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L’intérêt du travail en loge c’est naturellement de stimuler notre intelligence collective pour réfléchir sur des thèmes philosophiques et symboliques. Cela suppose un effort intellectuel de chacun. Il revient au collège des officiers de réunir les conditions pour que cela soit possible pour le plus grand nombre. Cette pensée créatrice met en jeu différents types de pensée.
Les êtres humains ont plusieurs manières de penser. On définit généralement dix formes de pensée :
1. La pensée intuitive : Pensée immédiate, rapide, non consciente, Fonctionne par impressions globales, ressentis, Caractéristiques : Rapide, Peu verbalisée, Très efficace en situation d’urgence ou d’expertise incarnée Limites : Sensible aux biais, Peu justifiable rationnellement « Je le sens » — sans pouvoir encore l’expliquer.
2. La pensée analytique (ou logique) : Pensée discursive, structurée, fondée sur l’enchaînement rationnel. Caractéristiques : Lente et consciente, Utilise concepts, distinctions, démonstrations, Centrale en mathématiques, sciences, droit Limites : Peut ignorer l’affectif et le contexte, Risque de rationalisation a posteriori « J’examine, je découpe, je conclus. »
3. La pensée critique : Capacité à évaluer, questionner, Caractéristiques : Analyse des présupposés, Détection des incohérences, des manipulations, Refus de l’évidence imposée Limites : Peut devenir soupçon systématique « Pourquoi devrais-je y croire ? »
4. La pensée symbolique : Pensée qui donne sens par images, mythes, récits, rites. Caractéristiques : Non littérale, Multidimensionnelle, Fondatrice des cultures, religions, arts Limites : Peut être prise au premier degré, Vulnérable à l’endoctrinement « Cela signifie plus que ce que cela dit. »
5. La pensée imaginaire et créative : Capacité à produire du nouveau, Caractéristiques : Association libre, Innovation, Projection de possibles Limites : Peut se détacher du réel, Besoin d’être structurée « Et si on faisait autrement ? »
6. La pensée émotionnelle : Pensée orientée par les affects : peur, désir, colère, attachement. Caractéristiques : Très puissante, Oriente les décisions bien plus qu’on ne le croit, Rapide et motivante Limites : Peut court-circuiter la raison, Amplifie les conflits « Je réagis avant de comprendre. »
7. La pensée morale : Réflexion sur le bien, le juste, le devoir, la responsabilité. Caractéristiques : Normative (ce qui devrait être), Articule valeurs et actions, Centrale dans la vie collective Limites : Peut devenir rigide ou moralisatrice, Conflits de valeurs possibles « Est-ce juste ? »
8. La pensée politique et sociale : Pensée des rapports de pouvoir, du collectif. Caractéristiques : Prend en compte institutions, normes, intérêts, Analyse les effets systémiques Limites : Peut réduire l’individu au système, Cynisme possible « Qui gagne quoi, et pourquoi ? »
9. La pensée réflexive (méta-pensée) : Pensée qui se prend elle-même pour objet. Caractéristiques : Conscience de ses biais, Capacité d’auto-correction, Maturité intellectuelle Limites : Peut mener à la paralysie, Exigeante cognitivement « C’est la forme de pensée qui est souvent utilisée pendant la méditation. »
10. La pensée contemplative : Pensée non discursive, attentive, silencieuse. Caractéristiques : Présence plutôt qu’analyse, Accueil de ce qui est, Rare dans les sociétés modernes Limites : Difficile à transmettre, Peu valorisée socialement « Je laisse être. »
On a l’habitude de les utiliser en fonction des conditions de vie et des besoins.

Cela ne va pas de soi. La paresse, la médiocrité, la facilité dénaturent le travail en loge. L’incompétence aboutit à des aberrations. La démarche maçonnique est une belle et grande idée. Elle nécessite un réel engagement.
Dans la réalité; nous connaissons tous l’existence de loges pépères où des bons copains ou d’excellentes copines à la retraite adorent se retrouver pour dire cent fois leurs convictions et faire les mêmes commentaires. Chacun joue son rôle et c’est très bien comme cela. Une manière d’être qui s’est formée petit à petit dans le groupe et qui se perpétue avec les nouveaux venus.
Comment en est-on arrivé là ?
La loge est-elle destinée à stimuler notre réflexion ou à nous conditionner ?
Les biais cognitifs sont ils incontournables ?
Dans un groupe humain fermé, comme l’est une tenue maçonnique, les modes de pensée qui fonctionnent habituellement sont principalement :
- La pensée émotionnelle
- La pensée intuitive
- La pensée politique et sociale
Ce sont elles qui peuvent nous engager dans des biais cognitifs.
On définit le biais cognitif comme un mécanisme de la pensée qui entraîne une déviation dans le traitement d’une information et fausse le jugement. On les classe aussi dans les automatismes de pensée. On distingue principalement :
- Les Biais de confirmation : on a tendance à ne retenir que les informations qui vont dans le sens des idées du groupe.
- Les biais par la pensée polarisée : C’est le cas lorsqu’on divise la réalité en deux extrêmes (tout noir ou tout blanc – le monde profane et le monde des initiés) sans voir les nuances.
- Les biais par effet d’ancrage : on a tendance à rester bloqué sur une première impression ou la première information reçue.
- Les biais par effet Dunning-Kruger : C’est le propre des « grandes gueules » : les personnes ayant le moins de compétences mais une bonne élocution adorent surestimer leur savoir dans tous les domaines.
C’est le danger des prises de paroles qui ne demandent pas d’effort.
Tous les groupes humains secrètent des modes de fonctionnement qui s’installent au fil des années. Les loges maçonniques sont particulièrement exposées car elles font partie des groupes qui utilisent un rituel immuable.
Pour éviter l’apparition de ces biais il faut mettre en jeu d’autres formes de pensée et en particulier la pensée réflexive et la pensée analytique. C’est elle qui met en jeu le questionnement et le doute ! Pour les utiliser il faut faire un effort et refuser de céder à l’émotion suscitée par l’atmosphère prenante du rituel.
La répétition du rituel, s’il n’a pas été analysé et expliqué, peut mettre en route des biais de simplification qui pourraient faire croire de la réalité des mots prononcés alors qu’il s’agit d’un langage symbolique qui s’interprète.
La pratique de l’autosatisfaction est un facteur particulièrement efficace de conditionnement que l’on rencontre dans tous les groupes. L’humilité connais pas.
Réunir les conditions de l’émergence d’une pensée créatrice :
- les facteurs préalables : Avoir un temps de repos et de détente avant la tenue pour se préparer physiquement et intellectuellement en prenant connaissance de l’ordre du jour ; en relisant le rituel ; en se documentant sur les sujets qui seront abordés. cela n’est possible que si les informations ont été transmises. Une bonne audition avec ou sans appareillage. Une bonne sonorisation.
- Les facteurs favorisants : une bonne attitude en fixant l’attention sur ce que l’on entend et sur ce que l’on voit. Prendre garde aux émotions. Attendre avant de demander la parole. Ne pas s’adresser nommément aux intervenants. Ne pas faire de commentaires sur les propos entendus. Exprimer une pensée personnelle ou un ressenti ? Ne pas faire de polémique.
Une urgence : Redonner aux loges leur capacité à jouer leurs rôles.
Si la démarche maçonnique a un sens c’est parce que nous sommes convaincus que le travail collectif dépasse le travail individuel.
Aujourd’hui nous fonctionnons sur le mode sans allant avec des rituels d’une autre époque qui n’ont plus la cohérence nécessaire avec notre idéal.
Alors que nous sommes porteurs de valeurs exceptionnelles, notre mode de fonctionnement ne tient que par la force de l’habitude.
Redonner aux loges la capacité de faire émerger une pensée créatrice me semble une urgence.
Cela supposerait :
- Une formation de formateurs pour assurer la formation des officiers.
- Compléter la tenue proprement dite par une activité plus dynamique et non rituelle
- Etablir des objectifs de connaissance à acquérir
- Introduire une formation à la fraternité
- Demander aux loges de s’investir dans l’engagement en faveur de la fraternité.
Pour aller plus loin.
