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Les cinq points parfaits de la maîtrise désignent, au 3e degré, la manière dont le Maître est relevé et reconnu par un autre Maître : un rapprochement codifié de deux corps en cinq points de contact, qui scelle la transmission. Ils sont inséparables de la légende d’Hiram, dont le corps est relevé au terme du récit, et de la recherche de la parole perdue. Mentionnés dès les premiers textes maçonniques connus, en anglais sous le nom de Five Points of Fellowship, ils comptent parmi les gestes les plus anciens et les plus chargés de sens de la Franc-maçonnerie, car ils expriment la fraternité accomplie et la vie qui l’emporte sur la mort.
Un nom venu de la tradition anglaise

L’expression française traduit l’anglais Five Points of Fellowship, littéralement « les cinq points de la fraternité » ou « du compagnonnage ». Le mot fellowship désigne l’association, la communauté de ceux qui travaillent ensemble ; la tradition française a préféré insister sur la perfection du geste et sur son lien avec la maîtrise. Le mot « point » doit s’entendre ici comme un point de contact, une correspondance exacte entre deux personnes, et non comme un article de doctrine.
Des textes anciens : Graham et Prichard
Le plus ancien témoignage développé se trouve dans le manuscrit Graham, daté de 1726. Il raconte comment les trois fils de Noé, désirant retrouver un secret que leur père aurait possédé, tentent de relever son corps et le soulèvent en le serrant en plusieurs points, « genou contre genou, poitrine contre poitrine… », espérant qu’une parole en sortira. Le récit associe déjà le relèvement d’un mort, la recherche d’un secret perdu et la substitution d’un mot.
En 1730, la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, transpose ce schéma sur Hiram : l’architecte assassiné est relevé « comme le sont tous les Maçons quand ils reçoivent la parole de Maître », c’est-à-dire par les cinq points de la fraternité. Ce texte, très diffusé et traduit, a contribué à fixer le grade de Maître et son récit central. Les cinq points y sont énumérés sous forme de contacts du corps, ce qui montre leur caractère physique et incarné.
Le relèvement d’Hiram
Dans la cérémonie d’élévation à la maîtrise, telle que la décrivent les rituels publiés, le récipiendaire figure Hiram, l’architecte du Temple frappé par trois mauvais compagnons. Après la recherche du corps, il est relevé par le Vénérable Maître, qui le rappelle à la vie par les cinq points parfaits. Le geste a donc une double fonction : il clôt le drame de la mort symbolique et il opère la transmission de la parole substituée, au moment même où le nouveau Maître est accueilli parmi ses pairs. Les cinq points servent ensuite d’attouchement de reconnaissance entre Maîtres.
Le sens des cinq points

Les commentaires maçonniques ont attaché à chacun des contacts une valeur morale : se porter au secours d’un Frère, aller vers lui même au prix d’un détour, se souvenir de lui dans ses méditations, garder ce qui lui a été confié, le soutenir dans l’adversité. Ces lectures, présentes en particulier dans la tradition anglo-saxonne, varient selon les rituels, mais elles convergent : la maîtrise ne s’exerce pas seul, elle se vit dans une solidarité concrète, engageant tout l’être, du corps à la parole.
- Un geste de vie : le Maître est relevé de la tombe symbolique.
- Un geste de transmission : il accompagne la communication de la parole substituée.
- Un geste de reconnaissance : il permet aux Maîtres de se reconnaître entre eux.
- Un geste de fraternité : il engage l’entraide, la mémoire et la fidélité.
Le nombre cinq
Le cinq est un nombre important du grade de Compagnon, avec l’étoile flamboyante et les cinq sens, et la tradition le relie à l’homme, figuré bras et jambes écartés dans un pentagramme. Retrouver ce nombre au cœur du grade de Maître n’est pas indifférent : le relèvement par cinq points peut se lire comme l’homme tout entier remis debout, réconcilié avec lui-même et avec les autres. L’adjectif « parfaits » ne promet pas une perfection morale achevée, mais une justesse : chaque point est à sa place.
Discrétion et transmission

Comme tous les signes, mots et attouchements, les cinq points font partie de ce que les Maçons s’engagent à ne pas divulguer hors de la loge, même si des textes anciens en ont publié la description. Leur valeur ne tient d’ailleurs pas à leur caractère caché, mais à l’expérience vécue lors de la cérémonie : on ne comprend vraiment le geste qu’en l’ayant reçu. C’est l’un des exemples les plus nets de ce que la Franc-maçonnerie appelle un enseignement par le corps, où le sens passe par le rituel avant de passer par le discours.
Pour approfondir
- Le manuscrit Graham (1726), texte fondamental pour l’histoire du grade de Maître.
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730, première description publique du grade de Maître.
- Les rituels publiés du 3e degré du Rite Français et du Rite Écossais Ancien et Accepté, pour le déroulement de l’élévation.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Hiram, Élévation, Parole perdue, Attouchements, Acacia.
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