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I comme Illustre en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Illustre est un qualificatif honorifique employé en franc-maçonnerie, principalement dans les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté. On l’attribue aux titulaires du 33e degré, les Souverains Grands Inspecteurs Généraux, désignés comme « Illustres Frères », tandis que le Souverain Grand Commandeur d’un Suprême Conseil reçoit le titre de « Très Illustre ». Le mot figure aussi dans le nom de certains degrés, comme l’Illustre Élu des Quinze. Il fait partie d’un ensemble de formules de courtoisie qui traduisent des fonctions, non des mérites personnels.

Un titre des hauts grades écossais

Exposition d'objets maçonniques
Histoire de la franc-maçonnerie

Dans le REAA, les degrés au-delà de la maîtrise s’accompagnent de titres honorifiques. Le plus élevé, le 33e degré, est celui de Souverain Grand Inspecteur Général. Ses titulaires sont traditionnellement appelés « Illustres Frères » (ou « Illustres Sœurs » dans les juridictions mixtes et féminines), ce que l’on abrège souvent par Ill∴ F∴. Le Souverain Grand Commandeur, qui préside le Suprême Conseil, reçoit le titre de Très Illustre, parfois accompagné de « Très Puissant ».

Le qualificatif apparaît également dans l’intitulé de certains degrés intermédiaires. Le 10e degré du REAA, pratiqué en loge de perfection, s’appelle Illustre Élu des Quinze. D’autres systèmes de hauts grades, au XVIIIe siècle, multipliaient les titres d’Illustre, de Sublime ou de Prince, dans une surenchère honorifique souvent moquée par les contemporains.

Une hiérarchie des formules de courtoisie

  • Respectable : titre courant du Vénérable Maître d’une loge symbolique dans de nombreux rites (Respectable Loge, Vénérable Maître).
  • Très Respectable : titre fréquent du Grand Maître et de certains grands officiers, notamment à la Grande Loge de France.
  • Illustre : titulaires du 33e degré du REAA.
  • Très Illustre : Souverain Grand Commandeur d’un Suprême Conseil.
  • Sublime, Puissant, Excellent : qualificatifs propres à certains degrés et ateliers de hauts grades.

Ces usages varient d’une obédience et d’une juridiction à l’autre, et ont changé avec le temps. À la Grande Loge de France, par exemple, le Grand Maître a été successivement désigné, au XXe siècle, comme « Très Illustre », « Très Respectable » ou « Sérénissime », avant que la forme « Très Respectable » ne s’impose.

Un vocabulaire hérité du XVIIIe siècle

Les titres honorifiques maçonniques reflètent la société dans laquelle ils sont nés. Le XVIIIe siècle aimait les formules de politesse élaborées et les dignités. Les hauts grades, souvent pratiqués par des aristocrates et des officiers, empruntaient leurs titres à la chevalerie, à la cour et à la hiérarchie ecclésiastique. « Illustre » appartenait au registre de l’éloge des personnes de haut rang ; transposé en loge, il désigne une dignité maçonnique et non une naissance.

Fonction plutôt que mérite

Illustre
Source : Wikimedia Commons – Hoalinh – CC BY-SA 4.0

Le titre ne signifie pas que celui qui le porte serait plus éclairé ou plus vertueux que les autres. Il désigne une charge ou un degré conféré. La tradition maçonnique insiste sur ce point : en loge symbolique, tous les maîtres sont égaux, quelle que soit leur position dans les hauts grades, et un 33e degré siège sur les colonnes comme n’importe quel frère s’il n’y exerce pas d’office. Le titre honorifique ne remplace jamais la qualité de frère ou de sœur, qui reste la plus importante.

Critiques et usages contemporains

Les titres ronflants des hauts grades ont souvent été moqués, par des profanes comme par des maçons. Ils ont aussi nourri l’antimaçonnisme, qui y voit la preuve d’une hiérarchie occulte où des « Illustres » commanderaient en secret. En réalité, les Suprêmes Conseils administrent des degrés de perfectionnement et n’ont pas autorité sur les loges symboliques des obédiences. Plusieurs juridictions ont d’ailleurs simplifié leur protocole. L’usage persiste surtout dans les correspondances officielles et les cérémonies.

Le saviez-vous ?

Le mot « illustre » vient du latin illustris, « lumineux, éclatant ». Dans une tradition qui fait de la lumière son symbole central, le qualificatif prend ainsi une résonance particulière : être illustre, c’est être censé porter et transmettre une lumière reçue.

Le même latin a donné « illustrer », au sens premier d’éclairer, de mettre en lumière, avant de signifier orner d’images.

À retenir

  • Illustre : titre des titulaires du 33e degré du REAA.
  • Très Illustre : titre du Souverain Grand Commandeur.
  • Le mot apparaît aussi dans le nom du 10e degré, Illustre Élu des Quinze.
  • Il désigne une dignité maçonnique, non une supériorité personnelle.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Ouverture du premier Suprême Conseil du 33e degré à Charleston, 31 mai 1801 (date historique), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Sautoir de Vénérable Maître, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Loge de Perfection, Respectable.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

I comme Illumination en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En Franc-maçonnerie, l’illumination désigne l’allumage rituel des lumières du Temple au moment de l’ouverture des travaux, et plus largement le passage symbolique des ténèbres à la Lumière. Ce geste, simple en apparence, condense l’essentiel de la démarche maçonnique : la Loge ne s’éclaire pas d’un coup, elle s’illumine selon un ordre réglé, de l’Orient vers les colonnes. Comprendre l’illumination, c’est comprendre pourquoi le maçon se dit « en quête de Lumière », pourquoi l’initié « reçoit la Lumière » et pourquoi le Temple n’est pas un lieu comme les autres.

Un mot chargé d’histoire

Illumination

Le mot vient du latin illuminare, « éclairer, rendre lumineux », formé sur lumen, la lumière. Dès l’Antiquité chrétienne, illuminatio désigne aussi le baptême, compris comme une entrée dans la lumière : le baptisé est un « illuminé ». Cette double acception, matérielle et spirituelle, se retrouve exactement dans l’usage maçonnique, où l’allumage des flambeaux est à la fois un geste pratique et un acte de signification.

Il faut distinguer cette illumination rituelle des Illuminés du XVIIIe siècle. Les Illuminés de Bavière, fondés en 1776 par Adam Weishaupt, ou les courants mystiques dits « illuministes » (Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin) ont croisé l’histoire des loges, mais ils ne se confondent pas avec le geste d’allumage pratiqué dans toute loge. La confusion entre les deux nourrit d’ailleurs depuis deux siècles l’imaginaire antimaçonnique.

L’allumage à l’ouverture des travaux

Dans de nombreuses loges françaises, notamment au Rite Français et au Rite Écossais Ancien et Accepté, l’ouverture des travaux s’accompagne de l’allumage de trois flambeaux ou trois piliers associés à la Sagesse, à la Force et à la Beauté. La flamme part généralement de l’Orient, où siège le Vénérable Maître, puis gagne les places des Surveillants. L’ordre exact, les paroles prononcées et l’officier chargé du geste (Vénérable, Maître des cérémonies, Expert) varient selon les rituels et les obédiences.

À la fermeture, les lumières sont éteintes dans un ordre inverse ou selon une formule propre au rite. Ce mouvement d’ouverture et de clôture encadre la tenue et marque la frontière entre le temps profane et le temps rituel. Dans les loges anglo-saxonnes pratiquant le Rite Émulation, les trois chandeliers placés près des piliers des officiers principaux jouent un rôle comparable, même si la mise en scène de l’allumage y est souvent plus discrète.

Les lumières du Temple

L’illumination renvoie à tout un système de lumières que l’apprenti découvre progressivement. La tradition distingue des lumières symboliques et des lumières matérielles, qu’il ne faut pas confondre.

  • Les trois grandes lumières : le Volume de la Loi sacrée (ou le livre placé sur l’autel selon les obédiences), l’équerre et le compas.
  • Les trois petites lumières : selon les rites, le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge, ou les trois officiers principaux (Vénérable et deux Surveillants).
  • Les trois piliers Sagesse, Force et Beauté, portant souvent les flambeaux allumés à l’ouverture.
  • Les « lumières » de la Loge au sens des officiers : on dit couramment que le Vénérable et les Surveillants « éclairent » les colonnes.
  • L’Étoile flamboyante, présente au grade de Compagnon dans les rites français, autre source de lumière symbolique.

Recevoir la Lumière : le sens initiatique

Illumination

Le moment le plus intense de l’illumination n’a pas lieu à chaque tenue, mais lors de l’initiation. Le profane, introduit les yeux bandés, est privé de lumière pendant une grande partie de la cérémonie ; au moment fixé par le rituel, le bandeau tombe et le nouvel apprenti « reçoit la Lumière ». La formule est commune à presque tous les rites, même si la mise en scène diffère. L’allumage des flambeaux à chaque tenue rappelle silencieusement cet instant fondateur.

La lumière maçonnique n’est pas une révélation toute faite. Elle désigne une capacité nouvelle de voir, de relier, d’interpréter. C’est pourquoi l’illumination est progressive : on ne passe pas de l’obscurité à la clarté totale, on avance de degré en degré. L’apprenti « voit » les outils, le compagnon découvre l’Étoile flamboyante, le maître affronte l’obscurité de la légende d’Hiram avant de retrouver la lumière sous une autre forme.

L’Orient, source de la Lumière

Le Temple maçonnique est orienté symboliquement d’Occident en Orient, quelle que soit son orientation géographique réelle. L’Orient est le lieu d’où vient la lumière, comme le soleil se lève à l’est. C’est là que siège le Vénérable et c’est de là que part, dans la plupart des usages, la flamme qui illumine la Loge. Les vieux catéchismes maçonniques demandent d’ailleurs au maçon d’où il vient et où il va, et la réponse oppose l’Occident à l’Orient comme l’obscurité à la clarté.

Cette orientation donne au geste de l’allumage une portée cosmique : la tenue reproduit la course du soleil, de son lever à son déclin, et les vieux rituels font ouvrir les travaux « à midi » et les fermer « à minuit ». L’illumination inscrit ainsi la Loge dans un temps mythique, distinct de l’horloge profane.

Lumière, Lumières et esprit du siècle

La Franc-maçonnerie spéculative naît en Angleterre en 1717, au moment où s’ouvre le siècle des Lumières. Le vocabulaire de la lumière y est donc à la fois religieux, hérité de la Bible et du prologue de l’Évangile de Jean souvent lu en loge, et philosophique, lié à la raison et à la connaissance. Les obédiences libérales insistent volontiers sur la seconde dimension, les obédiences traditionnelles sur la première. Le geste de l’illumination tient ensemble ces deux héritages.

Le saviez-vous ?

Illumination

Dans beaucoup de loges contemporaines, pour des raisons de sécurité, les flammes vives sont remplacées par des bougies électriques ou des lampes. Le rituel est conservé : on « allume » toujours les piliers, et le sens du geste ne dépend pas de la nature de la flamme. On dit aussi, dans l’usage français, qu’un maçon qui reçoit un grade « reçoit la lumière » de ce grade.

À retenir

  • L’illumination est l’allumage rituel des lumières à l’ouverture des travaux.
  • Elle part de l’Orient, lieu symbolique de la Lumière.
  • Elle rappelle le moment de l’initiation où le profane « reçoit la Lumière ».
  • Elle ne doit pas être confondue avec les Illuminés de Bavière ni avec l’illuminisme mystique.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Lumières (trois), Orient, Initiation, Bandeau, Piliers, Étoile flamboyante.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Houzzé en Franc-maçonnerie

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Houzzé est l’acclamation rituelle propre au Rite Écossais Ancien et Accepté : prononcée trois fois, elle suit la batterie qui ponctue les moments importants des travaux. On la trouve écrite Houzzé, Houzé ou Houzzaï selon les rituels. Les autres rites ont leur propre acclamation : Vivat au Rite Français traditionnel, « Liberté, Égalité, Fraternité » dans de nombreuses loges du Grand Orient de France. Bref cri collectif, l’acclamation exprime l’unanimité de la loge et son adhésion à l’acte qui vient d’être accompli.

Une acclamation après la batterie

Houzzé
2 colonnes durant la Batterie avec le Vénérable Maître à l’Orient

La batterie est la série de coups frappés dans les mains selon le rythme du grade. Elle intervient à l’ouverture et à la fermeture des travaux, lors des initiations, des installations ou pour saluer un visiteur de marque. L’acclamation la complète : après les coups, la loge prononce d’une seule voix le mot propre au rite. Le geste et la parole forment ainsi un ensemble rituel qui fait de l’approbation un acte collectif et réglé.

Les acclamations selon les rites

  • REAA : Houzzé, trois fois, acclamation dite « écossaise ».
  • Rite Français traditionnel : Vivat, également répété trois fois.
  • Grand Orient de France : « Liberté, Égalité, Fraternité » dans de nombreuses loges au Rite Français.
  • Rites anglo-saxons : pas d’acclamation équivalente ; les prières s’y achèvent par « So mote it be ».

Les hypothèses étymologiques

L’origine du mot reste discutée. L’hypothèse la plus couramment retenue le rattache à l’anglais huzza ou huzzah, cri de joie et d’enthousiasme attesté dès la fin du XVIe siècle, notamment chez les marins, et parent de « hourra ». Le passage par les loges écossaises et jacobites du XVIIIe siècle expliquerait sa transmission au rite « écossais ». D’autres auteurs ont proposé des rapprochements avec l’hébreu hosanna, ou des origines plus lointaines, sans preuve documentaire. La prudence s’impose : l’acclamation est un fait rituel bien établi, son étymologie ne l’est pas.

Une parole de l’unanimité

L’acclamation n’est pas un simple cri de joie. Elle intervient au moment où la loge confirme ce qui vient d’être fait : un frère initié, un officier installé, des travaux ouverts. Prononcée à l’unisson, elle signifie que la loge parle d’une seule voix. Dans un ordre qui valorise la parole individuelle demandée et accordée, ce moment de voix commune rappelle que l’atelier est aussi un corps.

Vivat et Liberté, Égalité, Fraternité

Houzzé

Le Vivat du Rite Français, d’origine latine, appartient à la tradition des acclamations de fête et de couronnement. La devise « Liberté, Égalité, Fraternité », adoptée comme acclamation par de nombreuses loges du Grand Orient de France, traduit l’attachement de cette obédience à l’héritage républicain ; la franc-maçonnerie française a d’ailleurs largement contribué à la diffusion de la devise au XIXe siècle. Chaque acclamation dit ainsi quelque chose de l’identité du rite qui l’emploie.

Dans les rituels

La batterie et l’acclamation scandent les grandes étapes de la tenue : ouverture, fermeture, consécration d’un nouvel initié, accueil de dignitaires. Le Vénérable en donne le signal, les frères et sœurs se lèvent et se mettent à l’ordre, puis frappent et acclament ensemble. La précision de l’enchaînement fait partie de l’apprentissage : une batterie désordonnée ou une acclamation décalée rompent l’harmonie que le geste est censé manifester.

Le saviez-vous ?

Dans les anciens rituels de table, les santés portées au banquet s’achèvent aussi par une batterie et une acclamation, parfois accompagnées du célèbre « feu » au cours duquel les verres, appelés canons, sont levés et reposés en cadence. L’acclamation déborde donc le temple : elle accompagne toute la sociabilité rituelle de la loge.

La batterie selon les grades

La batterie varie selon le grade auquel la loge travaille : trois coups au grade d’apprenti, cinq au grade de compagnon, neuf au grade de maître dans les rites français et écossais, avec des rythmes propres à chacun. L’acclamation, elle, reste la même pour un rite donné. Cette combinaison d’un rythme changeant et d’un cri stable dit quelque chose de la progression maçonnique : les formes évoluent, l’adhésion commune demeure.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.

Voir aussi dans le glossaire : Batterie, VIVAT, Acclamations : la voix joyeuse et solennelle de la Loge, Canon.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Houppe dentelée en Franc-maçonnerie

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La houppe dentelée est, dans la tradition française, une corde ornée de nœuds en forme de lacs d’amour qui court sur le pourtour du Temple, à la hauteur de la frise, et se termine par deux houppes près des colonnes de l’entrée. Elle figure aussi sur les tableaux de loge, dont elle forme la bordure. Son nom, déroutant, vient d’une adaptation de l’anglais indented tarsel, déjà mentionné en 1730 parmi le mobilier de la loge. Symbole de l’union fraternelle qui relie les maçons dispersés sur la surface de la terre, elle est souvent rapprochée de la chaîne d’union.

Un ornement qui encadre le Temple

Houppe dentelée

Concrètement, la houppe dentelée est une corde à nœuds qui fait le tour des murs intérieurs du Temple, généralement sous la voûte étoilée. Les nœuds, appelés lacs d’amour, sont répartis à intervalles réguliers ; leur nombre varie selon les temples, les rites et les tableaux. Aux deux extrémités, près des colonnes J et B, la corde se termine par des houppes, c’est-à-dire des glands de passementerie. Sur le tableau de loge du premier degré, elle dessine la bordure du rectangle.

Une énigme lexicale : l’indented tarsel

En 1730, la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, énumère le mobilier de la loge : le pavé mosaïque, qui en est le sol, l’étoile flamboyante, qui en est le centre, et l’indented tarsel, qui en est la bordure. Le sens exact de tarsel reste discuté : bordure dentelée, en dents de scie, ou passementerie à glands, selon les interprétations.

Les maçons français ont rendu ce terme par « houppe dentelée », mêlant l’idée de bordure à dents (dentelée) et celle de gland (houppe). L’ornement s’est ensuite transformé en corde à nœuds, tandis qu’en Angleterre il est souvent devenu une bordure dentelée ou une tessellated border entourant le pavé.

Les lacs d’amour

Le lac d’amour est un nœud décoratif en forme de huit couché, connu en héraldique et dans les arts décoratifs. Sa boucle sans fin évoque un lien qui ne se rompt pas. En loge, il est lu comme l’image de la fraternité : des liens librement noués, qui unissent sans enfermer. La répétition des nœuds le long de la corde suggère une communauté composée de membres distincts mais solidaires.

Symbolique : union, protection, universalité

Houppe dentelée
  • Union : la corde relie entre eux tous les membres de la loge, présents et absents.
  • Universalité : elle figure le lien qui unit les maçons répandus sur la surface de la terre.
  • Protection : elle borde et délimite l’espace consacré, comme une enceinte symbolique.
  • Ouverture : ses extrémités restent libres près de l’entrée, laissant la chaîne prête à accueillir de nouveaux membres.
  • Infini : le lac d’amour, en forme de huit couché, évoque une continuité sans fin.

Ce dernier point est souvent souligné : la corde ne se referme pas complètement, ses houppes pendent de part et d’autre de la porte. La chaîne n’est jamais close, elle reste disponible pour ceux qui viendront.

La houppe dentelée appartient aux ornements discrets que l’on ne remarque plus à force de les voir. Les instructions du premier degré invitent pourtant l’Apprenti à la regarder : elle est le premier symbole de la loge qui parle non de l’individu, comme la pierre brute, mais du collectif. Elle rappelle que le travail sur soi n’a de sens que s’il s’inscrit dans une communauté, et que la loge n’existe que par les liens qui unissent ses membres.

Houppe dentelée et chaîne d’union

La houppe dentelée est la représentation matérielle d’un geste rituel : la chaîne d’union, que forment les membres de la loge en se tenant par les mains, généralement en fin de tenue. Ce que la corde dit en permanence sur les murs, la chaîne le fait vivre physiquement. Plusieurs auteurs y voient aussi la corde du maçon opératif, qui servait à tracer le plan au sol, et donc la mesure qui préside à la construction.

Le saviez-vous ?

Nœud lacs d'amour

Dans le catéchisme de 1730, l’indented tarsel figure parmi le « mobilier » de la loge et non parmi ses ornements : ce n’est que plus tard que les rituels français l’ont classé avec le pavé mosaïque et l’étoile flamboyante dans les ornements de la loge.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Oswald Wirth, Le Livre de l’Apprenti, 1894.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Pavé mosaïque, Étoile flamboyante, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Colonnes.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Hospitalier (ou Elémosinaire) en Franc-maçonnerie

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L’Hospitalier, appelé aussi Éléémosynaire, est l’officier de loge chargé de la bienfaisance. Il fait circuler le tronc de la veuve à la fin des tenues, gère les sommes recueillies, veille sur les membres malades ou en difficulté et organise l’entraide. Dans la tradition française des « Modernes », il porte parfois le nom d’aumônier. Discret par fonction, il est souvent décrit comme la conscience fraternelle de l’atelier : celui qui rappelle que la solidarité maçonnique ne se limite pas aux paroles prononcées en loge.

Le nom et ses origines

Hospitalier (ou Elémosinaire)
Soyons réellement des hospitaliers.

« Hospitalier » vient du latin hospitalis, relatif à l’hôte et à l’hospitalité ; le mot a désigné au Moyen Âge les religieux qui accueillaient pèlerins, pauvres et malades, comme les frères de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. « Éléémosynaire » dérive du latin ecclésiastique eleemosyna, emprunté au grec eleêmosunê, la pitié, la compassion, qui a aussi donné le mot aumône. Les deux termes disent la même chose : l’attention portée à ceux qui ont besoin d’aide.

Les missions de l’Hospitalier

  • Faire circuler le tronc de la veuve avant la clôture des travaux et en annoncer le produit.
  • Tenir la caisse de bienfaisance, distincte de la trésorerie ordinaire, et en rendre compte à la loge.
  • Prendre des nouvelles des membres malades, absents ou éprouvés, leur rendre visite ou les faire visiter.
  • Organiser l’aide matérielle ou morale à un membre ou à sa famille, dans la plus grande discrétion.
  • Relayer les actions de solidarité de l’obédience ou soutenir des œuvres extérieures décidées par la loge.

Place et attribut

L’Hospitalier fait partie des officiers de la loge, élus ou nommés selon les règlements de l’obédience. Son attribut est le plus souvent une bourse, parfois un cœur enflammé, symbole de charité. Sa place dans le temple varie selon les rites. Dans la maçonnerie anglaise, la fonction correspond à celle de l’Almoner, chargé du bien-être des membres et de leurs familles, tandis que l’argent des dons relève souvent du Charity Steward.

Le tronc de la veuve

Hospitalier (ou Elémosinaire)
Source : Wikimedia Commons – Mutney – CC BY 4.0

Le geste le plus visible de l’Hospitalier est la circulation du tronc. Chaque participant y glisse la main fermée, qu’il donne ou non, de sorte que nul ne sache qui a donné ni combien. Le nom renvoie à la veuve de l’Évangile de Marc qui offre deux petites pièces, et au statut d’Hiram, « fils de la veuve » selon le premier livre des Rois. L’anonymat du don garantit l’égalité entre ceux qui peuvent beaucoup et ceux qui ne peuvent rien.

Une fonction de confiance

L’Hospitalier reçoit des confidences : maladie, deuil, perte d’emploi, difficultés familiales. Il doit les garder pour lui, ou ne les partager qu’avec l’accord de l’intéressé et le Vénérable. Cette exigence de discrétion fait de lui un des officiers les plus exposés humainement. Sa fonction demande du tact : aider sans humilier, rappeler la solidarité sans transformer la loge en organisme d’assistance. La bienfaisance maçonnique se veut fraternelle, non administrative.

Bienfaisance et philanthropie

Dès le XVIIIe siècle, les loges ont pratiqué la bienfaisance envers leurs membres et au-delà. Les Constitutions d’Anderson évoquent le soutien dû aux frères dans le besoin, et de nombreuses obédiences ont créé, aux XIXe et XXe siècles, des œuvres sociales, des maisons de retraite, des fondations ou des fonds de secours. L’Hospitalier est le relais local de cette tradition, au plus près des membres.

Un officier au service de tous

Hospitalier (ou Elémosinaire)
Source : Wikimedia Commons – Paulus Lesire – Public domain

L’Hospitalier n’agit pas seul. Il informe le Vénérable des situations délicates, sollicite au besoin les membres de la loge, fait appel aux structures de solidarité de l’obédience. Son action ne se limite pas à l’argent : une visite, un appel téléphonique, un accompagnement lors d’un deuil comptent souvent davantage. Beaucoup de loges insistent sur ce point : la première bienfaisance est la présence. L’Hospitalier rappelle à chacun que la fraternité proclamée en tenue doit se vérifier dans la vie ordinaire, lorsque l’un des membres traverse une épreuve.

Le saviez-vous ?

Le nom d’Hospitalier évoque aussi les chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ordre religieux et militaire né au XIe siècle autour d’un hôpital de pèlerins, devenu l’Ordre de Malte. La fonction maçonnique n’a pas de lien historique avec cet ordre, mais le mot conserve la même idée : accueillir et soigner.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tronc de la veuve, Trésorier, Bienfaisance, Enfants de la veuve, Métaux, Brique.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Hiram en Franc-maçonnerie

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Hiram, appelé Hiram Abi ou Hiram Abiff, est dans la tradition maçonnique l’architecte du Temple de Salomon, assassiné par trois mauvais compagnons pour n’avoir pas voulu livrer le mot de Maître. La Bible n’en fait qu’un habile artisan du bronze ; c’est la franc-maçonnerie qui, vers 1725-1730, a bâti autour de lui le récit dramatique au cœur du troisième degré. Le Maître revit symboliquement sa mort et son relèvement. Figure de la fidélité à la parole donnée, Hiram est devenu le personnage central du mythe maçonnique et a inspiré de nombreux grades et œuvres littéraires.

Deux Hiram dans la Bible

Hiram

La Bible mentionne Hiram Ier, roi de Tyr, allié de David puis de Salomon, qui fournit les cèdres et les artisans du Temple (1 Rois 5 ; 2 Chroniques 2). Elle mentionne aussi un autre Hiram, artisan venu de Tyr, « fils d’une veuve de la tribu de Nephtali » et d’un père tyrien travailleur du bronze (1 Rois 7, 13-14). C’est lui qui fond les deux colonnes Jakin et Boaz, la mer d’airain et les ustensiles. Le livre des Chroniques l’appelle Huram-Abi et donne à sa mère une origine dans la tribu de Dan. La Bible ne dit rien de sa mort.

Naissance de la légende

Les Constitutions d’Anderson de 1723 citent brièvement Hiram, celles de 1738 lui donnent davantage de place. Le manuscrit Graham de 1726 contient une légende voisine, mais centrée sur Noé et ses fils. La première version datée et détaillée du meurtre d’Hiram se trouve dans Masonry Dissected de Samuel Prichard, en 1730 : trois compagnons postés aux trois portes du Temple frappent le maître, l’ensevelissent, et sa tombe est signalée par un rameau, de cassia dans ce texte, devenu l’acacia dans la plupart des versions ultérieures.

Le récit maçonnique

Dans ses grandes lignes, la légende raconte que trois compagnons, impatients de recevoir le mot des Maîtres, attendent Hiram dans le Temple. Il refuse de le livrer et meurt sous leurs coups. Les meurtriers cachent le corps, que Salomon fait rechercher ; une branche d’acacia désigne la tombe. La parole perdue est remplacée par un mot substitué, toujours composé de deux ou trois syllabes contenant les lettres M et B, comme le « Mac Benac » des rituels du marquis de Gages en 1763. Les noms des meurtriers varient selon les rituels : Jubelas, Jubelos, Jubelum en sont les formes les plus connues.

Dans le grade de Maître

La cérémonie d’élévation à la maîtrise fait du candidat l’acteur du récit : il ne se contente pas d’entendre la légende, il la vit. La mort symbolique et le relèvement par les cinq points parfaits de la maîtrise forment le cœur du grade. Les rites diffèrent dans la mise en scène, mais tous les rites maçonniques d’origine anglaise ou française partagent ce noyau, qui donne au troisième degré sa dimension dramatique.

Interprétations

Hiram
  • Morale : Hiram préfère mourir que trahir son serment, modèle de fidélité et d’intégrité.
  • Psychologique : les trois mauvais compagnons figurent l’ignorance, le fanatisme et l’ambition, ennemis intérieurs du maçon.
  • Initiatique : la mort et le relèvement expriment une transformation, le passage d’un état à un autre.
  • Cosmique : certains auteurs du XIXe siècle y ont vu un mythe solaire, le soleil mourant à l’hiver pour renaître.

Postérité dans les hauts grades et la littérature

Le récit inachevé appelait une suite : les grades d’Élu racontent le châtiment des meurtriers, les grades de Royale Arche et de Rose-Croix la recherche de la parole perdue. Hors des loges, Gérard de Nerval transpose la légende dans son Voyage en Orient (1851), sous le nom d’Adoniram, amoureux de la reine de Saba ; Charles Gounod en tire l’opéra La Reine de Saba (1862).

Le saviez-vous ?

Dans Masonry Dissected, le mot prononcé par les Maîtres qui découvrent le corps est expliqué comme signifiant « le constructeur est frappé ». Les rituels français ont proposé d’autres traductions, comme « la chair quitte les os ». Ces étymologies fantaisistes montrent que le mot importait davantage par sa fonction que par son sens.

Hiram et l’histoire

Hiram

Aucune source ancienne ne fait d’Hiram l’architecte en chef du Temple, ni ne rapporte sa mort violente. La légende est une création maçonnique du premier tiers du XVIIIe siècle, élaborée à partir d’éléments bibliques et de traditions du métier. Reconnaître ce caractère légendaire n’en diminue pas la portée : la force du récit tient à ce qu’il fait éprouver, non à son exactitude historique.

À retenir

  • La Bible présente Hiram comme un bronzier tyrien, fils d’une veuve.
  • La légende de son meurtre apparaît par écrit en 1730 chez Prichard.
  • Elle structure le grade de Maître et plusieurs hauts grades.
  • Les noms des mauvais compagnons et du mot substitué varient selon les rituels.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Maître des cérémonies (MDC), Acacia, Mauvais Compagnons, Parole perdue.

À lire aussi sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Hexagramme en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’hexagramme est une étoile à six branches formée de deux triangles équilatéraux entrelacés, l’un pointé vers le haut, l’autre vers le bas. Connu sous les noms de sceau de Salomon ou d’étoile de David, il appartient à un très vaste fonds symbolique, de l’ornementation antique à l’alchimie et à la Kabbale chrétienne. En Franc-maçonnerie, il n’a pas la place centrale de l’équerre et du compas, mais il apparaît sur certains bijoux, tableaux et décors, notamment dans la tradition de l’Arche royale. Il y figure l’union des contraires, l’accord du ciel et de la terre et l’équilibre que l’initié cherche à réaliser en lui-même.

Une figure géométrique très ancienne

L'Étoile de David, symbole du judaïsme et des juifs
L’Étoile de David, symbole du judaïsme et des juifs

Le mot vient du grec hex, « six », et gramma, « trait » ou « lettre ». La figure se construit simplement au compas : six points pris sur un cercle, reliés un sur deux, dessinent deux triangles qui se pénètrent. Cette facilité de tracé explique qu’on la rencontre très tôt et un peu partout, comme motif décoratif, sur des sceaux, des monnaies, des pavements ou des édifices religieux, sans qu’elle ait d’abord une signification fixe. C’est la tradition savante, puis ésotérique, qui l’a peu à peu chargée de sens, en lisant dans ses deux triangles un principe de complémentarité.

Sceau de Salomon et étoile de David

Au Moyen Âge, des légendes juives, chrétiennes et musulmanes prêtent au roi Salomon un anneau gravé lui donnant pouvoir sur les esprits : le « sceau de Salomon » est figuré tantôt par un pentagramme, tantôt par un hexagramme. Le nom d’étoile de David (Magen David, « bouclier de David ») ne s’impose qu’à l’époque moderne ; l’hexagramme devient au XIXe siècle un emblème courant des communautés juives, puis celui du mouvement sioniste en 1897 et, plus tard, du drapeau israélien. Pour la Franc-maçonnerie, qui fait du Temple de Salomon son mythe fondateur, c’est surtout le nom de sceau de Salomon qui compte : il rattache la figure au roi bâtisseur.

Le langage des deux triangles

La lecture la plus répandue oppose et unit les deux triangles. Le triangle pointé vers le haut évoque le feu, l’esprit, l’élan qui monte ; le triangle pointé vers le bas évoque l’eau, la matière, la descente. L’alchimie a fait de ces deux signes les symboles de ses éléments, l’air et la terre s’écrivant par les mêmes triangles barrés. Superposés, ils forment une figure où aucun des deux ne domine : c’est l’image de l’équilibre des forces opposées, de la conjonction du haut et du bas, que l’on résume souvent par la formule hermétique « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

  • Triangle ascendant : feu, esprit, aspiration vers la lumière.
  • Triangle descendant : eau, matière, réceptivité, incarnation.
  • Le centre : point d’équilibre, souvent lu comme la conscience unifiée.
  • Les six pointes : parfois rapprochées des six directions de l’espace (Orient, Occident, Midi, Septentrion, zénith et nadir).

Où le rencontre-t-on en Franc-maçonnerie ?

Hexagramme

L’hexagramme n’appartient pas aux symboles obligatoires des trois grades bleus. On le trouve en revanche dans plusieurs contextes. Le plus connu est l’Arche royale anglaise : le bijou des Compagnons de l’Arche royale associe un double triangle entrelacé, inscrit dans un cercle, au triple tau. Il apparaît aussi sur des tableaux de loge et des décors du XVIIIe et du XIXe siècle, sur des bijoux de hauts grades, sur des diplômes, et parfois sur les vitraux ou plafonds de temples. Sa présence varie selon les rites, les pays et les époques : il faut donc se garder d’en faire un symbole universel de l’Ordre.

Lectures initiatiques

Pour l’initié, l’hexagramme invite d’abord à penser la complémentarité plutôt que l’opposition : raison et intuition, action et contemplation, aspiration et enracinement. Le triangle qui monte peut figurer l’effort de l’homme vers la connaissance, celui qui descend la lumière qui vient à sa rencontre ; leur rencontre ouvre un espace intérieur, l’hexagone central, où s’opère la transformation. Les auteurs maçonniques le rapprochent volontiers de l’équerre et du compas entrelacés, autre figure de la conjonction de la matière et de l’esprit, ainsi que du delta lumineux, dont il double en quelque sorte le triangle.

Un symbole détourné par l’antimaçonnisme

Parce qu’il est aussi l’étoile de David, l’hexagramme a été exploité par la propagande antimaçonnique et antisémite de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle. Les tenants du mythe du « complot judéo-maçonnique » ont présenté sa présence dans certains décors comme une preuve d’alliance secrète. Il s’agit d’un amalgame : la figure appartient à un fonds commun bien antérieur aux loges, et son usage maçonnique s’explique par la référence au Temple de Salomon et par la tradition hermétique, non par une quelconque allégeance.

Le saviez-vous ?

Dans l’ancienne notation alchimique, les quatre éléments s’écrivent avec les deux triangles de l’hexagramme : le triangle pointe en haut pour le feu, pointe en bas pour l’eau, et les mêmes triangles barrés d’un trait horizontal pour l’air et la terre. Superposés, ils réunissent ainsi symboliquement les quatre éléments en une seule figure, ce qui explique la fortune de l’hexagramme chez les hermétistes de la Renaissance.

À retenir

  • L’hexagramme est une étoile à six branches formée de deux triangles entrelacés.
  • Le nom de sceau de Salomon le relie au Temple, mythe fondateur de la Franc-maçonnerie.
  • Il n’est pas un symbole des grades bleus mais apparaît dans l’Arche royale, certains hauts grades et décors.
  • Il exprime l’union des contraires et l’équilibre du haut et du bas.
  • Son assimilation à un signe de « complot » relève de la propagande antimaçonnique.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Étoile flamboyante, Nadir.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Hauts Grades Supérieurs au troisième degré en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les hauts grades sont les degrés maçonniques conférés au-delà du troisième, celui de Maître. Nés en France et en Europe à partir des années 1740, ils se sont organisés en systèmes distincts : les quatre ordres de sagesse du Rite Français, les trente degrés supplémentaires du Rite Écossais Ancien et Accepté, l’Ordre intérieur du Rite Écossais Rectifié, ou encore l’Arche royale dans le monde anglophone. Leur nom est trompeur : ils n’établissent pas de hiérarchie d’autorité sur les loges, mais proposent des approfondissements du mythe et des symboles reçus dans la maçonnerie bleue.

Définition

Hauts Grades Supérieurs au troisième degré
Tablier de 14e du REAA

Le Vocabulaire des francs-maçons de Bazot (1810) résume l’idée : la maçonnerie des hauts grades est « un développement de la maçonnerie symbolique », aussi appelée maçonnerie rouge par opposition à la maçonnerie bleue des trois premiers degrés. Pour les grandes obédiences, les grades de la loge symbolique sont complets en eux-mêmes ; les hauts grades sont gérés par des juridictions distinctes, appelées Suprêmes Conseils, Grands Chapitres ou Grands Prieurés, et le maçon est libre de ne jamais les rejoindre.

Une floraison au XVIIIe siècle

À peine le grade de Maître fixé, vers 1725-1730, apparaissent les premiers grades « écossais » dans les années 1740, en France notamment. Le récit inachevé de la légende d’Hiram appelait une suite : châtiment des meurtriers dans les grades d’Élu, redécouverte de la parole perdue dans les grades de Royale Arche ou de Rose-Croix, filiations chevaleresques et templières. Des dizaines de grades circulent alors ; plusieurs systèmes tentent de les ordonner, comme le rite dit de Perfection ou du Royal Secret en vingt-cinq degrés, structuré à partir des années 1760.

Les principaux systèmes

  • Rite Français : quatre ordres de sagesse, fixés à la fin du XVIIIe siècle, Élu secret, Grand Élu écossais, Chevalier d’Orient et Souverain Prince Rose-Croix, auxquels s’ajoute un cinquième ordre administratif et d’étude.
  • Rite Écossais Ancien et Accepté : trente-trois degrés, organisés à Charleston en 1801 et introduits en France en 1804 par le comte de Grasse-Tilly ; les degrés 4 à 33 relèvent d’un Suprême Conseil.
  • Rite Écossais Rectifié : grade de Maître Écossais de Saint-André, puis Ordre intérieur des Écuyers novices et Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.
  • Monde anglophone : Arche royale, Marque, et nombreux ordres dits additionnels.

L’organisation en ateliers

Hauts Grades Supérieurs au troisième degré

Au REAA tel qu’il est pratiqué en France, les degrés sont répartis entre plusieurs types d’ateliers : loges de perfection (4e à 14e degré), chapitres (15e à 18e), aréopages (19e à 30e), puis tribunal, consistoire et Suprême Conseil pour les trois derniers. Seuls certains degrés sont conférés avec un rituel complet ; les autres sont transmis « par communication ». Le Rite Français, de son côté, travaille en chapitres et en conseils.

Pourquoi « hauts » ?

Le mot a longtemps nourri malentendus et soupçons, comme si un cercle intérieur dirigeait secrètement la maçonnerie. En réalité, les obédiences symboliques restent souveraines sur leurs loges ; plusieurs auteurs préfèrent parler de grades de perfectionnement, de degrés complémentaires ou d’ateliers supérieurs. Un Maître de loge bleue n’est pas subordonné à un frère titulaire du 33e degré : il s’agit de deux parcours parallèles.

Débats et critiques

Dès le XVIIIe siècle, la multiplication des grades a été critiquée comme une source de vanité et de dépenses. Les réformes du Rite Français à la fin du siècle ont précisément visé à limiter leur nombre. Aujourd’hui encore, la question de leur place se pose dans les obédiences : certaines entretiennent des liens étroits avec une juridiction de hauts grades, d’autres en garantissent la stricte indépendance.

Le saviez-vous ?

Hauts Grades Supérieurs au troisième degré

Le nombre de trente-trois degrés du REAA, fixé en 1801, a suscité bien des spéculations, notamment sur l’âge du Christ ou les vertèbres de la colonne. Les historiens y voient plutôt le résultat d’un assemblage : aux vingt-cinq degrés du rite de Perfection ont été ajoutés de nouveaux grades pour constituer une échelle complète et symboliquement marquante.

À retenir

  • Les hauts grades prolongent la maçonnerie bleue sans la commander.
  • Ils naissent dans les années 1740, en grande partie en France.
  • Les principaux systèmes sont ceux du Rite Français, du REAA, du RER et l’Arche royale.
  • On parle aussi de maçonnerie rouge, de grades de perfectionnement ou d’ateliers supérieurs.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge Bleue ou Loge Symbolique., Rose-Croix, Aréopage, Suprême Conseil, Chapitre.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Hache en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La hache figure, selon les glossaires, sur le tableau de loge de l’Apprenti et du Compagnon dans plusieurs rites français, où elle est fichée au sommet de la pierre cubique à pointe. Outil d’abattage et de dégrossissage, elle fait partie de l’outillage des anciens bâtisseurs, mais sa présence sur le tableau reste l’une des énigmes du symbolisme maçonnique. On la retrouve aussi au 22e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, dit Royale Hache. Entre force et précision, elle invite à réfléchir sur le juste usage de la puissance.

La pierre cubique à pointe

Hache
Pierre Cubique à Pointe

Sur les tableaux de loge du Rite français et de plusieurs rites continentaux, on voit une pierre taillée en cube surmontée d’une pyramide : la pierre cubique à pointe. Une hache est souvent représentée plantée dans son sommet. Ce motif n’existe pas dans la maçonnerie anglaise, qui connaît la pierre brute et la pierre polie, et son origine reste discutée. Plusieurs études lui ont été consacrées, dont un volume de la collection Les symboles maçonniques aux éditions Maison de Vie, signé Jeanne Leroy.

Des hypothèses sur son origine

Les auteurs ont avancé plusieurs explications. Certains y voient une déformation graphique d’un dispositif de levage, la louve, ou du système de suspension qui permettait de hisser les pierres. D’autres rapprochent la forme de l’assemblage d’une pierre cubique et d’une pointe d’un symbole alchimique ou géométrique, voire d’une image de l’Œuvre achevée. La hache, dans ce contexte, peut figurer l’outil qui a achevé la taille, ou un moyen de fendre la pierre. Aucune hypothèse ne fait l’unanimité.

Un outil de bâtisseur

Les tailleurs de pierre médiévaux utilisaient des outils à tranchant, comme la laie ou la polka, sorte de hache à pierre, pour dégrossir les blocs avant de les finir au ciseau. Les charpentiers employaient la hache et la doloire pour équarrir les poutres. La hache est donc bien un outil du chantier, mais un outil de dégrossissage plus que de finition. Elle appartient au temps de l’ébauche, celui de l’apprenti face à la pierre brute.

Le silence du temple de Salomon

Hache

Le premier livre des Rois (6, 7) affirme que, pendant la construction du temple de Salomon, on n’entendit ni marteau, ni hache, ni aucun outil de fer : les pierres avaient été préparées à la carrière. Ce verset, souvent cité dans les loges, éclaire le rapport de la maçonnerie à l’outil. La hache appartient au travail préparatoire, hors du temple ; dans le sanctuaire, tout s’ajuste en silence. Le travail sur soi, qui commence par la force, doit aboutir à l’harmonie.

La Royale Hache

Le 22e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté porte le titre de Chevalier Royale Hache ou Prince du Liban. Sa légende évoque les bûcherons des cèdres du Liban, qui abattaient le bois destiné au temple de Salomon. Ce grade valorise le travail manuel et la dignité de l’ouvrier : la hache y est l’outil d’un labeur honoré, et non un instrument de violence.

Lectures symboliques

  • La force : la hache tranche, abat, fend ; elle figure la puissance qui doit être maîtrisée.
  • Le discernement : couper, c’est séparer l’essentiel de l’accessoire.
  • La décision : un coup de hache ne se reprend pas ; il exige réflexion avant l’action.
  • L’ambivalence : arme ou outil, elle rappelle que tout instrument vaut par l’usage qu’on en fait.
  • La préparation : selon le verset des Rois, elle reste aux portes du temple.

La hache et l’apprenti

Pour l’apprenti, la hache prolonge la leçon du maillet et du ciseau. La force est nécessaire pour entamer la pierre brute, mais elle doit être dirigée. Les commentateurs y voient une invitation à la fermeté envers ses propres défauts, sans violence envers autrui. Plantée dans la pierre achevée, la hache peut aussi signifier que l’effort de dégrossissage a porté ses fruits et que l’outil se repose.

Le saviez-vous ?

La hache à double tranchant, la labrys, était un symbole majeur de la civilisation minoenne en Crète, et le mot a parfois été rapproché de celui de labyrinthe. Cette étymologie, discutée par les linguistes, est souvent citée par les symbolistes, mais elle n’a pas de lien établi avec la hache des tableaux maçonniques.

Voir aussi dans le glossaire : Pierre brute, Maillet, Ciseau, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Apprenti.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

H comme Habiller (s) en Franc-maçonnerie

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Habiller, ou s’habiller, signifie en franc-maçonnerie revêtir les décors de son grade et de sa fonction avant d’entrer en loge : tablier, gants, cordon ou sautoir, bijou, et, dans les hauts grades, écharpes ou baudriers. On dit aussi « se décorer ». Ce geste simple, accompli avant chaque tenue, marque le passage du monde profane à l’espace rituel ; il rend visible, d’un coup d’œil, le grade et l’office de chacun. Les décors, hérités en partie des vêtements de travail des bâtisseurs, forment un langage codé dont les couleurs et les formes varient selon les rites et les obédiences.

Le mot et son usage

Homme jeune en costume les bras croisés
Frère prêt-à-partir en Loge

Habiller et décorer sont employés comme synonymes dans le vocabulaire des loges. Le substantif décors désigne l’ensemble des insignes portés pendant les travaux. Au début du XIXe siècle, le Vocabulaire des francs-maçons de Bazot définit déjà les décors comme les tabliers, cordons et bijoux portés en loge, et précise que les cordons indiquent les grades reçus ou l’office occupé. Le même ouvrage note qu’il n’est pas nécessaire de porter le tablier à la loge de table.

Le mot tenue lui-même a un double sens : il désigne la réunion rituelle de la loge et, dans l’usage courant, la manière de se vêtir. En France, la tenue de rigueur habituelle est un costume sombre, une chemise blanche et une cravate sobre, sur lesquels se portent les décors.

Les éléments du décor

  • Le tablier, pièce essentielle, héritée du tablier de cuir des tailleurs de pierre ; il est porté par tous, de l’Apprenti au Grand Maître.
  • Les gants blancs, signe de pureté des intentions et d’égalité, qui effacent les différences de mains et de métiers.
  • Le cordon, ruban porté en écharpe, qui signale le grade de Maître ou l’appartenance à certains hauts grades.
  • Le sautoir ou collier, qui porte le bijou de l’office : équerre du Vénérable, niveau et perpendiculaire des Surveillants, par exemple.
  • Les décors des hauts grades : écharpes, baudriers, bijoux spécifiques, selon des couleurs propres à chaque degré.

Le tablier, du chantier au temple

Le tablier rappelle le vêtement de protection des maçons opératifs. Les loges spéculatives du XVIIIe siècle l’ont conservé en peau blanche, puis en tissu, souvent orné de symboles peints ou brodés. Selon une convention largement répandue, l’Apprenti le porte bavette relevée, le Compagnon bavette abaissée ; le tablier de Maître se distingue par des bordures et des ornements dont la couleur varie selon le rite, le rouge étant traditionnel au Rite Écossais Ancien et Accepté et le bleu au Rite Français.

Un acte de passage

Habiller (s)
Leadbeater avec le décor maçonnique du 33º degré du Rite écossais ancien et accepté.

S’habiller avant la tenue n’est pas une formalité. Le geste accompagne le passage du temps profane au temps rituel : on quitte ses préoccupations quotidiennes, on prend place dans un ordre symbolique où chacun a sa fonction. L’extérieur devient le signe d’une disposition intérieure. À la fin des travaux, se « dévêtir » de ses décors marque le retour dans le monde.

Les décors ne sont pas des ornements mondains. Ils signalent un service à rendre plutôt qu’un rang à faire valoir : le bijou de l’office appartient à la fonction et passe à son successeur. La même logique explique l’uniformité relative de la tenue, qui tend à effacer les distinctions sociales au profit de l’égalité entre Frères ou Sœurs.

Des usages variés

Les décors diffèrent selon les rites, les obédiences et les pays. Le rite Émulation, pratiqué en Angleterre et dans de nombreuses loges francophones, distingue par exemple le tablier de Maître par des rosettes bleu ciel ; les loges américaines portent volontiers un tablier blanc simple. Dans les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté, les décors du 33e degré, comme ceux que porte Charles Webster Leadbeater sur une photographie célèbre, comprennent écharpe, bijou et croix spécifiques.

Le saviez-vous ?

TENUE. De. Facundo Correa vêtu d'un costume, d'une cravate, d'un tablier et d'un col, vêtements utilisés lors d'activités officielles et de réunions. | FINO PIZARRE
TENUE. De. Facundo Correa vêtu d’un costume, d’une cravate, d’un tablier et d’un col, vêtements utilisés lors d’activités officielles et de réunions. | FINO PIZARRE

Dans la France du XVIIIe siècle, le nouvel Apprenti recevait, selon plusieurs témoignages, deux paires de gants : l’une pour lui, l’autre destinée à la femme qu’il estimait le plus. Goethe, initié à Weimar en 1780, aurait ainsi envoyé ces gants à Charlotte von Stein. La tradition des gants offerts subsiste dans certaines loges.

À retenir

  • Habiller ou décorer : revêtir les insignes de son grade et de sa fonction.
  • Le tablier est le décor fondamental, porté par tous.
  • Les cordons et bijoux signalent le grade ou l’office exercé.
  • Couleurs et formes varient selon les rites et les obédiences.
  • Le geste marque le passage du profane au rituel.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Décors, Tablier, Gants, Cordon, Sautoir, Bijou, Tenue.

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