G comme Glaive en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le glaive est, dans la langue des loges, le nom traditionnel de l’épée et, à la loge de table, celui du couteau. Ce double emploi résume bien le vocabulaire maçonnique : un mot ancien, solennel, d’origine biblique et chevaleresque, appliqué tantôt à un objet rituel, tantôt à un simple ustensile. Lors des banquets d’ordre, dont le lexique emprunte largement à l’artillerie, les convives lèvent leur glaive pour certaines santés et forment la chaîne « glaive en main ». Comprendre ce mot, c’est entrer dans la culture des travaux de table, codifiée dès le XVIIIe siècle et toujours vivante dans de nombreux ateliers.

Le mot

Glaive en franc-maçonnerie – Crossed swords on stained-glass window, Liskeard Masonic Hall, Cornwall - September 2026

Glaive vient du latin gladius, l’épée courte du légionnaire romain, dont dérive aussi gladiateur. En français, le mot prend très tôt une valeur noble et symbolique : la Bible parle du « glaive de l’Esprit », la justice est représentée tenant un glaive. Au début du XIXe siècle, le Vocabulaire des francs-maçons de Bazot le définit simplement : glaive signifie épée.

Le glaive en loge

Dans les travaux rituels, l’épée — ou glaive — tient une place importante. Bazot indique que chaque Frère la tenait en main pour recevoir les visiteurs de marque et au moment de l’initiation. Aujourd’hui encore, selon les rites, l’Expert, le Couvreur ou le Maître des cérémonies portent une épée, et les Frères forment parfois une voûte d’acier pour honorer un visiteur ou un dignitaire. Le Vénérable du Rite Écossais Ancien et Accepté dispose quant à lui d’une épée flamboyante, à lame ondulée, utilisée lors des consécrations.

Symboliquement, l’épée exprime la protection du temple, la loyauté et l’honneur ; elle peut aussi représenter le discernement qui tranche entre le vrai et le faux. Elle n’est jamais une arme de combat : elle est un signe.

Le glaive à la loge de table

Les banquets maçonniques, appelés travaux de table ou loge de table, ont développé dès le XVIIIe siècle un vocabulaire particulier, largement emprunté au monde militaire. Le couteau y devient glaive, comme le verre devient canon et la boisson poudre. Le manuel de Bazot décrit la dernière santé, portée à tous les maçons répandus sur la terre : les Frères se lèvent et forment la chaîne, les glaives en main. Les commandements du Vénérable invitent à se tenir « debout et à l’ordre, glaive en main ».

Le même manuel détaille l’ordre des santés d’obligation sous le Premier Empire : celle du souverain, puis celle du Grand Maître et des officiers du Grand Orient, celle du Vénérable, celle des Surveillants, celle des visiteurs, celle des officiers et membres de la loge, enfin celle de tous les maçons répandus sur la terre. Chaque santé obéit à un cérémonial précis : charger, aligner, puis faire feu au commandement, avant la triple batterie et le triple vivat.

Le lexique des travaux de table

Glaive
Source : Wikimedia Commons – G.Garitan – CC BY-SA 4.0
  • Le verre : canon ; le remplir : charger ; boire : tirer une canonnade ou faire feu.
  • Le vin : poudre forte ou rouge ; l’eau : poudre faible.
  • La bouteille : barrique ; l’assiette : tuile ou plateau.
  • La fourchette : pioche ; la cuillère : truelle.
  • Le pain : pierre brute ; les mets : matériaux ; manger : mastiquer.
  • La serviette : drapeau ; les bougies : étoiles ; le sel : sable blanc ; le poivre : sable jaune.

Pourquoi un vocabulaire guerrier ?

L’influence militaire sur ce lexique est généralement expliquée par la forte présence d’officiers dans les loges du XVIIIe siècle et du Premier Empire, y compris dans les loges régimentaires qui suivaient les armées. Il ne s’agit pas d’exalter la guerre : le langage martial, détourné et ritualisé, transforme le repas en cérémonie fraternelle, avec ses commandements, sa discipline et sa bonne humeur. Les maçonneries d’adoption et les chapitres de Rose-Croix ont développé leurs propres variantes, où le couteau reste souvent un glaive.

Une mémoire vivante

Tous les ateliers ne pratiquent pas ce vocabulaire, et beaucoup se contentent d’agapes moins formelles. Mais les banquets d’ordre, notamment lors des fêtes solsticiales de la Saint-Jean, restent l’occasion de faire revivre ces termes. Le glaive y rappelle que, même à table, la loge demeure un espace ordonné, où les gestes les plus simples participent d’un langage commun.

À retenir

  • Glaive, du latin gladius : l’épée en loge, le couteau à table.
  • Les épées servent à honorer les visiteurs et interviennent dans les cérémonies.
  • La dernière santé du banquet se porte en chaîne, glaive en main.
  • Le lexique de table, d’inspiration militaire, est codifié dès le XVIIIe siècle.

Voir aussi dans le glossaire : Loge de Table, Canon, Poudre du Liban, Épée flamboyante, Filet.

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