ven 09 décembre 2022 - 17:12

ITALIE : Le tronc de la veuve

De notre confrère italien expartibus.it – Rosmunda Cristiano

Et s’asseyant devant le trésor, il observa comment la foule jetait des pièces dans le trésor. Beaucoup de gens riches avaient beaucoup jeté. Mais quand une pauvre veuve vint, elle jeta deux petites pièces de monnaie, c’est-à-dire un sou.

Alors, appelant les disciples à lui, il leur dit : « En vérité, je vous le dis, cette veuve a jeté dans le trésor plus que tous les autres. Comme chacun a donné le superflu, elle a plutôt, dans sa pauvreté, mis tout ce qu’elle avait, tout ce qu’elle avait pour vivre ».
Evangile de Marc XII 42-44

La coutume de la charité, dans la franc-maçonnerie, dériverait du passage de l’Evangile rapporté ci-dessus, nos anciens rituels n’en font mention qu’en 1820, lorsque, dans les « Statuts généraux de Naples » , il y eu une référence à « l’échange de charité ».

Le fait est que chaque tour, de quelque degré que ce soit, se termine par le passage du tronc de la veuve ; sans cette cérémonie simple mais très importante, on peut dire que la séance n’est pas un « rituel« .

La dénomination « Tronc de la Veuve », avec une référence claire au passage susmentionné de Marc, fait probablement référence à la figure de Hiram « fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, mais du père Tirio, artisan en bronze, d’une grande capacité technique et plein de talent, expert dans toutes sortes de travail du bronze » , et nous ramène à la légende d’Isis.

La déesse, sœur et épouse du dieu Osiris, tuée et mise en pièces par son frère Seth, qui éparpilla ses restes sur toute la Terre, aidée par sa sœur Nephthys, après une longue errance, retrouve toutes les parties de son corps sauf le phallus, dévoré par un poisson du Nil.

Isis, avec beaucoup d’efforts et de larmes, parvient à rassembler le corps, mais, faute de membre viril, elle est incapable de procréer. Sans se décourager, elle se fait une prothèse en bois de sycomore et le rejoint, donnant vie à Horus, le Soleil, qui, par conséquent, est le fils de la veuve, telle qu’elle a été engendrée par Isis, qui l’a conçu sans mari.

Le coffre avec les restes divins, descendant le Nil, atteint la mer et est poussé par les courants sur la côte de la Syrie, où, soudain, une bruyère apparaît et pousse rapidement jusqu’à enfermer le coffre dans son tronc. Le roi du lieu, surpris par la grandeur de la plante, la fait tailler et, ignorant son contenu, en fait une colonne pour son palais.

En l’apprenant, Isis se rend en Syrie où, après diverses vicissitudes, elle obtient enfin la colonne dans laquelle repose le corps d’Osiris et, couverte d’onguents parfumés, l’élève au centre d’un grand temple. A partir de ce moment, dans tous les temples qui lui sont dédiés, les fidèles dévots déposent leurs offrandes destinées à la charité dans une malle placée à l’intérieur de l’enceinte sacrée.

C’est ainsi que le récipiendaire de la charité prend le nom de ‘Tronco della Vedova’.
Pour cette raison, dans les milieux ésotériques, on dit qu’un initié est un « Fils de la Veuve » car cela signifie être comme Horus ou comme Jésus, car selon leurs cultes respectifs, tous deux sont nés sans l’intervention d’un père.

Être le fils de la veuve, c’est être un enfant de l’espace fait pour que l’âme reçoive toute la lumière de l’esprit, d’une mort-renaissance qui implique un acte intérieur d’union avec soi-même pour réaliser sa plénitude, un acte qui ne peut que avoir lieu en un point ineffable, connu seulement de ceux qui se réunissent, ou « connu seulement des enfants de la veuve ».

Lors du rite d’initiation, le Vénérable Maître s’adresse au candidat avec la formule suivante :

Profane, il est temps de mettre en pratique le second devoir du franc-maçon, c’est-à-dire de pratiquer les vertus les plus douces et les plus bienfaisantes, d’aider votre Frère, de prévoir ses besoins, d’apaiser ses malheurs et de l’assister de vos conseils, de vos lumières avec votre crédit.

Ces vertus, considérées dans le monde profane comme des qualités rares, ne sont, chez les francs-maçons, que l’accomplissement d’un devoir.

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’en rajouter pour comprendre l’importance accordée à la solidarité, entendue comme fondement de l’égalité et de la fraternité et comme corollaire de réalisation immédiate du chemin initiatique.

Le Franc-Maçon, en même temps, travaille à son propre perfectionnement spirituel et à celui de l’Humanité, en effet si « vouloir être meilleur c’est être meilleur » il est aussi vrai que « s’améliorer c’est améliorer les autres ».

L’homme et l’humanité, en tant qu’un et tous, sont des facteurs indispensables ; l’ésotérisme, comme cheminement vers la connaissance du Soi, représente notre opération, tout comme la construction du temple intérieur fut une œuvre tout aussi efficace pour nos prédécesseurs engagés dans les chantiers et pour les spéculatifs acceptés dont nous sommes les descendants.

Voilà donc que la séparation des métaux, qui s’effectue déjà dans le cabinet de réflexion pour que le candidat soit admis au Temple, prend une signification pratique d’une signification intrinsèque bien plus large que même le haut contenu moral.

Si les métaux représentent l’élément lourd et corporel de notre réalité physique, s’en détacher devient une condition nécessaire pour que la rectification ait lieu. Ce symbole doit ensuite être intériorisé et réalisé individuellement par l’Initié, ce qui signifie que l’ésotérisme, comme cheminement vers la connaissance du Soi, reproduit notre fonctionnement.

La séparation des métaux ne nourrit pas l’attachement aux biens matériels et, plus généralement, aux passions, car sans ce détachement progressif la rectification serait un leurre. L’accomplissement de ce devoir sans ostentation cache, sur le plan individuel, la main bienfaitrice ; l’aide reste entourée de secret car, pour produire des effets opérationnels, il ne doit pas y avoir de rétribution morale, mais un véritable sacrifice, sacrum-facio .

Briser la coquille de sa personnalité égoïque et se sentir partie intégrante de ce tout qu’est l’Humanité est une étape indispensable pour se transcender et transformer l’Initiation en sa réalisation spirituelle ; ainsi se concrétise l’amour du prochain.
L’Amour comme Feu, un passage obligé qui sera approfondi au cours du parcours initiatique.

À un certain moment de la cérémonie, les métaux sont rendus, si l’initiation est intériorisée, sa valeur est transmuée et elle est éliminée d’une manière différente. Il semble extrêmement cohérent que l’argent collecté dans le coffre de la veuve soit transformé en « beaucoup de morceaux d’Osiris pour la reconstruction de l’homme ».

La charité est la vertu capable de soulager la douleur et la misère qui nous entourent. Alors qu’une aide durable peut changer la vie et le destin d’un homme.

Au matérialisme et à la recherche effrénée de la richesse, il faut opposer l’humble et douce poésie du tronc de la veuve.
A. Corona

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