Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?
Le monde de la recherche maçonnique perd l’un de ses historiens les plus exigeants. Pierre Noël, médecin, universitaire et auteur de nombreux travaux consacrés à l’histoire de la franc-maçonnerie, est décédé mercredi 23 septembre 2026, à l’âge de 84 ans.

Un historien de référence
Né en 1942, Pierre Noël était bien connu des lecteurs d’un blog agrégateur, où il publia régulièrement des articles consacrés à l’histoire, aux rites et aux sources de la franc-maçonnerie. Docteur en médecine et professeur de neurologie à l’Université libre de Bruxelles, il avait également consacré une part importante de son existence à l’étude historique de l’institution maçonnique.


Dans la franc-maçonnerie, il était notamment Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS), 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, installé dans l’Ordre des Knights Templar à Londres et membre du Royal Order of Scotland à Édimbourg. Membre fondateur de la Grande Loge Régulière de Belgique, il en fut grand maître adjoint honoraire.
Pendant près de trente ans, Pierre Noël dirigea la revue d’études de cette obédience, Acta Macionica. Cette publication constitue aujourd’hui encore un important réservoir de travaux, de documents et de références sur l’histoire maçonnique belge et européenne. Une préface biographique le présente comme l’auteur de nombreux ouvrages et publications, ainsi que comme le directeur durant trois décennies de la revue d’études de la Grande Loge régulière de Belgique.


Il appartenait à une génération d’historiens qui comptait notamment Alain Bernheim (OE) et René Guilly (OE), avec lesquels il entretenait des liens d’amitié. Comme eux, il défendait une approche fondée sur les textes, les archives et la comparaison des traditions, loin des récits légendaires trop souvent répétés.
Une franc-maçonnerie née dans les îles Britanniques

Parmi ses ouvrages figurent Guide des maçons écossais, publié aux éditions À l’Orient en 2006, Mondialisation, violence & religion, paru chez Fides en 2010, ainsi que La pierre, matériau du passé et de l’avenir, publié en 2012.
Son dernier livre, À la recherche de Jakin & Boaz, paru chez Dervy en 2021, résume l’une de ses convictions historiques essentielles : la franc-maçonnerie moderne est née dans les îles Britanniques, et non sur le continent européen. L’ouvrage s’appuie sur les premiers documents écossais et anglais et propose une relecture de la période qui va de la fin du Moyen Âge à l’âge des Lumières.
Pierre Noël y étudie notamment les rapports entre les anciennes loges opératives écossaises et la franc-maçonnerie spéculative. Selon lui, la transition entre les deux formes d’organisation est historiquement mieux documentée en Écosse qu’en Angleterre. Il invitait ainsi à distinguer les faits établis des reconstructions postérieures, et les archives des mythes fondateurs.

Son travail s’inscrivait dans une volonté constante de rapprocher les historiographies française et britannique. Il soulignait que les deux traditions se connaissaient encore mal, en raison de la barrière linguistique, mais aussi des réflexes anglocentriques et francocentriques qui ont longtemps pesé sur les recherches maçonniques.

Une parole libre et précise
Dans une interview accordée à Jacques Carletto en décembre 2021 à l’occasion de la publication de son livre, Pierre Noël revenait sur plusieurs idées reçues. Il contestait notamment l’idée d’une déchristianisation générale et immédiate des rituels maçonniques anglais, rappelant que les références au christianisme demeurèrent longtemps présentes dans les rituels des loges dites « modernes ».
Il expliquait également que les francs-maçons anglais parlent plutôt de degrés « au-delà de la maîtrise » – beyond the craft – que de « hauts grades ». Une nuance de vocabulaire qui révélait, chez lui, le souci de replacer chaque terme dans son contexte historique et rituel.
À propos de la reconnaissance entre obédiences, il rapportait cette formule d’un dignitaire anglais : « Nous allons en franc-maçonnerie pour être heureux, pas pour être reconnus. » Une phrase qui résumait peut-être sa propre manière d’envisager l’institution : avec sérieux, mais sans céder aux querelles de frontières, de juridictions ou d’étiquettes.

Une œuvre à poursuivre
Avec la disparition de Pierre Noël, la franc-maçonnerie perd un chercheur d’une vaste culture, capable de circuler entre l’histoire des idées, l’étude des rites, la médecine et l’histoire institutionnelle. Ses travaux ont contribué à replacer la franc-maçonnerie dans son environnement britannique, européen et religieux, tout en rappelant la nécessité de revenir aux sources.
Ses funérailles doivent avoir lieu mercredi 30 septembre 2026 à 11 heures, à Uccle, dans la région bruxelloise, selon les informations communiquées.


À travers ses livres, ses articles et les pages d’Acta Macionica, Pierre Noël laisse une œuvre de référence. À ceux qui poursuivront l’étude historique de la franc-maçonnerie, il transmet surtout une exigence : ne jamais confondre la tradition avec la preuve, ni la mémoire avec l’histoire.
À sa famille, à ses proches et à ses frères, 450.fm adresse ses sincères condoléances.
Quand une Obédience salue l’un des siens

Mais derrière l’historien, l’auteur et l’infatigable chercheur demeurait avant tout le Frère. Celui que l’on avait rencontré en Loge, auprès duquel on avait travaillé, appris, parfois discuté, et avec lequel s’étaient tissés ces liens que les années transforment en fraternité véritable. La Grande Loge Régulière de Belgique, dont Pierre Noël fut l’un des membres fondateurs et Grand Maître Adjoint Honoraire, a tenu à saluer sa mémoire. Au-delà de l’hommage institutionnel, les mots qui suivent portent l’émotion de celui qui fut reçu par Pierre Noël à la RL Geoffroy de Saint Omer, en 1990. Ils disent peut-être mieux que toute biographie ce qui demeure lorsqu’un Frère passe à l’Orient Éternel : une œuvre, certes, mais aussi une présence, une transmission et cette empreinte fraternelle que le temps n’efface pas.
Hommage de la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB)
« C’est avec une immense tristesse que j’ai le devoir de vous annoncer le décès ce matin du Très Respectable Frère Pierre Noël, Grand Maître Adjoint Honoraire de la GLRB. Personnellement, je perds celui qui m’a initié à la RL Geoffroy de Saint Omer, dont il était VM en 1990.
Son passage à l’Orient Éternel me peine énormément. Nous perdons un grand connaisseur de l’histoire de notre Ordre. Nous tenterons de nous consoler en lisant ses nombreux ouvrages et articles.
Ce fut un grand honneur pour moi de le côtoyer pendant ces 36 dernières années. Nous aurons bien entendu l’occasion d’évoquer plus en détail sa longue et très riche carrière maçonnique. »
Benoît Jadot, Grand Maître


Paix a son âme
On a regretté sa prise de participation dans la perte de la reconnaissance du Grand prieuré des Gaules par la GLNF. CE fut une grande erreur au conséquences destructrices énormes en France
@ Dom Casmaran
Paix à son âme, bien évidemment. Mais le respect dû au défunt n’interdit ni la mémoire ni l’analyse.
Il faudra bien, un jour, écrire sans faux-semblants l’histoire de la rupture entre le Grand Prieuré des Gaules (GPDG) et la GLNF, tant certaines décisions ont produit des conséquences considérables pour le paysage rectifié français.
Et que reste-t-il aujourd’hui du rayonnement que revendiquait autrefois le GPDG ? On se souvient de certaines formules aussi péremptoires qu’inoubliables – « la Corrèze avant le Zambèze ».
Le temps a passé, et le réel possède parfois un humour beaucoup plus cruel que les polémistes.
Le GPDG donne désormais davantage l’impression de gérer son propre rétrécissement que de fédérer le Régime Écossais Rectifié. Et lorsque l’on sait que Daniel Fontaine aurait, selon des documents et témoignages qu’il conviendrait évidemment de produire et de vérifier, porté des appréciations personnelles sur des listings de Frères, on mesure aussi combien certaines pratiques de gouvernance ont pu nourrir malaise, défiance et ressentiment.
Une institution initiatique n’a rien à gagner à donner le sentiment de transformer des Frères en fiches assorties de commentaires.
Et que dire des Loges Nationales Françaises Unies (LNFU) de Roger Dachez ? Le terme de micro-obédience paraît presque encore trop généreux : nous entrons désormais dans le domaine du confetti obédientiel. Lorsque les effectifs deviennent à ce point confidentiels, on ne se demande plus vraiment quelle place l’on occupe dans le paysage maçonnique français, mais combien de temps encore on pourra prétendre y tenir autre chose qu’une note en bas de page.
C’est peut-être là que l’ironie devient cruelle. Une structure peut conserver un nom, une histoire, des rites, quelques personnalités reconnues et une mémoire respectable ; encore faut-il qu’il demeure suffisamment de Frères autour de la table pour que cette mémoire ne finisse pas sous cloche, soigneusement entretenue comme une pièce de musée. Car comment prétendre transmettre lorsque la relève se raréfie au point que l’avenir ressemble davantage à une assemblée de survivants qu’à une génération nouvelle ? À force de vouloir préserver la flamme, encore faut-il vérifier qu’il reste quelqu’un dans le Temple pour la voir brûler.
Et Lyon ? Les dernières « Rencontres initiatiques – Spiritualité en Franc-Maçonnerie », réunissant le GPDG, les très confidentielles LNFU de Roger Dachez et la Province Auvergne Opéra, avaient pourtant été annoncées avec quelque ambition autour de Dominique Vergnolle (actuel GM GPDG) et Gilles Ducret (GM GPDG de 2022 à 2025).
À en juger par la fréquentation rapportée, le grand rendez-vous espéré semble cependant s’être transformé en réunion de famille : moins d’une quarantaine de participants, dit-on.
Plus savoureux encore, le récipiendaire annoncé du Prix J.-F. Var n’était même pas présent. Il fallait sans doute beaucoup parler de spiritualité pour ne pas remarquer que, dans la salle, la matière première commençait sérieusement à manquer.
À ce rythme, la véritable interrogation initiatique des prochaines rencontres risque de ne plus être : « Où allons-nous ? », mais plus prosaïquement : « Serons-nous encore assez nombreux pour ouvrir les travaux ? »
Voilà qui donne une assez singulière idée du rayonnement recherché.
Dès lors, quelques questions deviennent presque plus intéressantes que les discours : y aura-t-il encore des Rencontres initiatiques l’année prochaine ?
Quel avenir pour cette construction ? Que deviendra notamment la Province d’Auvergne Opéra de la GLTSO dans cet échiquier rectifié de plus en plus fragmenté ?
Et, question beaucoup moins métaphysique mais probablement beaucoup plus instructive : qui finance encore tout cela ?
À force de vouloir être les gardiens exclusifs du Temple, certains finissent parfois par découvrir qu’ils en gardent surtout les clés… d’un édifice devenu singulièrement vide.
Quelle tristesse ! Quelle perte !
Plus qu’un mentor, Pierre fut pour moi un guide et, surtout, un ami fidèle, toujours présent pour répondre à mes questions, accompagner mes recherches et partager son immense savoir.
Il a eu la gentillesse de préfacer mon ouvrage sur la Genèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté (250 ans d’évolution)
Tu vas nous manquer, Pierre.
Tu resteras un immense chercheur, un historien incontesté et surtout incontournable de la franc-maçonnerie. Témoin privilégié de ces soixante dernières années, ton vécu, tes connaissances et ta mémoire constituaient une richesse tout simplement incroyable.
Au-delà de ton œuvre et de tes travaux, c’est l’homme, sa disponibilité, sa bienveillance et cette passion inlassable pour l’histoire maçonnique que je garderai en mémoire.
Merci, Pierre, pour tout ce que tu nous as transmis.
Merci, Pierre, pour avoir été là.
Repose en paix, mon ami.
Aux moments les plus chauds de la GLNF il m’avait reçu à la GLRB dans la Loge Old Alliance avec ces mots :
Depuis la Révolution Française nous avons l’habitude d’accueillir les Français qui cherchent un refuge, sois le bienvenu.
Historien incontournable de la franc-maçonnerie, il était aussi cela. Encore merci Pierre
Gérald Béhuret
C’est une perte immense pour les cherchants, les maçons engagés dans la voie symbolique.
Pierre a préfacé, sous son nom de plume Guy Verval, mon ouvrage sur le Guide des Maçons Écossais.
Il était d’une rare humilité.
Il était d’un humour froid, d’une impertinence discrète.
Je lui dois énormément, comme beaucoup.
Puissions nous continuer son œuvre.
Une pensée pour la GLRB dont il a été l’un des fondateurs.
Farewell brother.