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Le 2 juillet 1751, le roi d’Espagne Ferdinand VI signe un décret qui interdit la franc-maçonnerie dans ses États. La mesure intervient six semaines après la bulle Providas Romanorum du pape Benoît XIV, qui renouvelle la condamnation pontificale de 1738, et dans un royaume où l’Inquisition s’est déjà arrogé la compétence exclusive sur les « francs-maçons ». En ajoutant l’autorité royale à la sanction religieuse, ce décret ferme durablement l’Espagne aux loges. Il inaugure une longue tradition de méfiance officielle qui marquera l’histoire de la maçonnerie espagnole jusqu’au XXe siècle.
Date : 2 juillet 1751
Lieu : Espagne
Le contexte : une maçonnerie fragile et surveillée

La maçonnerie apparaît tôt en Espagne. Le 15 février 1728, une loge connue sous le nom de La Matritense, ou des Trois Fleurs de Lys, se réunit à Madrid dans les appartements du duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres, avec Charles Labelye pour Maître. La même année est constituée à Gibraltar, alors britannique, une loge Saint-Jean de Jérusalem. Ces ateliers, souvent formés de marchands étrangers et d’officiers au service du roi, restent éphémères : la dernière trace de la loge madrilène date d’un an après sa fondation.
Très vite, l’Église intervient. Le 28 avril 1738, le pape Clément XII publie la bulle In eminenti apostolatus specula, première condamnation pontificale de la franc-maçonnerie. Le 11 octobre suivant, l’Inquisiteur général d’Espagne publie un édit qui revendique une juridiction exclusive sur la question : les fidèles doivent dénoncer les maçons dans les six jours, sous peine d’excommunication et d’une amende de 200 ducats.
Une loge démantelée à Barcelone
L’efficacité de cette surveillance se vérifie à Barcelone. Une loge militaire y est fondée en 1748 ; dénoncée à l’Inquisition en 1750, elle est démantelée. L’épisode montre que la maçonnerie espagnole, faute d’enracinement, dépend d’une tolérance de fait que l’Inquisition refuse de lui accorder.
L’événement : le décret du 2 juillet 1751
Le 18 mai 1751, le pape Benoît XIV promulgue la bulle Providas Romanorum, qui confirme et renouvelle la condamnation de son prédécesseur. Quelques semaines plus tard, le 2 juillet 1751, Ferdinand VI signe un décret royal interdisant la franc-maçonnerie. La décision fait passer la question du seul terrain religieux au terrain de l’ordre public : être maçon devient une infraction aux lois du royaume, et non plus seulement une faute aux yeux de l’Église. Les chronologies soulignent l’influence de l’Inquisition sur cette décision, dans un pays où le Saint-Office reste une institution puissante.
Le souverain : Ferdinand VI
Fils de Philippe V, premier Bourbon d’Espagne, Ferdinand VI règne de 1746 à 1759. Son règne, plutôt pacifique, est marqué par une politique de neutralité et de redressement intérieur. Le décret de 1751 s’inscrit dans une monarchie catholique soucieuse d’appliquer les décisions pontificales et de prévenir toute sociabilité secrète échappant au contrôle de l’État comme de l’Église.
Portée et conséquences
Dès 1752, le franciscain José Torrubia publie Centinela contra francmasones, recueil de textes antimaçonniques étrangers qui associe la maçonnerie à l’hérésie, à l’athéisme et au jansénisme. Le décret et ce livre installent pour longtemps en Espagne l’image d’une maçonnerie subversive. La maçonnerie ne disparaît pas totalement : une Grande Loge d’Espagne se serait constituée en 1767 sous le comte d’Aranda, devenue Grand Orient en 1780, mais les historiens jugent ce récit douteux. Au XIXe siècle, Ferdinand VII renouvellera la persécution.
Postérité et mémoire
Le décret de 1751 est aujourd’hui étudié comme l’une des premières interdictions royales de la maçonnerie en Europe catholique. L’Université nationale d’enseignement à distance (UNED), dont le musée virtuel consacre une salle à l’histoire de la maçonnerie espagnole, en met le texte à disposition des chercheurs et du public.
Repères chronologiques
- 15 février 1728 : réunion de la loge La Matritense à Madrid chez le duc de Wharton.
- 28 avril 1738 : bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII.
- 11 octobre 1738 : édit de l’Inquisiteur général d’Espagne contre les francs-maçons.
- 1750 : la loge militaire de Barcelone, fondée en 1748, est dénoncée et démantelée.
- 18 mai 1751 : bulle Providas Romanorum de Benoît XIV.
- 2 juillet 1751 : décret de Ferdinand VI interdisant la franc-maçonnerie.
- 1752 : José Torrubia publie Centinela contra francmasones.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, 28 avril 1738 (date historique), Accusation de satanisme (antimaçonnisme), Inquisition symbolique (antimaçonnisme).

