
Illustre est un qualificatif honorifique employé en franc-maçonnerie, principalement dans les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté. On l’attribue aux titulaires du 33e degré, les Souverains Grands Inspecteurs Généraux, désignés comme « Illustres Frères », tandis que le Souverain Grand Commandeur d’un Suprême Conseil reçoit le titre de « Très Illustre ». Le mot figure aussi dans le nom de certains degrés, comme l’Illustre Élu des Quinze. Il fait partie d’un ensemble de formules de courtoisie qui traduisent des fonctions, non des mérites personnels.
Un titre des hauts grades écossais

Dans le REAA, les degrés au-delà de la maîtrise s’accompagnent de titres honorifiques. Le plus élevé, le 33e degré, est celui de Souverain Grand Inspecteur Général. Ses titulaires sont traditionnellement appelés « Illustres Frères » (ou « Illustres Sœurs » dans les juridictions mixtes et féminines), ce que l’on abrège souvent par Ill∴ F∴. Le Souverain Grand Commandeur, qui préside le Suprême Conseil, reçoit le titre de Très Illustre, parfois accompagné de « Très Puissant ».
Le qualificatif apparaît également dans l’intitulé de certains degrés intermédiaires. Le 10e degré du REAA, pratiqué en loge de perfection, s’appelle Illustre Élu des Quinze. D’autres systèmes de hauts grades, au XVIIIe siècle, multipliaient les titres d’Illustre, de Sublime ou de Prince, dans une surenchère honorifique souvent moquée par les contemporains.
Une hiérarchie des formules de courtoisie
- Respectable : titre courant du Vénérable Maître d’une loge symbolique dans de nombreux rites (Respectable Loge, Vénérable Maître).
- Très Respectable : titre fréquent du Grand Maître et de certains grands officiers, notamment à la Grande Loge de France.
- Illustre : titulaires du 33e degré du REAA.
- Très Illustre : Souverain Grand Commandeur d’un Suprême Conseil.
- Sublime, Puissant, Excellent : qualificatifs propres à certains degrés et ateliers de hauts grades.
Ces usages varient d’une obédience et d’une juridiction à l’autre, et ont changé avec le temps. À la Grande Loge de France, par exemple, le Grand Maître a été successivement désigné, au XXe siècle, comme « Très Illustre », « Très Respectable » ou « Sérénissime », avant que la forme « Très Respectable » ne s’impose.
Un vocabulaire hérité du XVIIIe siècle
Les titres honorifiques maçonniques reflètent la société dans laquelle ils sont nés. Le XVIIIe siècle aimait les formules de politesse élaborées et les dignités. Les hauts grades, souvent pratiqués par des aristocrates et des officiers, empruntaient leurs titres à la chevalerie, à la cour et à la hiérarchie ecclésiastique. « Illustre » appartenait au registre de l’éloge des personnes de haut rang ; transposé en loge, il désigne une dignité maçonnique et non une naissance.
Fonction plutôt que mérite

Le titre ne signifie pas que celui qui le porte serait plus éclairé ou plus vertueux que les autres. Il désigne une charge ou un degré conféré. La tradition maçonnique insiste sur ce point : en loge symbolique, tous les maîtres sont égaux, quelle que soit leur position dans les hauts grades, et un 33e degré siège sur les colonnes comme n’importe quel frère s’il n’y exerce pas d’office. Le titre honorifique ne remplace jamais la qualité de frère ou de sœur, qui reste la plus importante.
Critiques et usages contemporains
Les titres ronflants des hauts grades ont souvent été moqués, par des profanes comme par des maçons. Ils ont aussi nourri l’antimaçonnisme, qui y voit la preuve d’une hiérarchie occulte où des « Illustres » commanderaient en secret. En réalité, les Suprêmes Conseils administrent des degrés de perfectionnement et n’ont pas autorité sur les loges symboliques des obédiences. Plusieurs juridictions ont d’ailleurs simplifié leur protocole. L’usage persiste surtout dans les correspondances officielles et les cérémonies.
Le saviez-vous ?
Le mot « illustre » vient du latin illustris, « lumineux, éclatant ». Dans une tradition qui fait de la lumière son symbole central, le qualificatif prend ainsi une résonance particulière : être illustre, c’est être censé porter et transmettre une lumière reçue.
Le même latin a donné « illustrer », au sens premier d’éclairer, de mettre en lumière, avant de signifier orner d’images.
À retenir
- Illustre : titre des titulaires du 33e degré du REAA.
- Très Illustre : titre du Souverain Grand Commandeur.
- Le mot apparaît aussi dans le nom du 10e degré, Illustre Élu des Quinze.
- Il désigne une dignité maçonnique, non une supériorité personnelle.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Ouverture du premier Suprême Conseil du 33e degré à Charleston, 31 mai 1801 (date historique), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Sautoir de Vénérable Maître, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Loge de Perfection, Respectable.
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