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L comme Larmes en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les larmes, souvent figurées en argent sur des tentures noires, appartiennent au décor funèbre de plusieurs grades maçonniques. Elles évoquent le deuil d’Hiram, le Maître assassiné, et plus largement la méditation sur la mort qui traverse le troisième degré et certains hauts grades. Héritées des draps mortuaires d’Ancien Régime et du vocabulaire héraldique, elles ne disent pas seulement la tristesse : elles invitent à transformer la perte en devoir de mémoire et d’action. Discret, ce motif révèle la place que la franc-maçonnerie accorde à l’émotion dans l’expérience initiatique.

Un motif funèbre ancien

Sous l’Ancien Régime, les églises et les maisons en deuil se tendaient de draps noirs semés de larmes d’argent, parfois accompagnés des initiales du défunt. L’héraldique connaît aussi la larme comme meuble de l’écu, et un champ peut être « semé de larmes ». La franc-maçonnerie du XVIIIe siècle a puisé dans ce répertoire visuel pour composer le décor de ses cérémonies de deuil.

Le deuil d’Hiram

Le troisième degré est construit autour de la légende d’Hiram, architecte du Temple de Salomon, assassiné par trois mauvais compagnons. La loge des Maîtres, appelée chambre du milieu, est traditionnellement décrite comme tendue de noir lors de la cérémonie, et le candidat y vit symboliquement la mort du Maître avant d’être relevé. Les larmes figurent le chagrin des Maîtres devant la perte d’Hiram et de la parole qu’il détenait.

Le Maître secret

Le motif est explicitement attesté au 4e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, celui de Maître secret : la loge y est tendue de noir et semée de larmes d’argent. Le rituel rapporte ces tentures à la condition mortelle de l’homme. Ce grade, qui ouvre les hauts grades écossais, prolonge le deuil d’Hiram et invite le nouveau Maître secret à reprendre l’œuvre interrompue, avec discrétion et fidélité.

Où apparaissent les larmes

  • Dans les tentures noires de certaines cérémonies du grade de Maître, selon les rituels.
  • Au 4e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, loge tendue de noir semée de larmes d’argent.
  • Dans les décors des tenues funèbres, qui honorent la mémoire des Frères et Sœurs disparus.
  • Sur certains cordons, tabliers et bijoux anciens de grades funèbres, selon les rites et les époques.

Interprétations

Les commentateurs proposent plusieurs lectures. La plus évidente est celle du deuil : la larme dit la perte, la finitude, la conscience de la mort. D’autres insistent sur la couleur : l’argent, métal associé à la lune et à la pureté, suggère une douleur maîtrisée, transfigurée par la beauté. D’autres encore voient dans la larme une eau qui purifie, rappelant les épreuves de l’initiation. Toutes s’accordent sur un point : la larme maçonnique n’est pas une fin, mais un passage vers l’action.

Une place pour l’émotion

La franc-maçonnerie est souvent décrite comme une école de la raison. Les larmes rappellent que l’initiation passe aussi par le cœur. La cérémonie de maîtrise, fortement dramatisée, vise à émouvoir pour faire comprendre. Le deuil d’Hiram, vécu et non seulement raconté, apprend à accueillir la vulnérabilité, à reconnaître la fraternité devant la mort et à transformer la perte en fidélité.

Les tenues funèbres

Les loges organisent des tenues funèbres, ou tenues de deuil, en mémoire de leurs membres disparus. Le temple y est souvent tendu de noir, une chaîne d’union est formée en leur honneur. Ces cérémonies, ouvertes parfois aux familles, donnent aux larmes leur sens le plus simple et le plus humain : celui du souvenir partagé.

Le saviez-vous ?

Dans l’architecture classique, les petites gouttes sculptées sous les triglyphes de l’ordre dorique sont appelées guttae, c’est-à-dire « gouttes » ou « larmes ». Certains commentateurs maçonniques aiment rapprocher ce détail de pierre, hérité des temples grecs, du motif des larmes : une manière de rappeler que le langage des bâtisseurs et celui des symboles se répondent.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééd.).
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hiram, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Chambre du Milieu, Tenue Funèbre, Acacia.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L comme Landmarks en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les landmarks, littéralement les « bornes » ou « repères », désignent dans la tradition anglo-saxonne les principes fondamentaux et réputés immuables de la Franc-maçonnerie. Les Constitutions d’Anderson de 1723 demandent déjà de préserver les « anciens landmarks », sans jamais dire lesquels. Depuis, de nombreux auteurs ont tenté d’en dresser la liste, le plus célèbre étant l’Américain Albert Mackey, qui en compta vingt-cinq. La notion est au cœur de la question de la régularité et de la reconnaissance entre obédiences, et donc des fractures qui partagent la maçonnerie mondiale entre courants dits réguliers et libéraux.

Une borne biblique

Landmarks
Source : Wikimedia Commons – Christophe Dioux – Public domain

Le mot anglais landmark désigne la borne qui marque la limite d’un champ. Les maçons l’ont rapproché d’un verset du Deutéronome et des Proverbes : « Tu ne déplaceras pas la borne de ton prochain ». En maçonnerie, il désigne les limites que l’on ne peut franchir sans cesser d’être maçon. Les Constitutions rédigées par James Anderson pour la Grande Loge de Londres en 1723 autorisent la Grande Loge à adopter de nouveaux règlements, à condition que les anciens landmarks soient soigneusement préservés ; mais elles n’en donnent aucune définition.

Les vingt-cinq landmarks de Mackey

Au XIXe siècle, plusieurs auteurs tentent de combler ce vide. L’Américain Albert Gallatin Mackey publie en 1856 une liste de vingt-cinq landmarks, en posant trois critères : une antiquité immémoriale, l’universalité et l’irrévocabilité. Sa liste comprend notamment les modes de reconnaissance, la division en trois grades, la légende du troisième degré, le gouvernement par un Grand Maître, la croyance en Dieu et en une vie future, la présence d’un livre de la Loi, l’égalité des maçons en loge et le secret. D’autres auteurs ont proposé des listes de sept, dix-neuf ou plus de cinquante points, preuve qu’il n’existe pas de consensus.

Les principes de base de 1929

Plutôt qu’une liste de landmarks, la Grande Loge Unie d’Angleterre a adopté en 1929 des principes de base pour la reconnaissance d’une Grande Loge, qui servent de référence au courant régulier.

  • Une origine régulière, par filiation d’une Grande Loge reconnue.
  • La croyance en un Grand Architecte de l’Univers et en sa volonté révélée.
  • L’obligation prêtée sur le Volume de la Loi sacrée, ouvert en loge.
  • L’appartenance réservée aux hommes, sans relations maçonniques avec des loges mixtes ou féminines.
  • La souveraineté de la Grande Loge sur les loges de sa juridiction.
  • La présence des trois grandes lumières : Volume de la Loi sacrée, équerre et compas.
  • L’interdiction des discussions religieuses et politiques en loge.
  • Le respect des anciens landmarks, coutumes et usages.

Landmarks et régularité

Landmarks
Source : Wikimedia Commons – Guy Wareham – CC BY-SA 2.0

Ces critères conditionnent la reconnaissance mutuelle des obédiences. En 1877, le Grand Orient de France supprime l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme ; l’année même, la Grande Loge Unie d’Angleterre rompt ses relations avec lui. Depuis, le monde maçonnique se partage entre une maçonnerie dite régulière, qui se réfère à ces principes, et une maçonnerie dite libérale ou adogmatique, qui privilégie la liberté absolue de conscience et admet souvent les femmes. En France, la Grande Loge Nationale Française est l’obédience reconnue par Londres.

L’exemple suisse et la voie libérale

Certaines Grandes Loges, notamment en Europe continentale, ont choisi de ne pas employer le terme. La Grande Loge Suisse Alpina, longtemps attentive aux deux courants, n’en fait pas mention dans ses principes généraux. Les obédiences libérales, réunies notamment au sein du CLIPSAS, préfèrent parler de principes ou de valeurs plutôt que de bornes intangibles, en insistant sur la liberté de conscience et le refus de toute discrimination.

Une notion discutée

Pour leurs défenseurs, les landmarks garantissent l’identité de l’Ordre face aux dérives. Pour leurs critiques, nombre d’entre eux sont des constructions du XIXe siècle présentées comme immémoriales, et servent surtout à tracer des frontières institutionnelles. Les historiens relèvent que plusieurs critères, comme l’exclusion explicite des femmes ou la référence au Volume de la Loi sacrée, ont été formalisés bien après 1717. La question demeure : comment transmettre une tradition sans l’enfermer ?

Le saviez-vous ?

Un projet de révision des principes de 1929, proposé en 1989 en Angleterre, n’a jamais été adopté : c’est toujours le texte de 1929 qui sert de référence pour la reconnaissance.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Régularité, Reconnaissance, Volume de la loi sacrée, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme), Obédience.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L comme Lacs d’amour en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les lacs d’amour sont les nœuds en forme de huit couché qui ponctuent la cordelière entourant le tableau de loge, appelée houppe dentelée. Image de la chaîne d’union, ils figurent le lien qui unit les membres de la loge : des boucles distinctes, reliées par un même fil, qui ne se confondent pas mais ne peuvent se séparer. Le mot « lacs », qui signifie lien ou nœud, vient du latin laqueus. Motif ancien de l’héraldique et de l’ornement, il a pris en maçonnerie le sens d’une fraternité librement nouée.

Un mot ancien

Corde en forme de cœur

Le mot lacs, que l’on prononce « la », vient du latin laqueus, le lacet, le nœud coulant, et a donné aussi « lacet ». En ancien français, il désigne un cordon, un piège ou un lien. Les « lacs d’amour » sont, dans l’ornementation et l’héraldique, des cordons entrelacés formant des boucles, signe de fidélité et d’attachement. La franc-maçonnerie a repris ce motif pour son tableau de loge.

La houppe dentelée

Sur les tableaux des grades symboliques, une corde fait le tour du dessin, en formant à intervalles réguliers des nœuds en huit, avant de se terminer par deux glands, les houppes. L’ensemble, appelé houppe dentelée, encadre l’espace symbolique de la loge. Les rituels et les auteurs y voient l’image de la chaîne d’union : les frères et les sœurs, liés les uns aux autres, entourent et protègent le temple. Le nombre de lacs varie selon les tableaux et les traditions.

Le nœud en huit

Le lac d’amour a la forme d’un huit couché, proche du signe mathématique de l’infini. Cette forme parle d’elle-même : deux boucles réunies en un point, un mouvement qui revient sur lui-même sans fin. Elle évoque à la fois la relation de deux êtres et la continuité d’un lien qui ne s’épuise pas. Contrairement au nœud qui serre, le lac d’amour laisse un espace libre au centre de chaque boucle.

Lacs d’amour et chaîne d’union

La chaîne d’union est le geste par lequel, dans de nombreuses loges, les membres se tiennent les mains en cercle, bras croisés, à la fin des travaux. Les lacs d’amour en sont la représentation graphique permanente, inscrite sur le tableau. Là où la chaîne d’union est un moment, la houppe dentelée est une présence : elle rappelle, même en dehors du rite, que le lien demeure.

  • Lien : chaque boucle tient aux autres par le même fil.
  • Liberté : la boucle reste ouverte et ne serre pas.
  • Continuité : le cordon fait le tour du temple sans interruption.
  • Protection : la cordelière délimite et garde l’espace symbolique.
  • Ouverture : les houppes terminales laissent la chaîne ouverte, prête à accueillir de nouveaux membres selon une lecture courante.

Une fraternité exigeante

Lacs d'amour

Les lacs d’amour ne célèbrent pas une fraternité naïve. Un lien se noue, mais il s’entretient : il peut se relâcher, s’emmêler, et il faut le resserrer. Le symbole rappelle que la fraternité maçonnique suppose effort, fidélité et respect des singularités. On est uni sans être confondu, relié sans être enfermé.

Une lecture spirituelle

Certains auteurs ont lu dans les lacs d’amour un symbole plus vaste : le lien de l’homme à lui-même, aux autres et au principe qui le dépasse. René Guénon a consacré des pages au symbolisme des liens et des nœuds, montrant que le nœud peut signifier tantôt l’entrave, tantôt la jonction. Dans la loge, c’est la seconde lecture qui l’emporte.

Le saviez-vous ?

Anne de Bretagne fit de la cordelière nouée un emblème personnel, et l’héraldique associa ensuite ce cordon aux armoiries des veuves. Bien avant les loges, la corde nouée servait déjà en Europe à exprimer la fidélité et l’engagement.

Dans le décor du temple

Au-delà du tableau de loge, beaucoup de temples sont ornés d’une cordelière qui court le long des murs, à mi-hauteur ou sous la voûte, ponctuée de lacs d’amour et terminée par des houppes près des colonnes de l’entrée. Les membres assis sur les colonnes se trouvent ainsi, littéralement, à l’intérieur du lien. Le nombre de nœuds varie d’un temple à l’autre, sans qu’une règle commune s’impose.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • René Guénon, Symboles de la science sacrée, Gallimard, 1962.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, rééd. Dervy.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Houppe dentelée, Corde, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Fraternité.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L comme Labyrinthe en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le labyrinthe est un symbole très ancien, du mythe crétois de Thésée aux pavements des cathédrales gothiques, dont celui de Chartres, le plus grand conservé dans une église. Il ne fait pas partie des symboles rituels classiques des loges, mais les francs-maçons l’ont adopté comme image du chemin initiatique : un parcours qui tourne, revient sur lui-même, s’éloigne du centre pour mieux y conduire. Associé aux voyages de l’initiation et à la mémoire des bâtisseurs de cathédrales, il est devenu un thème fréquent de planches et de méditations.

Un symbole antique

Labyrinthe

Le mot vient du grec labyrinthos, qui désigne dans le mythe l’édifice construit par Dédale pour le roi Minos, en Crète, afin d’y enfermer le Minotaure. Thésée y pénètre, tue le monstre et en ressort grâce au fil donné par Ariane. Des figures labyrinthiques sont gravées sur des monnaies de Cnossos, sur des rochers et des tablettes bien plus anciennes. Le labyrinthe dit à la fois l’épreuve, l’égarement et l’issue : on n’en sort qu’avec un fil, une méthode ou un guide.

Labyrinthe et dédale

On distingue deux formes. Le labyrinthe univoque, ou à chemin unique, ne comporte aucune impasse : il est long et sinueux, mais il conduit nécessairement au centre. C’est le cas des labyrinthes des cathédrales. Le dédale, ou labyrinthe à choix, multiplie les bifurcations et les culs-de-sac, comme les labyrinthes de jardin de l’époque moderne. Le premier est un chemin de patience, le second un problème à résoudre. La lecture maçonnique privilégie le premier.

Les labyrinthes des cathédrales

Au Moyen Âge, plusieurs cathédrales reçoivent un labyrinthe dans le pavement de leur nef. Celui de Chartres, tracé au début du XIIIe siècle, mesure près de 13 mètres de diamètre ; les fidèles le parcouraient, parfois à genoux, en récitant des prières. Celui d’Amiens, de 1288, portait en son centre une dalle évoquant l’évêque et les maîtres d’œuvre de l’édifice. La plupart de ces labyrinthes ont été détruits aux XVIIe et XVIIIe siècles, ce qui donne une valeur exceptionnelle à celui de Chartres.

Repères

Labyrinthe
  • Mythe crétois : Dédale, Minos, le Minotaure, Thésée et le fil d’Ariane.
  • Début du XIIIe siècle : labyrinthe de la cathédrale de Chartres, 12,88 m de diamètre.
  • 1288 : labyrinthe d’Amiens, avec la mention des maîtres d’œuvre.
  • XVIIe-XVIIIe siècles : destruction de la plupart des labyrinthes d’église.
  • Franc-maçonnerie : symbole d’interprétation, lié aux voyages et à la mémoire des bâtisseurs.

Pourquoi les maçons s’y intéressent

La maçonnerie spéculative se réclame des bâtisseurs de cathédrales, et les labyrinthes qui portaient le nom des maîtres d’œuvre ont nourri l’idée d’une signature symbolique des architectes médiévaux. Cette filiation relève davantage de l’imaginaire que de l’histoire documentée : rien ne prouve que les loges opératives aient donné au labyrinthe un sens initiatique. Mais le rapprochement est fécond pour la méditation, et les auteurs maçonniques en ont fait un thème récurrent.

Le labyrinthe et les voyages

Lors de l’initiation, le candidat accomplit des voyages symboliques les yeux bandés, guidé par un frère ou une sœur, sur un parcours qui tourne autour de la loge. Plusieurs auteurs ont rapproché ces voyages du labyrinthe : on avance sans voir le but, on dépend d’un guide, on rencontre des obstacles, et l’on finit par arriver au centre, où la lumière est donnée. Ce rapprochement est une lecture et non une prescription rituelle, mais il éclaire bien le sens des voyages : le chemin initiatique n’est jamais rectiligne.

Une lecture initiatique

Labyrinthe

Le labyrinthe univoque enseigne que les détours font partie du chemin. Au moment où l’on se croit proche du centre, le tracé vous en éloigne ; au moment où l’on se croit perdu, il vous en rapproche. Le pèlerin n’a qu’une chose à faire : continuer, sans quitter le tracé. Transposée au travail maçonnique, l’image invite à la persévérance, à la confiance dans la méthode et à l’humilité devant la longueur de la route. Le centre lui-même, enfin, peut se lire comme le cœur de l’être, que l’on n’atteint qu’après avoir longtemps tourné autour.

Pour approfondir

  • Hermann Kern, Through the Labyrinth, Prestel, 2000, somme de référence sur l’histoire du labyrinthe.
  • Ville de Chartres, présentation du labyrinthe de la cathédrale.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Centre régional d’études franc-maçonniques Paris-Bucarest (Musée maçonnique), Fil à plomb, Profane, Bandeau.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

K comme Kilo en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans l’argot des loges, le kilo désigne une somme d’argent, et plus particulièrement l’offrande versée au tronc de la veuve, la collecte de solidarité qui circule en fin de tenue. Le mot appartient au registre familier de la vie maçonnique plutôt qu’au vocabulaire rituel, et son origine n’est pas documentée. Il s’inscrit pourtant dans un ensemble cohérent de termes par lesquels les maçons parlent de l’argent : métaux, capitation, triangle, salaire. Ce vocabulaire révèle une relation particulière à l’argent, mis à distance lors de l’initiation, puis remis au service de la fraternité.

Un mot d’argot

Kilo
Tronc de la Veuve – Nos Colonnes

Les glossaires maçonniques définissent le kilo comme un terme d’argot désignant une somme d’argent, en particulier celle du tronc de la veuve. On dira par exemple, de façon familière, que chacun a mis « son kilo » dans le tronc. Le mot n’apparaît pas dans les vocabulaires maçonniques anciens comme celui de Bazot (1810), et rien n’indique qu’il ait une valeur rituelle : c’est un usage oral, variable selon les loges et les régions.

Son origine n’est pas établie. Il rejoint d’autres emplois argotiques du mot dans la langue familière, où il désigne une quantité ou une somme, mais aucune source fiable ne permet d’en préciser la genèse maçonnique.

Le tronc de la veuve

Le kilo prend tout son sens par rapport au tronc qu’il alimente. En fin de tenue, l’hospitalier fait circuler le tronc ; chacun y passe la main, qu’il donne ou non, afin que nul ne sache qui a donné ni combien. Le produit est consacré à la solidarité : secours aux frères et sœurs en difficulté, aide aux familles, soutien à des œuvres. Le nom du tronc rappelle Hiram, présenté par la Bible comme le fils d’une veuve, et les maçons se nomment volontiers les « enfants de la veuve ».

Le vocabulaire maçonnique de l’argent

  • Métaux : l’argent et les objets métalliques dont le candidat est dépouillé avant son initiation ; par extension, les sommes recueillies.
  • Capitation : la cotisation annuelle versée par chaque membre à sa loge et à son obédience.
  • Triangle : dans le langage de table, la participation de chacun aux frais du banquet.
  • Salaire : terme symbolique, sans rapport avec l’argent, qui désigne la progression ; l’augmentation de salaire est le passage à un grade supérieur.
  • Kilo : la somme versée au tronc, dans l’argot des loges.

Se dépouiller des métaux, puis donner

Kilo
Source : Wikimedia Commons – James Tissot – Public domain

Le rapport de la maçonnerie à l’argent est marqué par un geste fondateur : lors de l’initiation, le candidat est dépouillé de ses métaux. Il entre dans le Temple sans rien de ce qui, dans le monde profane, signale la richesse ou le rang. Cette mise à distance n’est pas un mépris de l’argent ; elle rappelle que la valeur d’un homme ne s’y mesure pas.

Le tronc de la veuve fait le chemin inverse : l’argent, rendu à sa fonction de moyen, revient dans la loge pour être donné. Le kilo est ainsi le signe d’un argent converti au service des autres.

Discrétion et égalité

La manière de verser le kilo importe autant que son montant. Le geste identique pour tous protège à la fois la pudeur de ceux qui donnent peu et l’humilité de ceux qui donnent beaucoup. Il préserve l’égalité entre les membres, principe essentiel de la loge, et rejoint l’enseignement de l’Évangile sur l’obole de la veuve, qui donne plus que les riches parce qu’elle donne de son nécessaire.

Une solidarité organisée

Les sommes recueillies sont gérées avec rigueur : le produit du tronc est annoncé, consigné dans le procès-verbal, et les secours sont attribués sur décision du Vénérable, souvent après avis de l’hospitalier. Certaines obédiences font vérifier ces comptes par une commission de solidarité. Le kilo, mot familier, recouvre donc une pratique très encadrée.

Le saviez-vous ?

Le tronc ne circule pas lors de toutes les réunions : dans de nombreuses obédiences, il passe à chaque tenue régulière, mais pas lors des réunions administratives. Son produit est annoncé publiquement en loge, sans mention des donateurs, ce qui permet à chacun de mesurer l’effort collectif sans connaître l’effort individuel.

À retenir

  • Le kilo est un mot d’argot désignant une somme d’argent, surtout l’offrande au tronc de la veuve.
  • Il relève de l’usage oral et non du vocabulaire rituel ; son origine n’est pas documentée.
  • Il s’inscrit dans un lexique de l’argent : métaux, capitation, triangle, salaire.
  • Il exprime une solidarité discrète, anonyme et égalitaire.

Voir aussi dans le glossaire : Tronc de la veuve, Hospitalier (ou Elémosinaire), Métaux, Capitation, Triangle, Augmentation de salaire…, Initiation de Mozart à la loge La Bienfaisance de Vienne, 14 décembre 1784 (date historique).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

K comme Kadosh en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Kadosh, de l’hébreu qadosh, « saint », « consacré », « mis à part », est le nom d’un des grades les plus célèbres des hauts grades maçonniques : le Chevalier Kadosh, 30e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté. Apparu dans la France du milieu du XVIIIe siècle, nourri de la légende templière, il est souvent présenté comme le sommet « philosophique » du rite. Il a aussi suscité fantasmes et accusations, ce qui en fait un mot clé autant pour l’histoire des rites que pour celle de l’antimaçonnisme.

Un mot hébreu

Kadosh en Franc-maçonnerieKadoshK comme Kadosh

La racine hébraïque q-d-sh exprime la séparation d’avec le profane : est qadosh ce qui est réservé au sacré. Le mot est familier aux lecteurs de la Bible, par exemple dans l’acclamation « Saint, saint, saint » du livre d’Isaïe. Les hauts grades du XVIIIe siècle ont abondamment puisé dans le vocabulaire hébraïque ; Kadosh, souvent orthographié Kadosch, désigne ainsi un chevalier « consacré » à une mission.

Origines : un grade du XVIIIe siècle

Le grade apparaît en France vers 1760, dans le foisonnement des grades de « vengeance » et de chevalerie. On le rattache au système dit de Rite de Perfection, en vingt-cinq degrés, associé au Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident (1758), où il figurait comme 24e grade. Des sources le relient aussi à des grades templiers pratiqués dans l’espace germanique vers la même époque.

Lorsque le Suprême Conseil de Charleston fonde en 1801 le Rite Écossais Ancien et Accepté en trente-trois degrés, il en fait le 30e degré, sous le nom de Grand Élu Chevalier Kadosh. Le rite est introduit en France en 1804 par le comte de Grasse-Tilly.

La légende templière

Le Kadosh s’appuie sur la légende d’une filiation entre les Templiers et la franc-maçonnerie, popularisée au XVIIIe siècle. Le souvenir de la suppression de l’Ordre du Temple et du supplice de Jacques de Molay (1314) y est transposé en allégorie : le chevalier combat non des personnes, mais les forces qui oppriment la conscience, que les rituels figurent sous la forme de l’ignorance, du fanatisme et de la tyrannie. Les historiens tiennent la filiation templière pour un mythe fondateur, sans fondement documentaire.

Le Kadosh dans le REAA aujourd’hui

En France, le 30e degré est conféré dans un atelier appelé aréopage ou conseil, qui couronne la série des grades dits philosophiques (19e à 30e). Il est fréquemment décrit comme une synthèse : après les grades de perfection et le Rose-Croix, le Kadosh invite à une éthique de l’engagement, à la défense de la liberté de conscience et de la justice.

Aux États-Unis, Albert Pike a profondément remanié le rituel dans les années 1850 et commenté le grade dans Morals and Dogma (1871). Le Suprême Conseil de la Juridiction Sud en présente l’enseignement comme une fidélité à soi-même et à la défense du juste. Le rituel américain a été révisé en 2000. Le sigle usuel est C∴K∴S∴ ou C∴K∴H∴.

Repères

Kadosh en Franc-maçonnerieKadoshK comme Kadosh
  • Étymologie : hébreu qadosh, « saint », « séparé ».
  • Apparition : France, vers 1760 ; 24e grade du Rite de Perfection.
  • REAA : 30e degré depuis la fondation du rite à Charleston (1801).
  • Thèmes : chevalerie, légende templière, justice, liberté de conscience.
  • Textes : rituels de Pike (années 1850), Morals and Dogma (1871).

Fantasmes et accusations

Le grade a nourri une abondante littérature hostile. On a affirmé, notamment dans une encyclopédie catholique du début du XXe siècle, que le récipiendaire devait piétiner une tiare pontificale et une couronne royale. Cette affirmation ne figure pas dans la première version du rituel de Pike et a disparu des éditions ultérieures de l’encyclopédie. Les fabrications de Léo Taxil, à la fin du XIXe siècle, ont également exploité l’image d’un Kadosh vengeur et sacrilège.

Le saviez-vous ?

Le Kadosh existe aussi hors du REAA. Plusieurs systèmes de hauts grades du XVIIIe siècle comportaient des grades de chevalerie « vengeresse » proches, et l’on retrouve des Kadosh dans divers rites européens. C’est l’un des rares noms de grade à avoir traversé presque tous les systèmes.

Une exigence plus qu’un titre

Au-delà de l’histoire, le mot conserve sa force : être « mis à part », dans la lecture maçonnique, ne signifie pas se retirer du monde, mais s’en distinguer par une conduite. Le Kadosh rappelle que l’idéal initiatique se mesure à la capacité d’agir avec discernement et courage.

Une lecture contemporaine

Les obédiences et juridictions qui pratiquent le grade le présentent aujourd’hui comme une étape de discernement : après avoir médité sur la tradition, l’initié est invité à examiner les institutions, les pouvoirs et ses propres engagements. La « vengeance » des rituels anciens est relue comme la lutte contre l’arbitraire et l’intolérance, non contre des personnes. Cette relecture, amorcée dès le XIXe siècle, a permis au grade de conserver sa place sans endosser l’imaginaire violent que lui prêtaient ses adversaires.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Grandes Constitutions du Rite écossais ancien et accepté, 1er mai 1786 (date historique), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Templiers (légende templière), Rose-Croix, Aréopage, Suprême Conseil, Albert Pike (antimaçonnisme).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

K comme Kabbale en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La Kabbale, de l’hébreu qabbalah, « réception », désigne la tradition mystique et ésotérique juive qui s’est épanouie au Moyen Âge autour du Bahir et du Zohar, avec sa doctrine des dix sefirot. Christianisée à la Renaissance, elle a nourri l’ésotérisme occidental et, par lui, une partie de la franc-maçonnerie : mots hébreux des rituels, spéculations sur les lettres et les nombres, références dans certains hauts grades. Son influence réelle sur les loges est pourtant débattue, et il importe de distinguer la Kabbale historique de ses usages maçonniques.

Un mot qui signifie « réception »

Kabbale

Le terme dérive de la racine hébraïque q-b-l, « recevoir ». La Kabbale se présente comme un savoir reçu et transmis, ce qui l’apparente, dans l’esprit de nombreux francs-maçons, à la notion de transmission initiatique. Pour la tradition juive, il s’agit avant tout d’une lecture approfondie de la Torah et d’une réflexion sur la nature de Dieu et de la création.

Les grands textes

La Kabbale historique se forme en Provence et en Espagne aux XIIe et XIIIe siècles. Le Sefer ha-Bahir (« Livre de la Clarté »), apparu au XIIe siècle, en est considéré comme l’un des premiers écrits ; le Zohar (« Livre de la Splendeur »), attribué à Moïse de León à la fin du XIIIe siècle, en est le monument. Un texte plus ancien, le Sefer Yetsirah (« Livre de la Formation »), avait déjà développé une spéculation sur les dix nombres et les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu.

Au XVIe siècle, l’école de Safed, autour d’Isaac Louria, renouvelle profondément la doctrine. Au XXe siècle, l’historien Gershom Scholem a fondé l’étude scientifique de la Kabbale, notamment avec Les Grands Courants de la mystique juive.

Sefirot et Arbre de vie

Au cœur de la Kabbale se trouvent les dix sefirot, émanations ou attributs divins, disposées en un schéma appelé Arbre de vie, reliées par vingt-deux sentiers. Trois colonnes s’y dessinent : la rigueur, la miséricorde et, entre elles, l’équilibre. Nombre d’auteurs maçonniques ont rapproché ces colonnes des deux colonnes du Temple, Jakin et Boaz, et de la recherche d’un point d’équilibre entre elles.

De la Kabbale chrétienne à la franc-maçonnerie

Kabbale
La Kabbale dans la franc-maçonnerie en Russie avant et après 1800

À la Renaissance, Pic de la Mirandole puis Johannes Reuchlin intègrent la Kabbale à la pensée chrétienne ; au XVIIe siècle, la Kabbala denudata de Christian Knorr von Rosenroth la rend accessible en latin. Cette Kabbale chrétienne irrigue l’hermétisme et le rosicrucianisme, que la franc-maçonnerie des hauts grades rencontrera au XVIIIe siècle.

Les rituels maçonniques utilisent de nombreux mots hébreux, empruntés le plus souvent à la Bible plutôt qu’à la Kabbale proprement dite. Certains rites ou courants accordent une place plus explicite à la spéculation kabbalistique, notamment dans la mouvance martiniste et illuministe. Au XIXe siècle, Albert Pike consacre de longs développements à la Kabbale dans Morals and Dogma (1871), au point d’en faire une clé des symboles maçonniques, thèse aujourd’hui jugée excessive par les historiens.

Une influence à relativiser

Les historiens soulignent que la franc-maçonnerie est née dans un milieu chrétien, britannique, où la Kabbale juive était peu connue, et que les Juifs n’ont été admis que progressivement dans les loges. L’influence kabbalistique est donc surtout indirecte et tardive, passant par l’ésotérisme chrétien. La Kabbale reste en revanche pour bien des maçons une méthode de lecture symbolique : chercher sous la lettre un sens caché, comme la guématrie attribue une valeur numérique aux lettres.

Repères

  • Étymologie : hébreu qabbalah, « réception ».
  • Textes : Sefer Yetsirah, Bahir (XIIe s.), Zohar (XIIIe s.).
  • Notions : sefirot, Arbre de vie, guématrie, Ein Sof.
  • Relais vers la maçonnerie : Kabbale chrétienne de la Renaissance, hermétisme, hauts grades.
  • Auteur de référence pour l’histoire : Gershom Scholem.

Le saviez-vous ?

Kabbale

La Kabbale a aussi servi d’arme à l’antimaçonnisme : les pamphlétaires de la fin du XIXe siècle ont présenté la référence à la Kabbale comme la preuve d’une prétendue « judéo-maçonnerie ». Cette accusation, qui associait antisémitisme et antimaçonnisme, est l’une des racines du mythe du complot judéo-maçonnique.

Lecture maçonnique et lecture juive

Il importe de ne pas confondre la Kabbale vivante, qui reste une tradition religieuse juive enseignée dans un cadre d’observance, avec ses usages symboliques en loge. Les francs-maçons qui s’y intéressent l’abordent le plus souvent comme herméneutique, c’est-à-dire comme art d’interpréter, et non comme doctrine à adopter.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hermétisme, Rose-Croix, Ésotérisme, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

J comme Justice Maçonnique en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La justice maçonnique désigne l’ensemble des règles, des instances et des procédures par lesquelles une obédience règle les conflits entre ses membres et sanctionne les manquements à ses textes. Elle est strictement interne : elle ne juge que des francs-maçons, en leur seule qualité de membres d’une association, et ne se substitue jamais aux tribunaux de l’État. Héritière des anciens usages du métier, qui voulaient que les différends entre frères soient d’abord portés devant la loge, elle concilie aujourd’hui exigence fraternelle et garanties de procédure.

Une juridiction d’association, pas un tribunal parallèle

Justice Maçonnique

Juridiquement, une obédience française est le plus souvent une association régie par la loi de 1901. Comme tout groupement, elle peut prévoir dans ses statuts et son règlement des mécanismes disciplinaires applicables à ses adhérents. La justice maçonnique n’est rien d’autre : un droit disciplinaire privé, dont la sanction la plus lourde est l’exclusion du groupement.

La légende d’une « justice » maçonnique concurrente de celle de l’État, voire capable de châtiments occultes, appartient à l’imaginaire antimaçonnique. Dans les faits, un comportement relevant du droit pénal ou civil relève des juridictions ordinaires ; l’obédience peut seulement en tirer des conséquences sur l’appartenance de l’intéressé. Plusieurs règlements prévoient d’ailleurs que des poursuites profanes graves puissent justifier une suspension conservatoire en attendant le jugement définitif.

Une tradition ancienne : régler les différends en loge

Les Constitutions d’Anderson (1723) consacrent leur sixième « Charge » au comportement des frères. Elles recommandent que les querelles personnelles ne franchissent pas la porte de la loge et que les différends soient d’abord soumis aux frères avant tout recours aux tribunaux, sauf lorsque la nature de l’affaire l’interdit. L’idée est restée : avant d’être répressive, la justice maçonnique se veut conciliatrice.

Cette logique se retrouve dans la plupart des règlements actuels, qui imposent ou encouragent une tentative de conciliation, souvent confiée au Vénérable Maître ou à des frères désignés, avant l’ouverture d’une procédure formelle.

Les instances : l’exemple du Grand Orient de France

Au Grand Orient de France, la justice est organisée à plusieurs niveaux par le Règlement général. Des chambres de justice maçonnique statuent en premier ressort ; la Chambre suprême de justice maçonnique (CSJM) connaît des appels et de certaines affaires particulières. Une section permanente de cette chambre, composée de trois membres, peut être saisie en urgence par le Conseil de l’Ordre pour prononcer une suspension conservatoire lorsque des faits graves sont reprochés à un membre.

Les autres obédiences disposent de structures comparables, sous des noms variables : chambres ou cours de justice, juridictions fraternelles, conseils de discipline, avec en général un double degré de juridiction. Les juges sont des maîtres élus ou désignés, distincts des organes exécutifs, afin de préserver une forme de séparation des fonctions.

Procédure et garanties

Justice Maçonnique

Les règlements modernes empruntent beaucoup aux principes du procès équitable : plainte écrite et motivée, instruction confiée à un rapporteur, communication du dossier, audition de la personne mise en cause, droit d’être assisté par un défenseur, décision motivée, possibilité d’appel. Au GODF, l’assistance est réservée à un membre de l’association, et non à un avocat profane, et l’audience peut être ouverte aux maîtres de l’obédience.

  • Saisine : par un frère, une loge ou l’exécutif de l’obédience, selon les cas prévus par les textes.
  • Instruction : rapport écrit, audition des parties et des témoins.
  • Jugement : décision motivée rendue par une formation collégiale.
  • Recours : appel devant l’instance supérieure de l’obédience.
  • Contrôle ultime : les tribunaux civils peuvent être saisis si les droits de la défense ou les statuts n’ont pas été respectés.

L’échelle des sanctions

Les sanctions sont graduées selon la gravité des faits. On trouve, selon les obédiences, l’avertissement ou le blâme, l’interdiction temporaire d’exercer des offices, la suspension des droits maçonniques pour une durée déterminée, enfin l’exclusion ou radiation. La suspension ne doit pas être confondue avec la « mise en sommeil », qui désigne d’ordinaire l’interruption volontaire de l’activité d’un frère ou d’une loge.

Les motifs retenus sont généralement la violation de la Constitution ou du Règlement général, l’usage indu de la qualité maçonnique à des fins personnelles ou politiques, l’inconduite, ou des faits portant gravement atteinte à l’honneur de l’obédience.

Une dimension éthique

La justice maçonnique repose sur un paradoxe assumé : une communauté qui se veut fraternelle doit pourtant juger. Elle rappelle que l’engagement initiatique n’est pas seulement intérieur, mais qu’il crée des devoirs envers les autres. La symbolique de la loge, avec l’équerre de la rectitude et le niveau de l’égalité, sert ici de fil conducteur : juger avec équité, sans esprit de vengeance, en cherchant d’abord à réparer.

Le saviez-vous ?

Justice Maçonnique

Certaines décisions de justice maçonnique ont fait l’objet de recours devant les tribunaux de la République. Les juges civils n’y examinent pas le bien-fondé moral de la sanction, mais vérifient le respect des statuts et des droits de la défense, comme pour toute association. Ce contrôle illustre la place exacte de la justice maçonnique : une juridiction interne, soumise au droit commun.

À retenir

  • La justice maçonnique est un droit disciplinaire d’association, sans pouvoir sur la vie civile.
  • Elle privilégie la conciliation avant la sanction.
  • Elle est organisée par les textes de chaque obédience, souvent avec deux degrés de juridiction.
  • La sanction maximale est l’exclusion de l’obédience.

Voir aussi dans le glossaire : Entrée de Frédéric Desmons au Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France, 1873 (date historique), Radiation, Obédience, Sautoir de Vénérable Maître.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

J comme Jumelage en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le jumelage désigne, en franc-maçonnerie, l’accord par lequel deux loges, le plus souvent de pays différents, s’engagent à entretenir des relations fraternelles régulières : visites réciproques, tenues communes, échanges de travaux. Inspiré des jumelages de villes nés après la Seconde Guerre mondiale, il ne crée ni fusion ni subordination : chaque atelier garde son rite, ses usages et son obédience. Il suppose toutefois que les deux obédiences se reconnaissent, ou au moins entretiennent des relations. Le jumelage donne une forme concrète à l’universalisme maçonnique et à l’idée ancienne du maçon voyageur, accueilli dans toute loge du monde.

Le maçon voyageur

Jumelage
Source : Wikimedia Commons – Eric Jones – CC BY-SA 2.0

La franc-maçonnerie a toujours valorisé la circulation : les Constitutions d’Anderson (1723) prévoient l’accueil des Frères étrangers, et l’usage de la visite dans une autre loge, après tuilage, est aussi ancien que les loges elles-mêmes. Au XVIIIe siècle, officiers, diplomates et négociants trouvaient dans les loges des ports et des capitales un réseau d’hospitalité. Le jumelage formalise et stabilise cette pratique ancienne : au lieu de visites ponctuelles, il instaure un lien durable entre deux ateliers.

Un modèle venu des villes

Le mot lui-même est emprunté au vocabulaire municipal. Les jumelages de villes se sont développés en Europe à partir de la fin des années 1940, pour réconcilier les peuples après la guerre, en particulier entre la France et l’Allemagne. Les loges ont adopté la formule dans la seconde moitié du XXe siècle, avec la multiplication des échanges européens et la facilité des voyages. On trouve aujourd’hui des jumelages entre loges françaises et loges belges, suisses, allemandes, italiennes, africaines, québécoises ou latino-américaines.

La procédure

  • Prise de contact : souvent grâce à des Frères ou des Sœurs ayant des liens personnels ou professionnels avec l’autre pays.
  • Visites réciproques : chaque loge découvre le rite, les usages et l’esprit de l’autre.
  • Vérification des relations : les deux obédiences doivent être en relations, ce que vérifient leurs services des relations extérieures.
  • Vote : le projet est soumis à chaque loge, qui délibère en tenue.
  • Cérémonie : une tenue solennelle, souvent organisée successivement dans les deux pays, voit la signature d’une charte ou d’un acte de jumelage et l’échange de présents.

La question de la reconnaissance

Jumelage
Source : Wikimedia Commons – John Salter – Public domain

Le jumelage dépend de la géographie complexe des obédiences. Une loge de la Grande Loge Nationale Française, liée à la Grande Loge Unie d’Angleterre, ne peut pas se jumeler avec une loge du Grand Orient de France, et inversement, car leurs obédiences ne se reconnaissent pas. Les jumelages se nouent donc à l’intérieur d’un même réseau de reconnaissances : maçonnerie dite régulière d’un côté, maçonnerie libérale et adogmatique de l’autre, réunie par exemple au sein de structures internationales comme CLIPSAS. Cette contrainte rappelle que l’universalité maçonnique est un idéal, et non une réalité institutionnelle uniforme.

Ce que l’on échange

Un jumelage vivant se traduit par des visites régulières, des tenues communes à l’occasion d’une fête solsticiale ou d’un anniversaire, des planches croisées sur un même thème et parfois des actions de solidarité. Le dépaysement rituel est précieux : un Frère du Rite Français découvrira un rite anglo-saxon ou écossais pratiqué autrement, une loge belge comparera ses usages à ceux d’une loge suisse. La différence de langue elle-même devient un exercice d’écoute.

Une portée symbolique

Pour beaucoup de maçons, le jumelage incarne la chaîne d’union étendue au-delà des frontières. Il oblige à distinguer l’essentiel de l’accessoire : ce qui fait la franc-maçonnerie se retrouve sous des formes rituelles diverses. Il rappelle aussi que la loge n’est pas une fin en soi ; elle participe d’un ensemble plus vaste, que l’on découvre en le visitant.

Le saviez-vous ?

Le premier jumelage de villes franco-allemand, entre Montbéliard et Ludwigsburg, date de 1950. Le mot « jumelage » n’est entré qu’ensuite dans le vocabulaire des loges, qui l’ont repris pour désigner une pratique de visite bien plus ancienne.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Visiteur, Tuilage, Reconnaissance, Obédience, Universalisme (antimaçonnisme), Régularité.

Glossaire de la franc-maçonnerie

J comme Jean en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les loges maçonniques sont traditionnellement dites « loges de Saint-Jean », et la maçonnerie des trois premiers grades « maçonnerie de Saint-Jean ». Ce patronage associe deux figures : saint Jean-Baptiste, fêté le 24 juin, au solstice d’été, et saint Jean l’Évangéliste, fêté le 27 décembre, au solstice d’hiver. Hérité des confréries de métier, il structure le calendrier des loges, nourrit une riche symbolique de la lumière et a marqué des dates fondatrices, comme la création de la Grande Loge de Londres le 24 juin 1717.

Deux saints, deux solstices

Jean

Jean-Baptiste, le précurseur qui annonce la venue du Christ, est fêté le 24 juin, quand le soleil atteint son point le plus haut. Jean l’Évangéliste, auteur traditionnel du quatrième évangile qui s’ouvre sur le thème de la lumière, est fêté le 27 décembre, au moment où les jours recommencent à croître. Ces deux fêtes encadrent l’année solaire et forment un axe symbolique que les loges ont fait leur : la lumière à son apogée et la lumière renaissante.

Un héritage des bâtisseurs

Les confréries de métier médiévales se plaçaient sous la protection de saints patrons dont elles célébraient la fête par une messe et un banquet. Les maçons opératifs anglais et écossais ont honoré saint Jean, et les loges écossaises du XVIIe siècle s’en réclament déjà. La franc-maçonnerie spéculative a hérité de cette tradition : la Grande Loge de Londres et Westminster est fondée le jour de la Saint-Jean d’été 1717, et la Grande Loge Unie d’Angleterre naît de l’union célébrée le jour de la Saint-Jean d’hiver 1813. Le calendrier johannique rythme ainsi les grandes dates de l’Ordre.

Repères

  • 24 juin : Saint-Jean d’été, Jean-Baptiste.
  • 27 décembre : Saint-Jean d’hiver, Jean l’Évangéliste.
  • 24 juin 1717 : fondation de la Grande Loge de Londres.
  • 27 décembre 1813 : union des « Anciens » et des « Modernes » en Grande Loge Unie d’Angleterre.
  • « Maçonnerie de Saint-Jean » : les trois grades symboliques, par opposition aux hauts grades.

Une rectification

Jean

On lit parfois que la maçonnerie britannique aurait pour patron saint Georges. C’est une confusion avec le saint patron de l’Angleterre. Les loges anglaises, écossaises et irlandaises ont historiquement célébré les saints Jean, et l’expression « Holy Saints John » demeure vivante aux États-Unis. Après l’union de 1813, les rituels anglais ont en revanche atténué la référence aux deux saints, tandis qu’elle restait centrale dans la maçonnerie continentale, notamment au Rite Écossais Rectifié.

La lumière johannique

Le prologue de l’Évangile de Jean, « Au commencement était le Verbe », associe la Parole, la vie et la lumière qui brille dans les ténèbres. Dans de nombreuses obédiences, la Bible ouverte sur l’autel des serments l’est précisément à ce prologue. Le récipiendaire, qui demande à « recevoir la lumière », s’inscrit dans cette symbolique : Jean-Baptiste annonce la lumière, Jean l’Évangéliste en contemple la nature.

Les fêtes solsticiales

Les loges célèbrent les deux Saint-Jean par des tenues solennelles, souvent suivies d’un banquet d’ordre. La Saint-Jean d’été est fréquemment l’occasion de l’installation des officiers ou de travaux festifs ; la Saint-Jean d’hiver, plus méditative, invite au bilan. Ces fêtes rappellent que le temps maçonnique épouse le cycle de la nature, où chaque déclin prépare une renaissance.

Une figure devenue universelle

La fête de la Saint-Jean d'été
La fête de la Saint-Jean d’été

Si le patronage johannique est d’origine chrétienne, nombre d’obédiences l’entendent aujourd’hui de façon symbolique, détachée de toute confession : les deux Jean figurent la recherche de la vérité, la droiture et la lumière intérieure. D’autres, notamment dans la tradition rectifiée, maintiennent sa dimension chrétienne. Cette diversité de lectures illustre la capacité des symboles maçonniques à accueillir des consciences différentes autour d’un socle commun.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • James Anderson, The New Book of Constitutions, Londres, 1738.
  • Paul Naudon, La Franc-maçonnerie, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1963.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Solstices, Fondation de la loge Saint-Jean Auxiliaire à Stockholm, 1752 (date historique), Fêtes Solsticiales, Lumières (trois), Volume de la loi sacrée, Banquet d’ordre.

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