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Pourquoi les frères et Soeurs votent-ils pour des dirigeants qui trahissent l’idéal maçonnique ?
Une analyse psychologique et sociologique fondée sur les travaux de Kuziemko et Norton
Introduction : Quand la base maçonnique vote contre l’esprit maçonnique
Il existe un phénomène psychologique particulièrement troublant, étudié par deux économistes américains de renom, Ilyana Kuziemko (Princeton University) et Michael I. Norton (Harvard Business School). Ils l’ont baptisé le « Syndrome du Pénultième » ou, dans sa terminologie scientifique originale, « Aversion de la dernière place » : la peur viscérale de finir dernier. Cela concerne bien évidement les Francs-maçons et cet article va s’employer à en démontrer les méfaits.

Selon leurs travaux publiés dans le « Quarterly Journal of Economics » en 2014, les individus modestes préfèrent souvent voter contre leurs propres intérêts économiques plutôt que de risquer de se retrouver tout en bas de l’échelle sociale. Mieux vaut être avant-dernier, même dans la misère, que dernier. Cette peur du déclassement absolu est plus forte que l’espoir d’une amélioration collective.
Ce mécanisme psychologique, observé dans la société profane, trouve malheureusement un écho saisissant au sein de la Franc-maçonnerie contemporaine. Comment expliquer que des frères, censés être formés à l’exigence morale et philosophique, votent massivement pour des dirigeants dont le parcours, le style de gouvernance et les décisions sont en totale contradiction avec les valeurs fondamentales de l’Ordre ?
Les fondements scientifiques l’« Aversion de la dernière place »
L’étude originale de Kuziemko, Buell, Reich et Norton (2014)
Dans leur article « Last-Place Aversion : Evidence and Redistributive Implications », publié dans le Quarterly Journal of Economics (vol. 129, n°1, pp. 105-149), les chercheurs ont démontré que :
- Les personnes situées juste au-dessus du dernier rang dans une hiérarchie sociale sont les plus susceptibles de refuser la redistribution.
- Dans des expériences de laboratoire, ils ont confirmé que l’aversion pour le « dernier rang » sous-tend les préférences de redistribution et les comportements de risque.
- Les individus gagnant juste au-dessus du salaire minimum sont les plus susceptibles de s’opposer aux augmentations du salaire minimum, car cela supprimerait le groupe situé en dessous d’eux.
La citation clé de leur étude résume le mécanisme :
« L’aversion de la dernière place prédit que ceux qui gagnent juste au-dessus du salaire minimum seront plus susceptibles de s’opposer aux augmentations du salaire minimum, car ils n’auraient plus de groupe à salaire inférieur en dessous d’eux. »
Extensions empiriques dans la psychologie politique (2026)

Des recherches ultérieures ont étendu ce concept à la psychologie politique. Une étude longitudinale de 506 White Americans pendant l’élection de 2024 a montré que :
- Les personnes qui se percevaient comme étant « en queue dans le dernier rang » étaient les plus susceptibles de voter pour Donald Trump et de soutenir des restrictions aux politiques DEI (Diversity, Equity, Inclusion).
- Ce sentiment de statut précaire, indépendamment du revenu ou de l’éducation réels, était un prédicteur plus fort du comportement de vote que les mesures objectives de statut socio-économique.
- Environ 15% des participants se sentaient « en queue dans le dernier rang » avec les Black Americans, et ce groupe affichait la probabilité la plus élevée de voter pour Trump.
Tableau 1 : Comparaison des prédicteurs de comportement de vote
| Prédicteur | Force d’association | Indépendance des autres facteurs |
|---|---|---|
| Sentiment de « dernière place » | Très forte | Oui (revenu, éducation, âge, genre) |
| Revenu objectif | Faible | Non |
| Niveau d’éducation | Faible | Non |
| Âge | Nulle | Non |
Quand la base maçonnique vote contre l’esprit maçonnique
Le paradoxe électoral maçonnique

Combien de fois avons-nous vu, ces dernières années, des frères voter pour des dirigeants dont le parcours, le style de gouvernance et les décisions sont en totale contradiction avec les valeurs fondamentales de l’Ordre ?
On élit des hommes obsédés par :
- le pouvoir,
- la communication,
- la croissance quantitative,
plutôt que par :
- le travail intérieur,
- la recherche de la Lumière,
- la transmission symbolique authentique.
On reconduit des équipes qui transforment les Obédiences en entreprises de gestion immobilière (temples, personnels, cotisations, communication), pendant que le travail spirituel et initiatique est relégué au second plan, quand il n’est pas purement et simplement négligé.
Le mécanisme du Syndrome du Pénultième maçonnique
Et pourtant, la base vote. Elle vote même massivement. Pourquoi ?

Parce qu’elle est atteinte, elle aussi, du Syndrome du Pénultième maçonnique. Mieux vaut soutenir un dirigeant médiocre ou autoritaire, mais qui maintient le statu quo, plutôt que de risquer :
- le chaos,
- l’éclatement,
- ou, pire encore, de se retrouver « dernier » dans une obédience qui se réformerait vraiment.
Mieux vaut un tyran connu qu’un inconnu qui pourrait remettre en cause nos petites habitudes confortables.
Ce mécanisme est exactement celui décrit par Kuziemko et Norton : on préfère rester avant-dernier dans une obédience qui décline spirituellement plutôt que de risquer d’être le dernier dans une obédience qui tenterait une véritable régénération.
Le sommet a abandonné le spirituel
La gestion matérielle comme priorité absolue
Le drame est que cette peur de la base rencontre une réalité cruelle au sommet des pyramides obédientielles : la plupart des dirigeants actuels ont renoncé à porter l’idéal spirituel et initiatique.

La gestion des :
- temples,
- personnels,
- budgets,
- conflits internes,
- communication,
- « croissance »,
est devenue leur priorité absolue. Le symbolisme, le rituel profond, la transmission authentique, l’exigence morale et philosophique sont relégués à des discours de circonstances. On gère une structure au lieu d’animer une fraternité initiatique.
La fausse conscience maçonnique
Comme dans la société profane, une « fausse conscience » maçonnique s’est installée. On se persuade que :
- « l’union fait la force »,
- « il ne faut pas diviser »,
- « il faut soutenir nos dirigeants ».

On transforme la lâcheté en vertu maçonnique sous couvert de « fraternité ». On accepte l’inacceptable (malversations, nominations douteuses, gouvernance autocratique, manque de transparence) par peur de se retrouver isolé ou de voir son obédience « descendre encore plus bas ».
Pendant ce temps, le Temple intérieur reste en friche.
L’avenir hypothéqué : conséquences institutionnelles
Le risque de dévoiement institutionnel
Si ce mécanisme perdure, l’avenir de la Franc-Maçonnerie régulière et traditionnelle est fortement hypothéqué. Une institution qui privilégie systématiquement la gestion matérielle au détriment du spirituel, et dont les membres acceptent par peur ce renoncement, ne peut que s’éloigner durablement de sa vocation originelle.
Tableau 2 : Comparaison entre vocation originelle et réalité contemporaine
| Vocation originelle | Réalité contemporaine |
|---|---|
| Travail spirituel sur soi | Gestion immobilière et financière |
| Transmission symbolique | Communication et image |
| Exigence morale | Évitement du conflit |
| Fraternité initiatique | Structure bureaucratique |
| Recherche de la Lumière | Croissance quantitative |
La question fondamentale pour chaque Frère ou Sœur
La vraie question que chaque frère devrait se poser aujourd’hui n’est plus :
« Qui vais-je voter pour ne pas finir dernier ? »
Mais :
« Suis-je encore prêt à défendre l’idéal maçonnique, même si cela me coûte ma tranquillité ? »
Tant que la majorité répondra « non » par crainte du dernier rang, le Syndrome du Pénultième continuera de ronger l’Ordre de l’intérieur.
Perspective comparée : Le paradoxe de la pauvreté profane
Le soutien des couches populaires au Parti Républicain

Aux États-Unis, le Parti Républicain, favorable à l’allègement fiscal, profite d’un soutien des couches populaires inédit : pourquoi les citoyens modestes votent-ils contre leurs propres intérêts économiques ? Jusqu’ici, ce paradoxe était justifié par diverses hypothèses récurrentes :
- Pour Thorstein Veblen, les classes populaires tendent à imiter la classe dominante surtout dans son mode de « consommation ostentatoire ».
- Une nouvelle hypothèse est avancée par Kuziemko et Norton : elle fait écho aux écrits de Tocqueville et repose sur le principe de « last place aversion ».
Le principe de « Aversion de la dernière place » selon Tocqueville
Les hommes seraient plus motivés par la crainte d’échouer et de se retrouver en bas de l’échelle sociale, que par le désir de réussir. Ce principe explique :
- Le soutien des couches modestes à des politiques fiscales qui leur sont contraires,
- La réparation des politiques de redistribution,
- L’adoption de comportements conservateurs malgré des intérêts économiques progressistes.
Pour terminer : Vers une régénération de la conscience maçonnique
Et un jour, il ne restera plus que des temples bien gérés… mais vides de Lumière.

Le Syndrome du Pénultième en Franc-maçonnerie n’est pas une fatalité. Il révèle une crise de conscience plus profonde : la difficulté à accepter le risque de la régénération lorsqu’elle menace les habitudes confortables.
La vraie régénération ne viendra pas d’un nouveau dirigeant, mais d’une nouvelle conscience chez chaque frère ou soeur : celle qui accepte de prendre le risque de la Lumière, même si cela signifie momentanément de se retrouver « dernier » dans l’échelle des habitudes confortables.
Références scientifiques
- Kuziemko, I., Buell, R. W., Reich, T., & Norton, M. I. (2014). « Last-Place Aversion: Evidence and Redistributive Implications ». Quarterly Journal of Economics, 129(1), 105-149. DOI: 10.1093/qje/qjt034
- Kuziemko, I. (Princeton University). « Last-Place Aversion: Evidence and Redistributive Implications ». Site officiel de l’auteur
- Kukharkin, et al. (2026). « White Americans feelings of ‘last place’ are associated with anti-DEI attitudes and Trump vote in the 2024 U.S. presidential election ». Advances in Psychology
- Harvard Business School (2018). « Last Place Aversion in Queues ». HBS Research Repository
- ELABE (2017). « Le paradoxe de la pauvreté ». Etude sur le soutien des couches populaires au Parti Républicain
Autres articles sur ce thème

Il s’agit d’une étude économique et politique, qui peut s’appliquer à la maçonnerie. Mais au moins une fois en France elle ne s’est pas applquée !!! Des FF -j’en étais- de la GLNF ont osé risquer de faire éclater leur obédience malgré (ce qui arriva) cette crainte. D’obédience devenant puissante, elle s’est scindée en deux obédiences « moyennes ».
Et, j’y pense, déjà des FF de la GLNF »Opéra » (devenue GLTSO), s’en étaient séparé, et le résultat n’a pas été fantastique, puis la « LF » (Loge française). Bref, exception française (comme la culture) : en maçonnerie française, on ne craint pas de devenir le pénultième si c’est le prix à payer pour être meilleur. (ceci dit san aucune critique sur la valeur des GLNF, GL-AMF, GLTSO, LF…)
Certains et certaines d’entre nous, prévoyant le naufrage et ne supportant plus la tragique déviation du système, ont décidé de franchir le pas, d’abandonner le confort des temples climatisés, la douceur des (trop chères) agapes (plus ou moins) bien cuisinées, l’apparente facilité des (trop superficielles) interactions socio-professionnelles. Ils ont fondé ou rejoint une Loge libre, acceptant l’ascèse de la solitude et du rejet, l’inconfort d’un local parfois mal adapté (et qu’il faut peu à peu réaménager « avec les moyens du bord »), le partage d’agapes enfin « frugales et fraternelles ». Ces nouveaux espaces maçonniques n’intéressent généralement que des maçons cherchant à travailler sincèrement sur eux-mêmes. Bien sur, ce n’est pas un monde idéal où nous aurions tous et toutes laissé à la porte du Temple ces métaux qui nous alourdissent tant mais c’est un pas vers une maçonnerie où « sont heureux les pauvres de cœur » comme l’a dit un jour « le plus humble de tous ».
Que ceux qui lancent l’anathème sur les Loges libres tout en se plaignant amèrement de l’état de la maçonnerie obédientielle, viennent donc nous voir – ne serait-ce que pour se faire sa propre opinion comme on nous le demande à certain degré – car nous recevons tout frère et toute sœur à condition qu’il ou elle soit libre et de bonnes mœurs et possède le degré requis pour les travaux du jour.
Le texte comprend deux parties : la première est de nature politique alors que la seconde est maçonnique.
Je traiterai d’abord la seconde :
On remarque que les frères votent « pour des dirigeants dont le parcours, le style de gouvernance et les décisions sont en totale contradiction avec les valeurs fondamentales de l’Ordre ». C’est peut-être un sous-produit du mécanisme électoral, dit de « la brigue ». On sait bien que les qualités nécessaires pour être élu sont différentes de celles nécessaires pour exercer un mandat. D’où l’intérêt du filtre présenté dans certaines obédiences « régulières et traditionnelles », où le candidat est pressenti par un « conseil des sages ».
Le texte affirme : « Si ce mécanisme perdure, l’avenir de la Franc-Maçonnerie régulière et traditionnelle est fortement hypothéqué. » C’est en fait l’avenir de toute maçonnerie qui est menacé par ce mécanisme électoral outrancier. Je ne crois en revanche pas à l’explication par le modèle de Kuziemko et Norton.
Pour la première, je suis obligé de faire une exception à la règle de ne pas parler de politique. Je le fais pour répondre au texte qui l’a abordée en premier.
On s’étonne que le peuple ne vote pas uniment pour la gauche « qui pourtant défend ses intérêts ». On explique cela par un mécanisme réel qui pousse à ne pas se retrouver dans la pénultième ou la dernière position dans une liste : « l’aversion de la dernière place ».
Mais si la raison était beaucoup plus simple : l’hypothèse incluse dans les guillemets est fausse ?
Le peuple fait preuve de davantage d’intelligence et de sagesse que ne lui en prête la gauche. Son ambition n’est peut-être pas d’arriver au paradis de la religion socialiste : « l’égalité sociale parfaite ». Ses analyses politiques ne sont pas centrées sur la redistribution.
Peut-être par moralité refuse-t-il de s’abandonner aux grands vices que lui prête la gauche : la colère, l’envie et la paresse ? Peut-être a-t-il remarqué qu’une politique de gauche conduit aux trois grands maux correspondants : la Violence, l’Ignorance et la Misère, véritables cavaliers de l’Apocalypse ? Pour s’en convaincre il suffit de regarder la situation française depuis 50 ans. Peut-être a-t-il compris que ceux-ci sont des dévoiements des trois termes de la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité ?
Alors, non, je ne crois pas à l’explication proposée qui témoigne d’un acte de foi religieux dans la supériorité des idées de gauche dans la défense des classes populaires.
Bien sûr, il s’agit là d’un accroc politique dans un site qui devrait s‘en extraire.