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Sans le savoir, certains vieux maçons frustrés font fuir les jeunes plus efficacement qu’une interdiction officielle. C’est presque une vocation.
Il existe, dans certaines Obédiences, une espèce de frères persuadés que la Franc-maçonnerie leur appartient. Ils parlent d’elle comme d’un bien immobilier transmis par droit divin, après une carrière entière passée à confondre l’autorité avec l’ancienneté, et l’expérience avec la répétition. Ils ont appris trois symboles, deux formules, un peu de procédure, et les voilà convaincus d’avoir reçu la mission divine de garder la porte. Sauf qu’à force de garder la porte, ils finissent par empêcher quiconque d’entrer. Le Temple, chez eux, devient un club privé pour mémoire déclinante, main tremblante et sonotone en prime.

Leur problème n’est pas l’âge. L’âge, lui, peut être noble, utile, élégant, parfois même très inspirant. Non, leur problème, c’est la frustration transformée en doctrine. Ils ne transmettent plus : ils verrouillent. Ils ne forment plus : ils filtrent. Ils ne servent plus l’institution : ils la confisquent à leur propre fatigue. Ce sont des Hommes (car cela concerne quelques femmes aussi) qui n’ont plus vraiment d’élan, mais qui compensent par une manie très française de la posture et du rappel à l’ordre. Comme s’ils avaient été nommés conservateurs d’un musée dont ils auraient oublié qu’il devait rester ouvert.
On les voit alors défendre ce qu’ils nomment « la tradition » avec la ferveur de ceux qui ont cessé de la comprendre et surtout de la pratiquer avec le coeur. Ils invoquent les usages comme d’autres invoquent des reliques, sans se demander si la forme sert encore le fond. À ce stade, la loge ne ressemble plus à un atelier, mais à une salle d’attente peuplée de notables usés, persuadés que la grandeur consiste à empêcher le mouvement. Ils parlent de transmission alors qu’ils pratiquent l’extinction lente. Ils prétendent préserver la flamme, mais s’étonnent ensuite que tout le monde suffoque.
Le plus tragique, c’est que ces frères se prennent souvent pour les derniers défenseurs d’un édifice qu’ils contribuent à fissurer de l’intérieur. Ils imaginent tenir la digue, alors qu’ils sont parfois le barrage de vase. Ils donnent des leçons d’ouverture avec la délicatesse d’un cadenas. Ils parlent de fraternité avec la chaleur d’un règlement. Et quand les jeunes entrent, curieux, disponibles, encore capables d’émerveillement, ils les accueillent avec ce mélange si particulier de méfiance, de condescendance et d’usure qui transforme immédiatement le Temple en zone d’évitement.
Les jeunes ne demandent pas des vieillards déguisés en gardiens du sens. Ils demandent un lieu vivant. Ils ne cherchent pas des commis de la nostalgie, mais des passeurs. Or, dans trop de loges, ils tombent sur des professionnels du découragement. Et l’on s’étonne ensuite de les voir repartir aussi vite qu’ils sont venus, avec cette politesse froide de ceux qui ont compris qu’ils n’avaient rien à gagner dans un club où l’on sacralise surtout l’orgueil des anciens.
La Franc-maçonnerie n’a jamais eu besoin de petits chefs en habit de souvenir. Elle a besoin d’hommes capables de se taire pour apprendre, de parler pour transmettre, et surtout de se retirer quand leur présence ne fait plus grandir personne. La vraie fidélité à l’Ordre ne consiste pas à y rester agrippé jusqu’à l’inutilité complète ; elle consiste à lui laisser encore une chance d’être habité par du neuf.

Car tout le paradoxe est là : ceux qui croient protéger la Maçonnerie en la figeant sont souvent ceux qui l’éloignent de ce qu’elle a de plus précieux, sa capacité à se renouveler sans se renier. Ils confondent la colonne avec le mausolée. Ils prennent la continuité pour l’immobilité. Ils transforment la mémoire en conservatisme et l’expérience en barrière. À force de vouloir conserver l’esprit, ils en chassent la respiration.
Comme me le disait un frère d’une lucidité impeccable : « Une boussole qui montre toujours le sud n’est pas cassée… elle est pédagogique. Grâce à elle, on sait au moins très précisément dans quelle direction il ne faut surtout pas aller. » Voilà tout le drame. Certains ne sont pas perdus : ils sont simplement fixés pour l’éternité croyant devenir des immortels.
Merci, messieurs les Anciens.
Vous êtes irremplaçables.
Surtout comme avertissement.

tradition c’est amusant les mêmes gardiens du temple en leur temps a fais évoluer la tradition et voudraient êtres les seuls gardiens de l’ordre immuable. Le plus amusant c’est la découverte de tous du plus ancien et traditionnel des rites ,tradition, c’est avec impatience que j’attend la redécouverte de la tradition avant l’histoire!!!
tous à la caverne ou la grotte!!!
Bonjour à tous. Après 45 ans de quête, je pense que cette belle école décline, minée par un air du temps qui pénalise notre tradition. Peut-être que mon propos n’est pas assez percutant, et je me dois de le dire, mais il est vrai que la quantité tue la qualité. En étant un peu observateur, le maçon doit voir ce danger pour notre vieille confrérie !
Énumérer ces dérives serait trop long, les critiquer serait vain, laissons donc dériver le bateau jusqu’aux récifs. Ceux qui tiennent le gouvernail disent avec assurance non… je dis oui et j’ai dit !
J’ai la chance de travailler dans un atelier fondé par des frères ayant fui l’immobilité de leur loge mère qui, au nom de cette tradition d’immobilisme n’acceptaient pas nos soeurs, et n’acceptent pas grand chose non plus… je vais parfois les visiter, un peu comme un paléontologue qui visiterai un musée vivant, certes tous ne sont pas de vieux croutons, mais tous les vieux croutons y sont restés. C’est édifiant…
C’est comme L’IA et cet « article « de plus,.. de trop(?) ce peut être la pire comme la meilleure des choses. Ne dit on pas que tout ce qui est excessif n’est d’aucune utilité ? Tout est dans la Juste Mesure… mais l’IA n’est pas subtile, elle aligne comme un mauvais plagiat des mots (maux) à la manière humaine..! Mais est ce cela qui est appris en Loge dis moi iAlexandre ? L’Homme dissimulé derrière le pseudo après tant d’années de FM n’est il pas capable derrière rédiger un tel article ? Et de bien meilleure rédaction que cette pseudo critique logarithmique qui n’est que logorrhéique ?
J’ai lu cet article avec intérêt. Il met le doigt sur une réalité qui existe. Oui, il y a des frères qui, avec le temps, confondent transmission et confiscation, tradition et immobilisme. Oui, il arrive que certains découragent plus qu’ils n’accompagnent. Sur ce point, il est difficile de nier que l’auteur touche parfois juste.
En revanche, je suis beaucoup plus réservé sur le portrait qu’il dresse. A force de vouloir dénoncer une caricature, il en construit une autre.
Les « anciens » n’existent pas comme catégorie homogène. J’en connais qui sont d’une ouverture, d’une bienveillance et d’une profondeur remarquables. Ils transmettent sans imposer, corrigent sans humilier et savent s’effacer au bon moment. Ce sont souvent eux qui donnent envie de rester. Ce sont des passeurs de lumière. Ils éveillent. A leur contact on apprend le savoir-faire du métier.
A l’inverse, il ne faudrait pas idéaliser les plus jeunes. Là aussi, il existe des profils qui arrivent persuadés d’avoir tout compris avant même d’avoir commencé à apprendre. Ils confondent parfois leur réussite profane avec une compétence initiatique. Ils veulent réformer des usages dont ils ignorent encore la raison d’être. Ils remettent en cause des symboles qu’ils n’ont pas pris le temps de méditer. Certains sont même des procéduriers ou, plus simplement, des fouteurs de merde. Ce n’est pas un signe de modernité. C’est simplement une autre forme d’orgueil.
La franc-maçonnerie ne progresse ni avec les gardiens du musée ni avec les démolisseurs pressés. Elle avance lorsque l’expérience rencontre l’humilité. L’ancien qui croit détenir seul la vérité nuit autant que le nouveau qui pense pouvoir réinventer l’Ordre maçonnique ou réformer sa loge ou son obédience après quelques tenues.
L’initiation devrait précisément nous apprendre à nous méfier de cette certitude d’avoir raison. Plus on avance sur le chemin, moins on devrait avoir envie de distribuer les bons et les mauvais points.
Bref, le véritable enjeu n’est donc pas l’âge (biologique ou initiatique). Il est dans l’attitude. Il y a des jeunes déjà vieux d’esprit et des anciens qui ont conservé une étonnante jeunesse intérieure.
C’est pourquoi je préfère, à titre personnel, me méfier des oppositions simplistes. Elles font peut-être de bons articles provocateurs mais elles font rarement de bonnes loges.
Tout est vrai… Hélas, 3 fois hélas !
Pour moi, votre article est d’utilité publique.