Hiram Lumière lunaire

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Les quinze marches et la Lune

Si le Maître a dû monter quinze marches, c’est parce que ces quinze marches symbolisent les quinze jours qu’il faut à la Lune à partir de sa conjonction avec le Soleil pour être pleine et atteindre sa plus grande luminosité. Or la Lune, le sourire du Ciel, est le Verbe, la Parole. C’est pourquoi dit le Zohar « Lorsque la Lune se remplit de bénédictions, les enfants d’Israël accourent vers elle et ils sont les seuls qui la tètent » (Zohar NOAH 64 a).

Ils la tètent tout comme les Loups de la carte XVIII, La Lune, dans le Tarot de Jean Dodal, ces « loups » faisant référence aux initiés chez les Compagnons du Devoir, eux-mêmes faisant écho aux loups d’Osiris[1] dans l’Égypte ancienne où se trouve l’origine de cette montée vers la Lune en quinze marches :

L’initié lors de son parcours initiatique, aura dû monter un escalier de quinze marches, s’élevant jusqu’à la Pleine Lune ou plutôt un escalier de quatorze marches, montant jusqu’à un nouveau palier ou à une terrasse, en rapport avec les quatorze jours menant de la Nouvelle Lune à la Pleine Lune, le grand symbole d’Osiris.

peinture égyptienne
décoration égyptienne

Deux temples, l’un à Edfou, l’autre à Dendérah, présentent encore aux visiteurs ces quatorze marches menant à une terrasse. De plus ces escaliers sont représentés dans les temples sur des bas-reliefs peints, témoignant de leur utilisation symbolique. On peut voir ainsi les quatorze marches gravies par quatorze divinités en direction d’un Oudjat saint, symbole de la Pleine Lune, adoré par Thot sur la quinzième marche. L’Œil est représenté dans un disque lunaire complet posé sur une colonne en forme de papyrus.

On retrouve évidemment ces quinze marches sur celles du temple de Jérusalem (du temps d’Hérode en tout cas), menant de la cour des femmes à la cour des prêtres, ces quinze marches faisant référence aux quinze degrés de la colline de Sion, que gravissaient les Hébreux en pèlerinage vers Jérusalem chantant un psaume par degré.

C’est pourquoi les lévites, habilités à monter jusqu’à la porte du temple, chantaient eux aussi ces quinze chants, un à chaque marche, le psaume 121 indiquant le but de ce pèlerinage : la sortie de ce monde et l’accès au cieux, en clair par la porte du ciel, la Lune, qui en hébreu se dit Levana, qui, on s’en serait douté, est le nombre 15.

Levana, s’écrit en effet Lamed 30 + Beth 2 + Noun 50 + 5 = 87 = 15).

Le Maître Maçon s’est donc élevé jusqu’à la Lune, cette porte du Ciel.

Hiram ou plutôt H’iram est le 15

La première lettre d’Hiram n’est pas un « h » latin mais H’eth hébraïque, nombre huit, qui se prononce comme le « Ch » allemand, celui de Bach par exemple. C’est pourquoi on le transcrivait par Ch ou Kh ce qui donnait Chiramou Khiram

Toutefois la façon de transcrire le H’eth varie selon les auteurs, ce qui n’a pas facilité la transmission des mots hébreux.

On trouve en effet : K, Kh, Hh, Ch, H barré H avec une apostrophe ‘H ou H’.

De même les uns écrivent cette lettre-nombre Huit : Kheth, H’ète,’Heth, Héith.

Traduit en grec il s’écrit avec le Chi grec X. Ainsi, en grec, Christ et H’iram commencent par un X !)

Passons…

Quoiqu’il en soit, H’iram s’écrit :

H’eth 8 +Yod 10 +Resh 200+ Mem 40 soit 15 le nombre de la Lune.

Sous son nom de H’uram abi (prononcé avi) il est toujours le 15

Il est toujours ce nombre lorsqu’il porte le nom qui le qualifie, H’uram Avi (II Chroniques 2, 12), interprété par « Maître Hiram ».

H’uram =H’eth 8+ Vav 6 + Resh 200 + Mem 40 = 254

Abi = Alef 1 + Beth 2 + Yod 10 = 13

Soit pour H’uram avi : 254 + 13 = 267 = 15

Le corps de H’iram transporté puis retrouvé le troisième jour

Hiram et les 3 mauvais Compagnons

Pour qu’on ne le retrouve pas, les assassins, continue le rituel, transportent le corps de H’iram hors de la ville pour l’enterrer.

Neuf Maîtres partent à sa recherche. Ils font trois fois le tour de la loge dans le sens du mouvement diurne, le bras droit tendu au-dessus du tombeau (REAA).

Ces neuf Maîtres, tournant à la même vitesse autour de la loge, de l’Occident à l’Orient, en passant par le Septentrion ; puis de l’Orient au Midi etc. ont toutes les chances de représenter soit les neuf planètes des Anciens[2], soit plutôt les neuf étoiles circumpolaires, les neuf muses, reines de l’Hélicon (l’axe terrestre au pôle), filles de Zeus décrites par Eudoxe (IV° siècle av J.C.) dans son livre Les Phénomènes.

De la sorte le ciel fait trois tours, trois tours qui correspondent à trois jours.

Trois jours, le temps moyen de disparition de la Lune lors de sa conjonction avec le Soleil.

Lumière solaire

Porte du soleil

Le corps de H’iram se trouvant au centre du cercle tracé par les neuf Maîtres peut aussi faire référence au Soleil autour duquel tournent les neuf planètes de l’antiquité.

De plus, tel le Soleil commençant à descendre après son passage au Midi, H’iram frappé à la porte du midi, affaibli, se dirige vers la porte de l’Occident, le couchant, où il est frappé au point de ne pouvoir renaître à l’Orient ce qui est symbolisé par le dernier coup qui le renverse.

Ensuite la découverte du corps de H’iram sous un tumulus portant une branche d’acacia, dont les fleurs jaunes d’or évoquent aussi le Soleil. Sans oublier que « la racine seped, qui sert à désigner l’épine de l’acacia en Égypte antique, désigne ce qui est pointu, précis. Elle est l’un de quatorze Ka de Rê et s’applique au Soleil divin, l’Unique qui est pointu, sorti du Noun. »[3]

H’iram et la Connaissance

Lorsque les neuf Maîtres, partis à la recherche d’Hiram, aperçoivent le rameau d’acacia, l’un d’eux dit : « Cet arbre funéraire, cet Acacia m’annonce une sépulture …peut-être « ombrage-t-il le tombeau de notre Maître H’iram ?

Un autre répond au premier : « Oui. Il est dit que la Connaissance repose à l’ombre de l’acacia. ». Or la Connaissance c’est Daath en Hébreu, Daath fille des deux séfiroth, Sagesse H’okhmah, le Père et Binah Intelligence, la Mère.

L’acacia et la géométrie

L’acacia (acacia nilotica) shitta en hébreu, est cet arbre aux rameaux épineux dont le bois imputrescible a été choisi par Yahvé pour la confection de l’Arche d’alliance (Exode XXV, 10) ainsi que la table des douze pains de proposition (symboles des douze Pleines Lunes de l’année). De plus shitta est égal à 314 (Shin 300 + Teth 9 +Yod 10 = 314) soit le nombre Pi, 3,14, ce que confirment l’équerre et le compas placés à l’ombre de l’acacia. Tout ceci symbolisant le rapport entre H’iram et l’architecture.

Quant au mot « épine » en hébreu c’est h’oh’a qui s’écrit H’eth 8 + Vav 6 + H’eth 8, représentant donc le nombre 22 celui des lettres de l’alphabet hébraïque avec lesquelles Yahvé a créé le monde.

Ainsi H’iram pour le maçon est le symbole de la Connaissance.

L’acacia et le secret de la Vie et de la Mort

Par ailleurs , en Égypte antique, l’acacia détenait le secret de la Vie et de la Mort. Les dieux y naissaient sous les branches d’un acacia et Osiris (dieu lunaire) renaissant était « l’Unique dans l’acacia ». Quant aux initiés ils vivaient un rituel de résurrection dans la demeure de l’acacia et y mangeaient ses fruits (les graines qui sont dans les gousses).

La découverte du corps d’Hiram sous un rameau d’acacia n’est évidemment pas dans la Bible mais l’acacia et ses épines renvoie bien évidemment à la couronne d’épines que l’on plaça sur la tête de Yeshouah lors de sa crucifixion.

Épine H’oh’a étant le nombre 22, on peut dire que la couronne d’épines manifeste les mondes infinis composés des 22 lettres, qui les ont construits, ces mondes couronnant sa tête.

H’iram et le signe de détresse : la reconnaissance de sa divinité

Les Maîtres, ayant découvert le corps de H’iram, vont faire un compte rendu à Salomon (le V\M\) qui se fait conduire au lieu où se trouve le rameau d’acacia. Le corps de H’iram est découvert et le tablier ôté de son visage.

Le V\M\ le reconnaît :

Il lève les mains vers les cieux les doigts étendus et séparés et s’écrie adonaï elohaï qui signifie « Mon Seigneur Mon Dieu » que Vuillaume traduit en latin Domine Deus meus et qui deviendra en français « Ah Seigneur mon Dieu » [4].

Le rituel maçonnique s’empare ici de l’exclamation formulée par Thomas revoyant le Christ après sa mort, lorsque ce dernier lui a fait mettre ses doigts et sa main dans ses plaies. Exclamation par laquelle Thomas reconnait la divinité de Yeshouah (Jean 20, 29)

Dans le texte en grec O kurios mou kai o theos mou « Mon Seigneur et mon Dieu » Soit en hébreu adoni ve elohai.

On pourrait s’étonner devant un tel rapprochement mais on ne peut oublier que H’iram signifie le Vivant (H’aï) élevé (ram), le Vivant étant une dénomination de Dieu.

Reprenons le rituel :

Le V\M\ ensuite laisse retomber les mains sur les deux lettres de son tablier.

Les doigts écartés montrent le nombre dix et leur élévation vers le Ciel manifeste un appel à un Principe supérieur.

De plus dans la kabbale cette élévation des dix doigts vers le ciel fait référence à une gestuelle bien précise en rapport avec les dix séphiroth et décrite par les kabbalistes en particulier par Abraham Aboulafia (XIII° siècle).

Les dix doigts sont mis en rapport avec les dix séfiroth. On lit en effet dans le Sefer Yetsirah[5], le « Livre de la Formation » (ou « de la Création ») relatant la formation du monde par les lettres nombres et les dix séfiroth.

« Dix séfiroth dans le néant et vingt-deux lettres de fondements trois mères sept doubles et douze simples.

Dix séfiroth dans le néant selon le nombre des dix doigts cinq en face de cinq »

Voici le commentaire d’Aboulafia[6] qui en fait se rapporte à une description des mouvements des mains et des doigts en rapport avec les séfiroth en deux parties, telle qu’elle se pratique dans la bénédiction des cohanim (les prêtres, les descendants d’Aaron) :

Le commentaire d’Aboulafia

Première partie

De même tes mains imiteront cette forme. (Cette figure reproduit celle d’Aboulafia)

Seconde partie

Tu reposeras aussitôt tes mains à l’image des dix séfiroth avec tes dix doigts cinq contre cinq :

Les mains reposées sur le tablier se mettent obligatoirement comme sur l’image.


[1] Les loups d’Osiris : les constructeurs  de bateaux initiés aux mystères d’Abydos in Marie Delclos L’Oracle des Pharaons

[2] Ces neuf planètes se trouvent surtout en Inde mais leurs noms furent perdus tout comme en Mésopotamie où l’on peut encore voir un soleil entouré de onze planètes ou satellites. Sceau du 3ième millénaire av. J.C. musée de Berlin Est au Vorderasiatische Abteilung catalogué VA/243.

[3] Christian Jacq in Dictionnaire critique de l’ésotérisme Puf.

[4] Vuillaume le Tuileur

[5] Le Sefer Yetsirah probablement le plus ancien livre de la kabbale rédigé (entre le III° et le VI° siècle). Le plus important des écrits anonymes de la kabbale. Attribué par la Tradition à Abraham. Fait figure de référence dans l’enseignement de la Kabbale

[6] Abraham Aboulafia 13ième siècle  grande figure du judaïsme médiéval

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Marie Delclos
Marie Delclos
Marie Delclos est une éminente spécialiste de l'ésotérisme et des traditions initiatiques. Elle est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages de référence aux éditions Trajectoire, parmi lesquels : "Le Grand Livre de l'oracle Belline", "L'Astrologie en 16 leçons", "La Voyance en 16 leçons", "Le Grand Livre des pouvoirs de la Lune", etc.

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