Un franc-maçon nommé au Vatican : l’affaire Umberto Longo divise

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De nos confrères italiens press.vatican.va, crisismagazine.com et clericalwhispers.blogspot.com

Le 13 août 2026, le Saint-Siège a annoncé la nomination de trois historiens au Comité pontifical des sciences historiques*. Parmi eux, l’Italien Umberto Longo, directeur de l’Istituto Storico Italiano per il Medio Evo et professeur d’histoire médiévale à l’Université La Sapienza de Rome. Quelques heures plus tard, plusieurs médias catholiques ont révélé que son nom apparaissait dans des documents maçonniques italiens, déclenchant une polémique sur la compatibilité entre cette appartenance et une fonction au sein d’un organe pontifical.

Une nomination officielle discrète

La nouvelle a d’abord circulé de manière très classique, dans le cadre des communications habituelles du Vatican. Le 13 août, le bulletin de la Salle de presse du Saint-Siège a publié une liste de nominations, dont celle des membres du Comité pontifical des sciences historiques. Trois noms y figuraient : Umberto Longo (Italie), Francesco Cesareo (États-Unis) et Anna Barańska (Pologne).

Nomination Umberto Longo

Ce comité, créé en 1954 par le pape Pie XII, a pour mission de promouvoir la recherche historique sur l’Église, de favoriser les relations entre historiens catholiques et institutions académiques, et de veiller à la conservation et à l’étude du patrimoine documentaire ecclésial. Ses membres sont des universitaires reconnus, choisis pour leurs compétences scientifiques.

Dans un premier temps, rien ne distinguait cette nomination des autres. Umberto Longo y était présenté comme un historien spécialisé dans le Moyen Âge, dirigeant un institut de recherche important à Rome. Sa présence dans un organe consultatif du Saint-Siège semblait donc relever de la logique académique.

La révélation des liens maçonniques

C’est dans les heures qui ont suivi que plusieurs médias catholiques, notamment LifeSiteNews, Infovaticana et Crisis Magazine, ont attiré l’attention sur un élément troublant : le nom d’Umberto Longo apparaissait à plusieurs reprises dans des publications liées à la franc-maçonnerie italienne.

Selon ces sources, des documents officiels du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) en Italie mentionnent Umberto Longo comme membre actif. Dans la revue LOGOS, publiée sur le site du REAA italien, on trouve ainsi, pour l’année 2013, la mention « Fr. Oratore Umberto Longo 4° » dans la liste des responsables de la Loge de Perfection « Maestri Segreti Giano », à l’Orient de Rome. Dans un numéro suivant de la même revue, un article est signé « Fr. U. Longo 9° », l’auteur y parlant en première personne de « notre tradition » et des rituels maçonniques.

D’autres éléments ont été avancés :

Rome,-Palais-Giustiniani-GOI
  • Une conférence donnée le 9 juillet 2014, organisée par le Grand Orient d’Italie (GOI), la principale obédience maçonnique italienne, portant exactement le même titre qu’un texte signé par « Fr. U. Longo 9° ».
  • Une apparition publique en décembre 2022, lors d’un événement patronné par la Fondazione Scozzese Triveneta, où le programme indique « Prof. Umberto Longo, Professore ordinario di Storia Medievale, Sapienza », et où les saluts finaux sont prononcés par le Souverain Grand Commandeur du REAA, qui s’adresse à lui en l’appelant « Frère Professeur Longo ».

Ces éléments, repris par plusieurs sites d’information catholique, ont conduit à la conclusion que Umberto Longo avait appartenu, au moins pendant plusieurs années, à la franc-maçonnerie italienne, et qu’il y avait occupé des responsabilités (orateur de loge, membre d’une Loge de Perfection, 9e grade du REAA).

La question de la compatibilité avec une fonction pontificale

La polémique ne porte pas tant sur le passé universitaire de Longo que sur la compatibilité entre une appartenance maçonnique avérée et une nomination dans un organe dépendant directement du Saint-Siège.

Le droit canonique et la doctrine catholique sont très clairs sur ce point. La franc-maçonnerie est considérée comme incompatible avec la foi catholique. En 1983, la Congrégation pour la doctrine de la foi, sous la direction du cardinal Joseph Ratzinger, avait publié une déclaration réaffirmant que « les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent pas accéder à la sainte communion ».

Les statuts du Comité pontifical des sciences historiques vont dans le même sens. Selon l’article 5 de ses statuts, les membres doivent être des « historiens catholiques hautement qualifiés ». La question qui se pose donc est double :

  • Umberto Longo est-il toujours franc-maçon en 2026 ?
  • Si oui, comment sa nomination a-t-elle pu être validée par le Saint-Siège, alors que les statuts exigent des membres catholiques et que l’Église interdit l’appartenance à la franc-maçonnerie ?

Plusieurs commentateurs ont souligné que les documents les plus solides datent de 2013 et 2014, et que le nom de Longo n’apparaît plus dans les listes de responsables de cette loge en 2014. Cela ne prouve pas qu’il ait quitté la franc-maçonnerie, mais cela empêche aussi d’affirmer avec certitude qu’il en est toujours membre en 2026. Aucune déclaration publique de sa part, ni renonciation formelle à la franc-maçonnerie, n’a été rendue publique à ce jour.

Les réactions dans les médias catholiques

La révélation a rapidement fait le tour des cercles catholiques conservateurs et traditionalistes. LifeSiteNews, média catholique international basé aux États-Unis, a été l’un des premiers à publier l’information, le 14 août, sous le titre : « BREAKING: Pope Leo XIV appoints Freemason to Vatican committee ».

Infovaticana, site d’information catholique en plusieurs langues, a consacré plusieurs articles et billets de blog à l’affaire, en publiant des extraits des documents maçonniques et en posant la question de la responsabilité du Saint-Siège dans cette nomination.

Crisis Magazine, autre publication catholique américaine, a également relayé l’information, en insistant sur le caractère symbolique de la situation : un historien lié à la franc-maçonnerie nommé dans un comité chargé des sciences historiques, un domaine où, selon certains critiques, « l’historiographie inspirée par la franc-maçonnerie a son propre agenda bien connu concernant le Risorgimento, les États pontificaux ou les processus historiques de l’Église ».

Des vidéos et des analyses ont circulé sur les réseaux sociaux, certaines appelant à une clarification rapide de la part du Vatican, d’autres dénonçant une « nouvelle brèche » dans la discipline ecclésiale.

La position du Vatican : silence pour l’instant

À ce stade, le Saint-Siège n’a pas publié de communiqué spécifique sur cette affaire. La nomination d’Umberto Longo figure toujours dans le bulletin officiel du 13 août, sans mention de ses éventuels liens avec la franc-maçonnerie.

Selon les statuts du Comité, les membres sont nommés sur proposition du président du Comité, puis approuvés par le pape. Cela signifie que la procédure de vérification des profils relève d’abord du président du Comité, avant d’être validée au niveau de la Secrétairerie d’État ou de la Section pour les relations avec les États.

Plusieurs observateurs ont noté que le Vatican est actuellement engagé dans de nombreux dossiers (synode, réformes curiales, questions diplomatiques, etc.) et que cette affaire, bien que symboliquement forte, pourrait être traitée en interne avant toute communication publique. D’autres estiment que le silence pourrait être interprété comme une forme de tolérance ou, au minimum, comme une absence de volonté de sanctionner une telle situation.

Un débat plus large sur la franc-maçonnerie et l’Église

L’affaire Umberto Longo s’inscrit dans un contexte plus large de tensions récurrentes entre l’Église catholique et la franc-maçonnerie. Depuis le XVIIIe siècle, plusieurs papes ont condamné l’appartenance des catholiques à des loges maçonniques, en raison de conceptions philosophiques et religieuses jugées incompatibles avec la foi catholique (naturalisme, relativisme, secret, conception de la vérité et de la révélation).

Siège du GOI

En Italie, la situation est particulièrement sensible. Le Grand Orient d’Italie (GOI) est l’une des obédiences les plus importantes d’Europe, et ses relations avec le monde catholique ont toujours été complexes. Des historiens, des politiques, des intellectuels italiens ont parfois navigué entre ces deux mondes, suscitant régulièrement des controverses.

La nomination d’un historien lié à la franc-maçonnerie dans un comité pontifical ravive donc un vieux débat : jusqu’où l’Église peut-elle collaborer avec des personnalités ayant des liens, même anciens, avec la franc-maçonnerie ? Faut-il une rupture publique et formelle ? Ou une simple absence d’activité maçonnique actuelle suffit-elle ?

Les questions qui restent en suspens

À ce jour, plusieurs points demeurent incertains :

  • Statut maçonnique actuel d’Umberto Longo : Les documents les plus solides datent de 2013-2014. Rien ne prouve qu’il soit toujours franc-maçon en 2026, mais rien ne prouve non plus qu’il ait officiellement quitté la franc-maçonnerie.
  • Connaissance du Vatican : Le Saint-Siège était-il informé de ces éléments avant la nomination ? La procédure de vérification des profils a-t-elle été correctement appliquée ?
  • Réaction future : Le Vatican va-t-il publier une clarification, demander des explications à Longo, ou simplement laisser passer l’affaire sans commentaire officiel ?
  • Impact sur le Comité : Cette nomination pourrait-elle affecter la crédibilité du Comité pontifical des sciences historiques, notamment dans les milieux catholiques les plus attachés à la doctrine anti-maçonnique ?
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Conclusion… une affaire à suivre

L’affaire Umberto Longo n’est pas seulement une question de nomination individuelle. Elle touche à des enjeux doctrinaux, disciplinaires et symboliques importants pour l’Église catholique. Elle pose la question de la cohérence entre les normes canoniques, les statuts des organes pontificaux et les pratiques réelles de nomination.

Armes de la Cité du Vatican

Pour l’instant, le Vatican n’a pas réagi officiellement. Les médias catholiques continuent de publier des analyses et des documents. Les réseaux sociaux s’emballent par vagues. Et au centre de la tempête, un historien du Moyen Âge, un comité pontifical, et une vieille question jamais vraiment close : celle de la place de la franc-maçonnerie dans le monde catholique contemporain.

*Comité pontifical des sciences historiques – Créé le 7 avril 1954 par Pie XII, le Comité pontifical des sciences historiques (Pontificium Consilium de Scientiis Historicis) succède à la Commission cardinalice pour les études historiques, instituée en 1883 par Léon XIII dans le contexte de l’ouverture des Archives vaticanes aux chercheurs.

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Il n’est pas indifférent de rappeler que ce même Léon XIII publia, dès le 20 avril 1884, l’encyclique Humanum genus, l’un des réquisitoires les plus virulents jamais prononcés par le magistère romain contre la Franc-Maçonnerie. Prolongeant la condamnation fondatrice formulée par Clément XII dans la constitution apostolique In eminenti apostolatus specula de 1738, Léon XIII fut sans doute l’un des papes les plus constamment et systématiquement antimaçonniques de l’époque moderne. L’ironie historique mérite d’être relevée : le pontife qui ouvrit largement les archives de l’Église aux historiens referma presque simultanément la porte doctrinale sur les Francs-Maçons. Le Comité encourage aujourd’hui la recherche historique, la coopération scientifique internationale et la confrontation critique des sources ; il représente également le Saint-Siège auprès du Comité international des sciences historiques.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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