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G comme la lettre G en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La lettre G est l’un des symboles les plus célèbres de la franc-maçonnerie : placée au centre de l’Étoile flamboyante dans les loges de Compagnon, elle figure aussi, dans le monde anglo-saxon, entre l’équerre et le compas de l’emblème maçonnique. Les plus anciens textes l’expliquent par la Géométrie, science fondatrice du métier de bâtisseur ; d’autres lectures y voient God, Gloire, Génération ou Gnose. Cette pluralité de sens, loin d’être un défaut, fait de la lettre G un exercice d’interprétation proposé au Compagnon, invité à relier la mesure du monde et la connaissance de soi.

Une lettre au cœur du deuxième degré

G (lettre) en franc-maçonnerie – Lodge Room, Wallasey Masonic Hall 2

Dans la plupart des rites pratiqués en France, la lettre G est découverte au grade de Compagnon. Au Rite Français comme au Rite Écossais Ancien et Accepté, elle apparaît au centre de l’Étoile flamboyante, à cinq branches, qui orne la loge du deuxième degré et figure sur son tableau. Le Compagnon la reçoit comme un symbole à méditer : ce qui lui est révélé n’est pas une définition close, mais une lettre dont il doit chercher le sens.

Dans la maçonnerie anglaise et américaine, la lettre G est aussi suspendue au plafond de la loge, au-dessus du centre, et elle s’est imposée dans l’emblème populaire de l’équerre et du compas entrelacés. Cette diffusion visuelle a fait d’elle, pour le grand public, le signe immédiatement reconnaissable de l’Ordre.

G comme Géométrie : le témoignage des textes anciens

La lecture la plus ancienne et la mieux attestée est la Géométrie. Les Old Charges, manuscrits des corporations de maçons opératifs (à partir du Manuscrit Cooke, vers 1410), présentent la géométrie comme la science qui fonde le métier, au point de la confondre avec la maçonnerie elle-même. En 1730, la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, fait dire au Compagnon qu’il a été reçu « pour l’amour de la lettre G », laquelle signifie la Géométrie, « cinquième science ».

Cette « cinquième science » renvoie aux sept arts libéraux hérités de l’Antiquité et du Moyen Âge, dont la géométrie occupe le cinquième rang dans l’ordre traditionnel (après grammaire, rhétorique, logique et arithmétique). Le lien est cohérent avec le grade de Compagnon, qui est précisément celui de l’étude des sciences et des arts.

God, Gloire, Gnose : les autres lectures

Dans l’espace anglophone, la lettre a très tôt été lue aussi comme l’initiale de God, Dieu, désigné en loge comme le Grand Architecte de l’Univers. En français, où cette coïncidence n’existe pas, d’autres mots ont été proposés au fil des rituels et des commentaires : Gloire, Grandeur, Génération, Génie, Gravitation, Gnose.

  • Géométrie : la mesure, l’ordre et l’art de bâtir ; lecture attestée dès le XVIIIe siècle.
  • God : lecture anglo-saxonne, liée à l’invocation du Grand Architecte de l’Univers.
  • Gloire et Grandeur : lectures présentes dans certains rituels français, rapportées à Dieu ou à l’œuvre accomplie.
  • Génération et Gravitation : lectures cosmologiques développées par des commentateurs des XIXe et XXe siècles.
  • Gnose : lecture ésotérique, qui fait de la lettre le signe d’une connaissance intérieure.

Une ambiguïté féconde

G (lettre) en franc-maçonnerie – VM 15765 – Design for a Masonic apron – 1820 – C. Borsteegh

La pluralité des interprétations n’est pas contradictoire. La Géométrie désigne l’ordre extérieur : la mesure, la proportion, la construction. La Gnose ou la connaissance désignent l’ordre intérieur : la compréhension de soi et du sens. Entre les deux, la lecture maçonnique propose une correspondance plutôt qu’un choix, fidèle à la méthode symbolique qui ne fige jamais un signe dans une seule définition.

Il faut aussi rappeler que la Gnose, au sens historique, désigne des courants religieux des premiers siècles chrétiens. Son emploi maçonnique est analogique et récent : il dit le désir d’une connaissance vécue, non l’adhésion à une doctrine gnostique.

L’Étoile flamboyante et la lettre G

L’association de la lettre et de l’étoile mérite attention. L’Étoile flamboyante, à cinq branches, est souvent rapprochée de l’homme debout, bras et jambes écartés, inscrit dans le pentagramme. Placer la lettre G en son centre revient à suggérer que l’homme qui se construit doit trouver en lui un principe d’unité, qu’on le nomme mesure, connaissance ou principe créateur. L’étoile rayonne ; la lettre en est le foyer.

Dans les rituels

  • Rite Français : la lettre G apparaît au centre de l’Étoile flamboyante lors de la cérémonie d’augmentation de salaire.
  • REAA : l’Étoile flamboyante portant la lettre G est l’un des symboles majeurs du 2e degré et du tableau de loge de Compagnon.
  • Rite Émulation : la lettre G est expliquée au Compagnon dans la lecture du deuxième degré et figure au centre de la loge.
  • Emblème : dans le monde anglo-saxon, la lettre G est placée entre l’équerre et le compas.

Le saviez-vous ?

La lettre G ne figure pas dans l’emblème maçonnique continental le plus ancien : son insertion entre l’équerre et le compas est surtout un usage américain et britannique, popularisé à partir du XIXe siècle par les bijoux, enseignes et objets de la vie fraternelle. En France, l’équerre et le compas apparaissent le plus souvent sans la lettre.

Pour approfondir

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730 (texte disponible en traductions françaises).
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
  • Oswald Wirth, Le Livre du Compagnon (série La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes), Dervy.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Étoile flamboyante, Compagnon, Géométrie, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Frère terrible en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Frère Terrible est l’officier qui, lors de l’initiation, conduit le candidat les yeux bandés, le fait voyager et lui fait subir les épreuves symboliques. Le nom appartient surtout aux rites issus de la tradition dite des « Modernes », comme le Rite Français, où il désigne une fonction plutôt qu’un office permanent ; selon les rites et les loges, elle est tenue par l’Expert ou par le Couvreur. Loin d’une figure d’intimidation gratuite, le Frère Terrible est un guide de seuil, chargé de rendre le passage initiatique solennel et inoubliable.

Qui est le Frère Terrible ?

Frère Terrible en franc-maçonnerie – Freimaurer Initiation

Dans les rituels d’initiation, le candidat n’entre pas seul dans le temple. Il est accompagné par un frère qui le prépare, le guide pendant ses voyages et le présente aux différentes étapes de la cérémonie. Dans plusieurs rites français, ce guide porte le nom de Frère Terrible. Selon l’article de Wikipédia consacré au vocabulaire maçonnique, dans les rites issus des Modernes, le Couvreur est aussi appelé « Terrible » : il fait office de gardien et d’expert pendant les initiations.

Dans la pratique contemporaine, la fonction est souvent confiée à l’Expert, officier chargé de veiller à l’exactitude du rituel, ou à un frère désigné pour la circonstance. L’ancienne version de cette notice l’identifiait au « Grand Expert » : ce titre existe dans certains rites et juridictions, mais l’équivalence n’est pas générale. Mieux vaut parler d’une fonction rituelle que d’un office fixe.

Une figure de seuil

Le Frère Terrible se tient à la frontière entre le monde profane et la loge. Il vient chercher le candidat au cabinet de réflexion, le conduit à la porte du temple, le fait frapper et répond pour lui. Pendant les voyages, il le guide à travers les obstacles symboliques. Sa voix, sa fermeté, la manière dont il tient le bras du candidat donnent au passage sa densité. Il incarne ce moment où l’on quitte un état pour en atteindre un autre.

Cette position intermédiaire explique le caractère ambivalent du personnage. Pour le candidat, il est d’abord une voix et une main, parfois ferme, parfois rassurante, dans un monde qu’il ne voit pas. Il le confronte aux épreuves, mais il est aussi celui qui ne le lâche jamais. Une fois le bandeau tombé, le récipiendaire découvre souvent avec surprise le visage de celui qui l’a accompagné : le guide redoutable était un frère comme les autres.

Pourquoi « terrible » ?

Le mot doit être entendu dans un sens ancien : ce qui inspire une crainte respectueuse, comme on parle d’un lieu « terrible » dans la langue biblique pour dire un lieu saint. Le rôle n’est pas de faire peur pour le plaisir, mais de marquer la gravité du moment. Les rituels du XVIIIe siècle comportaient des mises en scène impressionnantes ; elles ont été largement adoucies, et la plupart des obédiences insistent aujourd’hui sur le respect absolu de la personne du candidat.

Le vocabulaire des rituels anciens aimait d’ailleurs ces qualificatifs forts. Les divulgations du XVIIIe siècle décrivent des réceptions où l’on cherchait à éprouver le courage du candidat, à une époque où la franc-maçonnerie se voulait aussi une école de fermeté. Les rituels contemporains en ont conservé le principe, sous une forme épurée et strictement symbolique.

Ce que le Frère Terrible ne fait pas

Frère Terrible en franc-maçonnerie – Josiah Bowring (1757-1832) - First Degree Tracing Board - D2010-3 - Museum of Freemasonry
  • Il n’humilie pas le candidat ni ne le met en danger : les épreuves sont symboliques.
  • Il n’improvise pas : il suit le rituel de la loge sous l’autorité du Vénérable.
  • Il ne révèle rien d’avance : la surprise fait partie de l’expérience initiatique.
  • Il ne se met pas en scène : sa fonction est au service du passage du candidat.

Une fonction de confiance

Être Frère Terrible demande de la maîtrise. Il faut connaître parfaitement le déroulement de la cérémonie, savoir adapter son pas à celui du candidat, rassurer sans rien dévoiler, garder le sérieux sans dureté. De nombreux maçons gardent un souvenir précis de celui qui les a conduits. Cette fonction est souvent confiée à un maître expérimenté, qui a lui-même vécu l’initiation comme une transmission et sait ce qu’elle représente.

Dans l’imaginaire profane

Le nom a beaucoup frappé les imaginations et a été exploité par les pamphlets antimaçonniques, qui décrivaient des initiations cruelles. Les rituels publiés montrent au contraire que les épreuves relèvent d’une dramaturgie symbolique : bandeau, voyages, purifications par les éléments. Le Frère Terrible appartient à ce théâtre initiatique, dont la force tient à la sincérité de ceux qui le jouent.

À retenir

  • Le Frère Terrible guide le candidat pendant l’initiation.
  • Le terme est propre surtout aux rites issus des Modernes, comme le Rite Français.
  • La fonction est tenue, selon les rites, par l’Expert ou le Couvreur.
  • « Terrible » signifie ici solennel, inspirant le respect, et non effrayant.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Expert Officier, Couvreur, Initiation, Bandeau, Cabinet de Réflexion, Récipiendaire.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Frère servant en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le frère servant est, historiquement, un maçon d’un statut particulier : un homme de condition modeste, souvent domestique ou artisan, reçu dans la loge pour en assurer le service matériel – garde du local, préparation des tenues, service des banquets. Très présent dans les loges du XVIIIe siècle, il était généralement limité dans sa progression. Aujourd’hui, le terme désigne surtout le frère qui veille, bénévolement, à la bonne tenue de la salle humide et des agapes. Son histoire éclaire les tensions entre idéal d’égalité et hiérarchies sociales.

Une figure des loges du XVIIIe siècle

Frère Servant en franc-maçonnerie – VM 16092-003 – Banquet Maçonnique – 1865 – F.-T. Bègue-Clavel

Les loges du siècle des Lumières recrutaient surtout dans la noblesse, le clergé, la bourgeoisie et les professions libérales. Pour assurer le service matériel, beaucoup d’entre elles recevaient des frères servants : domestiques, artisans ou compagnons de métier. À Quimper, par exemple, la loge comptait deux compagnons de la faïencerie de Locmaria, chargés de garder le temple. Ces frères étaient initiés, ce qui leur permettait d’assister aux travaux qu’ils servaient tout en étant tenus à la discrétion.

Un statut limité

Le frère servant n’avait généralement pas les mêmes droits que les autres membres. Selon les loges et les règlements, il ne pouvait pas accéder à la maîtrise, ne prenait pas part aux votes et ne payait pas les mêmes cotisations. L’historien Pierre-Yves Beaurepaire rappelle que les hommes exerçant des « arts mécaniques », c’est-à-dire des métiers manuels, ne pouvaient souvent devenir que frères servants. En 1785, le Grand Orient de France recommandait même d’écarter les candidats exerçant un métier jugé « vil et abject ».

  • Origine sociale : domestiques, artisans, compagnons.
  • Fonctions : garde du local, préparation de la loge, service des banquets, convocations.
  • Limites : accès restreint aux grades supérieurs, absence de droit de vote dans de nombreuses loges.
  • Contrepartie : appartenance à la loge, protection et parfois secours en cas de besoin.

Les fonctions concrètes

Les tâches du frère servant étaient très pratiques. Il ouvrait et préparait le local, disposait les décors, allumait les lumières, distribuait les convocations, veillait à la porte en l’absence d’un couvreur et assurait le service des banquets. Dans les loges de table, il apportait les plats et rechargeait les « barriques ». Sa présence permettait aux travaux de se dérouler sans faire appel à des profanes, ce qui préservait la discrétion de la loge.

Le frère servant ne doit pas être confondu avec le couvreur ou tuileur, officier à part entière chargé de garder la porte du temple et de vérifier la qualité des visiteurs, même si les deux fonctions ont pu se recouper dans de petites loges.

Une contradiction avec l’idéal d’égalité

Frère Servant en franc-maçonnerie – Firing glass MET 19233

Le statut du frère servant révèle une tension au cœur de la franc-maçonnerie des Lumières. Les loges proclamaient l’égalité des frères et la fraternité au-delà des conditions sociales, mais elles reproduisaient en partie les hiérarchies de la société d’ordres. L’existence de frères de « second rang » a fait l’objet de débats dès le XVIIIe siècle. Elle a progressivement disparu au XIXe siècle, à mesure que les loges s’ouvraient à des milieux plus divers et que l’égalité entre membres devenait une exigence.

Le frère servant aujourd’hui

Dans les loges contemporaines, le terme a changé de sens. Il désigne le frère, ou la sœur dans les loges mixtes et féminines, qui prend en charge l’organisation matérielle de la salle humide, nom donné à la salle où l’on se retrouve après la tenue pour les agapes. Il prépare, sert, range, souvent avec l’aide des apprentis. Cette charge est un service rendu par un membre à part entière, sans aucune restriction de droits. Dans certaines loges, elle est confiée de préférence aux nouveaux initiés comme exercice d’humilité.

Le sens maçonnique du service

La figure du frère servant rappelle que la fraternité se vit dans les actes autant que dans les discours. Préparer une salle, servir un repas, ranger après les autres : ces gestes simples font partie du travail maçonnique. Ils traduisent une conception de la loge où aucune tâche n’est indigne, et où le service des autres est une école de simplicité. L’histoire du statut ancien invite aussi à la vigilance : l’égalité proclamée doit se vérifier dans la manière dont on traite ceux qui servent.

À retenir

  • Au XVIIIe siècle : un maçon de condition modeste, initié pour servir la loge, aux droits limités.
  • Aujourd’hui : le membre chargé de la salle humide et des agapes, sans restriction de droits.
  • Le terme illustre la tension entre égalité maçonnique et hiérarchies sociales.
  • Le service matériel fait partie intégrante de la vie fraternelle.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Salle Humide, Couvreur, Loge de Table, Égalité, Apprentissage, Tuileur.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Frère à talent en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le « frère à talent » (ou « frère à talents ») désigne, dans la franc-maçonnerie française du XVIIIe et du début du XIXe siècle, un frère reçu en loge en raison de ses compétences artistiques ou manuelles, le plus souvent un musicien, parfois un peintre, un graveur ou un artisan. En échange de son art mis au service de l’atelier, notamment la musique des tenues et des banquets, il était généralement dispensé de tout ou partie des cotisations. Cette figure méconnue éclaire la place des arts, et en particulier de la musique, dans la sociabilité maçonnique des Lumières.

Une catégorie de membres

Frère à Talent en franc-maçonnerie – Mozart in lodge, Vienna

Au siècle des Lumières, les loges françaises recrutent surtout dans la noblesse, le clergé, la bourgeoisie marchande et les professions libérales. Les cotisations et les droits de réception sont élevés. Pour disposer de musiciens et d’artistes sans les exclure faute de moyens, de nombreux ateliers créent une catégorie particulière : les frères à talents, admis pour ce qu’ils savent faire plutôt que pour ce qu’ils peuvent payer. Ils sont à distinguer des « frères servants », chargés du service matériel de la loge.

Des musiciens avant tout

La majorité des frères à talents sont des musiciens. La musique accompagne en effet les cérémonies, les entrées, les cortèges et surtout les banquets, où l’on chante des cantiques et des chansons maçonniques. Un premier recueil de chansons figure dès 1723 en appendice des Constitutions d’Anderson. Les frères musiciens forment l’ensemble instrumental de la loge, que l’on appellera plus tard la colonne d’harmonie, et composent pour elle.

  • Rôle : jouer lors des tenues, des fêtes et des banquets ; composer cantiques et marches.
  • Contrepartie : dispense, totale ou partielle, des cotisations et droits de réception.
  • Rayonnement : participer aux concerts organisés par certaines loges, qui contribuent à leur renommée.
  • Autres talents : peintres, graveurs, décorateurs, ébénistes réalisant tableaux de loge, diplômes, décors et mobilier.

L’exemple de la Loge Olympique

L’exemple le plus célèbre est celui de la Loge Olympique de la Parfaite Estime, à Paris, qui organise à partir de 1782 le Concert de la Loge Olympique. C’est pour cet orchestre, à l’initiative du comte d’Ogny, que Joseph Haydn compose les six symphonies dites « parisiennes ». L’orchestre réunissait des musiciens professionnels, dont une partie appartenait à la loge en qualité de frères à talents, aux côtés de membres issus de la haute société.

Un statut ambivalent

Frère à Talent en franc-maçonnerie – Himno Masónico Fernando del Castillo Güido Julián Benlloch 18jul1921 2

Le statut de frère à talent reflète les hiérarchies sociales de l’Ancien Régime. Le frère musicien est un frère à part entière, initié selon les mêmes rites, mais il est souvent reçu en raison d’une fonction et son accès aux offices peut être limité. Les historiens de la sociabilité y lisent une tension caractéristique des loges du XVIIIe siècle : l’égalité proclamée entre frères coexiste avec les distinctions de rang et de fortune.

Une valeur symbolique

Au-delà de l’histoire sociale, la figure garde une valeur symbolique. Elle rappelle que la loge est une construction collective à laquelle chacun contribue selon ses dons, et que le travail de la main, l’art et la beauté ont leur place dans le temple à côté du travail de l’esprit. La Beauté est d’ailleurs l’une des trois colonnes qui soutiennent symboliquement la loge, avec la Sagesse et la Force.

Et aujourd’hui ?

La catégorie administrative des frères à talents a disparu des règlements modernes. Mais l’esprit demeure : de nombreuses loges comptent des frères et des sœurs qui assurent la musique des tenues, réalisent des décors ou des tableaux de loge, ou mettent leur métier au service de l’atelier. L’expression subsiste dans les glossaires maçonniques comme un témoignage de cette tradition.

Les talents au service de l’atelier

Les livres d’architecture des loges du XVIIIe siècle, c’est-à-dire leurs registres, mentionnent régulièrement les frères chargés de la musique, des décors ou des fêtes. Les tableaux de loge peints, les diplômes gravés, les tabliers brodés que conservent aujourd’hui les musées maçonniques sont souvent l’œuvre d’artistes et d’artisans membres des ateliers. Le patrimoine maçonnique doit beaucoup à ces frères dont le nom est souvent resté inconnu.

Le saviez-vous ?

Les symphonies « parisiennes » de Haydn (n° 82 à 87) ont été commandées pour le Concert de la Loge Olympique, l’un des orchestres les plus réputés de Paris dans les années 1780. Haydn lui-même fut initié à Vienne en 1785, dans la loge Zur wahren Eintracht.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Rap, musiques populaires et imaginaire antimaçonnique (antimaçonnisme), Frère servant, Banquet, Sagesse, Force, Beauté, Cotisations.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Frère Indigne en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Frère indigne désigne, dans le langage maçonnique, un frère qui a trahi un autre frère, ou plus largement manqué gravement à ses engagements, et s’est ainsi rendu indigne au regard des valeurs de l’Ordre. La trahison touche au cœur de la fraternité, fondée sur la confiance, la loyauté et la parole donnée. L’expression renvoie à la fois à une réalité disciplinaire, puisque les obédiences disposent de procédures de justice maçonnique pouvant aller jusqu’à l’exclusion, et à une figure symbolique dont la légende d’Hiram, avec ses trois mauvais compagnons, offre l’archétype. Selon les glossaires, la dignité perdue ne se retrouve qu’au prix d’une réparation.

Une faute contre la fraternité

Frère indigne en franc-maçonnerie – Trial of the Supreme Court of Masonic Justice

Toute faute n’entraîne pas l’indignité. Le terme vise ce qui détruit le lien fraternel lui-même : trahir la confiance d’un frère, utiliser l’appartenance maçonnique à des fins personnelles, divulguer ce qui a été confié, nuire délibérément à un membre de l’Ordre. Les glossaires maçonniques définissent le frère indigne comme celui qui a trahi un autre frère et doit réparer sa trahison pour retrouver sa dignité.

La dignité maçonnique n’est donc pas un statut acquis une fois pour toutes à l’initiation. Elle se maintient par les actes, et peut se perdre par eux.

Une exigence présente dès les Obligations

Les Constitutions d’Anderson (1723) consacrent une large part de leurs Obligations à la conduite des frères entre eux : s’abstenir de querelles, ne pas médire d’un frère, régler les différends à l’intérieur de la fraternité avant de recourir aux tribunaux. Ces règles visent précisément à préserver la confiance qui permet à la loge d’exister. Le frère qui les viole gravement se place en dehors de l’esprit de l’Ordre.

La justice maçonnique

Les obédiences disposent d’institutions disciplinaires, généralement appelées justice maçonnique, avec des chambres ou des jurys élus. Elles peuvent prononcer, selon la gravité des faits et les règlements, des sanctions graduées :

  • l’avertissement ou le blâme ;
  • la suspension temporaire des droits maçonniques ;
  • l’interdiction d’entrée du Temple, que certaines loges peuvent voter à titre conservatoire ;
  • la radiation ou l’exclusion, la sanction la plus grave, qui fait perdre la qualité de membre.

Au XVIIIe et au XIXe siècle, les Grandes Loges et Grands Orients communiquaient souvent aux autres ateliers les noms des maçons exclus, afin qu’ils ne puissent être reçus ailleurs comme visiteurs. Le qualificatif d’indigne figurait parfois dans ces décisions.

L’archétype : les mauvais compagnons

Frère indigne en franc-maçonnerie – Letter to the Grand Secretary of the Grand Lodge of North Carolina from St. Tammany Lodge

Le récit fondateur du grade de Maître met en scène une trahison : trois compagnons, voulant obtenir par la force ce qu’ils n’ont pas mérité par le travail, assassinent le maître Hiram. Ils incarnent symboliquement les vices qui détruisent l’œuvre commune, ignorance, fanatisme, ambition selon les lectures les plus répandues. Plusieurs grades de la maçonnerie écossaise, dits grades d’Élus, développent ensuite le thème de la recherche et du châtiment des traîtres, en l’interprétant de plus en plus comme une victoire sur ses propres passions plutôt que comme une vengeance.

Réparation et réintégration

L’indignité n’est pas forcément définitive. De nombreux règlements prévoient la possibilité d’une réintégration après sanction, sur demande et après examen par la loge ou l’obédience. La réparation passe par la reconnaissance de la faute, l’apaisement du frère lésé et le temps. La formule traditionnelle selon laquelle le frère indigne doit « payer » sa trahison pour retrouver sa dignité exprime cette idée : la confiance détruite ne se restaure pas sans effort réel.

Une leçon pour chacun

La figure du frère indigne sert d’avertissement. Elle rappelle que la loge n’est pas une société d’admiration mutuelle, mais un lieu d’exigence morale où les beaux discours ne suffisent pas. Elle invite aussi à la prudence dans le jugement : la justice maçonnique s’entoure de garanties, contradictoire et droits de la défense, précisément pour éviter que l’accusation d’indignité ne devienne une arme dans les conflits internes.

À retenir

  • Le frère indigne a trahi un frère ou gravement manqué à ses engagements.
  • Les obédiences disposent d’une justice maçonnique et de sanctions graduées, jusqu’à l’exclusion.
  • La légende d’Hiram et ses mauvais compagnons fournit l’archétype de la trahison.
  • La réintégration reste possible après réparation, selon les règlements.

Voir aussi dans le glossaire : Justice Maçonnique, Exclusion des francs-maçons et des membres de la Ligue des droits de l’homme du Parti communiste, 1922 (date historique), Radiation, Mauvais Compagnons, Hiram, Serment, Élus coëns (Rite maçonnique).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Frères en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

« Frère » est le nom que se donnent les francs-maçons entre eux, en loge comme dans leurs écrits, quels que soient leur grade, leur fonction ou leur condition sociale. Hérité des confréries et des loges de métier, il exprime l’égalité symbolique des membres et le lien que crée l’initiation. Dans les obédiences mixtes et féminines, il s’accompagne de « Sœur ». Ce simple mot, abrégé F∴ et décliné en Très Cher Frère ou Vénérable Frère, condense une éthique : celui qui appelle l’autre son frère s’engage à se comporter en frère. Il est aussi devenu, pour les adversaires de l’Ordre, un sobriquet.

Un mot hérité des confréries

Frères en franc-maçonnerie – Group portrait of Freemasons of Anglo-Saxon Lodge, seated and standing, in ceremonial dres

Les confréries médiévales, les corporations de métier et les ordres religieux appelaient déjà leurs membres « frères ». Les Old Charges des maçons opératifs anglais emploient le mot fellow mais aussi brother, et règlent les devoirs mutuels des membres du métier. La maçonnerie spéculative reprend cet usage. Vers 1810, le Vocabulaire des Francs-Maçons de Bazot le note simplement : les maçons, quel que soit leur rang, se donnent ce nom en loge et dans leurs écrits.

Les formes de l’adresse

  • Mon Frère, ou mes Frères, en loge : adresse ordinaire entre membres.
  • Très Cher Frère (T∴C∴F∴) : formule courante dans la correspondance et les planches.
  • Vénérable Frère, Très Respectable Frère : formules attachées à certaines fonctions ou dignités selon les obédiences.
  • FF∴ : abréviation du pluriel, la lettre redoublée suivie des trois points.
  • Sœur et Sœurs (S∴, SS∴) dans les obédiences mixtes et féminines.

Une égalité symbolique

Dans la loge, l’artisan et le ministre, le jeune initié et l’ancien Vénérable s’appellent également « mon Frère ». Le mot place hors du temple les hiérarchies profanes de fortune, de métier ou de naissance. Au XVIIIe siècle, cette égalité de principe était une nouveauté sociale remarquable, même si la réalité des loges restait marquée par les distinctions de l’époque. Les fonctions d’officiers sont électives et temporaires : le Vénérable d’aujourd’hui redeviendra demain un Frère parmi les autres.

Frères et Sœurs

La maçonnerie du XVIIIe siècle connaît des loges d’adoption, qui reçoivent des femmes sous la tutelle de loges masculines. À la fin du XIXe siècle, la fondation de l’Ordre mixte international du Droit Humain, en 1893, par Maria Deraismes et Georges Martin, ouvre la voie à une maçonnerie où femmes et hommes travaillent ensemble. Les obédiences féminines et mixtes emploient « Sœur » ; beaucoup de loges ouvrent leurs travaux en s’adressant à leurs Sœurs et Frères.

Une exigence éthique

Frères en franc-maçonnerie – SLNSW 6619 Masonic brethren at laying of foundation stone

Appeler quelqu’un « mon Frère » n’est pas une politesse. Le mot crée une obligation de respect, d’écoute et d’assistance. Il oblige celui qui le prononce à une cohérence entre la parole et les actes : on ne peut traiter en adversaire celui que l’on nomme frère. C’est pourquoi les règlements maçonniques sanctionnent les manquements à la fraternité, et pourquoi la formule ne prend son sens que dans la pratique.

Les « frères trois-points »

Le mot a aussi servi aux adversaires de l’Ordre. Au XIXe siècle, les polémistes antimaçonniques désignent les maçons comme les « frères trois-points », par allusion à leur abréviation. Léo Taxil publie en 1885 un pamphlet sous ce titre. Le terme « frère » devient alors, dans la presse hostile, synonyme de connivence et de réseau. Les maçons, par réaction, ont fini par adopter le sobriquet avec une certaine ironie.

Le saviez-vous ?

En loge, l’usage est souvent de s’adresser la parole par l’intermédiaire du Vénérable Maître ou des Surveillants, et jamais directement à un Frère pour le contredire. Le mot « Frère » s’accompagne ainsi d’une discipline de la parole qui évite les affrontements personnels.

Frères de toutes conditions

Les registres des loges du XVIIIe siècle montrent des Frères venus d’horizons très divers : nobles, officiers, négociants, artisans, artistes, ecclésiastiques. La fraternité maçonnique a été l’un des premiers lieux où ces hommes se donnaient le même titre. L’historien Pierre-Yves Beaurepaire a montré combien cette sociabilité nouvelle, fondée sur un nom commun, a compté dans l’Europe des Lumières.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Étienne-François Bazot, Vocabulaire des Francs-Maçons, Paris, vers 1810 (rééd. numérique Arbre d’Or, 2008).
  • Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècles, Belin, 2002.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Fraternité, Initiation de Chamfort à la loge des Neuf Sœurs, 1778 (date historique), Trois points, Loge d’Adoption, Fondation du Droit Humain par Maria Deraismes et Georges Martin, 4 avril 1893 (date historique), Égalité, Sautoir de Vénérable Maître.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Fraternité en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La fraternité est le lien qui unit les francs-maçons entre eux et, au-delà, l’idéal qu’ils se proposent d’étendre à l’humanité entière. Troisième terme de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », inscrite par le Grand Orient de France dans sa constitution de 1849, elle est aussi le premier des trois grands principes de la maçonnerie anglaise, l’amour fraternel. Ni simple sympathie ni réseau d’intérêts, elle se veut une exigence morale : aider sans calcul, écouter sans juger, reconnaître en l’autre un égal. C’est à elle que se mesure, en dernier ressort, la cohérence d’une loge.

Un mot hérité des confréries

Fraternité en franc-maçonnerie – 'Group of Freemasons', 19th century, German, Meissen Manufactory, hard paste porcelain, Ho

Le vocabulaire fraternel est antérieur à la franc-maçonnerie spéculative. Les confréries médiévales, les corporations de métier et les communautés religieuses se désignaient déjà comme des assemblées de « frères ». Les loges opératives anglaises et écossaises, dont les Old Charges règlent la vie, imposent aux maçons des devoirs mutuels : se loger, s’aider, ne pas se nuire. La maçonnerie spéculative du XVIIIe siècle hérite de ce lien et lui donne une portée universelle.

Brotherly love, relief and truth

La maçonnerie anglaise résume ses principes dans une triade : brotherly love, relief and truth, l’amour fraternel, l’entraide et la vérité. L’amour fraternel vient en premier. Il consiste à considérer chaque être humain comme membre d’une même famille, sans considération de rang, de fortune ou de croyance. L’entraide, relief, en est la traduction concrète : le soutien aux Frères dans la peine et, plus largement, la bienfaisance.

La devise républicaine

En France, la fraternité s’inscrit dans la triade républicaine. Au lendemain de la révolution de 1848, le Grand Orient de France fait figurer la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » dans l’article premier de sa constitution de 1849, en même temps qu’il affirme alors la croyance en Dieu comme base de l’Ordre, référence qu’il abandonnera en 1877. La devise est aujourd’hui partagée par de nombreuses obédiences françaises. Elle a contribué à l’idée, discutée par les historiens, d’une origine maçonnique de la devise nationale.

Fraternité et amitié

Fraternité en franc-maçonnerie – Print, Masonic Invitation, ca. 1800 (CH 18612325)

Les auteurs maçonniques distinguent soigneusement fraternité et amitié. L’amitié se choisit ; la fraternité se reçoit, avec l’initiation. On n’est pas tenu d’apprécier tous ses Frères, mais on leur doit respect, écoute et assistance. Cette distinction rend la fraternité exigeante : elle vaut précisément là où la sympathie spontanée fait défaut, et c’est dans les désaccords qu’elle se vérifie.

Comment elle se vit en loge

  • La chaîne d’union, qui réunit les participants main dans la main à la fin de nombreuses tenues.
  • Le tronc de la Veuve, qui recueille les dons pour les œuvres de solidarité, sous la responsabilité de l’Hospitalier.
  • L’attention aux Frères et Sœurs malades, isolés ou en difficulté.
  • L’accueil des visiteurs, venus d’autres loges ou d’autres pays.
  • Les agapes, prolongement convivial des travaux.
  • La discipline de la parole en loge, qui interdit l’attaque personnelle.

Une fraternité sans intérêt

La fraternité maçonnique est souvent caricaturée en réseau d’influence. Les textes fondateurs disent l’inverse : l’aide doit être désintéressée, librement donnée, sans attente de retour. Utiliser la loge pour des avantages professionnels ou politiques est généralement considéré comme une faute. Cette exigence n’est pas toujours respectée, et les obédiences en conviennent ; mais elle constitue la norme à laquelle les comportements sont jugés.

Vers une fraternité universelle

La fraternité ne s’arrête pas à la porte du temple. Le glossaire maçonnique la définit comme un lien que le franc-maçon doit étendre à toute l’humanité. C’est l’horizon de la formule qui clôt les santés des banquets, portée « à tous les maçons répandus sur la surface de la terre », et plus largement à tous les hommes. La loge se veut ainsi le laboratoire d’une fraternité qui reste à construire dans le monde.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècles, Belin, 2002.
  • Pierre Chevallier, Histoire de la franc-maçonnerie française, Fayard, 3 vol., 1974-1975.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Frères, Tronc de la veuve, Hospitalier (ou Elémosinaire), Égalité.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Fraternelle en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Une fraternelle est un groupement de francs-maçons, souvent issus d’obédiences différentes, qui se retrouvent autour d’un intérêt commun : un métier, une région, une passion, une cause. Elle ne travaille pas rituellement, n’initie personne et ne relève d’aucune obédience : c’est une association de rencontre, de réflexion et d’entraide. Utile pour faire dialoguer des maçonneries qui s’ignorent, elle est aussi l’objet d’une vigilance particulière, car le soupçon de réseau d’influence, que l’antimaçonnisme adore, se fixe souvent sur elle.

Définition

Le terme désigne une association ou un simple regroupement de maçons autour d’un point culturel ou professionnel commun. Il existe des fraternelles de métiers (médecins, avocats, enseignants, militaires, policiers, artistes, journalistes), des fraternelles régionales ou d’expatriés, des fraternelles thématiques (histoire, musique, randonnée, gastronomie) et des fraternelles liées à une institution, comme la fraternelle parlementaire. Leur forme juridique est généralement celle d’une association déclarée.

Ce qu’une fraternelle n’est pas

  • Ce n’est pas une loge : elle n’ouvre pas de travaux rituels, ne confère pas de degrés et ne délivre aucune patente.
  • Elle ne dépend pas d’une obédience, même si certaines obédiences en encadrent ou en reconnaissent l’existence.
  • Elle n’est pas une instance de décision maçonnique et n’a aucun pouvoir sur les loges.
  • Elle ne doit pas servir de réseau d’affaires ou de clientèle, ce que rappellent régulièrement les obédiences.

Fonctionnement

Une fraternelle se réunit le plus souvent autour d’un repas, d’une conférence ou d’une visite. L’accès y est réservé à des maçons dont l’appartenance est vérifiée, parfois par présentation d’une carte ou par le parrainage d’un membre. Les débats y sont libres, mais l’usage veut qu’on y respecte les règles de courtoisie des loges : écoute, tolérance, discrétion sur l’appartenance des membres. L’absence de rituel n’empêche pas un certain cérémonial, notamment lors des agapes.

Un lieu de rencontre entre obédiences

La maçonnerie française est fragmentée en de nombreuses obédiences qui ne se reconnaissent pas toujours entre elles, notamment entre maçonneries dites régulières et libérales. La fraternelle, parce qu’elle n’est pas rituelle, permet à des maçons qui ne pourraient pas se visiter en loge de se rencontrer. Elle joue ainsi souvent un rôle de passerelle, et a parfois précédé ou accompagné des rapprochements institutionnels.

Le soupçon de réseau

La fraternelle concentre les fantasmes : dès qu’il est question de maçons réunis par profession, l’idée d’entraide se transforme, dans le discours antimaçonnique, en « réseau » de pouvoir ou en favoritisme. Des affaires judiciaires, impliquant parfois des fraternelles d’affaires dans certaines régions, ont alimenté ces soupçons dans les années 1990 et 2000 et conduit les obédiences à rappeler que l’appartenance maçonnique ne doit jamais servir d’instrument d’intérêt. La transparence sur l’objet de la fraternelle et le refus de tout usage commercial sont les meilleurs remèdes.

Fraternelle et fraternité

Le mot vient évidemment de fraternité, l’un des piliers de la devise adoptée par de nombreuses obédiences. La fraternelle prolonge hors du Temple ce que la loge cultive à l’intérieur : la reconnaissance de l’autre au-delà des différences sociales, professionnelles ou philosophiques. Elle rappelle que la fraternité maçonnique ne s’arrête pas à la porte du Temple, mais qu’elle se vit aussi dans la cité, à condition de ne pas devenir un entre-soi.

Une histoire ancienne

Les regroupements de maçons par affinités sont aussi anciens que les loges. Dès le XVIIIe siècle, militaires, négociants ou artistes se retrouvaient dans des loges marquées par une profession, comme les loges régimentaires attachées à une unité. La fraternelle moderne, distincte de la loge et ouverte à plusieurs obédiences, s’est surtout développée au XXe siècle, à mesure que se multipliaient les obédiences françaises et que le besoin de lieux de rencontre transversaux se faisait sentir.

À retenir

  • La fraternelle est un regroupement non rituel de maçons autour d’un intérêt commun.
  • Elle rassemble souvent des membres de plusieurs obédiences.
  • Elle ne fait pas de travaux en loge et ne relève d’aucune autorité maçonnique.
  • Les obédiences mettent en garde contre toute dérive vers le réseau d’affaires.

Le saviez-vous ?

Dans le monde anglo-saxon, le mot fraternal désigne plus largement les sociétés fraternelles de secours mutuel (Odd Fellows, Elks, Knights of Pythias). La fraternelle au sens français, groupement de maçons d’obédiences diverses, n’a pas d’équivalent exact ; on parle plutôt de Masonic clubs ou d’associations professionnelles de maçons.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Fraternité, Obédience, Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique), Régularité, Visiteur, Tuilage.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Franc-Maçonnerie en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie, ou simplement « la Maçonnerie », désigne un ordre initiatique, fraternel et philosophique qui utilise les outils et la légende des bâtisseurs comme support d’un travail de perfectionnement moral et spirituel. Née sous sa forme moderne dans les îles Britanniques au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, organisée en loges et en obédiences, elle s’est diffusée dans le monde entier en une grande diversité de rites et de sensibilités. Le mot désigne à la fois l’institution, la tradition symbolique qu’elle transmet et la méthode qui unit ses membres.

Origine du mot

Franc-maçonnerie en franc-maçonnerie – Freemasons' Hall, London 2017-09-17-3

Le terme français traduit l’anglais freemason, attesté dès le Moyen Âge. Deux explications coexistent : le freemason serait le tailleur de pierre franche (freestone), pierre fine se prêtant à la sculpture, ou bien l’ouvrier « franc », jouissant de franchises et libre de circuler de chantier en chantier. Les deux sens ont pu se croiser. En français, « Franc-Maçonnerie » et « Maçonnerie » sont employés comme synonymes ; le premier insiste davantage sur la qualité des membres, le second sur l’ensemble de l’Ordre.

Des bâtisseurs aux maçons « acceptés »

Les historiens distinguent la maçonnerie dite « opérative », celle des métiers du bâtiment, et la maçonnerie « spéculative », qui conserve le cadre et les symboles du métier pour un travail moral. Les Old Charges anglaises, comme le manuscrit Regius (vers 1390) ou le manuscrit Cooke (vers 1450), puis les statuts Schaw en Écosse (1598-1599), montrent l’existence de loges et de règlements anciens. Au XVIIe siècle, des gentlemen étrangers au métier y sont « acceptés ». Le 24 juin 1717, quatre loges londoniennes forment la première Grande Loge ; les Constitutions d’Anderson paraissent en 1723.

Arrivée et développement en France

Les premières loges apparaissent à Paris vers 1725-1730. La maçonnerie française se structure ensuite autour de la Grande Loge de France du XVIIIe siècle, puis du Grand Orient de France constitué en 1773. Malgré la bulle In eminenti du pape Clément XII (1738), première condamnation pontificale, l’Ordre connaît un essor considérable dans la noblesse, la bourgeoisie et l’armée. Il traverse la Révolution, l’Empire et le XIXe siècle, se lie étroitement à la IIIe République, subit la persécution sous Vichy, puis se diversifie en de nombreuses obédiences.

Une tradition initiatique

Franc-maçonnerie en franc-maçonnerie – Sqaure-and-compass

La franc-maçonnerie repose sur une initiation : un passage rituel qui fait du profane un Apprenti, puis un Compagnon et un Maître. Chaque degré s’accompagne d’un enseignement symbolique tiré du chantier et de la légende du Temple de Salomon. La construction matérielle devient l’image d’une construction intérieure, résumée par la formule de la pierre brute à dégrossir.

Loges, obédiences et rites

L’unité de base est la loge, ou atelier, présidée par un Vénérable Maître. Les loges se regroupent en obédiences, Grandes Loges ou Grands Orients. Elles pratiquent différents rites, c’est-à-dire des ensembles de rituels et de degrés.

  • Rite Français, historiquement majoritaire au Grand Orient de France.
  • Rite écossais ancien et accepté (REAA), en 33 degrés.
  • Rite écossais rectifié (RER), issu des réformes de Jean-Baptiste Willermoz.
  • Rite Émulation, de tradition anglaise.
  • Rite de Memphis-Misraïm, d’inspiration égyptienne.

Diversité des sensibilités

Depuis la suppression en 1877, au Grand Orient de France, de l’obligation de croire en Dieu, deux grandes familles coexistent. La maçonnerie dite « régulière », reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre, exige la croyance en un Être suprême et exclut les débats politiques et religieux. La maçonnerie dite « libérale » ou « adogmatique » laisse à chacun la liberté absolue de conscience. S’y ajoutent les obédiences mixtes, comme le Droit Humain (1893), et féminines, comme la Grande Loge Féminine de France.

Méthode et valeurs

Au-delà des différences, la franc-maçonnerie propose une méthode : le travail en loge, la parole réglée, l’écoute, la réflexion symbolique et la fraternité. Elle se veut une école de perfectionnement de soi et, pour beaucoup d’obédiences, d’engagement au service de la société. Elle n’impose pas de dogme : le symbole y est un support d’interprétation, non une vérité révélée.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France.
  • Pierre Chevallier, Histoire de la franc-maçonnerie française, Fayard, 1974-1975.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Voile, Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique), Obédience, Initiation, Rite ou Régime, Grande Loge, Opératif.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

F comme Franc-maçon en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le franc-maçon est le membre initié d’une loge maçonnique, association qui se donne pour but le perfectionnement moral de ses membres par une méthode symbolique héritée des bâtisseurs. Le mot, calque de l’anglais freemason, désignait d’abord au Moyen Âge un tailleur de pierre qualifié, travaillant la pierre franche. Depuis la fondation de la première Grande Loge à Londres en 1717, il désigne un membre de cette fraternité spéculative, répandue aujourd’hui dans le monde entier et diverse dans ses rites comme dans ses conceptions.

Étymologie : franc et maçon

Franc-maçon en franc-maçonnerie – Portrait of a man wearing a masonic apron, possibly of the surname 'Hooker' (7411270536)

L’anglais freemason est attesté dès la fin du XIVe siècle à Londres. Deux explications principales coexistent. La première rattache free à la freestone, la pierre fine à grain homogène, propre à la taille et à la sculpture : le freemason serait le tailleur de pierre qualifié, distinct du simple poseur. La seconde y voit l’idée de liberté : ouvrier libre de se déplacer, ou exempté de certaines contraintes. Le français « franc-maçon » apparaît au XVIIIe siècle comme traduction ; « franc » y garde le double sens de libre et de loyal.

Des bâtisseurs aux spéculatifs

Les loges de métier, surtout en Écosse, admettent à partir du XVIIe siècle des membres étrangers au chantier, appelés gentlemen masons ou maçons acceptés. L’antiquaire Elias Ashmole note dans son journal sa réception à Warrington en 1646. Le 24 juin 1717, quatre loges londoniennes fondent la Grande Loge de Londres et de Westminster, et les Constitutions d’Anderson (1723) définissent le maçon moderne : un homme libre, de bonnes mœurs, tenu d’obéir à la loi morale.

Devenir franc-maçon

On ne devient franc-maçon que par une initiation, cérémonie rituelle à l’issue d’une procédure de candidature : parrainage, enquêtes, passage sous le bandeau, vote de la loge. Le nouvel initié est Apprenti, puis devient Compagnon et Maître. Il appartient à une loge, elle-même rattachée à une obédience. Il s’engage à travailler à son perfectionnement, à respecter ses frères et sœurs et à observer la discrétion sur les travaux.

Ce qu’est un franc-maçon, et ce qu’il n’est pas

  • Un membre d’une association initiatique, philosophique et fraternelle, non une secte ni un parti.
  • Un homme ou une femme, selon les obédiences : masculines, féminines ou mixtes.
  • Un croyant ou un non-croyant, selon que l’obédience exige ou non la référence au Grand Architecte de l’Univers.
  • Un citoyen soumis aux lois de son pays, sans obligation d’obéissance politique à son obédience.

Une diversité de conceptions

Franc-maçon en franc-maçonnerie – Diploma of the Freemasons of Bordeaux, after François Boucher MET DP805471

Il n’existe pas un modèle unique de franc-maçon. La maçonnerie dite régulière, liée à la Grande Loge Unie d’Angleterre, exige la croyance en un Être suprême et exclut les femmes de ses loges ; la maçonnerie libérale, illustrée en France par le Grand Orient depuis 1877, laisse la liberté absolue de conscience. Les obédiences féminines et mixtes, comme le Droit Humain fondé en 1893, ont ouvert l’initiation aux femmes. Toutes revendiquent cependant le même nom et une même méthode symbolique.

Désignations et usages

Entre eux, les francs-maçons se nomment frères et sœurs. Ils emploient l’abréviation par trois points en triangle (F∴ pour frère, FF∴ au pluriel). Le profane est celui qui n’est pas initié. Dans la presse, on parle aussi de « maçon » tout court, ou de « fils de la Veuve », par allusion à Hiram, fils d’une veuve selon le récit biblique.

Le saviez-vous ?

La France compte plusieurs dizaines d’obédiences et, selon les estimations courantes, un peu plus de 150 000 francs-maçons, ce qui en fait l’un des paysages maçonniques les plus divers au monde. À l’échelle mondiale, les estimations varient fortement, de l’ordre de plusieurs millions de membres, principalement dans le monde anglophone.

Repères

  • Origine du mot : anglais freemason, attesté à la fin du XIVe siècle.
  • Première Grande Loge : Londres, 24 juin 1717.
  • Texte fondateur : Constitutions d’Anderson, 1723.
  • Trois grades symboliques : Apprenti, Compagnon, Maître.

Le franc-maçon dans la cité

Les francs-maçons n’ont pas d’obligation de discrétion sur leur propre appartenance : chacun peut se déclarer, mais il ne doit pas révéler celle d’autrui sans son accord. De nombreuses personnalités de l’histoire de France ont été membres de loges, dans tous les camps politiques et dans toutes les professions. Les obédiences rappellent régulièrement que l’appartenance maçonnique ne confère aucun privilège et qu’en user pour obtenir un avantage personnel constitue une faute passible de sanction.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Apprenti, Profane, Obédience, Loge, Frères.

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