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J comme Jakin en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Jakin est le nom de l’une des deux colonnes de bronze que, selon la Bible, Salomon fit dresser devant le Temple de Jérusalem, l’autre s’appelant Boaz. Son nom hébreu se lit généralement « il établira » ou « il affermit ». Reprises dans toutes les loges, les deux colonnes marquent le seuil entre le monde profane et l’espace initiatique. Jakin y est à la fois un repère architectural, un mot rituel lié aux premiers grades et un symbole de stabilité. Sa place et son rôle varient selon les rites, ce qui en fait aussi un précieux témoin de l’histoire maçonnique.

Les colonnes du Temple de Salomon

colonnes

Le premier livre des Rois (chapitre 7) et le second livre des Chroniques (chapitre 3) décrivent deux colonnes de bronze coulées par Hiram, artisan de Tyr, et placées devant le vestibule du Temple. La colonne de droite fut nommée Jakin, celle de gauche Boaz. Leurs chapiteaux étaient ornés de lis, de réseaux et de rangées de grenades. Les colonnes ne soutenaient rien : elles avaient une fonction de signe, à l’entrée du sanctuaire.

Le sens du nom

Yakhin est généralement compris comme « il établira » ou « il affermit », Boaz comme « en lui est la force ». Les exégètes discutent encore de leur sens exact : épithètes divines, noms de donateurs ou de bâtisseurs, premiers mots d’inscriptions ou de prières royales. La lecture traditionnelle, qui associe les deux noms, donne une formule souvent citée en loge : Dieu établira, et dans la force. Jakin évoque ainsi la stabilité, la fondation et la permanence.

Droite, gauche, nord, sud : une question de rites

La Bible place Jakin « à droite », mais l’orientation du Temple rend cette indication ambiguë. En loge, la position des colonnes est l’un des marqueurs les plus nets de la diversité des rites. Les rites issus des Modernes de la première Grande Loge de Londres, comme le Rite Français et le Rite Écossais Rectifié, placent Jakin au nord. Les rites issus des Anciens, comme le Rite Écossais Ancien et Accepté, la placent au sud.

Cette différence s’accompagne d’une inversion des mots de passage entre les deux premiers grades : dans les rites issus des Modernes, Jakin est associé au grade d’Apprenti, tandis que dans les rites issus des Anciens, il l’est au grade de Compagnon. Les historiens rattachent cette inversion aux querelles anglaises du XVIIIe siècle entre Modernes et Anciens.

  • Rite Français, RER : Jakin au nord, lié au premier grade.
  • REAA : Jakin au sud, lié au deuxième grade.
  • Bible : Jakin à droite, Boaz à gauche, devant le vestibule.

Le seuil et le passage

Jakin

Les colonnes encadrent la porte du temple. Le candidat franchit cet espace lors de son initiation, et chaque frère ou sœur le traverse à chaque tenue. Le passage entre Jakin et Boaz figure l’entrée dans un autre ordre de réalité, celui du travail symbolique. Il est souvent lu comme une naissance : quitter un état pour en atteindre un autre.

La dualité et l’équilibre

Jakin ne se comprend qu’avec Boaz. Le couple des colonnes a été lu de multiples façons : stabilité et force, actif et passif, lumière et ombre, masculin et féminin, soleil et lune. Ces lectures, fréquentes chez les auteurs symbolistes du XXe siècle, invitent à penser l’équilibre des contraires plutôt que leur opposition. Le maçon se tient entre les colonnes, comme entre deux pôles qu’il doit tenir ensemble.

Le saviez-vous ?

Les colonnes J et B ont largement dépassé la franc-maçonnerie. Dans le tarot dessiné par Pamela Colman Smith pour Arthur Edward Waite (1909), la Grande Prêtresse est assise entre deux colonnes marquées B et J, emprunt direct au symbolisme salomonien popularisé par les loges et les sociétés occultistes.

Une invitation à la construction intérieure

Jakin invite le maçon à devenir lui-même une colonne : à établir en lui des fondations stables sur lesquelles une pensée libre peut s’élever. La stabilité qu’il symbolise n’est pas immobilité, mais assise : elle rend possible le travail et la progression.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • La Bible, premier livre des Rois, chapitre 7, et second livre des Chroniques, chapitre 3.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Boaz dans la Franc-maçonnerie, Colonnes, Hiram, Apprenti, Compagnon, Pommes de grenades.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

J comme Jauge en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La jauge, ou règle de vingt-quatre pouces, est l’un des outils symboliques de l’Apprenti, issu de l’outillage des bâtisseurs qui l’utilisaient pour mesurer et tracer leur ouvrage. Dans la tradition anglaise et américaine, elle figure parmi les « outils de travail » remis au nouvel initié avec le maillet commun et le ciseau ; dans les rites français, elle se confond avec la règle. Divisée en vingt-quatre parties comme les heures du jour, elle enseigne l’usage mesuré du temps et l’équilibre entre travail, service et repos.

Un outil de mesure du chantier

Jauge

Le mot jauge, en français, désigne un instrument servant à mesurer une capacité ou une dimension. L’anglais gauge a le même sens. Sur les chantiers, la règle graduée permettait de prendre des mesures, de reporter des cotes et de vérifier les dimensions des pierres. Albert Mackey la définit comme un instrument utilisé par les maçons opératifs pour mesurer et tracer leur ouvrage.

Les outils de travail de l’Apprenti

Dans la maçonnerie anglaise (rite Émulation) et américaine, chaque grade reçoit ses « outils de travail » (working tools). Ceux de l’Apprenti sont la jauge de vingt-quatre pouces, le maillet commun et le ciseau. On les présente au nouvel initié en lui expliquant d’abord leur usage opératif, puis leur sens moral. Dans les rites français, l’Apprenti travaille plutôt avec le maillet et le ciseau sur la pierre brute, tandis que la règle apparaît parmi les outils et dans les voyages des grades suivants.

Les trois fois huit heures

L’explication classique divise les vingt-quatre pouces en trois parties de huit, image des vingt-quatre heures de la journée :

  • huit heures pour le service de Dieu et le secours d’un frère dans le besoin ;
  • huit heures pour ses occupations habituelles, c’est-à-dire son métier ;
  • huit heures pour le repos et le sommeil.

Les commentateurs rappellent qu’il s’agit d’une leçon symbolique et non d’un emploi du temps à suivre à la lettre : la jauge invite à se demander quelle part de sa vie on consacre aux autres, au travail et à soi. Dans les obédiences adogmatiques, la première part est souvent lue comme le temps de la réflexion, de l’engagement et de la solidarité.

La règle dans les rites français

Jauge

Les rites français parlent plus volontiers de la règle, symbole de rectitude, de méthode et de loi. Elle accompagne parfois le récipiendaire lors des voyages du grade de Compagnon, avec d’autres outils comme le compas, le levier ou l’équerre, selon les rites. On y retrouve l’idée de mesure : la règle trace droit, elle permet de comparer et d’éviter l’arbitraire. La « jauge de vingt-quatre pouces » des rituels anglophones et la règle des rituels français se rejoignent ainsi dans une même éthique de la mesure.

Mesure, temps et liberté

La jauge associe deux idées chères aux francs-maçons : la mesure, qui évite l’excès, et le temps, matière première de toute construction. Celui qui gaspille son temps ne bâtit rien ; celui qui se laisse dévorer par le travail néglige ses devoirs envers les autres et envers lui-même. La jauge propose ainsi une sagesse pratique, très proche de la tempérance des moralistes antiques, que les maçons peuvent transposer dans leur vie profane.

Le saviez-vous ?

La division de la journée en trois parts de huit heures a eu une longue postérité hors des loges : au XIXe siècle, le mouvement ouvrier en a fait un slogan, « huit heures de travail, huit heures de loisirs, huit heures de repos », qui a inspiré la revendication de la journée de huit heures. Les deux traditions ne sont pas liées par une filiation démontrée, mais elles partagent la même idée d’équilibre.

Repères

Jauge
  • Nom anglais : twenty-four inch gauge.
  • Grade : Apprenti, avec le maillet commun et le ciseau (rites anglophones).
  • Enseignement : usage équilibré des vingt-quatre heures.
  • Équivalent français : la règle, symbole de rectitude et de méthode.

Une leçon pour aujourd’hui

À l’heure des sollicitations permanentes, la leçon de la jauge garde son actualité. Elle invite à se demander régulièrement comment se répartit son temps, et si la part consacrée aux autres et à la réflexion n’est pas sacrifiée au travail ou aux distractions. Plusieurs loges en font un thème de planche pour les Apprentis, qui découvrent ainsi qu’un outil aussi simple qu’une règle peut ouvrir à une éthique de la vie quotidienne.

Voir aussi dans le glossaire : Règle, Maillet, Ciseau, Apprentissage, Outils, Pierre brute.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

I comme Ionique en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’ordre ionique est l’un des trois ordres grecs de l’architecture classique, reconnaissable aux volutes en spirale de son chapiteau. Né au VIe siècle avant notre ère dans les cités d’Ionie, sur la côte de l’Asie Mineure, il se distingue du dorique par ses proportions élancées et sa base moulurée. Dans la symbolique maçonnique, il est associé à la Sagesse et au Vénérable Maître, l’un des trois piliers qui soutiennent la loge avec la Force dorique et la Beauté corinthienne.

Naissance en Ionie

Copenhague Entrée du Temple maçonnique
façade GL Danemark Copenhague Entrée du Temple maçonnique

L’ordre ionique se développe au VIe siècle av. J.-C. dans les cités grecques d’Ionie, comme Éphèse, Milet ou Samos. Le grand temple d’Artémis à Éphèse, l’une des Sept Merveilles du monde, en fut un exemple célèbre ; à Athènes, l’Érechthéion et le temple d’Athéna Niké en offrent des modèles conservés. L’ionique se diffuse ensuite dans tout le monde grec, puis romain.

Les caractéristiques de l’ordre

  • Une base moulurée, faite de tores et de scoties (moulures convexes et concaves), souvent posée sur une plinthe.
  • Un fût élancé, en général orné de cannelures séparées par des listels.
  • Un chapiteau à deux volutes enroulées, reliées par un coussinet et souvent ornées d’oves.
  • Un entablement plus léger que celui du dorique, avec une frise souvent continue.

Vitruve et la proportion féminine

Au livre IV du De architectura, Vitruve rapporte que les Grecs auraient tiré le dorique des proportions du corps masculin, et l’ionique de la grâce plus élancée du corps féminin ; les volutes évoqueraient les boucles de la chevelure et les cannelures les plis du vêtement. Cette lecture anthropomorphique, reprise par les théoriciens de la Renaissance comme Vignole, a fortement marqué l’enseignement de l’architecture que reçurent les maçons.

Sagesse, Force, Beauté

Les instructions maçonniques, en Angleterre comme en France, enseignent que la loge est soutenue par trois grands piliers : la Sagesse, la Force et la Beauté. Le pilier de la Sagesse est associé à l’ordre ionique et au Vénérable Maître ; celui de la Force à l’ordre dorique et au Premier Surveillant ; celui de la Beauté à l’ordre corinthien et au Second Surveillant. La Sagesse conçoit, la Force soutient, la Beauté orne : la loge se veut à l’image de l’édifice bien bâti.

Les ordres au grade de Compagnon

ionique : beauté
détail d’un chapiteau de style ionique ( Grèce ancienne )

L’étude des cinq ordres d’architecture (toscan, dorique, ionique, corinthien, composite) appartient traditionnellement à l’instruction du grade de Compagnon, au même titre que les arts libéraux. Les instructions anglaises précisent que les trois ordres « originaux » sont grecs. Dans certains temples, des colonnettes des trois ordres grecs sont placées près des plateaux des trois lumières, portant parfois une bougie.

Symbolique de la volute

La spirale de la volute a inspiré de nombreux commentaires. Elle évoque l’enroulement de la pensée qui revient sur elle-même pour approfondir, la croissance des formes vivantes (coquillages, crosses de fougère) et l’équilibre entre mouvement et stabilité. L’ionique figure ainsi une sagesse qui n’est pas rigidité mais mesure : elle tient le milieu entre la sévérité du dorique et l’exubérance du corinthien.

Une architecture comme langage

Pour la Franc-maçonnerie, les ordres ne sont pas de simples styles : ils forment un langage où proportion et ornement deviennent des leçons morales. Contempler une colonne ionique, c’est méditer sur l’accord entre la structure qui porte et la grâce qui élève. L’initié est invité à construire en lui une harmonie comparable, où la sagesse ordonne les forces et les talents.

Le saviez-vous ?

Sur de nombreux tableaux de loge du XVIIIe et du XIXe siècle, trois colonnes de styles différents encadrent la scène. Elles ne sont pas décoratives : elles figurent les trois piliers de la loge, la colonne ionique de la Sagesse se trouvant traditionnellement associée à l’Orient, où siège le Vénérable.

Repères

  • Origine : Ionie, Asie Mineure, VIe siècle av. J.-C.
  • Signe distinctif : chapiteau à volutes.
  • Source antique : Vitruve, De architectura, livre IV.
  • Correspondance maçonnique : Sagesse, Vénérable Maître.
  • Ordres voisins : dorique (Force), corinthien (Beauté).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Dorique, Corinthien, Toscan, Sagesse, Force, Beauté, Sautoir de Vénérable Maître, Colonnes, Compagnon.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

I comme Instruction en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En Franc-maçonnerie, l’instruction désigne à la fois l’enseignement propre à chaque grade et le texte qui le porte : une série de questions et de réponses, sur le modèle des vieux catéchismes, que l’apprenti, le compagnon et le maître étudient pour comprendre les symboles qu’ils ont reçus. Héritière des catéchismes maçonniques des XVIIe et XVIIIe siècles, l’instruction est l’outil pédagogique central de la loge. Elle ne transmet pas un savoir à apprendre par cœur seulement : elle ouvre des pistes que chacun doit parcourir par son propre travail.

Des catéchismes anciens

Instruction

Les plus anciens textes connus liés à la maçonnerie spéculative sont des catéchismes : des séries de questions et de réponses permettant de vérifier qu’un visiteur est bien maçon et de transmettre l’enseignement du métier. Le manuscrit des Archives d’Édimbourg (1696) en est un exemple célèbre. Au XVIIIe siècle, les divulgations imprimées, comme Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), en publient des versions développées. La forme dialoguée de l’instruction vient directement de cette tradition.

Une instruction par grade

Chaque grade possède son instruction. Celle d’Apprenti porte sur l’initiation, la loge, les outils et les premières lumières ; celle de Compagnon sur le travail, les voyages, l’Étoile flamboyante et les sciences ; celle de Maître sur la légende d’Hiram et le sens de la mort et de la transmission. Le contenu varie selon les rites : le Rite Français, le Rite Écossais Ancien et Accepté et le Rite Écossais Rectifié ont chacun leurs instructions, publiées dans les rituels des obédiences et dans de nombreux ouvrages.

Questions et réponses

La forme est caractéristique : le Vénérable ou un Surveillant pose une question, un frère répond selon la formule de l’instruction. Les réponses sont souvent elliptiques, voire énigmatiques : interrogé sur ce qu’il est venu faire en loge, l’apprenti répond par une formule traditionnelle sur la victoire sur les passions et la soumission de la volonté. Ces formules ne sont pas des définitions ; elles sont des clés à méditer.

Les usages selon les rites

Livre ouvert dans une bibliothèque
Livre ouvert dans une bibliothèque
  • Dans de nombreuses loges françaises, l’instruction est lue ou récitée lors de tenues dites d’instruction, souvent par fragments.
  • Les apprentis et compagnons travaillent leur instruction avec leurs Surveillants, qui sont responsables de leur formation.
  • Au Rite Émulation, la tradition anglaise des lectures joue un rôle comparable, et des loges d’instruction se réunissent régulièrement pour répéter le rituel ; l’Emulation Lodge of Improvement, fondée à Londres en 1823, en est le modèle.
  • Le passage au grade supérieur suppose souvent que le candidat ait assimilé l’instruction de son grade et présenté un travail.

Une pédagogie initiatique

L’instruction maçonnique se distingue d’un enseignement scolaire. Elle ne donne pas de cours magistral et ne fixe pas de dogme : elle propose des symboles et des formules, et laisse à chacun le soin de les interpréter. L’apprentissage est progressif et expérientiel : on comprend une réponse de l’instruction après avoir vécu la cérémonie à laquelle elle renvoie. C’est pourquoi on dit souvent que la Franc-maçonnerie enseigne « par les symboles », et que chacun y trouve la part de lumière qu’il est capable de recevoir.

Instruction et reconnaissance

Historiquement, l’instruction servait aussi à la reconnaissance : un frère qui connaissait les réponses de son grade prouvait sa qualité. Le tuilage en conserve la trace. Aujourd’hui, cette fonction est secondaire, mais l’instruction reste un socle commun qui permet à des maçons de loges différentes de partager un même vocabulaire symbolique.

Le rôle des Surveillants

Dans les rites français, les Surveillants ont la charge de l’instruction de leurs colonnes : le Second Surveillant pour les apprentis, le Premier pour les compagnons, selon l’usage le plus répandu. Ils organisent des réunions, corrigent les travaux et préparent les candidats à l’augmentation de salaire. Cette transmission de proximité, de frère à frère, est l’un des traits les plus vivants de la vie de loge.

Le saviez-vous ?

Le mot « catéchisme », employé pour les premiers textes maçonniques, vient du grec katêchein, « faire retentir aux oreilles », c’est-à-dire enseigner de vive voix. L’instruction maçonnique garde cette dimension orale : elle se dit et s’entend en loge avant de se lire.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Catéchisme – Instruction Maçonnique, Tuilage, Surveillants, Apprentissage, Compagnon, Augmentation de salaire…, Planche.

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I comme Interrogatoire en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En Franc-maçonnerie, l’interrogatoire ne désigne pas une procédure policière, mais l’ensemble des questions posées dans un cadre réglé : entretiens d’enquête avant l’admission, passage du candidat « sous le bandeau », questions rituelles posées pendant l’initiation, examen des connaissances avant un passage de grade ou tuilage d’un visiteur. Hérité des catéchismes par questions et réponses, il n’a pas pour but de piéger, mais de faire apparaître la sincérité d’une démarche et la maturité d’un cheminement.

Une tradition de questions et réponses

Interrogatoire

La Franc-maçonnerie s’est transmise dès ses origines par des catéchismes : des séries de questions et de réponses permettant de reconnaître un maçon et de transmettre l’enseignement. Les manuscrits écossais et anglais de la fin du XVIIe siècle et les divulgations imprimées du XVIIIe siècle en témoignent. L’interrogatoire en est l’héritier direct : poser une question et attendre une réponse est l’un des gestes fondamentaux de la méthode maçonnique.

Les enquêtes avant l’admission

Dans la plupart des obédiences françaises, un candidat fait l’objet de plusieurs enquêtes, généralement trois, confiées à des frères ou sœurs désignés par le Vénérable, qui ne se concertent pas entre eux. Chaque enquêteur rencontre le candidat, l’interroge sur ses motivations, son parcours, sa conception de la vie, et rédige un rapport lu en loge. L’objectif n’est pas de juger une personne, mais de vérifier la sincérité de sa démarche et sa compatibilité avec la loge.

Le passage sous le bandeau

Dans de nombreuses loges françaises, le candidat est ensuite reçu en tenue, les yeux bandés, pour répondre aux questions des frères : c’est le passage sous le bandeau. Privé de la vue, il ne sait pas qui l’interroge ; les frères, eux, l’entendent sans être vus. Ce dispositif protège l’anonymat des membres, oblige le candidat à se concentrer sur sa parole, et préfigure déjà l’initiation. Après son départ, la loge vote sur son admission. Cet usage varie : certaines obédiences ou certains rites le pratiquent, d’autres non.

Les questions de l’initiation

Interrogatoire

Pendant la cérémonie elle-même, le Vénérable pose au récipiendaire des questions rituelles, souvent sur ses devoirs envers lui-même, envers ses semblables et envers sa conception de la transcendance. Le testament philosophique rédigé au cabinet de réflexion sert parfois de base à ces échanges. Ces questions ne sont pas un examen : elles invitent le candidat à formuler, à voix haute et devant témoins, ce qui l’engage.

Formes d’interrogatoire en loge

  • Les enquêtes préalables à l’admission.
  • Le passage sous le bandeau, dans les usages qui le pratiquent.
  • Les questions rituelles posées pendant l’initiation.
  • L’examen des connaissances de l’apprenti ou du compagnon avant l’augmentation de salaire.
  • Le tuilage des visiteurs, par lequel le Couvreur ou l’Expert vérifie leur qualité de maçon.

Une épreuve de sincérité

L’interrogatoire maçonnique repose sur la parole donnée. On ne demande pas au candidat de réussir un concours, mais de dire vrai sur lui-même. Les réponses brillantes comptent moins que la cohérence et l’authenticité. Les enquêteurs expérimentés savent qu’un candidat qui reconnaît ses doutes inspire souvent plus de confiance que celui qui a réponse à tout.

Une fonction pédagogique

Interrogatoire

Interroger, c’est aussi enseigner. Les questions posées aux apprentis et aux compagnons, dans les instructions comme lors des examens, les obligent à reformuler ce qu’ils ont compris et à mesurer ce qu’il leur reste à chercher. Dans la tradition maçonnique, la question vaut souvent mieux que la réponse : elle ouvre un chemin là où la réponse le referme.

Le saviez-vous ?

Les rapports d’enquête et le vote sur l’admission d’un candidat se font traditionnellement au scrutin secret, à l’aide de boules blanches et noires déposées dans une urne. Une ou plusieurs boules noires, selon les règlements, suffisent à ajourner une admission : c’est l’origine de l’expression profane « blackbouler ».

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Enquête, Passage sous le bandeau, Bandeau, Tuilage, Cabinet de Réflexion, Testament (philosophique).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

I comme Institution en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les francs-maçons désignent volontiers leur Ordre comme « l’Institution ». Le mot n’est pas anodin : il souligne que la Franc-maçonnerie n’est ni une simple association de personnes, ni une école de pensée, mais un ensemble durable de règles, de rites et de structures qui se transmettent d’une génération à l’autre. Il figure dans les textes fondateurs de plusieurs obédiences, à commencer par la Constitution du Grand Orient de France, et rappelle la double nature de la Franc-maçonnerie : une organisation bien réelle, avec ses loges et ses obédiences, et une tradition initiatique qui la dépasse.

Un mot venu du droit et de la philosophie

Institution

Du latin institutio, « disposition, établissement, enseignement », le mot désigne en français ce qui est institué, c’est-à-dire établi de façon durable, et par extension un organisme ou une règle stable de la vie sociale. La sociologie a fait de l’institution un concept central : un ensemble de pratiques et de règles qui préexistent aux individus et leur survivent. C’est exactement ce que revendique la Franc-maçonnerie lorsqu’elle se nomme ainsi.

Dans les textes fondateurs

L’article premier de la Constitution du Grand Orient de France définit la Franc-maçonnerie comme une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, qui a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Dans le monde anglophone, les rituels parlent de cette « ancienne et honorable institution », que la tradition anglaise décrit comme un système particulier de morale enseigné par allégories et illustré par des symboles.

Le mot coexiste avec d’autres désignations : l’Ordre, qui insiste sur la dimension initiatique et universelle ; l’Art royal, qui met l’accent sur la méthode ; l’obédience, qui désigne une fédération de loges particulière.

Une structure à plusieurs étages

  • La loge : cellule de base, où se pratiquent l’initiation et le travail symbolique.
  • L’obédience : fédération de loges, dotée d’une constitution, de règlements et d’instances élues.
  • Le rite : ensemble cohérent de rituels et de grades, comme le Rite Français, le REAA ou le Rite Écossais Rectifié.
  • Les juridictions de hauts grades : Suprêmes Conseils, Grands Chapitres, Grands Prieurés, qui administrent les degrés au-delà de la Maîtrise.
  • Les relations interobédientielles : reconnaissances, traités d’amitié, regroupements internationaux.

En France, la plupart des obédiences ont la forme juridique d’associations régies par la loi de 1901. Elles disposent ainsi d’une existence légale ordinaire, tandis que leurs travaux rituels restent réservés à leurs membres.

Une institution historique

Institution
Source : Wikimedia Commons – Christophe Dioux – Public domain

La Franc-maçonnerie spéculative s’organise en institution au début du XVIIIe siècle, avec la création à Londres de la première Grande Loge, traditionnellement datée de 1717, et la publication des Constitutions d’Anderson en 1723. En France, la Grande Loge de France du XVIIIe siècle, puis le Grand Orient de France, fondé en 1773, structurent un réseau de loges qui couvre le royaume. La revendication d’une filiation avec les bâtisseurs médiévaux relève d’une tradition symbolique plus que d’une continuité documentée.

Institution et initiation

La Franc-maçonnerie se distingue d’une association ordinaire par sa dimension initiatique. On n’y adhère pas, on y est initié ; on y progresse par grades ; les rites encadrent la vie de la loge. L’institution sert de cadre à une expérience personnelle : elle fournit le Temple, le rituel et la communauté, mais n’impose pas de doctrine. Cette tension entre la stabilité de l’institution et la liberté de la recherche individuelle traverse toute l’histoire maçonnique.

Discrète plutôt que secrète

Les obédiences se présentent aujourd’hui comme des institutions discrètes et non secrètes : leurs adresses, leurs dirigeants, leurs statuts et leurs principes sont publics, tandis que l’appartenance individuelle et le déroulement des tenues relèvent de la discrétion de chacun. Cette distinction a été au cœur de nombreux débats publics, en France comme ailleurs, à chaque fois que la place de la Franc-maçonnerie dans la société a été discutée.

Le saviez-vous ?

Institution
Source : Wikimedia Commons – Declic – CC BY-SA 3.0

La maxime selon laquelle on n’entre pas en Franc-maçonnerie « pour y trouver des avantages » est rappelée par la plupart des obédiences. Leurs règlements sanctionnent l’usage de l’appartenance maçonnique à des fins d’intérêt personnel, précisément pour préserver le caractère d’institution et non de réseau.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • James Anderson, The Constitutions of the Free-Masons, Londres, 1723.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
  • Daniel Ligou (dir.), Histoire des francs-maçons en France, Privat, 1981.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Obédience, Ordre, Art Royal dans la Franc-maçonnerie, Loge Bleue ou Loge Symbolique., Rite ou Régime, Élection d’Irénée Bonnafous au Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France, septembre 1911 (date historique).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

I comme Installation en Franc-maçonnerie

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L’installation est la tenue rituelle au cours de laquelle le Vénérable Maître nouvellement élu prend ses fonctions, généralement des mains de son prédécesseur ; les officiers qu’il a désignés ou que la loge a élus sont installés lors de la même cérémonie. Le terme désigne aussi la cérémonie par laquelle une loge nouvelle est solennellement constituée. Acte à la fois réglementaire et symbolique, l’installation transforme un résultat d’élection en charge reçue : le Vénérable prête serment, accepte les obligations de sa fonction et devient, pour un an au moins, le garant de l’harmonie et de la régularité des travaux.

Deux sens d’un même mot

Installation
Cérémonie d’installation maçonnique de Largs (Image : photo fournie)

Bazot, en 1810, donne d’abord à l’installation le sens de cérémonie par laquelle une loge reçoit ses constitutions : des commissaires lisent les pièces nécessaires, reçoivent les serments des membres et proclament la loge régulièrement constituée. Il précise que le mot s’applique aussi à la reconnaissance et au serment des officiers d’une loge. Les deux sens demeurent : on installe une loge comme on installe un Vénérable.

L’installation du Vénérable

Après son élection, le Vénérable n’exerce pas encore sa charge. Il doit être installé au cours d’une tenue spécifique, en présence de l’atelier et souvent de nombreux visiteurs. Au Grand Orient de France, par exemple, le règlement prévoit que le Vénérable est installé par son prédécesseur et que les nouveaux officiers prêtent serment d’observer la Constitution et le Règlement général, lors de la première tenue qui suit le Convent de septembre.

La cérémonie comprend généralement la lecture des obligations attachées à la charge, l’engagement solennel du nouveau Vénérable, la remise du maillet et du bijou de l’équerre, puis sa conduite à la chaire de l’Orient. Le Vénérable sortant devient alors Passé Vénérable ou Past Master selon les traditions.

Dans la tradition anglaise : un landmark

En Angleterre, la Loge de Promulgation (1809-1811), chargée d’harmoniser les pratiques avant l’union des deux Grandes Loges, déclara que l’installation du Maître de loge est un véritable landmark de l’Ordre, qui doit être fidèlement observé. Dans le rite d’Émulation et les rites qui en dérivent, une partie de la cérémonie se déroule en présence des seuls maîtres déjà installés : c’est le Conseil des Maîtres installés. Le nouveau Maître y reçoit des éléments propres à sa fonction.

Les rites français, qu’il s’agisse du Rite français ou du Rite écossais ancien et accepté pratiqué dans les obédiences libérales, connaissent des formes d’installation plus ou moins développées ; certaines obédiences ont adopté l’installation secrète à l’anglaise, d’autres non.

L’installation des officiers

Installation

Les officiers, Surveillants, Orateur, Secrétaire, Trésorier, Hospitalier, Experts, Maître des cérémonies, Couvreur et autres, sont installés à la suite du Vénérable. Chacun reçoit son sautoir orné du bijou de sa charge, rejoint sa place et entend rappeler ses devoirs. Cette installation collective rappelle que la loge est un corps, dont chaque office contribue au bon déroulement des travaux.

  • Le Premier Surveillant reçoit le niveau, le Second la perpendiculaire.
  • L’Orateur, gardien de la loi, reçoit le livre des constitutions ou son symbole.
  • Le Trésorier et l’Hospitalier sont installés comme officiers de confiance.
  • Le Couvreur veille à la porte du Temple dès l’ouverture des travaux suivants.

L’installation d’une loge nouvelle

Une loge qui vient d’être créée doit être installée par l’obédience. Au Grand Orient de France, cette installation est confiée à un ou plusieurs commissaires nommés par le Conseil de l’Ordre. La cérémonie consacre le Temple, lit la patente ou les lettres constitutives et installe le premier collège d’officiers : c’est l’acte de naissance rituel de l’atelier.

Le sens symbolique

Installation

L’installation rappelle que l’autorité, en loge, est reçue et non prise. Le Vénérable ne possède pas sa charge : il la tient pour un temps et la transmettra. Cette transmission, de main à main, assure la continuité de la loge au-delà des personnes, comme la chaîne d’union relie les générations. La cérémonie souligne aussi que diriger les travaux est un service : présider, c’est d’abord écouter, arbitrer et maintenir l’harmonie.

À retenir

  • L’installation est la tenue où le Vénérable élu prend ses fonctions, avec ses officiers.
  • Elle désigne aussi la constitution solennelle d’une loge nouvelle.
  • En Angleterre, elle est tenue pour un landmark depuis la Loge de Promulgation.
  • Elle comprend serment, remise des bijoux et rappel des devoirs de chaque office.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Sautoir de Vénérable Maître, Sautoir, Landmarks, Patente.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

I comme Insigne en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les insignes maçonniques sont les ornements que portent les francs-maçons en loge pour signaler leur grade, leur fonction ou leur dignité : tablier, cordon ou sautoir, collier, bijou, gants, parfois écharpe ou baudrier dans les hauts grades. On les appelle aussi décors. Le plus fondamental est le tablier, hérité du vêtement de travail des maçons opératifs : c’est lui, et non le cordon ou le bijou, qui constitue l’insigne propre du maçon, porté par tous dès l’initiation. Les autres insignes ajoutent des distinctions de grade ou d’office, selon des règles qui varient d’un rite à l’autre.

Le tablier, insigne fondamental

Insigne
Tablier-dit-de-Voltaire

Le tablier de cuir des tailleurs de pierre protégeait leurs vêtements du travail. La franc-maçonnerie spéculative l’a conservé comme emblème du travail et de l’appartenance à l’Ordre. Remis au néophyte lors de son initiation, il est porté à chaque tenue. Les rituels insistent sur sa dignité : il rappelle que le maçon est d’abord un ouvrier. Au XVIIIe siècle, les tabliers étaient longs, souvent en peau, et se sont peu à peu raccourcis et ornés de symboles peints ou brodés.

Le tablier selon les grades

  • Apprenti : tablier blanc, uni, la bavette relevée dans de nombreux rites, signe que l’ouvrier débutant doit se protéger.
  • Compagnon : tablier blanc, bavette abaissée ; au Rite Émulation, il s’orne de deux rosettes bleues.
  • Maître : tablier bordé ou doublé de couleur, rouge, bleue ou noire selon les rites et les obédiences, souvent orné de symboles du grade.
  • Officiers et dignitaires : décors spécifiques selon les obédiences.

Cordons, sautoirs et colliers

Le cordon, large ruban porté en écharpe de l’épaule à la hanche, et le sautoir, porté autour du cou en pointe sur la poitrine, signalent le grade de Maître ou une fonction. Sa couleur, le plus souvent bleue au grade de Maître, varie selon les rites. Les officiers portent un collier, ou sautoir, auquel est suspendu le bijou de leur charge. Les hauts grades disposent de leurs propres cordons, de couleurs variées.

Les bijoux

Le bijou est un insigne métallique, suspendu au collier ou au cordon. Les bijoux d’office identifient la fonction : l’équerre pour le Vénérable, le niveau pour le Premier Surveillant, la perpendiculaire ou fil à plomb pour le Second, les plumes croisées pour le Secrétaire, les clés pour le Trésorier, l’épée ou le glaive pour le Couvreur. Il existe aussi des bijoux de grades, de loges ou commémoratifs, ainsi que des médailles qui récompensent l’ancienneté.

Les gants blancs

Insigne

Les gants blancs font partie des décors de base dans la plupart des rites. Ils symbolisent la pureté des mains et des intentions. Dans certains rituels anciens, le nouvel initié recevait deux paires de gants, l’une pour lui, l’autre pour la femme qu’il estimait le plus ; l’usage, documenté au XVIIIe siècle, a été maintenu par certaines loges.

Le tablier dit de Voltaire

Parmi les insignes les plus célèbres figure le tablier dit de Voltaire, associé à l’initiation de l’écrivain à la loge des Neuf Sœurs, à Paris, le 7 avril 1778, quelques semaines avant sa mort. Selon la tradition, il aurait reçu le tablier d’Helvétius, offert par sa veuve. Un tablier conservé au musée de la franc-maçonnerie du Grand Orient de France est présenté sous ce nom, bien que son attribution fasse débat.

Un langage visible

Les insignes forment un langage. Ils permettent de reconnaître immédiatement le grade et la fonction de chacun, de situer chaque membre dans la loge, de manifester la diversité des rites. Mais leur sens n’est pas hiérarchique au sens profane : l’égalité des frères et des sœurs demeure le principe, et le tablier, commun à tous, rappelle que le premier titre de chaque maçon est celui d’ouvrier.

Les décors des hauts grades

Insigne
Tablier Français de Compagnon, au Rite symbolique Anglais Emulation – Ératosthène de cyrène — Travail personnel

Les grades au-delà de la maîtrise disposent de leurs propres décors : cordons rouges, noirs, blancs ou verts, tabliers aux couleurs du grade, bijoux portant des symboles particuliers. Au REAA, chaque grade ou série de grades a son décor ; le 30e degré porte ainsi un cordon noir, le 33e un sautoir blanc. Ces insignes sont réservés aux réunions de ces grades et ne sont pas portés en loge symbolique, sauf usage particulier.

Le saviez-vous ?

Le musée de la franc-maçonnerie, installé au siège du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris, conserve une importante collection de tabliers, cordons et bijoux des XVIIIe et XIXe siècles. Beaucoup de ces objets, peints ou brodés à la main, constituent de véritables œuvres d’art décoratif.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tablier, Cordon, Sautoir, Bijou, Décors.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

I comme Initié en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’initié est, au sens propre, celui qui a reçu l’initiation : en franc-maçonnerie, le profane devenu Apprenti au terme d’une cérémonie de réception, puis, par extension, tout franc-maçon. Le mot, venu du latin initiare (« faire commencer », « admettre aux mystères »), dit davantage qu’une appartenance : il désigne une personne qui a traversé une expérience rituelle et qui s’engage, à partir d’elle, dans un travail sur soi. Comprendre ce que recouvre ce mot, c’est saisir ce qui distingue une loge d’une simple association, et pourquoi les maçons répètent que l’initiation est un commencement plutôt qu’un aboutissement.

Origine et sens du mot

Initié

Initié vient du latin initiatus, participe de initiare, formé sur initium, « commencement », lui-même dérivé de in-ire, « entrer dans ». Dans l’Antiquité, le verbe désignait l’admission aux mystères : ceux d’Éleusis, de Mithra ou de l’orphisme, que le Dictionnaire de l’Académie française cite pour illustrer le sens premier du mot initiation. Le français emprunte ce terme au XVe siècle, dans une attestation isolée, et ne le reprend vraiment qu’au XVIIIe siècle.

Le sens moderne conserve cette double nuance : l’initié est à la fois celui qui commence et celui qui est admis. Il entre dans un lieu et dans un langage qui lui étaient fermés ; mais il en reçoit la clé, non le contenu achevé.

Réception ou initiation : un vocabulaire qui a évolué

Les premiers textes de la maçonnerie spéculative parlent peu d’« initiés ». En Angleterre, les Constitutions d’Anderson (1723) ou la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected (1730), disent plutôt qu’on « fait » un maçon (to make a mason), qu’on l’admet ou qu’on le fait entrer. En France, tout au long du XVIIIe siècle, l’admission au grade d’Apprenti s’appelle le plus souvent une réception.

Les mots initier et initiation apparaissent pourtant, discrètement mais régulièrement : le rituel d’Apprenti du Rite moderne dit « français » de 1786 emploie déjà le terme. Au XIXe puis au XXe siècle, le mot s’impose peu à peu dans le vocabulaire maçonnique, porté par le goût pour les mystères antiques, par les auteurs ésotériques puis par l’anthropologie des rites de passage.

Ce que traverse le nouvel initié

Sans rien dévoiler de ce que les rituels réservent, les grandes étapes de la réception sont connues par les publications des obédiences et par les historiens. Le candidat est d’abord isolé dans le cabinet de réflexion, où il rédige son testament philosophique. Il est ensuite introduit dans le temple les yeux bandés, accomplit des voyages symboliques ponctués d’épreuves ou de purifications liées aux éléments, prend un engagement solennel, puis reçoit la Lumière lorsque le bandeau tombe. Revêtu du tablier d’Apprenti, il prend place parmi ses Frères ou ses Sœurs.

L’ordre et le contenu de ces séquences varient selon les rites — Rite Français, Rite Écossais Ancien et Accepté, Rite Écossais Rectifié, rite Émulation — mais la structure reste commune : une sortie du monde profane, un temps de passage, une intégration à la communauté.

Un rite de passage au sens des anthropologues

Initié

En 1909, l’ethnologue Arnold van Gennep publie Les Rites de passage, où il distingue trois phases : séparation, marge et agrégation. La grille s’applique bien à l’initiation maçonnique : le cabinet de réflexion et le dépouillement marquent la séparation ; les voyages sous le bandeau, la marge ; le don de la Lumière, l’accueil fraternel et les agapes, l’agrégation. Mircea Eliade a ensuite insisté sur le schéma de la mort symbolique suivie d’une renaissance, qui traverse de nombreuses traditions.

Les rites d’initiation existent dans bien des sociétés, comme le « saut de taureau » des Hamar d’Éthiopie, qui marque l’entrée d’un garçon dans l’âge adulte. La franc-maçonnerie s’en distingue par son caractère volontaire : nul n’y est initié par naissance ou par âge, chacun doit en faire la demande librement.

Initié, néophyte, maçon

Au sens strict, l’initiation désigne la réception au premier degré ; on parle ensuite de passage au grade de Compagnon et d’élévation à la maîtrise, même si l’usage évoque volontiers une initiation à chaque grade. Le nouvel initié est souvent appelé néophyte, du grec « nouvellement planté ». Par extension, initié sert de synonyme à franc-maçon, en particulier lorsqu’on veut souligner l’expérience commune à tous, quels que soient l’obédience ou le grade.

Être initié n’implique aucune supériorité de savoir. René Guénon, dans Aperçus sur l’initiation, distingue l’initiation « virtuelle », reçue par le rite, de l’initiation « effective », qui suppose un travail personnel. Sans adopter toute sa doctrine, de nombreux maçons reprennent cette distinction : la cérémonie transmet une possibilité, que seul le travail en loge et sur soi peut faire fructifier.

Ce que le mot n’est pas

Dans la langue courante, l’initié est aussi celui qui détient une information réservée : on parle de « délit d’initié » en Bourse ou d’un public d’« initiés ». Ce glissement nourrit les fantasmes d’un savoir de pouvoir caché. Les obédiences rappellent au contraire que l’essentiel de ce qu’on appelle le secret maçonnique tient à l’expérience vécue, qui ne se transmet pas par la lecture ; symboles, structure des rituels et histoire sont largement publiés.

À retenir

Initié
Les Hamar sont connus pour leur coutume du « saut de taureau », qui initie un garçon à l’âge adulte.
  • Initié vient du latin initium, « commencement » : l’initiation ouvre un chemin, elle ne le clôt pas.
  • Au XVIIIe siècle, on parle surtout de la « réception » d’un Apprenti ; le mot initiation s’impose plus tard.
  • La cérémonie suit la structure des rites de passage : séparation, marge, agrégation.
  • Au sens strict, l’initiation concerne le premier degré ; on parle ensuite de passage et d’élévation.
  • Le nouvel initié est aussi appelé néophyte.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
  • Arnold van Gennep, Les Rites de passage, Émile Nourry, 1909.
  • René Guénon, Aperçus sur l’initiation, Éditions Traditionnelles, 1946.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Profane, Néophyte, Cabinet de Réflexion, Testament (philosophique), Apprentissage, Lumières (trois).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

I comme Initiation en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’initiation est la cérémonie par laquelle un profane devient franc-maçon, et le processus intérieur qu’elle inaugure. Le mot vient du latin initium, « commencement » : être initié, c’est être mis sur un chemin, non arrivé au but. La cérémonie, réglée par le rituel de chaque rite, fait passer le candidat par le cabinet de réflexion, les voyages, l’engagement et la réception de la lumière. Elle reprend un schéma que l’on retrouve dans de nombreuses sociétés humaines et que l’anthropologie appelle rite de passage. Elle reste, pour la plupart des maçons, l’expérience fondatrice de leur parcours.

Le mot et son histoire

Initiation

En latin, initia désignait les mystères, ces cultes antiques, comme ceux d’Éleusis, auxquels on n’accédait qu’après une cérémonie secrète. Initiare, c’était introduire à ces mystères. Le mot a gardé ce double sens : commencer et faire entrer dans un savoir réservé. Les loges du XVIIIe siècle parlaient surtout de « réception » ; le terme « initiation » s’est imposé progressivement, notamment au XIXe et au XXe siècle, sous l’influence des auteurs qui ont rapproché la maçonnerie des mystères antiques.

Avant la cérémonie

L’initiation commence bien avant le jour de la cérémonie. Le profane fait une demande, rencontre des membres de la loge qui mènent des enquêtes, puis il est entendu par la loge, souvent les yeux bandés, au cours d’un « passage sous le bandeau ». La loge vote. Ce délai, parfois long, fait partie du processus : il éprouve la sincérité de la demande et laisse au candidat le temps de mûrir sa décision. Il peut d’ailleurs renoncer à tout moment.

Les grandes étapes

  • Le cabinet de réflexion : isolement, méditation sur la mort et le temps, rédaction d’un testament philosophique dans de nombreux rites.
  • La préparation : le candidat est dépouillé de ses métaux et se présente dans un état de dénuement symbolique.
  • Les voyages : parcours symboliques dans le temple, rattachés aux éléments au Rite Écossais Ancien et Accepté.
  • L’engagement : serment ou promesse solennelle de discrétion et de fidélité.
  • La lumière : le bandeau tombe, le nouvel apprenti découvre la loge.
  • La consécration et la remise du tablier, puis l’installation sur la colonne.

Un rite de passage

Initiation

En 1909, l’ethnologue Arnold van Gennep a montré que les rites de passage suivent partout un même schéma : séparation, marge, agrégation. L’initiation maçonnique en offre un exemple clair : le cabinet de réflexion sépare, les voyages les yeux bandés placent dans un entre-deux, la lumière et l’accueil intègrent. Mircea Eliade a, plus tard, étudié la mort et la renaissance symboliques au cœur des initiations traditionnelles, un thème que le grade de maître développera.

Virtuelle ou effective ?

Une distinction courante, popularisée par René Guénon, oppose l’initiation virtuelle, transmise par le rite, à l’initiation effective, qui dépend du travail personnel. La cérémonie ouvre une possibilité ; elle ne garantit rien. D’où l’insistance des loges sur l’apprentissage : le silence de l’apprenti, l’étude des symboles, la présentation de planches. Quelle que soit l’interprétation retenue, tous s’accordent à dire que l’initiation ne s’achève pas le soir de la cérémonie.

Selon les rites

Les rituels diffèrent. Le Rite Écossais Ancien et Accepté insiste sur les épreuves des éléments, terre, air, eau, feu ; le Rite français sur les voyages et la portée morale de l’engagement ; le Régime Écossais Rectifié sur une perspective spirituelle chrétienne ; le rite Émulation sur la précision du dialogue rituel. Mais la structure d’ensemble demeure, ce qui permet à un maçon d’un rite de reconnaître, dans une autre loge, l’expérience qu’il a vécue.

Le saviez-vous ?

Initiation
Rituel d’initiation d’un candidat

L’imagerie de l’initiation a débordé les loges. Le tableau Le Serment de Dionysios Tsokos (1849) représente l’entrée d’un combattant dans la Philikí Etaireía, société secrète de la guerre d’indépendance grecque, dont l’organisation s’inspirait en partie des loges : une illustration de l’influence des formes maçonniques sur les sociétés initiatiques du XIXe siècle.

Pour approfondir

  • Arnold van Gennep, Les Rites de passage, Émile Nourry, 1909.
  • René Guénon, Aperçus sur l’initiation, Éditions Traditionnelles, 1946.
  • Mircea Eliade, Naissances mystiques, Gallimard, 1959.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Récipiendaire, Cabinet de Réflexion, Profane, Réception, Lumières (trois), Serment, Apprentissage.

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