Nouveau et unique : création de la Loge Benjamin Button… avec trente Vénérables Maîtres et un Apprenti

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Il fallait y penser. Après la livraison express, le diplôme obtenu avant même d’avoir ouvert le manuel et la célébrité sur TikTok avant d’avoir eu une idée, voici enfin la Franc-maçonnerie adaptée à son époque : la progression initiatique sans l’inconfort de l’initiation. Bienvenue à la Loge Benjamin Button. Son principe est révolutionnaire : puisque plus personne ne veut rester Apprenti, Compagnon ou simple Maître assez longtemps pour apprendre quelque chose, les Frères commenceront directement au sommet. Dès l’initiation, tout le monde sera Vénérable Maître.

L’effort, cette tradition un peu datée

Autrefois, le Maçon entrait en Loge pour travailler sa pierre brute. Il devait apprendre à se taire, écouter, lire, réfléchir, douter, recommencer et, dans les cas les plus extrêmes, reconnaître qu’il n’avait pas toujours raison. C’était très long. Aujourd’hui, l’époque aime l’efficacité.

  • Dix minutes de symbolisme ? Compagnon.
  • Deux Tenues ? Maître.
  • Trois Tenues de Maîtrise ? Vénérable Maître.
  • Et encore, certains considèrent que trois Tenues, c’est abusif : « Après tout, j’ai compris le principe. Il faut être fraternel, porter un tablier et dire “J’ai dit”. Que reste-t-il à apprendre ? »

Le problème n’est pas que les Frères veulent progresser. Le problème est qu’ils aimeraient progresser sans passer par les degrés, les erreurs, le service et cette épouvantable expérience qu’est la patience. Le travail initiatique, c’est très bien. Mais si possible après l’élection.

Trente chefs dans un seul tipi

Nous vivons une époque où chacun veut être chef, mais où plus personne ne veut rester Indien.

Dans certaines Loges, la lutte pour les plateaux est plus intense qu’une campagne électorale. Le Maître des Cérémonies veut devenir Surveillant. Le Surveillant regarde l’Orient. Le Secrétaire rêve d’Orateur pour ne plus rédiger les comptes rendus. L’Orateur se revoit déjà au maillet. Et celui qui ne veut aucun office devient immédiatement suspect :

« Tu ne veux pas être responsable ? Tu n’as donc aucune ambition spirituelle ? »

La tribu maçonnique idéale ressemble donc à ceci : un tipi rempli de trente chefs, et un Indien qui tourne autour avec les convocations, les clés du Temple, le matériel de l’agape et la liste des capitations impayées. Le plus ironique est que les fonctions maçonniques n’existent vraiment qu’entre les murs du Temple. Dehors, personne ne s’incline devant le Vénérable Maître au supermarché. Le boulanger ne remet pas une baguette gratuite parce que vous avez dirigé une chaîne d’union. La RATP ne vous laisse pas voyager sans ticket parce que vous avez présidé une Tenue blanche ouverte. Être Vénérable Maître, c’est un peu comme posséder quatre gares au Monopoly ou avoir cinq mille amis sur Facebook : impressionnant pendant la partie, beaucoup moins lorsque le jeu est rangé.

La grande idée des trente et un Frères

Partant de ce constat, trente et un Frères particulièrement lucides sur leur propre valeur se sont réunis.

  • Ils ont tous une vision.
  • Ils ont tous une forte personnalité.
  • Ils ont tous une idée précise de ce qu’il faudrait changer.
  • Et aucun ne souhaite attendre avant d’avoir un maillet.

Ils ont donc fondé la Loge Benjamin Button, en hommage au personnage de Francis Scott Fitzgerald, cet homme qui naît avec les caractéristiques d’un vieillard et rajeunit jusqu’à finir son existence dans l’enfance afin de goûter la saveur du lait maternel. La Loge applique la même méthode : on commence Vénérable Maître, puis l’on redescend progressivement vers les degrés inférieurs. À l’initiation, chaque candidat reçoit directement :

  • Un maillet.
  • Un sautoir imposant.
  • Un tablier particulièrement fleuri.
  • Un fauteuil à l’Orient.
  • Et, si les finances le permettent, une photo officielle pour le couloir.

Le silence de l’Apprenti est supprimé. Jugé discriminatoire envers les personnalités qui ont beaucoup à apporter, il est remplacé par une « prise de parole inaugurale du nouveau Vénérable ».

Un Orient rempli à 80%… de Vénérables Maîtres

L’architecture du Temple devra naturellement évoluer.

Dans une Loge traditionnelle, l’Orient occupe une place limitée. C’était adapté à une époque où l’on pensait encore qu’il pouvait exister des Frères ne désirant pas présider.

À la Loge Benjamin Button, l’Orient occupera donc 80% du Temple.

Il y aura trente fauteuils de Vénérable Maître, trente maillets, trente sautoirs et trente pupitres. Une petite chaise sera installée près de la porte pour le seul Frère qui acceptera d’être Apprenti et qui, par conséquent, devra ouvrir le Temple, accueillir les visiteurs, gérer les absences, préparer l’agape et expliquer aux trente Vénérables pourquoi ils ne peuvent pas tous frapper trois coups en même temps.

Pour éviter les conflits, la présidence sera répartie équitablement : chaque Vénérable disposera de deux minutes vingt-six secondes à l’Orient. L’exercice exigera une grande discipline, notamment lorsqu’il faudra dire :

« Mes Frères, la parole est à vous… mais pas trop longtemps, mon temps de gloire commence dans trente secondes. »

Revenir vers l’Apprentissage

Au fil des années, les membres suivront la progression inverse. Après avoir été Vénérable Maître, ils redeviendront Maîtres. Puis Compagnons. Enfin Apprentis. C’est là que le véritable travail commencera. Revenir au grade de Maître ? Supportable, à condition de pouvoir encore raconter comment on présidait autrefois. Redevenir Compagnon ? Plus difficile : il faudra voyager, mesurer, apprendre et admettre que le monde est vaste. Redevenir Apprenti ? Catastrophe absolue.

  • La bavette relevée.
  • Le silence.
  • La colonne du Nord.
  • L’impossibilité de proposer sa candidature au prochain renouvellement des offices.

La Loge prévoit déjà des groupes de parole :

« Bonjour, je m’appelle Gérard. J’ai été Vénérable Maître dès mon initiation. Aujourd’hui, on m’a demandé d’écouter. »

Les autres répondront :

« Courage, Gérard. »

Il y a fort à parier que les Tenues de rétrogradation seront assez peu fréquentées. Le jour du retour à l’Apprentissage, les trente fauteuils de l’Orient risquent d’être libres. Tous, sauf celui du Frère chargé d’ouvrir le Temple, qui sera probablement le seul à avoir compris depuis le début que la fonction n’est pas un titre, mais un service.

La vraie leçon

Derrière cette idée absurde se cache une vérité moins drôle :

la Franc-maçonnerie n’est pas une carrière, encore moins un concours de sautoirs ou un réseau social initiatique.

  • Un plateau n’est pas une récompense. C’est une charge.
  • Un maillet n’est pas un sceptre. C’est une responsabilité.
  • Un titre ne donne pas de valeur à un Frère. Il lui donne seulement davantage de devoirs.

La Loge Benjamin Button peut donc être une excellente idée, à une condition : que ses trente Vénérables Maîtres acceptent un jour de redevenir Apprentis.

Mais, pour cela, il faudra peut-être plus qu’un rituel. Il faudra de l’humilité.

PS : Tout ce texte est au masculin… il s’adresse aussi parfois à nos sœurs qui n’échappent pas ce virus de la cordonnite aigüe

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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