sam 23 octobre 2021 - 10:10

Instruction rituel forestier – vente « le puits des forges »

LES FORESTIERS D’AVALON

L’Eglise celtique cultivait au sein de ses culdées tous les arts, et en particulier celui de construire des ouvrages religieux. Si le bois était dans ce cas précis le matériau noble qui avait la préférence, l’art des culdéens s’exprimait aussi dans la pierre, dans laquelle ils s’ingéniaient à reproduire la forêt. C’est en Angleterre, et plus particulièrement en Écosse, que l’on pourra ultérieurement faire le constat d’une cohabitation des traditions celtique et maçonnique. Les culdéens étaient placés sous la protection du roi Athelstan (c’est à York, centre de rayonnement culdéen, que son fils aurait, dès 926, accordé la première charte maçonnique). L’église celtique instille ainsi une partie de ses traditions dans les associations de bâtisseurs. Ce sera, à n’en pas douter, le cas pour la Loge de Kilwinning fondée en 1150, soit deux ans avant la mise hors la loi définitive de l’église celtique. Cette Loge sera élevée au rang de Grande Loge Royale de Kilwinning par le roi Robert Bruce en 1314. Celui-ci accueille à cette même époque en Écosse de nombreux Templiers en l’utile ainsi que de nombreux artisans flamands auxquels il garantit la préservation de leurs usages traditionnels. Au XVIII` siècle, le pasteur écossais Anderson se référera sans doute à des faits de cette nature pour écrire que les édifices celtiques élevés par les anciens Gaulois et par les anciens Bretons constituaient des restes de ” la bonne Maçonnerie datant d’avant le Ve siècle. “

LE MOUVEMENT DES ” ANTIQUARIANS “

La tradition enterrée avec l’église celtique va paradoxalement réapparaître en Angleterre alors que l’Europe est plongée dans l’obscurantisme et l’inquisition.

Au Moyen-Age, la dynastie des Plantagenêt avait trouvé avantage à flatter les racines celtiques des Bretons d’Angleterre et d’Armorique en utilisant la légende arthurienne, de même le roi Henry VIII Tudor, d’origine galloise, trouve un intérêt à mettre en évidence l’histoire celtique du pays en s’appuyant sur l’archéologie.

Les nouveaux archéologues se réunissent en association qui, sous le patronage de la reine Élisabeth, sera fondée en 1574 sous l’appellation Society of Antiquaries.

La remise de la charte instituant la Royal Society à Oxford, par Charles il Stuart en 1662, allait offrir aux Antiquarians l’opportunité de se retrouver au sein d’une nouvelle assemblée de scientifiques reconnue du pouvoir royal.

Louis XIV fait fermer les académies régionales en 1681, révoque l’Édit de Nantes en 1685, puis persécute les jansénistes dont le crime est d’admettre un rapport entre la grâce et le libre arbitre. Les jansénistes mettent également en cause l’absolutisme, qu’il soit royal ou papal.

Jacques III Stuart monte sur le trône en 1685. Converti au catholicisme, il se rapproche de Louis XIV. Sa politique absolutiste, peut-être influencée par l’exemple du roi de France, lui attire une forte opposition. Il est détrôné en 1688 par son gendre Guillaume (le Nassau et se réfugie en France, à Saint-Germain-en-Laye où il meurt en 1701. La reine Anne Stuart, qui souhaitait laisser son trône à son neveu réfugié en France, meurt en 1714 et c’est George le, qui s’impose, amenant sur le trône d’Angleterre la Maison de Hanovre au détriment des Stuart. Ces derniers ne comptent à cette époque que peu d’alliés parmi les esprits éclairés dont l’importance commence à se faire sentir dans la marche du pays : la dynastie des Stuart est trop associée à une idée de royauté absolue de droit divin, génératrice d’obscurantisme. C’est après ces turbulences que l’on va assister à la création quasi simultanée de trois Sociétés la Franc-maçonnerie spéculative moderne, le Druidisme et le retour des Antiquarians. Les Antiquarians qui, depuis 1660, travaillaient au sein de la Royal Society s’y voient relégués à un rôle accessoire à partir de 1703. Le nouveau président, Isaac Newton, dans son désir de privilégier les sciences modernes tournées vers l’avenir, néglige ostensiblement les travaux des Antiquarians. Ces derniers retournent vers les tavernes pour reformer leur association. A partir de 1707, ils participeront aux travaux secrets de la Gentlemen’s Society of Spalding. C’est sans doute le soutien logistique de ce groupe de réflexion qui amènera la reconstitution de la Society of Antiquaries dans une taverne londonienne le 17 juillet 1717. Sa charte ne lui sera remise qu’en janvier de l’année suivante, jour qui sera retenu comme date de sa fondation officielle. Ses membres se retrouveront également dans les deux autres organisations imaginées par la Gentlemen’s Society of Spalding, le Druid Order et la Franc-maçonnerie Spéculative dite moderne.

Pratiquement tous les membres de cette Society font partie de la Royal Society, dont de nombreux Francs-Maçons Acceptés. Sir Christopher Wren, architecte de la cathédrale Saint-Paul qui venait d’en fermer la Loge à l’achèvement des travaux, en faisait partie. Parmi les Francs-Maçons célèbres de cette Society, on peut citer Newton, Désaguliers, le Chevalier Ramsay, le duc de Montaigu et Edmond Halley. Ces ” gentlemen ” comptaient aussi de très nombreux antiquarians, dont certains étaient Francs-Maçons comme Maurice Johnson, Martin Folkes, William Stukeley, et sans doute Pierre des Maiseaux et John Clerk. Complétait le groupe une tendance plus particulièrement druidique avec l’Irlandais John Toland, les frères Samuel et Roger Gale. La sensibilité rosicrucienne était représentée entre autres par Sir Christopher Wren et Isaac Newton. Ce sont en fait les utopies Rose-Croix et le débat sur le droit naturel des peuples qui furent les principaux ingrédients des sept années de réflexion de cette Gentlemen’s Society of Spalding.

C’est bien la grande tolérance des Celtes et la bonne perception du christianisme originel par les druides qui permettront une grande perméabilité à la religion chrétienne dans toute l’aire celtique. Cette attitude contribuera en retour à préserver l’essentiel de la Tradition celtique.

Confronté à une chasse incessante depuis l’occupation romaine, le druidisme, et en particulier le bardisme, ne sera jamais totalement éradiqué. La tradition, conservée discrètement au sein de familles, sortira épisodiquement de l’oubli en favorisant la constitution d’assemblées druidiques qui prennent le nom de Bosquets. L’une de ces assemblées, le Bosquet de Mount Haemus, situé près d’Oxford, est cité comme antérieur à 1245, année où son nom aurait été pour la première fois mentionné sur un manuscrit faisant état d’un Covent de Sociétés secrètes adeptes de la philosophie hermétique ou de l’alchimie. Issus de ces sociétés secrètes, de nombreux Francs-Maçons acceptés participèrent à la codification des rituels de la Franc-maçonnerie spéculative.

La fonction de ” Tuileur ” dévolue au ” Couvreur ” de la Loge est identique à celle du portier dans les textes traditionnels celtiques. L’un (le ces textes, ” la seconde bataille de Mag Tured ” raconte l’arrivée de Lug le Polytechnicien à Tara. Il est ” tuilé ” à la porte du château par le druide portier.

John Aubrey, décédé en 1697, faisait bien entendu partie des Antiquarians, mais il avait aussi été membre de l’Invisible Collège avant d’être nommé à la Royal Society. Il ne participera pas à l’aventure de la Gentlemen’s Society of Spalding, mais laissera son empreinte de Franc-maçon Accepté sur le Bosquet druidique de Mount-Haemus dont il fut le chef. Elias Ashmole, un autre Franc-maçon Accepté, ancien de l’Invisible Collège, membre de la Royal Society et Antiquarians, décédé en 1692, sera retenu par la tradition du Druid Order comme étant à l’origine d’une transmission aux premiers Francs-Maçons spéculatifs des initiations correspondant aux trois catégories spécifiques du druidisme, ouate, barde et druide. Ces transmissions initiatiques auraient ensuite été regroupées au sein d’un grade unique, le Royal Arch.

Le 21 septembre 1716, jour de l’équinoxe d’automne, John Toland, antiquarian membre de la Gentlemen’s Society of Spalding, mais sans doute aussi Franc-maçon, charge un membre de son Bosquet druidique de proclamer symboliquement au sommet de Primrose-Hill la convocation de tous les druides pouvant encore exister par le monde, pour l’assemblée qui se tiendra le 22 septembre 1717 à l’Apple Tree Tavern à Londres. Cette proclamation est faite rituellement en plein air, à la face du soleil œil de lumière. Plus efficacement, des convocations furent expédiées aux différents Bosquets connus. Cette convocation démontre bien la coordination par la Gentlemen’s Society of Spalding de la naissance des deux organisations que seront la Franc-maçonnerie spéculative moderne et le Druid Order à trois mois d’intervalle. Le 22 septembre 1717, l’assemblée réunissait les représentants de Bosquets druidiques ou bardiques en provenance de Londres, York, Oxford, du Pays de Galles, de la Cornouaille britannique, de l’île de Man, d’Anglesey, d’Ecosse, d’Irlande et de Bretagne armoricaine. Le délégué de Bretagne armoricaine Pierre des Maiseaux faisait également partie de la Gentlemen’s Society of Spalding. L’assemblée procéda à la constitution d’une confédération appelée The Ancient Druid Order (A.D.O.) qui sera plus communément appelée Druid Order. L’idéologie de l’ A.D.O. tenait en une phrase : ” Travailler à l’instauration d’un ordre de paix et de bonheur sur la terre, un retour aux sources naturelles de la civilisation celtique. “

Le fonds celtique niché au cœur de la Franc-maçonnerie spéculative, qu’il se rapporte à cette naissance commune avec le Druid Order et la Society of Antiquarians en 1717 ou qu’il provienne des bâtisseurs de l’Eglise celtique, plus particulièrement dans l’Écosse du Moyen Âge, semble bien établi. Cette tradition celtique se retrouve en outre dans les associations corporatives du travail du bois et de la pierre. Elle se retrouve aussi au sein de l’Ordre du Temple dont la dissolution en 1312 amena certains de ses membres à trouver refuge en Écosse.

Les fouilles archéologiques ont exhumé sur l’ensemble de l’aire celtique de nombreux vestiges d’établissements agricoles de petite taille très disséminés. Au second millénaire, la majorité de l’Europe est couverte de forêts. Toutes les populations issues du tronc indo-européen sont dendrolâtres. La forêt est le temple naturel dans lequel se réunissent non seulement les druides mais aussi les prêtres de Thor et de Jupiter. La forêt est vénérée dans son ensemble, elle symbolise le cosmos et sa voûte représente le ciel au sens religieux du terme. L’abattage d’un arbre destiné à fournir le bois de construction ou de chauffage donne préalablement lieu à une cérémonie expiatoire de la part du bûcheron. Certaines parties des forêts, réputées centrales, seront les temples des Celtes, leurs némétons.

En Gaule et en Germanie, au début de notre ère, les clairières servent encore de lieux d’assemblée et de réunion aux populations. Le culte des forêts et des arbres est profondément ancré dans les populations d’Europe. Ce culte sera la première cible de ceux qui voudront réduire l’Église celtique les légions de César et plus tard l’Église romaine. Les Celtes excellent dans le travail du bois ; ils en construisent leurs habitations, leurs chars et inventent le tonneau qui remplacera l’amphore pour le transport du vin. Les quelques vestiges qui ont résisté au temps nous montrent leur maîtrise dans l’art de la charpente et de la sculpture. Les Celtes ne sont pas urbanisés ; leur habitat est disséminé et seules quelques résidences plus importantes abritant un roi ou un chef de guerre sont protégées par une enceinte de bois ou un mur fait d’un savant assemblage de poutres et de pierres. Au premier âge du fer commencent les grands mouvements de Celtes conquérants. La forêt fournit le charbon de bois nécessaire à la transformation du métal dont ils fabriquent leurs armes. Les Celtes expriment leur sensibilité artistique dans la réalisation de petits objets décoratifs métalliques, mais leur civilisation reste essentiellement forestière. La forêt est synonyme de liberté pour ses habitants. Cela explique peut-être les profondes racines libertaires des nations celtes dont la sanction sera l’incapacité à se fédérer de façon durable sous l’autorité d’un chef unique et, en conséquence, leurs hésitations à se rassembler pour faire front à un envahisseur.

L’armée romaine amène à sa suite les corps de métiers nécessaires à la construction de leurs ouvrages défensifs. Ces bâtisseurs sont organisés en collegia. Une collegia regroupe les ouvriers d’une même spécialité, de l’apprentissage à la parfaite maîtrise de leur art. Ils y franchissent diverses étapes de type initiatique, mettant en œuvre des rituels à vocation religieuse pour honorer leur dieu tutélaire et s’engagent à préserver les secrets du métier. Toutes les organisations corporatives qui se succéderont jusqu’à nos jours procéderont peu ou prou de ces collegia romaines. Ces organisations seront concentrées dans les monastères après les invasions barbares de la Gaule du milieu du premier millénaire, époque du rayonnement de l’Église celtique.

La charge ” sacrée ” du bois, dont avaient conscience les bâtisseurs culdéens, fait partie des éléments de l’antique tradition conservés par l’Église celtique. L’originalité qui s’exprime dans le travail du bois, tant sur le continent qu’en Grande-Bretagne, vient d’une tradition dont les architectes du rite écossais avaient connaissance. Il semble qu’à la suite de l’octroi de la première charte maçonnique à York en 926, le rite ancien d’ York ait été un rite écossais fortement imprégné de celtisme. Ce rite qui se maintiendra jusqu’en 1172 aurait été un rite forestier. La construction des ouvrages religieux en bois reporte en fait à l’antique néméton des druides, les bâtisseurs s’ingéniant à reproduire la forêt dans leurs ouvrages. Cette tradition sera à l’origine de l’architecture ogivale.

L’Ordre du Temple aura un rôle important dans le fait de perpétuer les traditions des ouvriers du bâtiment. Les communautés de métier, dont celle des charpentiers, se reconstituent sous l’égide du Temple. L’art particulier issu de la tradition celtique explose alors dans l’architecture gothique. Il semble que le mot Devoir appliqué aux communautés de métier soit apparu entre les XIIe et XIIIe siècles dans une forêt du Temple située en Champagne. Dans cette forêt, vers 1275, travaillent des fabris dont l’organisation implique des initiations et des mots de passe. A la dissolution de l’Ordre en 1312, quelques Templiers se réfugient en Écosse et se placent sous la protection du roi Robert Bruce. Ils y rencontreront des guildes d’artisans flamands dont celle des charpentiers qui renoue avec la tradition des bâtisseurs culdéens. L’une des légendes maçonniques nous rapporte que la Franc-maçonnerie aurait alors été créée à l’initiative des Templiers dont le Grand Commandeur Hamptecourt et le Provincial d’Auvergne Pierre d’Aumont.

L’Ordre du Temple aura un rôle important dans le fait de perpétuer les traditions des ouvriers du bâtiment. Les communautés de métier, dont celle des charpentiers, se reconstituent sous l’égide du Temple. L’art particulier issu de la tradition celtique explose alors dans l’architecture gothique. Il semble que le mot Devoir appliqué aux communautés de métier soit apparu entre les XIIe et XIIIe siècles dans une forêt du Temple située en Champagne. Dans cette forêt, vers 1275, travaillent des fabris dont l’organisation implique des initiations et des mots de passe. A la dissolution de l’Ordre en 1312, quelques Templiers se réfugient en Écosse et se placent sous la protection du roi Robert Bruce. Ils y rencontreront des guildes d’artisans flamands dont celle des charpentiers qui renoue avec la tradition des bâtisseurs culdéens. L’une des légendes maçonniques nous rapporte que la Franc-maçonnerie aurait alors été créée à l’initiative des Templiers dont le Grand Commandeur Hamptecourt et le Provincial d’Auvergne Pierre d’Aumont.

Le roi d’Écosse aurait permis que la tradition templière se perpétue en autorisant la création de l’Ordre du Charbon et de la Rue. Cet Ordre encore appelé Ordre de Saint-André d’Écosse est fondé en 1314, la même année que la Grande Loge maçonnique de Herodom de Kilwinning.

l’Ordre des Chevaliers de Saint jean de Jérusalem et se voit attribuer en 1312, par le pape Clément V, tous les biens, droits et privilèges de l’Ordre du Temple dissout. L’Ordre de Saint Jean hérite par la même occasion de la juridiction du Temple sur les francs métiers.

Des associations de charbonniers sont recensées sur l’ensemble du territoire français entre les XIIIe et XVIIe siècles. Leurs rites de réception sont des plus rudes, et parfois brutaux. Les Charbonniers se choisissent comme saint patron saint Thibaut (ou Théobald) qui vécut de 1017 à 1066. La légende rapporte que, s’étant fait ermite dans une forêt, il y aurait rencontré les charbonniers et aurait été initié aux mystères du métier. La légende dit aussi que cette forêt était en Écosse. Saint Thibaut présente toutes les caractéristiques du saint de l’Église celtique dont l’influence est encore importante en Écosse et en Bretagne armoricaine.

Selon Jean-Marie Ragon, dans les forêts du Jura, des étrangers étaient admis dans les réunions de forestiers depuis le Moyen Âge, donc bien avant les premiers Francs-Maçons acceptés. Si la forêt représente pour le citadin un monde hostile peuplé de gens frustes et de brigands, elle ne compte en son sein que des gens unis par les mêmes besoins de liberté, une compréhension de la nature et une tolérance qui s’exprime dans une tradition d’hospitalité. La forêt est ainsi, de temps immémoriaux, peuplée de professionnels forestiers et de rebelles au pouvoir.

Elle ne compte en son sein que des gens unis par les mêmes besoins de liberté, une compréhension de la nature et une tolérance qui s’exprime dans une tradition d’hospitalité. La forêt est ainsi, de temps immémoriaux, peuplée de professionnels forestiers et de rebelles au pouvoir. La cohabitation, dans la forêt, de deux populations différentes partageant des valeurs communes mais ayant des buts différents sera sans doute à l’origine du mouvement carbonariste qui déviera vers une action politique activiste. Le carbonarisme italien, qui illustre le mieux cette dérive, puise ses sources traditionnelles dans la charbonnerie des monts du Jura.

Le roi François I° qualifia vers l’an 1540 les pairs et les grands dignitaires de l’Église de ” cousins ” tandis que ses prédécesseurs les appelaient ” très chers et fidèles amis “. Les cardinaux qui avaient conservé le titre de ” chers amis ” furent par la suite également appelés ” cousins ” par le roi Henri IV. Il s’est répandu une légende selon laquelle ” François le’, roi de France, chassant sur les frontières de son royaume, proche de l’Écosse, s’égara dans la forêt. Il demanda un abri dans une barache et fut bien reçu. Initié, il s’institua le protecteur des bons cousins charbonniers. Rentré en France, François FI tint parole et la société, par la suite, couvrit l’Allemagne et l’Angleterre. “

La permanence de l’Écosse dans les légendes forestières de la France pose problème et certains auteurs se sont demandé si cette forêt d’Écosse n’était pas l’antique forêt armoricaine, la Brocéliande des légendes arthuriennes.

Parallèlement à l’émergence de la Franc-maçonnerie moderne anglaise, apparaît en France, au début du XVIII siècle, le premier rituel forestier, le rituel compagnonnique de l’Ordre des Fendeurs. Suivront en 1747 les rituels du grade de Fendeur ou de Bûcheron, et celui de la Société des Fendeurs du Chevalier de Beauchaîne, puis en 1751, le rituel des Bons Compagnons Fendeurs de la Vente de Mâcon.

L’initiation d’un nouveau membre comporte  un épisode qui nous ramène à la tradition celtique la plus archaïque. A la mise à l’ouvrage de l’impétrant, il lui est remis une hache destinée à fendre une bûche. Il lui est dit à cette occasion ” Ménage tes coups avec prudence car cet instrument peut te procurer la vie mais aussi te donner la mort. ” La hache du forestier a ainsi sur terre les mêmes attributions que la massue du Dagda, le ” dieu bon ” de l’Irlande préchrétienne, au niveau cosmique. C’est également le rôle du maillet que porte le dieu gaulois Sucellos, le dieu du passage associé à la forêt et aux animaux. La batterie se dit battre le bois et se pratique sans doute avec deux morceaux de bois plutôt qu’avec un maillet si l’on se réfère aux rituels postérieurs.

Il semble que la première réunion forestière non compagnonnique, c’est-à-dire franc-maçonnique, se soit tenue sur la base de ce rituel en 1747. Sa mise en œuvre constitue la première tentative sérieuse de constitution d’une Franc-maçonnerie forestière. L’Obligation, portée sur un croûton de pain et un gobelet de vin, représente l’assistance à porter à ses semblables et le refus de leur taire quelque tort que ce soit, y compris de leur faire concurrence dans l’exercice du métier. La sanction pour manquement est symbolisée par la hache dont le Cousin Maître fait mine de frapper le nouveau fendeur au front.

Rituel de la Société des Fendeurs du Chevalier de Beauchaîne :

Ce rituel tranche avec ceux mis en œuvre à la même époque et postérieurement en ce sens qu’il ne comporte aucune référence à la religion chrétienne. Les Officiers portent des noms d’arbres et le catéchisme porte principalement sur l’association symbolique arbre / homme. La batterie se pratique avec les deux morceaux de bois du rituel vu précédemment et est nommée battre la diane. A l’ouverture, après avoir battu la diane, il est crié par trois fois ” A l’avantage “. Chaque membre porte une hache sur l’épaule, le salut se fait en la brandissant à bout de bras et le signe d’assentiment en la plantant dans un billot. L’Obligation est portée sur le pain et le vin de l’hospitalité et ses manquements sanctionnés par les haches des bons cousins ou la condamnation à être dévoré par les bêtes sauvages de la forêt. Le mot sacré « « Fer, Charbon, Acier, bonne vie et bon compagnon fendeur » 

Après l’échec du Chantier du Globe et de la Gloire, le chevalier de Beauchaîne opère une fusion entre la Charbonnerie et la Franc-maçonnerie. Il crée en 1766 la Loge ” Constance et Amitié ” en s’en proclamant bien évidemment Vénérable Maître inamovible. Il distribue alors, au nom de Charles II, roi d’Angleterre, des hauts grades tel celui de Parfait Maître. Ces agitations maçonniques forestières et mondaines auront eu l’avantage de produire un rituel qui, même construit sur la base d’un syncrétisme de rituels opératifs divers, est totalement cohérent avec les traditions forestières.

Rituel de l’Ordre de la Fenderie, dit du Grand Alexandre de la Confiance

Ce rituel aurait pris naissance en Bretagne armoricaine. Le 24 juin 1774, la Loge ” Sincère Union ” de Chatelaudren en Bretagne, sur avis favorable de la Loge ” Vertu Triomphante ” de Saint-Brieuc, adresse une demande de constitution au Grand Orient de France. Cette constitution est accordée le 7 décembre de la même année sous la responsabilité de Louis Philippe d’Orléans, duc de Chartres, Grand Maître de l’Ordre. Le créateur de la Franc-Maçonnerie à Saint-Brieuc était un certain Champeaux de Palarne qui fut second surveillant au grade de Prince de Jérusalem sous les auspices du Grand Maître de toutes les Loges régulières de France, le comte de Clermont. Ce dernier était à l’origine du rite de perfection Herodom Kilwinning institué en 1758. Il faut noter que les Loges bretonnes ont toujours conservé des relations étroites avec les Loges anglaises, même durant les guerres napoléoniennes. Le rite proposé par la nouvelle Loge est un rite forestier faisant référence au Grand Alexandre de la Confiance. Rituel de l’Ordre de la Fenderie, dit du Grand Alexandre de la Confiance

Ce rituel aurait pris naissance en Bretagne armoricaine. Le 24 juin 1774, la Loge ” Sincère Union ” de Chatelaudren en Bretagne, sur avis favorable de la Loge ” Vertu Triomphante ” de Saint-Brieuc, adresse une demande de constitution au Grand Orient de France. Cette constitution est accordée le 7 décembre de la même année sous la responsabilité de Louis Philippe d’Orléans, duc de Chartres, Grand Maître de l’Ordre. Le créateur de la Franc-maçonnerie à Saint-Brieuc était un certain Champeaux de Palarne qui fut second surveillant au grade de Prince de Jérusalem sous les auspices du Grand Maître de toutes les Loges régulières de France, le comte de Clermont. Ce dernier était à l’origine du rite de perfection Herodom Kilwinning institué en 1758. Il faut noter que les Loges bretonnes ont toujours conservé des relations étroites avec les Loges anglaises, même durant les guerres napoléoniennes. Le rite proposé par la nouvelle Loge est un rite forestier faisant référence au Grand Alexandre de la Confiance.

La légende fondamentale contenue dans le catéchisme d’instruction est ainsi énoncée ” Le Grand Alexandre de la Confiance se promenant un jour dans la forêt du Liban proche de la vallée du Sinaï, au royaume de Tyr où il s’était retiré avec sa cour pour y bâtir un palais, aperçut une lumière qui le conduisit très avancé dans la forêt, auprès d’un arbre sur l’écorce duquel il était écrit en lettres d’or : Abbat moy, me fend, et tu trouveras dans mon cœur de quoy former l’ordre des Fendeurs “

Rituel des Bons Compagnons Fendeurs de la Vente de Mâcon

Ce rituel fait appel au symbolisme le plus authentique et le plus élevé connu chez les forestiers de Haute Futaie. Il n’y est fait aucune allusion à la religion. Le catéchisme d’instruction est principalement basé sur la correspondance arbre / homme. On y cite cri particulier sept sortes de bois : le piqué, le rouge, le zélé, le gras, le rainuré, le bois vivant à gauche et le bois vivant à droite. Comme dans la plus archaïque tradition celtique, le forestier se reconnaît le ciel pour père et la terre pour mère. Le rituel comporte des allusions sexuelles comme le bouton et la boutonnière, et la façon de tourner la muette. Ce geste se fait en passant l’index d’une main dans le cercle formé du pouce touchant l’extrémité du quatrième doigt de l’autre main. Il y est également fait allusion au houx, lequel représente dans la tradition des Celtes la connaissance à transmettre. Les membres s’appellent Bons Cousins.

Rituel du 22e degré de Prince Liban ou Chevalier Royal Hache

Le lieu dans lequel se réunit le Collège est divisé en deux parties : l’Atelier du Mont Liban et le Conseil de la Table Ronde. Ce rituel est une légère incursion forestière, par la légende liée à la forêt du Mont Liban, dans les 33 grades du Rite Écossais Ancien et Accepté de la Franc-Maçonnerie. Les frères sont décorés d’un cordon arc-en-ciel symbolisant ” Le signe de réconciliation que le Seigneur avait donné aux hommes, par lequel il les assurait qu’il ne se vengerait plus d’eux. ” Le bijou porté à ce grade représente une petite hache d’or et une couronne. Le signe d’ordre consiste à mimer un coup de hache donné au pied d’un arbre. Rituel des Compagnons Fendeurs de Bois, Bons Cousins Charbonniers de la Vente de la forêt du Jura et autres. Ce rituel mêle tradition forestière et Franc-Maçonnerie. Les Ventes (réunions) se tiennent en plein air et les membres se nomment Cousins. Le maillet du Vénérable Maître est ici remplacé par la hachette du Grand Maître. Le référent est le Bon Cousin Maître de l’Univers, qualifié dans le catéchisme d’instruction de Grand Dieu. La vocation christique du rituel est affirmée par la présence d’un crucifix dans les bases du 1°grade. L’association de la maçonnerie et de la charbonnerie se retrouve dans ce passage consacré à l’initiation – Demande du Grand Maître : Que venez-vous faire ici ?
 Réponse : Vaincre mes passions, soumettre mes volontés et m’instruire dans la respectable charbonnerie.

Le rituel comporte également une devise qui sera l’une de celles des Carbonari italiens ” J’apporte aussi la Foi, l’Espérance et la Charité. ” La tenue des bons cousins se compose d’un tablier de peau rousse et de rubans de couleurs différentes, bleu, rouge et noir. Le bleu symbolise la fumée du fourneau, le noir le charbon de la fournaise et le rouge le feu du fourneau.

L’Obligation se prononce les mains en croix, sur l’eau et le sel. ” Je promets et m’oblige sur l’honneur de ne jamais révéler les secrets des bons cousins, de ne jamais attenter à l’honneur de leurs épouses et de ne point en recevoir parmi les bons cousins, de fournir à chaque bon cousin tous les secours que mes facultés comportent, de ne faire aucune réception sans être accompagné de deux autres bons cousins. Ainsi Dieu me soit en aide ! “

A la fin de la réunion, on fait circuler le sac des propositions et celui des pauvres. C’est sans doute ce rituel qui servira de support à la création du carbonarisme italien.

Rituel des Compagnons Fendeurs Charbonniers des Forêts du Roi d’Arras

Ce rituel spéculatif forestier fait référence à la légende de la construction du Temple de Salomon et au Mont Liban, et insiste sur l’aspect moral de l’initiation. Le chantier s’appelle la Guinguette-Carreaux. Il consacre les Devoirs des Braves Compagnons Fendeurs Charbonniers et prône l’observance religieuse des sept béatitudes « “J’ai été nu, vous m’avez habillé. J’ai eu soif, vous m’avez donné à boire. J’ai eu faim, vous m’avez donné à manger. J’ai été en prison, vous m’avez visité. J’ai été malade, vous m’avez secouru. J’ai eu froid, vous m’avez réchauffé. J’ai été affligé, vous m’avez consolé. ” »

Le référent est appelé Très Haut et doit être craint. Le rituel souligne l’émulation de la vertu et insiste sur la soumission aux lois. L’admission comporte un engagement d’union, de fidélité et de paix.

La mise en sommeil des Rites forestiers

Le grade de Fendeur compris comme un 4e grade des Loges bleues de la Franc-maçonnerie échoue. Seul le 22e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté dit de Chevalier Royal Hache ou Prince du Liban réussit son intégration par sa compatibilité avec les légendes habituelles de la Franc-maçonnerie écossaise.

Ces rituels utilisant le symbolisme de l’arbre pour représenter l’homme et la vie, étaient imprégnés de l’ancienne civilisation du bois véhiculée par l’Église celtique.

La Franc-maçonnerie du bois a privilégié un symbole universel irremplaçable, l’arbre.

En guise de conclusion à ce chapitre, on peut constater que, de temps immémoriaux, les forestiers prenaient grand soin, dans leur exploitation de la forêt, de la préserver. Les forestiers ont ainsi été la première population à développer une conscience écologique.

j’ai bûché

cousin maître th b

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