
La griffe, ou griffe de Maître, désigne dans le vocabulaire maçonnique français l’attouchement propre au troisième degré, cette manière particulière de se saisir la main qui permet aux Maîtres de se reconnaître. Elle est liée à la légende d’Hiram, au cœur de la cérémonie d’élévation à la maîtrise : c’est par une prise ferme que le Maître symboliquement mort est relevé, au moment des cinq points de la maîtrise. Sans en décrire la forme, que les rituels réservent, on peut en retracer le vocabulaire, la place dans la légende et les interprétations, qui font de ce geste discret l’un des symboles les plus chargés de sens du troisième grade.
Le mot et ses équivalents

Le mot griffe évoque la serre ou la patte d’un animal qui saisit avec force. En maçonnerie, il désigne un attouchement, c’est-à-dire l’un des moyens de reconnaissance par le toucher qui, avec les signes et les mots, distinguent chaque grade. Les rituels anglophones parlent de grip et, pour le troisième degré, d’une prise volontiers appelée « griffe du lion » (lion’s paw).
Cette dernière expression est souvent rapprochée du « lion de la tribu de Juda », figure biblique de la force et de la résurrection dans l’Apocalypse (5, 5). Le lion, symbole de vigueur et de royauté, donne au geste sa signification : une force capable de relever ce qui est tombé.
Au cœur de la légende d’Hiram
La cérémonie d’élévation à la maîtrise met en scène la légende d’Hiram, l’architecte du Temple de Salomon assassiné par trois mauvais compagnons qui voulaient lui arracher les secrets de Maître. Les Maîtres partis à sa recherche retrouvent son corps, repéré grâce à une branche d’acacia. Plusieurs tentatives pour le relever échouent ; la dernière réussit, grâce à une prise plus ferme.
La griffe garde la mémoire de ce relèvement. Elle n’est pas seulement un signe d’identification : elle rejoue, dans un geste bref, le passage de la mort symbolique à la vie nouvelle qui fonde la maîtrise. Le nouveau Maître est lui-même relevé de la sorte au cours de la cérémonie.
Les cinq points de la maîtrise
Le relèvement s’accomplit selon les cinq points parfaits de la maîtrise, qui rapprochent symboliquement les corps des deux Maîtres et dont l’existence est attestée dès les divulgations du XVIIIe siècle. Les anthropologues des rites y voient une phase d’agrégation : le candidat, après la mort symbolique, est réintégré dans la communauté par un contact direct. La griffe est l’un de ces points ; l’ancienne notice la présentait comme le cinquième et dernier, mais l’ordre de leur énumération varie selon les rites et les époques.
Une reconnaissance entre Maîtres

Comme tous les attouchements, la griffe appartient aux moyens de reconnaissance transmis lors de la cérémonie et que le Maître s’engage à ne pas divulguer. Leur fonction pratique, au temps où les loges devaient vérifier l’identité des visiteurs, s’est doublée d’une fonction symbolique : rappeler, par le corps, l’engagement pris et la communauté d’expérience entre ceux qui ont traversé la même épreuve.
Chaque grade possède son propre attouchement : celui d’Apprenti, celui de Compagnon, puis celui de Maître, qui les couronne. Le passage de l’un à l’autre matérialise la progression du maçon : la prise se transforme à mesure que s’approfondit l’engagement. Les divulgations imprimées depuis le XVIIIe siècle montrent que cette gradation est ancienne.
Lectures symboliques
- La force : la griffe est une prise ferme, qui ne lâche pas ; elle dit que la maîtrise suppose énergie et vigilance.
- La solidarité : on ne se relève pas seul ; le geste rappelle le devoir d’entraide entre Maîtres.
- La résurrection : par le relèvement, la mort symbolique d’Hiram devient transmission.
- La discrétion : un contact bref, invisible pour l’observateur, qui unit sans s’exhiber.
Le saviez-vous ?

Les rituels du troisième degré relient la chute d’Hiram à la perte de la « parole de Maître », remplacée par un mot substitué. La quête de cette parole perdue a inspiré de nombreux hauts grades, qui se présentent comme la poursuite de la légende entamée au troisième degré.
Pour approfondir
La légende d’Hiram et le relèvement sont analysés dans les ouvrages classiques sur le symbolisme du troisième degré et dans les études consacrées aux divulgations du XVIIIe siècle, à commencer par Masonry Dissected de Samuel Prichard (Londres, 1730), premier texte imprimé décrivant un grade de Maître construit autour de cette légende.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Attouchements, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Cinq points parfaits de la maîtrise, Acacia, Parole perdue.
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