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F comme Flammes en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans les rituels d’initiation au grade d’Apprenti, les flammes désignent l’épreuve de la purification par le feu, qui accompagne traditionnellement le troisième voyage du candidat. Après les épreuves de l’air et de l’eau, le futur initié, les yeux bandés, traverse ou côtoie un feu symbolique, le plus souvent produit par de brèves flammes jetées à proximité. Cette épreuve, héritée des rituels du XVIIIe siècle, clôt le cycle des éléments et précède le moment où le candidat recevra la lumière. Elle figure la purification, la transformation et le passage à une condition nouvelle.

Les voyages et les éléments

Flammes en franc-maçonnerie – Candle flame closeup

La cérémonie d’initiation comporte, au Rite Français comme au REAA, une série de voyages au cours desquels le candidat, les yeux bandés, fait le tour du temple sous la conduite de l’Expert. Chacun est associé à un élément et à une épreuve : le premier, bruyant et difficile, évoque l’air et les tumultes de la vie ; le deuxième, plus calme, s’accompagne d’une purification par l’eau ; le troisième, paisible, d’une purification par le feu. La terre a été rencontrée auparavant, dans le cabinet de réflexion.

L’épreuve du feu

Lors du troisième voyage, le candidat est entouré à plusieurs reprises de flammes vives mais brèves, sans danger, souvent obtenues autrefois avec de la poudre de lycopode, qui s’enflamme d’un coup en produisant une lueur et une chaleur fugitives. Les rituels anciens parlent d’envelopper le candidat de flammes trois fois. L’effet sensoriel est fort : même à travers le bandeau, le candidat perçoit l’éclat et la chaleur. Les modalités ont évolué avec les règles de sécurité.

Dans les rituels

  • Rite Français : trois voyages, avec purifications par l’eau puis par le feu ; le cabinet de réflexion représente la terre.
  • REAA : même structure générale en trois voyages, avec des variantes dans les formules et les objets.
  • Rite Écossais Rectifié : les voyages existent, mais le symbolisme et le déroulé diffèrent.
  • Rite Émulation : il ne comporte pas de purifications par les éléments ; les circumambulations y ont un autre sens.

La purification par le feu

Le feu est, dans presque toutes les traditions, l’agent de la purification et de la transformation. Il consume ce qui est impur, sépare le métal de la gangue, change la matière. L’alchimie en fait l’instrument du grand œuvre ; la Bible le montre dans le buisson ardent ou les langues de feu de la Pentecôte. Dans l’initiation maçonnique, il achève de dépouiller le candidat de ses « métaux » et de ses passions profanes, pour le préparer à recevoir la lumière.

Un héritage des initiations antiques

Flammes en franc-maçonnerie – Candle Flame (21733)

Les auteurs maçonniques du XVIIIe et du XIXe siècle ont souvent rapproché les épreuves par les éléments des mystères antiques, d’Éleusis, d’Isis ou de Mithra, tels qu’on les imaginait alors à travers des récits comme le roman de l’abbé Terrasson, Séthos (1731). Ce roman décrit des épreuves initiatiques par le feu, l’eau et l’air qui ont fortement influencé l’imaginaire maçonnique, jusqu’à la Flûte enchantée de Mozart. La filiation historique réelle avec les mystères antiques est, en revanche, très douteuse.

Du feu à la lumière

L’épreuve des flammes prépare directement le moment décisif de l’initiation : le passage des ténèbres à la lumière. Le feu de la purification annonce la lumière de la connaissance. Le candidat, qui a traversé les quatre éléments, est désormais prêt à prêter son engagement puis à voir tomber le bandeau. Le symbolisme dit une transformation : on n’entre pas dans le temple tel qu’on était dans le monde.

Une lecture intérieure

Pour le maçon, la purification par le feu n’est pas un acte magique. Elle est l’image d’un travail à poursuivre : brûler ses préjugés, ses vanités, ses colères, pour laisser apparaître ce qu’il y a de meilleur en soi. Le feu est aussi chaleur : celle de la fraternité qui accueille le nouvel initié et l’accompagnera sur son chemin.

Le saviez-vous ?

Le lycopode est une poudre faite des spores d’une plante du même nom, une sorte de mousse. Elle était autrefois utilisée au théâtre pour produire des éclairs et des flammes de scène : un procédé que les loges ont emprunté au spectacle pour leurs épreuves.

Pour approfondir

  • Jean Terrasson, Séthos, histoire ou vie tirée des monuments, anecdotes de l’ancienne Égypte, Paris, 1731.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
  • Oswald Wirth, Le Livre de l’Apprenti, Dervy.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Purification, Initiation, Cabinet de Réflexion, Lumières (trois), Expert Officier.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Fils de la Veuve en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

« Fils de la Veuve » ou « Enfants de la Veuve » est l’une des plus anciennes appellations que se donnent les francs-maçons. Elle renvoie à Hiram, l’artisan du Temple de Salomon que la Bible présente comme le fils d’une veuve, et dont la légende est au cœur du grade de Maître. En se disant fils de la Veuve, le maçon se reconnaît héritier d’un Maître disparu, chargé de poursuivre son œuvre et de porter secours aux siens. L’expression a nourri de nombreuses interprétations, de l’Isis égyptienne à la loge orpheline, et a donné son nom au tronc de la bienfaisance.

Une source biblique

Fils de la Veuve en franc-maçonnerie – Zegel Loge Hiram Abiff

Le premier livre des Rois (7, 13-14) présente Hiram, appelé de Tyr par le roi Salomon pour réaliser les ouvrages de bronze du Temple de Jérusalem, comme « le fils d’une veuve » de la tribu de Nephtali, dont le père était un Tyrien travaillant le bronze. Le second livre des Chroniques (2, 13) le dit fils d’une femme de la tribu de Dan. Dans les deux textes, il est un artisan habile, rempli de sagesse et d’intelligence.

La franc-maçonnerie a fait de ce personnage biblique l’architecte du Temple, appelé Hiram ou Adoniram selon les rituels. La légende de son assassinat par trois mauvais compagnons, attestée dans les divulgations dès 1730, fonde le troisième degré.

Fils d’une veuve, fils de la Veuve

Comment passe-t-on du fils d’une veuve à des fils de la Veuve ? Par un glissement symbolique. Hiram mort, la maçonnerie se trouve elle-même orpheline et veuve de son Maître. Ceux qui reçoivent la maîtrise deviennent alors ses fils spirituels : ils succèdent à Hiram, et c’est sa mère, ou la loge privée de son architecte, qui devient la Veuve. Les francs-maçons se pensent ainsi comme des frères issus d’une même mère symbolique.

Les interprétations

  • La lecture biblique : les maçons, comme Hiram, sont fils d’une veuve et héritiers d’un art transmis.
  • La lecture hiramique : après la mort du Maître, la loge est veuve, et les Maîtres sont ses fils.
  • La lecture égyptisante, chère à des auteurs du XIXe siècle : la Veuve serait Isis, qui pleure Osiris assassiné et cherche ses restes.
  • La lecture morale : la veuve figure la fragilité et l’absence, et ses fils sont tenus d’assister ceux qui sont sans soutien.

Le tronc de la Veuve

L’expression a une traduction très concrète : le tronc de la Veuve, ou tronc de bienfaisance, que l’Hospitalier fait circuler à la fin de chaque tenue. Les oboles recueillies financent l’aide aux Frères et Sœurs en difficulté, à leurs familles et à diverses œuvres. Être fils de la Veuve, c’est donc aussi assumer une responsabilité envers les plus fragiles, à commencer par les veuves et les orphelins de la loge.

Une formule de reconnaissance et de détresse

Fils de la Veuve en franc-maçonnerie – Solomon brings the ark into the temple

L’appellation sert de signe de connivence entre initiés, dans la conversation comme dans la littérature. Elle est aussi associée, dans les ouvrages publiés sur la franc-maçonnerie, à l’appel de détresse traditionnel par lequel un maçon en danger sollicite l’aide de ses frères : « À moi, les enfants de la Veuve ! ». Ce cri, souvent évoqué dans la littérature et les anecdotes historiques, résume le devoir d’assistance mutuelle attaché à la filiation commune.

Dans la culture

La formule a dépassé les loges. Elle apparaît dans des romans, des chansons et des récits de guerre, où des francs-maçons ennemis se seraient reconnus et épargnés. Ces anecdotes, souvent invérifiables, témoignent surtout de la force de l’image : une même mère symbolique, au-delà des drapeaux et des camps.

Le saviez-vous ?

La légende d’Hiram, et donc la figure du fils de la veuve, n’apparaît dans les textes maçonniques qu’au début du XVIIIe siècle. Sa première description imprimée connue figure dans Masonry Dissected de Samuel Prichard, en 1730, qui expose le grade de Maître. La Bible ne dit rien de la mort d’Hiram : toute la dramaturgie du troisième degré est une création maçonnique, construite sur quelques versets.

Une filiation qui oblige

Se dire fils de la Veuve, c’est enfin accepter un héritage inachevé. Le Temple n’a pas été terminé par son architecte ; ses successeurs doivent poursuivre l’œuvre. L’expression rappelle que chaque génération de maçons reçoit un chantier en cours, et qu’elle en est responsable devant celles qui suivront.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • La Bible, Premier livre des Rois, 7, 13-14 ; Deuxième livre des Chroniques, 2, 12-13.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééd.).
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hiram, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Tronc de la veuve, Hospitalier (ou Elémosinaire), Fraternité.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Fils de la Lumière en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Fils de la Lumière est l’un des surnoms que se donnent les francs-maçons. L’expression rappelle le moment central de l’initiation, lorsque le candidat, privé de la vue, « reçoit la lumière », et elle place toute la démarche maçonnique sous le signe de la connaissance et de l’éveil. Héritée d’un vieux langage biblique, elle dit une filiation choisie plutôt que reçue. Elle s’oppose aussi aux sobriquets railleurs, comme « frères trois-points », que les adversaires de l’ordre ont popularisés.

Une formule d’origine biblique

Fils de la Lumière en franc-maçonnerie – Ceiling Light in the Anduz Hotel Masonic Temple

L’expression n’a pas été inventée par les loges. On la trouve dans le Nouveau Testament : l’Évangile de Luc oppose les « fils de ce monde » aux fils de la lumière, Jean invite à croire en la lumière pour devenir fils de la lumière, et Paul rappelle aux Thessaloniciens qu’ils ne sont « pas de la nuit ». Les manuscrits de la mer Morte ont révélé un texte intitulé La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres, preuve de l’ancienneté de ce vocabulaire dans le judaïsme ancien.

Les francs-maçons du XVIIIe siècle, nourris de culture biblique, ont tout naturellement repris cette image. Elle convenait à une société qui se disait en quête de lumière, au moment même où l’Europe entrait dans le siècle des Lumières.

La lumière au cœur de l’initiation

Dans la plupart des rites, l’initiation culmine dans un geste simple et puissant : le bandeau qui tombe. Le récipiendaire, qui a traversé les épreuves les yeux couverts, reçoit la lumière. Cette mise en scène exprime le passage des ténèbres de l’ignorance à un nouvel état de conscience. Être « fils de la lumière », c’est donc d’abord être né une seconde fois, dans la loge, à une autre manière de voir.

La lumière maçonnique est inséparable des « trois grandes lumières » (le livre sacré ou la constitution selon les obédiences, l’équerre et le compas) et des « trois petites lumières » que sont le soleil, la lune et le maître de la loge. Le temple est lui-même orienté vers l’Orient, d’où vient symboliquement la lumière.

Une filiation choisie

Le mot fils ne renvoie pas à une naissance biologique. Il exprime une filiation spirituelle : l’initié se reconnaît héritier d’une tradition qui l’a accueilli. Cette idée de seconde naissance se retrouve dans d’autres expressions maçonniques, comme enfants de la Veuve, qui fait du maçon l’orphelin symbolique d’Hiram, fils d’une veuve selon le récit biblique.

Cette filiation n’efface pas les différences entre les rites. Dans les obédiences dites régulières, la lumière reste liée à la référence au Grand Architecte de l’Univers et au livre sacré ouvert sur l’autel. Dans les obédiences adogmatiques, elle est plus volontiers comprise comme la lumière de la raison et de la conscience libre. Le surnom de fils de la lumière traverse pourtant ces différences : il désigne une même démarche de recherche, quelle que soit la manière de nommer ce qui éclaire.

Dans le langage des loges

Fils de la Lumière en franc-maçonnerie – Oeil de la providence inscrit dans un triangle temple dans l'hôtel du Grand Orient à Paris
  • « Recevoir la lumière » : être initié.
  • « Donner la lumière » : procéder à l’initiation d’un candidat.
  • « Travailler à la lumière » : poursuivre la recherche initiatique.
  • « Enfants de la Veuve » : autre surnom, lié à la légende d’Hiram.
  • Profane : celui qui n’a pas encore reçu la lumière, sans valeur péjorative.

Fils de la Lumière contre « frères trois-points »

L’abréviation à trois points (∴) apparaît dans des documents maçonniques français du XVIIIe siècle. Elle a fourni aux adversaires de l’ordre un sobriquet commode. Le polémiste Léo Taxil, avant d’avouer en 1897 que ses « révélations » n’étaient qu’une mystification, publia en 1886 Les Frères Trois-Points, qui contribua à installer l’expression dans le langage courant avec une nuance moqueuse. Le contraste est parlant : là où les francs-maçons se disent fils de la lumière, l’antimaçonnisme les réduit à un signe typographique.

Une lumière jamais possédée

La tradition maçonnique insiste sur un point : la lumière reçue à l’initiation n’est qu’un commencement. Elle se travaille de degré en degré et ne se possède jamais. Se dire fils de la lumière n’est donc pas revendiquer une supériorité sur le monde profane, mais assumer une exigence : chercher sans cesse à mieux voir, mieux comprendre, mieux agir. C’est aussi accepter qu’elle soit partagée, puisque le symbole n’appartient à personne.

Le saviez-vous ?

La lumière a aussi donné son nom à toute une série d’usages : les « lumières » de la loge désignent ses trois principaux officiers (le Vénérable Maître et les deux Surveillants), et dans le langage de table les bougies deviennent des « étoiles ».

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Lumières (trois), Initiation, Enfants de la veuve, Profane, Bandeau, Orient, Trois points.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Filet en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le filet est, dans le vocabulaire des banquets maçonniques, le liseré — généralement bleu ou rouge — tracé ou posé sur la nappe pour marquer l’alignement des « armes », c’est-à-dire des verres appelés canons. Ce détail discret appartient à la culture des travaux de table, codifiée dès le XVIIIe siècle, où chaque objet reçoit un nom emprunté à l’artillerie ou au chantier. Il répond à une exigence pratique : lors des santés, tous les canons doivent être chargés et alignés avant que la loge ne « fasse feu » d’un même geste. Le filet donne ainsi à la table la régularité d’un tracé, à l’image de l’ordre qui règne dans le temple.

Définition

À la loge de table, les verres sont des canons, les boissons de la poudre, et l’ensemble du service peut être désigné comme les armes. Le filet est la ligne qui court le long de la table, devant les convives, et sur laquelle on aligne les canons. Il peut s’agir d’un ruban cousu ou posé sur la nappe, ou d’un simple liseré tissé. La couleur varie selon les usages des ateliers : le bleu, couleur de la maçonnerie symbolique, et le rouge, associé à d’autres traditions, sont les plus courants.

Aligner les canons

Au début du XIXe siècle, le Vocabulaire des francs-maçons de Bazot décrit précisément la disposition de la table. Les canons sont alignés sur une même ligne, à une distance du bord à peu près égale au diamètre de l’assiette, appelée tuile, et légèrement à sa droite. Les bouteilles, ou barriques, et les bougies, ou étoiles, forment une seconde ligne. Le filet matérialise la première de ces lignes.

Cette disposition n’est pas décorative. Lors de chaque santé, le Vénérable commande de « charger et aligner » : chacun remplit son canon et le replace exactement sur la ligne. Le tir de la santé se fait ensuite en cadence, et les canons sont reposés ensemble, d’un seul bruit, sur la table.

La table en fer à cheval

Toujours selon Bazot, la table de la loge de table est, autant que possible, disposée en fer à cheval. Le Vénérable en occupe le sommet, les Surveillants les extrémités ; l’Orateur et le Secrétaire prennent la tête des colonnes du Midi et du Nord, les visiteurs sont placés à l’Orient, et le Maître des cérémonies se tient à l’intérieur du fer à cheval, face au Vénérable. Le filet suit le contour de cette table, ce qui accentue la lecture d’un espace ordonné, reflet du temple.

Le vocabulaire des travaux de table

  • Canon : verre ; charger : le remplir ; aligner : le placer sur la ligne.
  • Poudre : boisson — poudre forte ou rouge pour le vin, poudre faible pour l’eau.
  • Barrique : bouteille ; tuile : assiette ; plateau : plat.
  • Glaive : couteau ; pioche : fourchette ; truelle : cuillère.
  • Drapeau : serviette ; étoiles : bougies ; pierre brute : pain.
  • Feu : boire en cadence lors d’une santé.

Pourquoi tant de soin ?

Le langage martial des banquets s’explique en grande partie par la présence nombreuse d’officiers dans les loges du XVIIIe siècle et du Premier Empire, y compris dans les loges militaires. Mais l’alignement des canons dit aussi quelque chose de l’esprit maçonnique : même dans le moment convivial, l’atelier reste une communauté ordonnée, où chacun agit en harmonie avec les autres. Le filet joue, à table, le rôle que jouent dans le temple le pavé mosaïque ou les colonnes : il structure l’espace.

Une tradition vivante

Beaucoup de loges se contentent aujourd’hui d’agapes simples, sans vocabulaire codé. Mais les banquets d’ordre, en particulier lors des fêtes solsticiales de la Saint-Jean, perpétuent ces usages dans de nombreux ateliers. Dresser la table, poser le filet, aligner les canons fait alors partie du travail des Frères ou Sœurs chargés de l’organisation, sous l’autorité du Maître des banquets ou de l’Économe.

Le saviez-vous ?

Un menu de banquet de 1847 de la loge Les Amis Réunis, cité par 450.fm, précise qu’avant l’ouverture des travaux de table les servants « alignent les canons » et chargent les colonnes. Le geste de l’alignement faisait donc partie de la préparation matérielle du banquet, au même titre que le dressage du temple avant une tenue.

À retenir

  • Le filet est un liseré, bleu ou rouge selon les usages, qui marque sur la nappe la ligne des canons.
  • Les canons sont alignés à distance régulière du bord, les barriques et étoiles sur une seconde ligne.
  • La table de la loge de table est traditionnellement en fer à cheval.
  • L’alignement permet de porter les santés avec ensemble et précision.

Voir aussi dans le glossaire : Loge de Table, Canon, Poudre du Liban, Glaive, Banquet d’ordre.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Fil à plomb en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le fil à plomb, que les rituels français nomment souvent la perpendiculaire, est l’instrument qui vérifie la verticalité d’un mur. En loge, il est le bijou du Second Surveillant et l’un des outils que l’on présente aux Compagnons dans plusieurs rites. Il symbolise la rectitude, l’axe intérieur et la droiture de la conduite. Avec le niveau et l’équerre, il compose la triade des instruments de vérification du bâtisseur : ceux qui ne créent rien par eux-mêmes, mais permettent de contrôler que l’ouvrage est juste. C’est ce rôle de contrôle qui fait sa richesse symbolique.

Un outil millénaire du bâtisseur

Fil à Plomb en franc-maçonnerie – VM 05583 – Plumb line of the Grand East of the Netherlands – 19th century

Le fil à plomb est l’un des plus anciens instruments de construction : un poids, autrefois de plomb, suspendu à une cordelette, qui indique la direction de la pesanteur. Les bâtisseurs de l’Égypte ancienne l’utilisaient déjà, souvent associé au niveau en forme de A. Sa simplicité est totale : il ne mesure pas, il montre. Le mur est droit ou il ne l’est pas.

La Bible en fait une image du jugement. Dans le livre d’Amos (7, 7-8), le prophète voit le Seigneur se tenir sur un mur, un fil à plomb à la main, et annoncer qu’il va le placer au milieu de son peuple. L’outil devient la mesure à laquelle on éprouve la droiture d’un peuple et des hommes.

Le bijou du Second Surveillant

Dans la loge, les trois premiers officiers portent au cou les trois instruments de vérification. Le Vénérable Maître porte l’équerre, le Premier Surveillant le niveau, le Second Surveillant la perpendiculaire, c’est-à-dire le fil à plomb. Le Vocabulaire des Francs-Maçons de Bazot, vers 1810, la définit déjà comme le bijou porté au cordon du Second Surveillant. Le niveau évoque l’égalité, la perpendiculaire la droiture : les deux colonnes de la loge sont ainsi placées sous ces deux exigences complémentaires.

Apprenti ou Compagnon ?

L’ancienne version de cette notice présentait le fil à plomb comme l’outil de l’Apprenti. Il faut nuancer. Dans le rite Émulation, le fil à plomb, avec l’équerre et le niveau, fait partie des outils de travail du deuxième degré : il apprend au Compagnon à marcher droit dans sa conduite. Dans les rites pratiqués en France, il est surtout connu comme bijou d’officier ; le Second Surveillant veillant, selon les rites, sur l’une ou l’autre colonne, il accompagne l’Apprenti ou le Compagnon dans son travail. Sa leçon, en tout cas, vaut pour tous les degrés.

Verticalité et rectitude

Fil à Plomb en franc-maçonnerie – Plumb bob with string

Le fil à plomb relie un point fixe en haut à un point de chute en bas. Il dessine ainsi l’axe qui unit le ciel et la terre. Les commentateurs y voient l’image de la rectitude morale : la cohérence entre les intentions, les paroles et les actes. Être droit, en ce sens, n’est pas être raide : le fil oscille avant de se stabiliser, et c’est dans ce retour patient à l’équilibre que réside sa leçon.

On souligne aussi que le fil à plomb ne s’impose pas à la pierre : il révèle l’écart. Il invite l’initié à se vérifier lui-même plutôt qu’à juger les autres, et à reprendre sans cesse l’alignement de sa conduite.

Dans les rituels

  • Bijou du Second Surveillant, sous le nom de perpendiculaire, dans les rites français.
  • Outil de travail du Compagnon dans le rite Émulation, avec l’équerre et le niveau.
  • Présent sur de nombreux tableaux de loge et tabliers des XVIIIe et XIXe siècles.
  • Associé au niveau du Premier Surveillant et à l’équerre du Vénérable : la triade des instruments de vérification.

Fil à plomb et niveau : un couple symbolique

La perpendiculaire et le niveau se répondent. Le niveau trace l’horizontale, celle de l’égalité entre les membres de la loge ; le fil à plomb trace la verticale, celle de l’élévation de chacun. Leur croisement dessine l’équerre, bijou du Vénérable. Cette géométrie élémentaire résume une éthique : on ne s’élève pas au détriment des autres, et l’égalité n’exclut pas l’exigence personnelle.

Le saviez-vous ?

En anglais, l’outil se dit plumb rule lorsqu’il est monté sur une planchette, et le mot plumb vient du latin plumbum, le plomb. C’est la même racine que dans le mot français « aplomb » : avoir de l’aplomb, c’est, au sens propre, être d’équerre avec la verticale.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Étienne-François Bazot, Vocabulaire des Francs-Maçons, Paris, vers 1810 (rééd. numérique Arbre d’Or, 2008).
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééd.).
  • Oswald Wirth, La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, t. II, Le Compagnon, Dervy (rééd.).
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Second surveillant, Niveau, Équerre, Compagnon, Outils, Perpendiculaire.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Feu en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le langage de table maçonnique, le « feu » désigne la santé portée au cours d’un banquet et le geste collectif qui l’accompagne. Le verre est un « canon », le vin une « poudre » ; porter une santé, c’est « tirer » et faire « feu ». Ce vocabulaire, hérité des loges militaires du XVIIIe siècle et de l’Empire, transforme le toast en une manœuvre réglée, exécutée ensemble sur le commandement du Vénérable. Le feu exprime ainsi l’élan fraternel de l’assemblée, sa joie et sa mesure, et clôt souvent l’hommage rendu à une personne ou à une institution.

Un terme de l’artillerie de table

Feu en franc-maçonnerie – Candle mural, Camborne Masonic Hall, Cornwall - April 2024

Le banquet d’ordre emprunte une grande partie de son vocabulaire à l’artillerie : le verre est un canon, le vin une « poudre forte » ou « poudre rouge », l’eau une « poudre faible », les liqueurs une « poudre fulminante ». Remplir son verre, c’est « charger » ; boire, c’est « tirer une canonnée ». Le feu est l’aboutissement logique de cette métaphore : la décharge commune qui honore celui à qui l’on porte la santé.

D’où vient ce langage ?

Au XVIIIe siècle et sous l’Empire, de très nombreuses loges sont constituées au sein des régiments ; on parle de loges militaires ou ambulantes. Le vocabulaire des canonniers a nourri le cérémonial de table, qui s’est ensuite fixé dans les rituels et les tuileurs du XIXe siècle. Le chant de table, souvent entonné en fin de banquet, perpétue cette tonalité martiale et joyeuse.

Le déroulement d’une santé

Lors du banquet d’ordre, le Vénérable annonce la santé et fait « charger et aligner » les canons. Les convives se lèvent, se mettent à l’ordre de table et, sur les commandements successifs, portent le verre en avant puis le boivent ensemble. Le geste se conclut par le feu, accompagné de mouvements rythmés et du choc des canons reposés sur la table. Le détail des commandements et des gestes varie selon les rites et les obédiences.

  • Charger : remplir les verres.
  • Aligner : disposer les canons et les ustensiles en ligne.
  • Tirer : boire ensemble au commandement.
  • Faire feu : achever la santé par le geste collectif.

Les santés d’obligation

Feu en franc-maçonnerie – Musaeum Hermeticum 1678 p 361 Fire 0053

Le banquet d’ordre comporte des santés d’obligation, portées dans un ordre fixé par la tradition : au chef de l’État ou au pays, au Grand Maître et à l’obédience, au Vénérable, aux Surveillants et officiers, aux visiteurs, enfin à tous les maçons répandus sur la surface de la terre. Leur nombre et leur ordre varient selon les rites ; la dernière santé, souvent appelée santé du Couvreur, unit l’assemblée dans une pensée universelle.

Joie et mesure

Le feu n’est pas une invitation à l’excès. Le cadre rituel du banquet, avec ses commandements, sa discipline et ses temps de silence, maintient la convivialité dans les limites de la mesure. La joie y est collective, ordonnée, et l’hommage prime sur la boisson. On peut d’ailleurs porter une santé avec de la « poudre faible ».

Le feu, symbole plus large

Au-delà de la table, le feu est l’un des quatre éléments que l’initié rencontre lors des épreuves de l’initiation, et la flamme est omniprésente dans le temple : chandeliers des piliers, lumières, étoile flamboyante. L’« allumage des feux » désigne par ailleurs la cérémonie d’installation d’une nouvelle loge. Le feu de table, avec sa chaleur et son éclat, résonne de cette symbolique de la lumière partagée.

Le chant final et la chaîne

Dans de nombreuses loges, le banquet d’ordre s’achève par la dernière santé, puis par un chant repris en chœur, parfois en formant une chaîne d’union autour de la table. Les recueils de chansons maçonniques du XVIIIe et du XIXe siècle sont nombreux, et la Bibliothèque nationale de France signale par exemple un chant de table inspiré de la Marseillaise, jouant sur l’image des canons qui tirent pour fêter les maçons. Le feu, la chanson et la chaîne composent ainsi une même liturgie de la joie fraternelle.

Le saviez-vous ?

Les verres de table maçonniques anciens, dits firing glasses en anglais, ont un pied très épais : ils étaient conçus pour être frappés ensemble sur la table sans se briser, produisant un bruit semblable à une salve.

Voir aussi dans le glossaire : Banquet d’ordre, Canon, Poudre du Liban, Santé, Allumage des Feux, Pioche.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Fermeture en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La fermeture désigne l’ensemble des gestes et des paroles par lesquels une loge met fin à ses travaux. Elle répond symétriquement à l’ouverture : on ne quitte pas l’espace rituel comme on quitte une réunion ordinaire, on le referme. Dans les rites français et écossais, le dialogue d’ouverture et de fermeture situe les travaux de « midi » à « minuit », heures symboliques qui encadrent le temps sacré de l’atelier. Comprendre la fermeture, c’est comprendre comment la franc-maçonnerie pense le passage entre le temple et le monde profane.

De midi à minuit : une heure symbolique

Fermeture en franc-maçonnerie – Cuff and gavel, Liskeard Masonic Hall, Cornwall - September 2026

Au Rite Écossais Ancien et Accepté comme au Rite Français, les apprentis travaillent symboliquement « de midi à minuit ». Midi est l’heure où le soleil est au plus haut, moment où l’ouvrier est censé prendre son ouvrage ; minuit, l’heure où la nuit est la plus profonde et où le travail cesse. Ces heures n’ont rien de chronologique : une tenue peut s’achever à 22 heures, elle sera fermée « à minuit plein ». L’Émulation anglaise ne recourt pas à ce motif horaire, ce qui rappelle que chaque rite a sa propre poétique du temps.

Minuit marque aussi l’instant où un jour s’achève et où le suivant commence. La fermeture contient ainsi la promesse de l’ouverture prochaine.

Une séquence rituelle ordonnée

La fermeture reprend en sens inverse la structure de l’ouverture. Le Vénérable s’assure, par l’intermédiaire des Surveillants, que les travaux peuvent être clos, que nul n’a plus rien à proposer pour le bien de l’ordre ou de l’atelier, et que les ouvriers sont « contents et satisfaits ». Viennent ensuite les batteries, l’acclamation propre au rite et l’extinction des lumières. Sans dévoiler le détail des rituels, on peut retenir que rien n’y est improvisé : la manière de finir fait partie du travail.

Dans les rituels

  • Le tronc de la Veuve circule généralement avant la fermeture, rappelant le devoir de solidarité.
  • La chaîne d’union, dans de nombreuses loges françaises, réunit les présents avant la clôture.
  • Les lumières (bougies, colonnettes) sont éteintes, souvent dans l’ordre inverse de leur allumage.
  • La formule finale invite les frères et sœurs à se retirer en paix et à garder le silence sur les travaux.

Fermer ou suspendre

Fermeture en franc-maçonnerie – Mozart in lodge, Vienna

La fermeture se distingue de la suspension des travaux. Lorsqu’une loge interrompt sa tenue pour reprendre plus tard, par exemple pour passer aux travaux de table, elle suspend sans fermer ; la reprise ne nécessite pas une nouvelle ouverture complète. De même, une loge qui cesse durablement son activité est dite « mise en sommeil » : ses travaux ne sont pas fermés pour toujours, ils dorment. Ce vocabulaire montre combien la franc-maçonnerie pense le temps en cycles plutôt qu’en ruptures.

Un retour au monde profane

La fermeture organise la sortie du temple. Elle rappelle que le travail initiatique ne s’arrête pas à la porte : ce qui a été reçu doit se prolonger dans la vie ordinaire, dans la conduite et dans la manière d’être au monde. Plusieurs rituels insistent sur ce point en enjoignant aux maçons de pratiquer au dehors les vertus enseignées au dedans. La fermeture n’est donc pas une barrière, mais un seuil franchi dans l’autre sens.

Protéger ce qui a été vécu

Refermer les travaux, c’est aussi protéger la qualité de ce qui a été partagé. Le temple redevient une salle ; la parole libre de la tenue retrouve le cadre de la discrétion. Cette fonction protectrice explique le soin apporté à la clôture, qui donne à la séance sa forme complète. Une tenue mal fermée, interrompue sans rituel, est vécue par beaucoup comme inachevée. Le silence demandé après la fermeture ne vise pas à cacher un secret honteux : il préserve la liberté de parole dont chacun a joui pendant les travaux, en garantissant que ce qui a été dit en loge ne sera pas rapporté au dehors.

Le saviez-vous ?

Dans les rites français, l’apprenti a symboliquement « trois ans » et travaille de midi à minuit, tandis que les catéchismes du XVIIIe siècle font déjà dialoguer le Vénérable et les Surveillants sur l’heure des travaux. Ces dialogues, imprimés et diffusés dès les années 1730-1740 par les divulgations, sont aujourd’hui publiés par les obédiences elles-mêmes dans leurs rituels d’étude.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Ouverture, Midi, Minuit, Tronc de la veuve.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Fer en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le fer est, dans la symbolique maçonnique, le métal de l’ouvrage brut et de la force, mais aussi l’image des « métaux » dont le candidat est dépouillé avant l’initiation. La tradition biblique, reprise par les rituels, rappelle que le Temple de Salomon fut bâti sans qu’on entende sur le chantier le bruit d’aucun outil de fer, et fait de Tubalcaïn, premier forgeron, une figure du grade de Maître. Métal commun opposé aux métaux nobles, il évoque la matière à transformer, l’effort et l’ambivalence d’une force qui peut construire ou détruire.

Le métal commun

Fer en franc-maçonnerie – Banknote vignette with a blacksmith and forge MET DP837932

Dans la classification traditionnelle des métaux, héritée de l’Antiquité et de l’alchimie, le fer est un métal vil, par opposition aux métaux nobles comme l’or et l’argent. Il correspond à la planète Mars, dieu de la guerre. Dans la symbolique des âges du monde, l’âge de fer est le plus dur et le plus éloigné de l’âge d’or. Le fer dit donc la condition ordinaire, la matière lourde et résistante, mais aussi la force nécessaire au travail.

Le Temple bâti sans outil de fer

Le premier livre des Rois (6, 7) rapporte que le Temple fut construit en pierres taillées d’avance, de sorte qu’on n’entendit ni marteau, ni hache, ni aucun outil de fer pendant la construction. Ce passage, souvent cité dans les rituels anglophones et dans les commentaires maçonniques, a été lu comme l’image d’une construction pacifique : le travail préparatoire se fait ailleurs, dans le silence, et l’édifice s’élève sans violence. L’Exode (20, 25) interdisait déjà de tailler au fer les pierres de l’autel.

Le dépouillement des métaux

Avant son initiation, le candidat est invité à se défaire de ses métaux : argent, bijoux, objets métalliques. Le geste est largement documenté par les publications des obédiences. Il signifie le renoncement symbolique aux valeurs profanes, à la richesse et aux préjugés, pour entrer dans le temple dépouillé, en égal. Le fer, métal de l’arme et de l’outil profane, est ici emblématique de ce que l’on laisse à la porte.

Tubalcaïn, le forgeron

La Genèse (4, 22) présente Tubalcaïn, descendant de Caïn, comme l’ancêtre de ceux qui travaillent l’airain et le fer. Les anciens manuscrits du métier, comme le manuscrit Cooke (vers 1420), le citent parmi les fondateurs des arts. Les rituels de Maître de plusieurs rites ont fait de son nom un mot de reconnaissance publié de longue date dans les divulgations. Tubalcaïn incarne la maîtrise de la matière par le feu, avec ses promesses et ses dangers.

Une force ambivalente

Fer en franc-maçonnerie – Tubalcaïn (Genesis 4 22) • invenit James Tissot • pinxit James Tissot • excudit Maurice de

Le fer forge l’outil et l’épée, la charrue et l’arme. Cette ambivalence intéresse la réflexion maçonnique : la force n’est ni bonne ni mauvaise en soi, elle dépend de l’usage qu’on en fait. La forge, où le métal est chauffé, martelé et trempé, est une image classique de la transformation intérieure. L’alchimie, qui a nourri certains hauts grades, voyait dans la transmutation des métaux vils en or une métaphore de la purification de l’âme.

Repères

  • Métal vil, associé à Mars dans la tradition hermétique.
  • 1 Rois 6, 7 : le Temple bâti sans bruit d’outil de fer.
  • Genèse 4, 22 : Tubalcaïn, forgeron de l’airain et du fer.
  • Initiation : dépouillement des métaux.
  • Thèmes : force, travail, matière à transformer.

Le saviez-vous ?

Les colonnes Jakin et Boaz n’étaient pas de fer mais d’airain, c’est-à-dire de bronze, coulées selon la Bible par Hiram, artisan de Tyr, fils d’une veuve. Le fer et l’airain, cités ensemble à propos de Tubalcaïn, forment ainsi un couple discret mais constant dans l’imaginaire biblique du Temple.

Le fer dans la tradition hermétique

Pour les alchimistes, chaque métal correspondait à un astre : l’or au Soleil, l’argent à la Lune, le fer à Mars. Le fer représentait l’énergie, le courage, mais aussi la colère et la violence. Les hauts grades à coloration hermétique ont repris ces correspondances. Le fer y figure la première matière de l’œuvre intérieure : brute, résistante, mais indispensable, car sans elle rien ne peut être transformé.

Une leçon d’humilité

Que le fer soit à la fois le métal du travail quotidien et celui qu’on laisse à la porte du temple n’est pas contradictoire. L’initié apprend à ne pas se définir par ses outils ni par ses possessions, tout en reconnaissant la valeur du travail et de l’effort. Le fer rappelle que l’ouvrage commun, modeste et utile, est la base de toute élévation.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Métaux, Toubal-Caîn – Voir aussi Tubalcain, Initiation, Cabinet de Réflexion, Alchimie.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Fenêtre en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les fenêtres figurent sur les tableaux de loge des grades d’Apprenti et de Compagnon, généralement au nombre de trois, placées à l’Orient, au Midi et à l’Occident, souvent représentées grillagées. Leur présence remonte aux plus anciens catéchismes maçonniques, qui parlent des « lumières fixes » de la loge, destinées à éclairer les ouvriers à leur arrivée, pendant et à la sortie de leur travail. Aucune fenêtre n’est percée au Septentrion, d’où le soleil ne darde jamais ses rayons. Petit détail du tapis de loge, la fenêtre condense une grande idée maçonnique : la lumière se reçoit selon un ordre, une mesure et un rythme.

Les « lumières fixes » des anciens catéchismes

Fenêtre en franc-maçonnerie – Josiah Bowring (1757-1832) - First Degree Tracing Board - D2009-41i - Museum of Freemasonr

La divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, publiée à Londres en 1730, décrit déjà trois « lumières fixes » dans la loge, situées à l’Orient, au Midi et à l’Occident. Leur usage, précise le texte, est d’éclairer les hommes « vers, pendant et depuis leur travail ». Et lorsqu’on demande pourquoi il n’y en a pas au Nord, la réponse est : parce que le soleil n’y darde aucun rayon. Ces lumières fixes sont devenues, dans les tableaux de loge, des fenêtres, conformément à l’image d’un bâtiment éclairé par la lumière naturelle.

Sur le tableau de loge

Les tableaux de loge français du XVIIIe siècle, dont les premiers modèles imprimés accompagnent des divulgations des années 1740, représentent ces trois fenêtres autour du dessin central, souvent sous forme de petits rectangles quadrillés. On les retrouve aujourd’hui sur les tapis des grades d’Apprenti et de Compagnon au Rite Français et au Rite Écossais Ancien et Accepté, aux côtés des colonnes, du pavé mosaïque, des pierres, des outils et des luminaires. La fenêtre fait ainsi partie du décor symbolique que l’initié apprend à lire, objet après objet.

  • Orient : fenêtre de l’aurore, d’où se lève la lumière.
  • Midi : fenêtre du plein jour, quand le soleil est au plus haut.
  • Occident : fenêtre du couchant, qui marque la fin du travail.
  • Septentrion : pas de fenêtre, région de l’ombre où le soleil ne pénètre pas.

La course du soleil

Les trois fenêtres suivent la course apparente du soleil dans l’hémisphère nord : il se lève à l’est, culmine au sud, se couche à l’ouest. Elles relient donc le temple maçonnique au rythme cosmique, comme les heures rituelles « de midi à minuit » qui encadrent les travaux. Le Vénérable siège à l’Orient, d’où vient la lumière ; le Second Surveillant, au Midi, observe le soleil à son méridien et appelle les ouvriers de la récréation au travail ; le Premier Surveillant, à l’Occident, voit le soleil se coucher et paie les ouvriers. Les fenêtres donnent ainsi à voir l’ordre même de la loge.

Le Septentrion, côté de l’ombre

Fenêtre en franc-maçonnerie – Schloss Rosenau (Waldviertel) - Loge - Tempel 5 Teppich mit Symbolen

L’absence de fenêtre au Nord n’est pas un oubli. Le Septentrion est le côté de la loge où le soleil ne pénètre pas, et c’est sur cette colonne que siègent les Apprentis dans de nombreux rites. On explique que leurs yeux, à peine ouverts à la lumière, ne peuvent encore en supporter tout l’éclat ; ils reçoivent une lumière indirecte, transmise par les Maîtres. En progressant, l’initié passe vers le Midi, puis vers l’Orient. Les fenêtres dessinent ainsi, en creux, le parcours initiatique.

Pourquoi grillagées ?

Les fenêtres des tableaux de loge sont souvent représentées avec un quadrillage, que l’on interprète de deux manières complémentaires. D’un point de vue pratique, il évoque les vitraux sertis ou les grilles des édifices anciens, qui laissent passer la lumière tout en protégeant l’intérieur. D’un point de vue symbolique, il rappelle que la lumière initiatique n’est pas livrée d’un coup : elle est filtrée, adaptée à la capacité de chacun, et que la loge, couverte, reste protégée des regards profanes tout en restant ouverte à la lumière.

Une ouverture contrôlée

La fenêtre est une ouverture dans un mur, donc un lieu de passage entre le dedans et le dehors. Pour le Maçon, elle exprime un équilibre : la loge n’est pas un lieu fermé sur lui-même, coupé du monde, mais elle n’est pas non plus ouverte à tous les vents. Elle reçoit la lumière, elle laisse voir le ciel, mais elle garde son intériorité. Cette image convient à la démarche maçonnique, qui se ressource dans l’intimité du temple pour mieux agir ensuite dans la société.

Le saviez-vous ?

La question « Pourquoi n’y a-t-il pas de lumière au Nord ? » et sa réponse sur le soleil qui n’y darde aucun rayon figurent déjà, mot pour mot ou presque, dans les catéchismes anglais du début du XVIIIe siècle. C’est l’un des exemples de continuité les plus nets entre les premiers textes maçonniques connus et les tableaux de loge encore utilisés aujourd’hui.

À retenir

  • Les fenêtres du tableau de loge sont trois : à l’Orient, au Midi et à l’Occident.
  • Elles dérivent des « lumières fixes » décrites par Prichard en 1730.
  • Il n’y en a pas au Septentrion, d’où le soleil ne darde aucun rayon.
  • Elles suivent la course du soleil et le rythme des travaux.
  • Leur grillage exprime une lumière filtrée et une loge protégée.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Septentrion, Orient, Midi, Occident, Lumières (trois), Apprenti.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Femme en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La question de la femme traverse toute l’histoire de la Franc-maçonnerie moderne. Les Constitutions d’Anderson de 1723 réservent l’initiation aux hommes, mais dès le XVIIIe siècle des « loges d’adoption » accueillent des femmes sous la tutelle d’ateliers masculins. Il faut attendre 1882 et l’initiation de Maria Deraismes pour qu’une femme soit reçue dans une loge masculine, puis 1893 pour que naisse une obédience mixte, le Droit Humain, et 1945-1952 pour que se constitue une obédience exclusivement féminine. Retracer cette histoire, c’est comprendre les débats sur la tradition, la régularité et l’universalité de l’initiation qui partagent encore les obédiences.

Une exclusion inscrite dans les textes fondateurs

Femme en franc-maçonnerie – Annie Besant Freemason

Les Constitutions rédigées par James Anderson pour la Grande Loge de Londres en 1723 précisent que les personnes admises en loge doivent être des hommes libres et de bonnes mœurs, à l’exclusion des femmes. Cette clause reprend les usages des corporations de bâtisseurs, dont les statuts ne concernaient que des ouvriers. Elle devient, au XIXe et au XXe siècle, l’un des critères de la régularité au sens anglo-saxon : les « principes de base » adoptés par la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1929 réservent l’appartenance aux hommes.

L’histoire retient pourtant quelques exceptions, comme celle de l’Irlandaise Elizabeth Aldworth, qui aurait été reçue au début du XVIIIe siècle après avoir surpris, selon la tradition, une tenue de la loge de son père. Ces cas isolés n’ont jamais fait jurisprudence.

Les loges d’adoption, première maçonnerie des dames

C’est en France qu’apparaît, vers le milieu du XVIIIe siècle, la maçonnerie d’adoption. Une loge masculine « adopte » une loge de dames, qui travaille selon un rituel propre, avec ses grades (Apprentie, Compagnonne, Maîtresse, Maîtresse parfaite) et un symbolisme puisé dans l’Ancien Testament : l’arche de Noé, l’échelle de Jacob, la tour de Babel. Le Grand Orient de France encadre officiellement ces ateliers en 1774, et la duchesse de Bourbon en devient Grande Maîtresse l’année suivante. Ces loges réunissent surtout des femmes de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie, dans un cadre où la sociabilité et la bienfaisance occupent une grande place.

Disparue avec la Révolution, l’adoption renaît sous l’Empire et la Restauration, puis s’étiole. Au début du XXe siècle, la Grande Loge de France relance des loges d’adoption, qui seront la matrice de la future maçonnerie féminine.

1882-1893 : la naissance de la mixité

Le 14 janvier 1882, la loge Les Libres Penseurs du Pecq, relevant de la Grande Loge Symbolique Écossaise, initie la femme de lettres et militante féministe Maria Deraismes. La loge est aussitôt mise en sommeil par son obédience. Onze ans plus tard, le 4 avril 1893, Maria Deraismes et le sénateur Georges Martin fondent la Grande Loge Symbolique Écossaise mixte de France, Le Droit Humain, première obédience à initier hommes et femmes à égalité. L’Ordre devient international et compte aujourd’hui des fédérations sur plusieurs continents.

La Grande Loge Féminine de France

Femme en franc-maçonnerie – Le Droit humain-France-vignette

Après la Seconde Guerre mondiale, le Convent de la Grande Loge de France vote en septembre 1945 la fin de la tutelle sur les loges d’adoption. Le 21 octobre 1945, Anne-Marie Gentily annonce la création de l’Union maçonnique féminine de France, dont elle devient la première Grande Maîtresse en 1946. Le 22 septembre 1952, l’Union prend le nom de Grande Loge Féminine de France ; en 1958, son Convent abandonne le Rite d’Adoption au profit du Rite Écossais Ancien et Accepté. D’autres obédiences féminines sont nées depuis, en France et à l’étranger.

Un paysage contrasté aujourd’hui

  • Obédiences féminines : Grande Loge Féminine de France et plusieurs obédiences plus récentes.
  • Obédiences mixtes : Droit Humain, Grande Loge Mixte de France, Grande Loge Mixte Universelle, entre autres.
  • Obédiences masculines admettant les visites ou l’initiation de femmes : le Grand Orient de France laisse depuis 2010 chaque loge libre d’initier des femmes.
  • Obédiences masculines : la Grande Loge de France et la Grande Loge Nationale Française restent réservées aux hommes, la seconde par fidélité aux critères de la Grande Loge Unie d’Angleterre.
  • En Angleterre, des obédiences féminines existent depuis le début du XXe siècle, sans reconnaissance officielle mais avec des relations cordiales.

Tradition, égalité et symbolique

Le débat oppose deux lectures. Pour les uns, la non-mixité appartient à la tradition reçue et garantit une forme de travail propre ; pour les autres, l’initiation s’adresse à l’être humain et non à un sexe, et l’exclusion des femmes relève d’un héritage social plus que d’une nécessité symbolique. Les loges féminines ont conservé de l’adoption l’usage de titres au féminin (Vénérable Maîtresse, Sœur Oratrice) et ont produit leurs propres réflexions sur le symbolisme, tandis que les loges mixtes ont fait de la complémentarité et de l’égalité un axe de travail.

Le saviez-vous ?

Les rituels d’adoption du XVIIIe siècle remplaçaient les outils du maçon par des symboles domestiques ou bibliques ; on y parlait de la pomme d’Ève et du jardin d’Éden plutôt que du Temple de Salomon. Leur étude, longtemps négligée, éclaire aujourd’hui la sociabilité féminine des Lumières.

Pour approfondir

  • Gisèle et Yves Hivert-Messeca, Comment la franc-maçonnerie vint aux femmes, Dervy, 1997.
  • Janet Burke et Margaret Jacob, Les premières francs-maçonnes au siècle des Lumières, Presses universitaires de Bordeaux, 2010.
  • Site de la Grande Loge Féminine de France, rubrique « Naissance de la GLFF ».

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge d’Adoption, Mixité, Fondation du Droit Humain par Maria Deraismes et Georges Martin, 4 avril 1893 (date historique), Régularité, Landmarks, Initiation, Obédience.

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