Solange Sudarskis, l’architecte du vagabondage maçonnique

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D’un dictionnaire à l’autre, d’un roman à une chronique, une œuvre bâtie pierre après pierre autour du symbole, de la lumière et de la transmission.

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Certains territoires symboliques ne s’épuisent pas. Solange Sudarskis en habite un particulier, non par manque d’horizon, mais parce qu’il lui offre, livre après livre, de nouvelles pierres à tailler.
Depuis un peu plus de vingt ans, elle explore inlassablement l’univers symbolique et rituel de la Franc-maçonnerie, et en a tiré une œuvre qui dépasse aujourd’hui la soixantaine de volumes édités : essais, dictionnaires, vocabulaires initiatiques, romans, et une collection entière consacrée à la poétique de la lumière maçonnique.
Elle y tient, dans le paysage éditorial francophone consacré à ces questions, une plume à la fois savante et soucieuse de rester accessible.

Une vie entre amphithéâtre et loge

Avant d’être une autrice reconnue, Solange Sudarskis a été maître de conférences à l’université Claude Bernard Lyon 1 où elle a été distinguée chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Initiée en 1977 au sein d’une loge du Droit Humain, « Évolution et Concorde », elle devient par la suite, en 1989 membre fondatrice d’une nouvelle loge, « L’Arbre de Liberté ». C’est cette double appartenance, à l’université et à l’atelier maçonnique, qui donne à son écriture sa tonalité particulière : la rigueur de la chercheuse mise au service d’une matière ésotérique et symbolique qu’elle refuse de rendre hermétique.

Cette rigueur trouve d’abord à s’exprimer dans un chantier pédagogique : une trilogie de vocabulaires destinés à accompagner les francs-maçons à chaque étape de leur parcours initiatique – de l’apprenti au maître – conçue comme des lexiques vivants plutôt que comme de simples glossaires. Le succès de ces ouvrages, plusieurs fois réédités, a posé les bases d’une entreprise plus ambitieuse : le Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique, publié aux éditions Dervy en 2017, qui lui vaut cette année-là le prix littéraire de l’Institut Maçonnique de France dans la catégorie « Essais et Symbolisme ». Avec une deuxième édition augmentée en 2024, Solange Sudarskis continue d’explorer de nouvelles facettes de l’Art Royal, tout en renforçant l’unité de son œuvre. Les renvois internes, les illustrations ajoutées, et la densité des analyses témoignent d’une volonté de partager non seulement des connaissances, mais aussi une véritable vision de la vie maçonnique.

« Vagabonder » n’est jamais s’égarer : c’est une méthode, une manière de circuler librement entre les rites, les degrés et les siècles pour mieux éclairer un mot, un geste, un symbole, une tradition.

La lumière comme grammaire

C’est sans doute dans la Collection Vagabondages maçonniques que ce principe de circulation trouve sa forme la plus aboutie. Treize titres, déjà traduits en anglais et en espagnol, composent une véritable fresque lexicale organisée tout entière autour du champ sémantique de la lumière : Réflexions, Éclats, Éclaircies, Luminescence, Flamboiement, Effluence, Éclairage, Clartés, Clair-obscur, Nitescence, Lumières, Lueurs, Scintillement… Chaque volume, identifiable à sa propre couleur de couverture, éclaire une facette différente du fait maçonnique (décors, usages, silences, symboles) sans jamais rompre l’unité de ton de l’ensemble. Le geste est rare : faire d’une exploration de l’essence de la Franc-maçonnerie un objet littéraire cohérent, découpé en chapitres autonomes.

 Du symbole au roman

La rigueur du lexicographe n’a jamais éteint chez elle le goût du récit.
Elle revient régulièrement à la fiction, avec des romans qui transposent en intrigue ce que ses essais explorent en théorie : Au royaume des symboles, Le baume de vie, La rose et le poison, ou encore Il fut Pic de la Mirandole, portrait romanesque de l’humaniste florentin.

La chroniqueuse et la conférencière

Chroniqueuse hebdomadaire du site 450.fm (le principal journal en ligne consacré à la Franc-maçonnerie francophone, ), elle y a publié et programmé plus de 330 articles et cumule déjà plus d’un million de vues sur l’ensemble de ses chroniques.

Cette présence en ligne se double d’une collaboration à la presse maçonnique imprimée : elle a notamment signé, dans La Chaîne d’Union, la revue trimestrielle du Grand Orient de France, L’énigme d’Hiram, au-delà du personnage (2023) et La lumière et le franc-maçon (2024), deux articles qui reprennent, sous une forme resserrée, les grands motifs de son œuvre : le mythe fondateur et la symbolique lumineuse.

Solange Sudarskis intervient également comme conférencière, invitée notamment par les Académies maçonniques de Paris, de Bourgogne, de Provence… Cette activité de chroniqueuse et de conférencière fait d’elle une figure singulière : moins une essayiste isolée dans son cabinet qu’une voix en dialogue permanent avec son lectorat.

Une œuvre en mouvement

Ce qui frappe, à l’examen de l’ensemble de cette production, c’est sa cohérence interne malgré la diversité des formes. Essai savant, dictionnaire, roman, chronique hebdomadaire, conférence : chaque genre est chez Solange Sudarskis une manière différente d’aborder la même question : comment transmettre un savoir symbolique sans le figer ?

Le titre même de sa collection, Vagabondages, pourrait servir de signature à l’ensemble de son parcours : une œuvre qui ne cesse de se déplacer, d’un rite à l’autre, d’un genre littéraire à l’autre, sans jamais perdre le fil qui la constitue : l’attention portée au symbole comme lieu de sens.

Cette cohérence n’a pas échappé à ses pairs : après le prix littéraire de l’Institut Maçonnique de France en 2017, c’est le prix Cadet Roussel des Imaginales maçonniques et ésotériques d’Épinal qui est venu, en 2026, couronner l’ensemble de son œuvre.

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Aratz Irigoyen
Aratz Irigoyen
Né en 1962, Aratz Irigoyen, pseudonyme de Julen Ereño, a traversé les décennies un livre à la main et le souci des autres en bandoulière. Cadre administratif pendant plus de trente ans, il a appris à organiser les hommes et les dossiers avec la même exigence de clarté et de justice. Initié au Rite Écossais Ancien et Accepté à l’Orient de Paris, ancien Vénérable Maître, il conçoit la Loge comme un atelier de conscience où l’on polit sa pierre en apprenant à écouter. Officier instructeur, il accompagne les plus jeunes avec patience, préférant les questions qui éveillent aux réponses qui enferment. Lecteur insatiable, il passe de la littérature aux essais philosophiques et maçonniques, puisant dans chaque ouvrage de quoi nourrir ses planches et ses engagements. Silhouette discrète mais présence sûre, il donne au mot fraternité une consistance réelle.

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