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La légende templière affirme que la franc-maçonnerie serait l’héritière secrète de l’ordre du Temple, supprimé au début du XIVe siècle. Née au XVIIIe siècle dans le climat de la maçonnerie chevaleresque, elle a inspiré des systèmes entiers, comme la Stricte Observance templière, et des grades encore pratiqués, du Chevalier Kadosh aux Knights Templar anglo-saxons. Les historiens n’ont jamais trouvé de filiation réelle. La légende reste pourtant un puissant mythe fondateur, que les antimaçons ont aussi retourné contre les loges.
L’ordre du Temple, rappel historique

L’ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon naît à Jérusalem vers 1120 pour protéger les pèlerins ; il reçoit sa règle au concile de Troyes en 1129. Devenu puissant et riche, il est arrêté en France sur ordre de Philippe le Bel en 1307, puis supprimé par le pape Clément V en 1312. Le dernier grand maître, Jacques de Molay, est brûlé à Paris en 1314. Cette fin dramatique a nourri, dès le Moyen Âge, des récits de malédiction et de survivance secrète.
Naissance de la légende au XVIIIe siècle
Le discours du chevalier de Ramsay, prononcé en 1736-1737, rattache la maçonnerie aux chevaliers croisés, sans nommer explicitement les Templiers. Il ouvre la voie à une maçonnerie chevaleresque qui multiplie les grades d’inspiration militaire et religieuse. Vers le milieu du siècle, l’idée d’une transmission templière se précise : des chevaliers réfugiés en Écosse auraient caché leur ordre au sein des confréries de maçons.
La Stricte Observance templière
Le baron allemand Karl Gotthelf von Hund (1722-1776) fonde à partir de 1751 la Stricte Observance, système qui se présente comme la restauration de l’ordre du Temple, gouverné par des « Supérieurs inconnus ». Elle se répand en Allemagne, puis en France, notamment à Lyon et Strasbourg. Le convent de Kohlo (1772) en organise la structure.
Mais l’absence de preuves et de Supérieurs inconnus mine le système. Les maçons lyonnais réunis autour de Jean-Baptiste Willermoz élaborent à partir de 1778 une réforme qui deviendra le Rite Écossais Rectifié. Au convent de Wilhelmsbad, en 1782, la filiation templière directe est abandonnée : le Temple devient une référence spirituelle, et l’ordre intérieur prend le nom de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.
Une légende toujours vivante dans les grades
- Chevalier Kadosh (30e degré du REAA) : grade associé à la mémoire de Jacques de Molay et au thème de la vengeance, aujourd’hui interprété comme lutte contre l’injustice.
- Souverain Commandeur du Temple (27e degré du REAA).
- Knights Templar : ordre maçonnique chrétien anglo-saxon, rattaché au Rite d’York aux États-Unis.
- Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte : classe chevaleresque du Rite Écossais Rectifié.
- Ordre DeMolay : organisation de jeunesse fondée aux États-Unis en 1919, sous patronage maçonnique.
Le néo-templarisme du XIXe siècle
En 1804, autour du médecin Bernard-Raymond Fabré-Palaprat, apparaît à Paris un « Ordre du Temple » qui s’appuie sur la Charte de Larmenius, censée prouver une succession ininterrompue de grands maîtres depuis Molay. Les historiens tiennent ce document pour un faux. Ce néo-templarisme, distinct de la franc-maçonnerie mais issu de ses milieux, a connu un certain succès sous l’Empire et la Restauration.
La légende retournée par l’antimaçonnisme
Dès la Révolution, les adversaires des loges s’emparent du mythe. En 1796, Charles-Louis Cadet de Gassicourt publie Le Tombeau de Jacques Molay, où il présente la Révolution comme la vengeance des Templiers par l’intermédiaire des maçons. L’abbé Augustin Barruel reprend des thèmes voisins dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (1797-1798). La légende templière devient ainsi une pièce du complotisme, réactivée jusqu’à nos jours dans la littérature populaire.
Ce qu’en disent les historiens
Aucun document ne prouve une transmission entre le Temple médiéval et les loges, apparues dans les îles Britanniques au XVIIe siècle à partir des corporations de bâtisseurs. La légende templière est une construction du XVIIIe siècle, révélatrice du désir de noblesse et d’ancienneté de la maçonnerie des Lumières. Elle n’en garde pas moins une valeur symbolique : idéal chevaleresque, fidélité, refus de l’arbitraire.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Alain Demurger, Vie et mort de l’ordre du Temple, Seuil, 1985.
- Pierre Mollier, La Chevalerie maçonnique, Dervy, 2005.
- Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, Londres, 1797-1798.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Initiation du chevalier Ramsay à la loge Horn de Westminster, mars 1730 (date historique), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Accusation de satanisme (antimaçonnisme).
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