
Jakin est le nom de l’une des deux colonnes de bronze que, selon la Bible, Salomon fit dresser devant le Temple de Jérusalem, l’autre s’appelant Boaz. Son nom hébreu se lit généralement « il établira » ou « il affermit ». Reprises dans toutes les loges, les deux colonnes marquent le seuil entre le monde profane et l’espace initiatique. Jakin y est à la fois un repère architectural, un mot rituel lié aux premiers grades et un symbole de stabilité. Sa place et son rôle varient selon les rites, ce qui en fait aussi un précieux témoin de l’histoire maçonnique.
Les colonnes du Temple de Salomon

Le premier livre des Rois (chapitre 7) et le second livre des Chroniques (chapitre 3) décrivent deux colonnes de bronze coulées par Hiram, artisan de Tyr, et placées devant le vestibule du Temple. La colonne de droite fut nommée Jakin, celle de gauche Boaz. Leurs chapiteaux étaient ornés de lis, de réseaux et de rangées de grenades. Les colonnes ne soutenaient rien : elles avaient une fonction de signe, à l’entrée du sanctuaire.
Le sens du nom
Yakhin est généralement compris comme « il établira » ou « il affermit », Boaz comme « en lui est la force ». Les exégètes discutent encore de leur sens exact : épithètes divines, noms de donateurs ou de bâtisseurs, premiers mots d’inscriptions ou de prières royales. La lecture traditionnelle, qui associe les deux noms, donne une formule souvent citée en loge : Dieu établira, et dans la force. Jakin évoque ainsi la stabilité, la fondation et la permanence.
Droite, gauche, nord, sud : une question de rites
La Bible place Jakin « à droite », mais l’orientation du Temple rend cette indication ambiguë. En loge, la position des colonnes est l’un des marqueurs les plus nets de la diversité des rites. Les rites issus des Modernes de la première Grande Loge de Londres, comme le Rite Français et le Rite Écossais Rectifié, placent Jakin au nord. Les rites issus des Anciens, comme le Rite Écossais Ancien et Accepté, la placent au sud.
Cette différence s’accompagne d’une inversion des mots de passage entre les deux premiers grades : dans les rites issus des Modernes, Jakin est associé au grade d’Apprenti, tandis que dans les rites issus des Anciens, il l’est au grade de Compagnon. Les historiens rattachent cette inversion aux querelles anglaises du XVIIIe siècle entre Modernes et Anciens.
- Rite Français, RER : Jakin au nord, lié au premier grade.
- REAA : Jakin au sud, lié au deuxième grade.
- Bible : Jakin à droite, Boaz à gauche, devant le vestibule.
Le seuil et le passage

Les colonnes encadrent la porte du temple. Le candidat franchit cet espace lors de son initiation, et chaque frère ou sœur le traverse à chaque tenue. Le passage entre Jakin et Boaz figure l’entrée dans un autre ordre de réalité, celui du travail symbolique. Il est souvent lu comme une naissance : quitter un état pour en atteindre un autre.
La dualité et l’équilibre
Jakin ne se comprend qu’avec Boaz. Le couple des colonnes a été lu de multiples façons : stabilité et force, actif et passif, lumière et ombre, masculin et féminin, soleil et lune. Ces lectures, fréquentes chez les auteurs symbolistes du XXe siècle, invitent à penser l’équilibre des contraires plutôt que leur opposition. Le maçon se tient entre les colonnes, comme entre deux pôles qu’il doit tenir ensemble.
Le saviez-vous ?
Les colonnes J et B ont largement dépassé la franc-maçonnerie. Dans le tarot dessiné par Pamela Colman Smith pour Arthur Edward Waite (1909), la Grande Prêtresse est assise entre deux colonnes marquées B et J, emprunt direct au symbolisme salomonien popularisé par les loges et les sociétés occultistes.
Une invitation à la construction intérieure
Jakin invite le maçon à devenir lui-même une colonne : à établir en lui des fondations stables sur lesquelles une pensée libre peut s’élever. La stabilité qu’il symbolise n’est pas immobilité, mais assise : elle rend possible le travail et la progression.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- La Bible, premier livre des Rois, chapitre 7, et second livre des Chroniques, chapitre 3.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Boaz dans la Franc-maçonnerie, Colonnes, Hiram, Apprenti, Compagnon, Pommes de grenades.
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