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Le tuilage est l’examen par lequel on vérifie qu’une personne qui se présente à la porte d’une loge est bien franc-maçon et possède le degré requis pour assister aux travaux. Il repose sur des questions, des mots et des signes propres à chaque grade, ainsi que sur la présentation de documents d’identité maçonnique. Héritier du vocabulaire des bâtisseurs, il protège l’espace rituel tout en accueillant fraternellement le visiteur. Au-delà de la procédure, il a donné son nom à toute une littérature, les « tuileurs », et à une image intérieure : celle de la vigilance que chacun exerce sur soi.
Origine du mot : couvrir l’édifice

Le mot vient du métier : le tuilier fabrique les tuiles, le couvreur les pose pour protéger l’édifice des intempéries. Dans la loge, couvrir le temple signifie en fermer les portes aux profanes. Le Vocabulaire des Francs-Maçons de Bazot, vers 1810, enregistre déjà cette expression ; il note aussi qu’inviter un Frère à « couvrir le temple » revient à lui demander de quitter la loge.
L’anglais parle du Tyler, l’officier qui garde la porte, l’épée à la main, à l’extérieur de la loge. La parenté avec le mot tiler, le couvreur, est généralement admise, même si les étymologistes en discutent les détails. En France, la fonction de garde est assurée par le Frère Couvreur ; l’examen des visiteurs revient le plus souvent à l’Expert, ce que notait déjà Bazot.
Comment se déroule le tuilage
Le visiteur se présente avant la tenue. On lui demande d’abord ses documents : carte ou passeport maçonnique, quittance de cotisation de l’année, parfois lettre de recommandation. L’officier chargé du tuilage vérifie ensuite, à l’écart, qu’il connaît les moyens de reconnaissance de son degré et qu’il sait répondre à quelques questions tirées de l’instruction du grade. Les contenus exacts de ces échanges relèvent de l’engagement de discrétion et ne sont pas publiés par les obédiences.
Le tuilage n’est pas un interrogatoire. Bien conduit, il est courtois et rapide ; il permet souvent d’engager la conversation, de connaître la loge d’origine du visiteur et de le présenter ensuite au Vénérable Maître.
Le tuilage et les degrés
Chaque degré possède ses propres moyens de reconnaissance. Un franc-maçon ne peut être admis qu’aux travaux d’un degré égal ou inférieur au sien. Le tuilage vérifie donc à la fois l’appartenance et le grade. Il interroge aussi la reconnaissance mutuelle des obédiences : certaines ne reçoivent pas les membres d’obédiences qu’elles ne reconnaissent pas, d’où l’importance des documents présentés.
Repères

- Tuiler : examiner un visiteur pour vérifier sa qualité maçonnique et son degré.
- Couvrir le temple : fermer les portes aux profanes ; inviter un Frère à couvrir, c’est lui demander de sortir.
- Couvreur : officier qui garde l’entrée intérieure du temple.
- Tyler : équivalent anglais du gardien de la porte, placé à l’extérieur.
- Tuileur : par extension, recueil des mots, signes et caractéristiques des grades.
Les « tuileurs », une littérature
Au XIXe siècle, le mot tuileur désigne aussi des manuels qui décrivent les grades de divers rites. Le Thuileur des trente-trois degrés de l’Écossisme de François-Henri-Stanislas Delaulnaye (1813) et le Manuel maçonnique ou Tuileur de tous les rites de Claude-André Vuillaume (1820) en sont les plus connus. Ces ouvrages, destinés aux maçons voyageurs, sont aujourd’hui des sources précieuses pour l’histoire des rituels.
Une image de la vigilance intérieure
Les commentateurs ont donné au tuilage une portée symbolique. Il représente le discernement : savoir distinguer le vrai du faux, l’authentique de l’apparence. Plusieurs auteurs invitent le franc-maçon à se tuiler lui-même, c’est-à-dire à examiner ses intentions avant d’entrer dans le temple, à laisser à la porte les métaux et les passions du monde profane. La porte gardée devient alors le seuil intérieur que chacun doit franchir avec sincérité.
Le saviez-vous ?
Dans les loges anglaises, la soirée se termine traditionnellement par le Tyler’s toast, le toast du tuileur, porté à tous les francs-maçons dans la peine ou la détresse, où qu’ils se trouvent. Le gardien de la porte, qui n’assiste pas aux travaux, a ainsi le dernier mot de la fraternité.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Étienne-François Bazot, Vocabulaire des Francs-Maçons, Paris, vers 1810 (rééd. numérique Arbre d’Or, 2008).
- Claude-André Vuillaume, Manuel maçonnique ou Tuileur de tous les rites, Paris, 1820.
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Couvreur, Expert Officier, Visiteur, Régularité, Parvis.
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