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Le 5 février 1752, réuni à la taverne du Griffin, dans le quartier londonien de Holborn, le Grand Comité de la jeune Grande Loge des Anciens élit Laurence Dermott Grand Secrétaire. Âgé d’une trentaine d’années, ce maçon irlandais succède à John Morgan et devient en quelques années la véritable cheville ouvrière de l’obédience. Organisateur infatigable, auteur de l’Ahiman Rezon, polémiste redoutable contre les « Modernes », il façonne l’identité des Anciens pendant près de quarante ans. Sans lui, la seconde Grande Loge d’Angleterre n’aurait sans doute pas survécu à ses débuts.
Date : 5 février 1752
Lieu : Taverne du Griffin, Holborn, Londres, Royaume-Uni
Le contexte : une Grande Loge à peine née

En 1751, cinq loges londoniennes, rejointes par une sixième, se constituent en Grande Loge pour défendre les usages « anciens » de la maçonnerie, tels qu’on les pratique en Irlande et en Écosse. Face à elles se dresse la Grande Loge fondée en 1717, que ses adversaires surnomment les « Modernes ». La nouvelle obédience n’a ni Grand Maître de haut rang ni texte fondateur ; son premier Grand Secrétaire, John Morgan, n’exerce que quelques mois.
L’événement : l’élection au Griffin
Le 5 février 1752, le Grand Comité se réunit à la taverne du Griffin, à Holborn, et élit Laurence Dermott second Grand Secrétaire de la Grande Loge. À cette date, l’obédience fonctionne encore sous la forme d’un comité : elle n’aura son premier Grand Maître, Robert Turner, qu’en 1753. Dans cette structure fragile, le secrétaire, qui tient les registres, la correspondance et les constitutions de loges, occupe une place centrale.
L’homme : un Irlandais à Londres
Né en 1720 en Irlande, probablement près de Strokestown (comté de Roscommon), Laurence Dermott est initié en janvier 1741. Exalté à l’Arche royale en 1746, il devient la même année Maître de la loge n° 26 de Dublin. Arrivé à Londres en 1748, il y gagne sa vie comme compagnon peintre puis comme marchand de vin. Il apporte aux Anciens l’expérience de la maçonnerie irlandaise et un sens aigu de la controverse.
Un Grand Secrétaire bâtisseur
Dermott reste Grand Secrétaire jusqu’en 1770. En 1756, il publie l’Ahiman Rezon, livre des Constitutions de l’obédience, où il raille les Modernes. Il obtient le patronage de grands seigneurs : le comte de Blessington (1756-1760), le comte de Kellie, puis les ducs d’Atholl, si présents que l’on parle de « Grande Loge d’Atholl ». En 1771, il devient Député Grand Maître et préside de fait les assemblées, le Grand Maître restant surtout une figure tutélaire. Les témoignages le décrivent énergique et combatif.
Portée : les Anciens face aux Modernes

Sous l’impulsion de Dermott, les Anciens se distinguent par leurs liens avec l’Irlande et l’Écosse, par un recrutement plus populaire et provincial et par la place donnée à l’Arche royale, considérée comme un quatrième grade dont chaque loge peut former un chapitre. L’obédience s’implante aussi dans les régiments et dans les colonies américaines. Dermott meurt en juin 1791 ; après lui, les deux Grandes Loges se rapprochent, coopèrent pendant les guerres napoléoniennes, puis s’unissent en 1813.
Postérité et mémoire
La Grande Loge unie d’Angleterre, née en 1813 de cette union, doit beaucoup aux Anciens, en particulier dans la place de l’Arche royale. Le nom de Dermott reste attaché à l’Ahiman Rezon, dont la Pennsylvanie et la Caroline du Sud conservent le titre pour leurs Constitutions. La liste des Grands Secrétaires des Anciens, de Morgan à Robert Leslie, témoigne de la continuité administrative qu’il a su installer.
Repères chronologiques
- 1741 : initiation de Laurence Dermott en Irlande.
- 1748 : Dermott s’installe à Londres.
- 1751 : fondation de la Grande Loge des Anciens ; John Morgan est Grand Secrétaire.
- 5 février 1752 : Dermott est élu Grand Secrétaire.
- 1753 : Robert Turner, premier Grand Maître des Anciens.
- 1756 : première édition de l’Ahiman Rezon.
- 1771 : Dermott devient Député Grand Maître.
- 1813 : union des Anciens et des Modernes.
Le saviez-vous ?
Le nom d’« Antients », que la Grande Loge unie d’Angleterre écrit encore avec un « t », n’a jamais été orthographié ainsi par la Grande Loge elle-même. Et c’est à Dermott que revient la diffusion du surnom de « Modernes » appliqué à ses rivaux, qui leur est resté.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

