
La lettre G est l’un des symboles les plus célèbres de la franc-maçonnerie : placée au centre de l’Étoile flamboyante dans les loges de Compagnon, elle figure aussi, dans le monde anglo-saxon, entre l’équerre et le compas de l’emblème maçonnique. Les plus anciens textes l’expliquent par la Géométrie, science fondatrice du métier de bâtisseur ; d’autres lectures y voient God, Gloire, Génération ou Gnose. Cette pluralité de sens, loin d’être un défaut, fait de la lettre G un exercice d’interprétation proposé au Compagnon, invité à relier la mesure du monde et la connaissance de soi.
Une lettre au cœur du deuxième degré

Dans la plupart des rites pratiqués en France, la lettre G est découverte au grade de Compagnon. Au Rite Français comme au Rite Écossais Ancien et Accepté, elle apparaît au centre de l’Étoile flamboyante, à cinq branches, qui orne la loge du deuxième degré et figure sur son tableau. Le Compagnon la reçoit comme un symbole à méditer : ce qui lui est révélé n’est pas une définition close, mais une lettre dont il doit chercher le sens.
Dans la maçonnerie anglaise et américaine, la lettre G est aussi suspendue au plafond de la loge, au-dessus du centre, et elle s’est imposée dans l’emblème populaire de l’équerre et du compas entrelacés. Cette diffusion visuelle a fait d’elle, pour le grand public, le signe immédiatement reconnaissable de l’Ordre.
G comme Géométrie : le témoignage des textes anciens
La lecture la plus ancienne et la mieux attestée est la Géométrie. Les Old Charges, manuscrits des corporations de maçons opératifs (à partir du Manuscrit Cooke, vers 1410), présentent la géométrie comme la science qui fonde le métier, au point de la confondre avec la maçonnerie elle-même. En 1730, la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, fait dire au Compagnon qu’il a été reçu « pour l’amour de la lettre G », laquelle signifie la Géométrie, « cinquième science ».
Cette « cinquième science » renvoie aux sept arts libéraux hérités de l’Antiquité et du Moyen Âge, dont la géométrie occupe le cinquième rang dans l’ordre traditionnel (après grammaire, rhétorique, logique et arithmétique). Le lien est cohérent avec le grade de Compagnon, qui est précisément celui de l’étude des sciences et des arts.
God, Gloire, Gnose : les autres lectures
Dans l’espace anglophone, la lettre a très tôt été lue aussi comme l’initiale de God, Dieu, désigné en loge comme le Grand Architecte de l’Univers. En français, où cette coïncidence n’existe pas, d’autres mots ont été proposés au fil des rituels et des commentaires : Gloire, Grandeur, Génération, Génie, Gravitation, Gnose.
- Géométrie : la mesure, l’ordre et l’art de bâtir ; lecture attestée dès le XVIIIe siècle.
- God : lecture anglo-saxonne, liée à l’invocation du Grand Architecte de l’Univers.
- Gloire et Grandeur : lectures présentes dans certains rituels français, rapportées à Dieu ou à l’œuvre accomplie.
- Génération et Gravitation : lectures cosmologiques développées par des commentateurs des XIXe et XXe siècles.
- Gnose : lecture ésotérique, qui fait de la lettre le signe d’une connaissance intérieure.
Une ambiguïté féconde

La pluralité des interprétations n’est pas contradictoire. La Géométrie désigne l’ordre extérieur : la mesure, la proportion, la construction. La Gnose ou la connaissance désignent l’ordre intérieur : la compréhension de soi et du sens. Entre les deux, la lecture maçonnique propose une correspondance plutôt qu’un choix, fidèle à la méthode symbolique qui ne fige jamais un signe dans une seule définition.
Il faut aussi rappeler que la Gnose, au sens historique, désigne des courants religieux des premiers siècles chrétiens. Son emploi maçonnique est analogique et récent : il dit le désir d’une connaissance vécue, non l’adhésion à une doctrine gnostique.
L’Étoile flamboyante et la lettre G
L’association de la lettre et de l’étoile mérite attention. L’Étoile flamboyante, à cinq branches, est souvent rapprochée de l’homme debout, bras et jambes écartés, inscrit dans le pentagramme. Placer la lettre G en son centre revient à suggérer que l’homme qui se construit doit trouver en lui un principe d’unité, qu’on le nomme mesure, connaissance ou principe créateur. L’étoile rayonne ; la lettre en est le foyer.
Dans les rituels
- Rite Français : la lettre G apparaît au centre de l’Étoile flamboyante lors de la cérémonie d’augmentation de salaire.
- REAA : l’Étoile flamboyante portant la lettre G est l’un des symboles majeurs du 2e degré et du tableau de loge de Compagnon.
- Rite Émulation : la lettre G est expliquée au Compagnon dans la lecture du deuxième degré et figure au centre de la loge.
- Emblème : dans le monde anglo-saxon, la lettre G est placée entre l’équerre et le compas.
Le saviez-vous ?
La lettre G ne figure pas dans l’emblème maçonnique continental le plus ancien : son insertion entre l’équerre et le compas est surtout un usage américain et britannique, popularisé à partir du XIXe siècle par les bijoux, enseignes et objets de la vie fraternelle. En France, l’équerre et le compas apparaissent le plus souvent sans la lettre.
Pour approfondir
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730 (texte disponible en traductions françaises).
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
- Oswald Wirth, Le Livre du Compagnon (série La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes), Dervy.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Étoile flamboyante, Compagnon, Géométrie, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme).
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