les langues de feu de la Pentecôte. Dans l’initiation maçonnique, il achève de dépouiller le candidat de ses « métaux » et de ses passions profanes, pour le préparer à recevoir la lumière.
Un héritage des initiations antiques

Les auteurs maçonniques du XVIIIe et du XIXe siècle ont souvent rapproché les épreuves par les éléments des mystères antiques, d’Éleusis, d’Isis ou de Mithra, tels qu’on les imaginait alors à travers des récits comme le roman de l’abbé Terrasson, Séthos (1731). Ce roman décrit des épreuves initiatiques par le feu, l’eau et l’air qui ont fortement influencé l’imaginaire maçonnique, jusqu’à la Flûte enchantée de Mozart. La filiation historique réelle avec les mystères antiques est, en revanche, très douteuse.
Du feu à la lumière
L’épreuve des flammes prépare directement le moment décisif de l’initiation : le passage des ténèbres à la lumière. Le feu de la purification annonce la lumière de la connaissance. Le candidat, qui a traversé les quatre éléments, est désormais prêt à prêter son engagement puis à voir tomber le bandeau. Le symbolisme dit une transformation : on n’entre pas dans le temple tel qu’on était dans le monde.
Une lecture intérieure
Pour le maçon, la purification par le feu n’est pas un acte magique. Elle est l’image d’un travail à poursuivre : brûler ses préjugés, ses vanités, ses colères, pour laisser apparaître ce qu’il y a de meilleur en soi. Le feu est aussi chaleur : celle de la fraternité qui accueille le nouvel initié et l’accompagnera sur son chemin.
Le saviez-vous ?
Le lycopode est une poudre faite des spores d’une plante du même nom, une sorte de mousse. Elle était autrefois utilisée au théâtre pour produire des éclairs et des flammes de scène : un procédé que les loges ont emprunté au spectacle pour leurs épreuves.
Pour approfondir
- Jean Terrasson, Séthos, histoire ou vie tirée des monuments, anecdotes de l’ancienne Égypte, Paris, 1731.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
- Oswald Wirth, Le Livre de l’Apprenti, Dervy.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Purification, Initiation, Cabinet de Réflexion, Lumières (trois), Expert Officier.
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