
Le grade est, en franc-maçonnerie, chacune des étapes du parcours initiatique, conférée au cours d’une cérémonie propre et dotée de ses symboles, de son enseignement et de ses moyens de reconnaissance. On dit aussi degré. Tous les rites sont organisés en grades, mais leur nombre varie considérablement : trois pour la maçonnerie dite bleue, sept au Rite Français avec ses Ordres de Sagesse, trente-trois au Rite Écossais Ancien et Accepté. Le grade marque une progression de la compréhension plus qu’un rang hiérarchique, et il ne doit pas être confondu avec les offices, ou fonctions, exercés dans la loge.
Définition et vocabulaire

Le mot grade vient du latin gradus, « pas », « marche », « degré ». L’image est celle d’un escalier que l’on gravit marche après marche. Au début du XIXe siècle, le Vocabulaire des francs-maçons d’Étienne-François Bazot précise que chaque grade a ses mots, signes et attouchements, ainsi que son costume et son décor. Le grade se reçoit au terme d’une cérémonie : initiation pour l’Apprenti, passage pour le Compagnon, élévation pour le Maître, puis réceptions successives dans les grades supérieurs.
Grade, office, dignité
Le grade ne doit pas être confondu avec l’office, c’est-à-dire la fonction exercée dans la loge — Vénérable Maître, Surveillant, Orateur, Secrétaire, Expert — ni avec les dignités d’une obédience, comme celle de Grand Maître. Un Maître peut présider sa loge sans détenir aucun haut grade, et un titulaire de hauts grades siège en loge bleue comme un simple Maître. Cette distinction protège l’égalité entre membres d’un même atelier.
Naissance des grades
La maçonnerie des premières décennies du XVIIIe siècle ne connaît que deux grades ; un troisième, celui de Maître, est attesté à Londres en 1725 et décrit en 1730 dans Masonry Dissected de Samuel Prichard. Dès les années 1730-1740, des grades supplémentaires apparaissent, d’abord en France avec les « Maîtres écossais ». On en dénombre plus d’une centaine dans les années 1760, avant que des systèmes ne les ordonnent : le Rite de Perfection en vingt-cinq grades, le Rite Français et ses Ordres de Sagesse à la fin du XVIIIe siècle, le Rite Écossais Ancien et Accepté en trente-trois degrés, formé à Charleston en 1801.
Combien de grades selon les rites ?

- Maçonnerie bleue : Apprenti, Compagnon, Maître, socle commun de presque tous les rites.
- Rite Français : trois grades symboliques et quatre Ordres de Sagesse, complétés aujourd’hui par un cinquième ordre administratif et de conservation.
- Rite Écossais Ancien et Accepté : 33 degrés, du 1er au 3e en loge, puis loges de perfection, chapitres, aréopages et consistoires jusqu’au Suprême Conseil.
- Rite Écossais Rectifié : quatre grades en loge (dont Maître Écossais de Saint-André), puis l’Ordre intérieur et ses chevaliers.
- Maçonnerie anglaise : trois degrés, auxquels s’ajoute l’Arche royale, et de nombreux ordres dits « side degrees ».
Une progression, non une hiérarchie
La tradition maçonnique insiste sur le fait qu’un grade n’est pas un titre de supériorité. Il ouvre un champ nouveau de réflexion et suppose que les enseignements précédents ont été intégrés. Pour la conception anglaise, la maîtrise est le grade le plus élevé de la franc-maçonnerie, et les autres grades en sont des développements. En France, les hauts grades sont souvent présentés comme des « ateliers de perfectionnement » qui approfondissent la légende et les symboles des trois premiers degrés.
Le passage d’un grade à l’autre suppose généralement un temps de maturation, la présentation de travaux et un vote. On parle familièrement d’« augmentation de salaire », image tirée des corporations de bâtisseurs, où l’ouvrier progressait en compétence et en rémunération.
Signes extérieurs du grade
Le grade se lit sur le décor : tablier à la bavette relevée de l’Apprenti, tablier et cordon du Maître, sautoirs, écharpes et bijoux des hauts grades, qui obéissent à des codes de couleur propres à chaque rite. Les places en loge peuvent aussi en dépendre : dans bien des rites, Apprentis et Compagnons siègent sur des colonnes distinctes.
À retenir
- Grade vient du latin gradus, « marche ».
- Chaque grade a ses symboles, sa cérémonie et ses moyens de reconnaissance.
- Le grade se distingue de l’office (fonction en loge) et des dignités obédientielles.
- Le nombre de grades varie de trois à plusieurs dizaines selon les rites.
- La maîtrise reste partout la référence.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Grades symboliques, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Degré, Augmentation de salaire…, Décors.
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