
Les larmes, souvent figurées en argent sur des tentures noires, appartiennent au décor funèbre de plusieurs grades maçonniques. Elles évoquent le deuil d’Hiram, le Maître assassiné, et plus largement la méditation sur la mort qui traverse le troisième degré et certains hauts grades. Héritées des draps mortuaires d’Ancien Régime et du vocabulaire héraldique, elles ne disent pas seulement la tristesse : elles invitent à transformer la perte en devoir de mémoire et d’action. Discret, ce motif révèle la place que la franc-maçonnerie accorde à l’émotion dans l’expérience initiatique.
Un motif funèbre ancien
Sous l’Ancien Régime, les églises et les maisons en deuil se tendaient de draps noirs semés de larmes d’argent, parfois accompagnés des initiales du défunt. L’héraldique connaît aussi la larme comme meuble de l’écu, et un champ peut être « semé de larmes ». La franc-maçonnerie du XVIIIe siècle a puisé dans ce répertoire visuel pour composer le décor de ses cérémonies de deuil.
Le deuil d’Hiram
Le troisième degré est construit autour de la légende d’Hiram, architecte du Temple de Salomon, assassiné par trois mauvais compagnons. La loge des Maîtres, appelée chambre du milieu, est traditionnellement décrite comme tendue de noir lors de la cérémonie, et le candidat y vit symboliquement la mort du Maître avant d’être relevé. Les larmes figurent le chagrin des Maîtres devant la perte d’Hiram et de la parole qu’il détenait.
Le Maître secret
Le motif est explicitement attesté au 4e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, celui de Maître secret : la loge y est tendue de noir et semée de larmes d’argent. Le rituel rapporte ces tentures à la condition mortelle de l’homme. Ce grade, qui ouvre les hauts grades écossais, prolonge le deuil d’Hiram et invite le nouveau Maître secret à reprendre l’œuvre interrompue, avec discrétion et fidélité.
Où apparaissent les larmes
- Dans les tentures noires de certaines cérémonies du grade de Maître, selon les rituels.
- Au 4e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, loge tendue de noir semée de larmes d’argent.
- Dans les décors des tenues funèbres, qui honorent la mémoire des Frères et Sœurs disparus.
- Sur certains cordons, tabliers et bijoux anciens de grades funèbres, selon les rites et les époques.
Interprétations
Les commentateurs proposent plusieurs lectures. La plus évidente est celle du deuil : la larme dit la perte, la finitude, la conscience de la mort. D’autres insistent sur la couleur : l’argent, métal associé à la lune et à la pureté, suggère une douleur maîtrisée, transfigurée par la beauté. D’autres encore voient dans la larme une eau qui purifie, rappelant les épreuves de l’initiation. Toutes s’accordent sur un point : la larme maçonnique n’est pas une fin, mais un passage vers l’action.
Une place pour l’émotion
La franc-maçonnerie est souvent décrite comme une école de la raison. Les larmes rappellent que l’initiation passe aussi par le cœur. La cérémonie de maîtrise, fortement dramatisée, vise à émouvoir pour faire comprendre. Le deuil d’Hiram, vécu et non seulement raconté, apprend à accueillir la vulnérabilité, à reconnaître la fraternité devant la mort et à transformer la perte en fidélité.
Les tenues funèbres
Les loges organisent des tenues funèbres, ou tenues de deuil, en mémoire de leurs membres disparus. Le temple y est souvent tendu de noir, une chaîne d’union est formée en leur honneur. Ces cérémonies, ouvertes parfois aux familles, donnent aux larmes leur sens le plus simple et le plus humain : celui du souvenir partagé.
Le saviez-vous ?
Dans l’architecture classique, les petites gouttes sculptées sous les triglyphes de l’ordre dorique sont appelées guttae, c’est-à-dire « gouttes » ou « larmes ». Certains commentateurs maçonniques aiment rapprocher ce détail de pierre, hérité des temples grecs, du motif des larmes : une manière de rappeler que le langage des bâtisseurs et celui des symboles se répondent.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééd.).
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Hiram, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Chambre du Milieu, Tenue Funèbre, Acacia.
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