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Le mot « Noachite » désigne, en franc-maçonnerie, à la fois le descendant spirituel de Noé et un grade : le 21e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, intitulé Noachite ou Chevalier prussien. Dès 1738, les Constitutions d’Anderson demandent au maçon d’être un « vrai Noachide », c’est-à-dire fidèle à la loi morale commune à toute l’humanité issue de Noé. Le terme exprime ainsi un idéal d’universalisme moral, antérieur aux religions particulières, qui a profondément marqué l’identité maçonnique.
Noé et les lois noachides

Selon la Genèse, après le Déluge, Dieu conclut une alliance avec Noé et ses descendants, c’est-à-dire avec l’humanité entière, sous le signe de l’arc-en-ciel. La tradition rabbinique, notamment dans le Talmud, en a tiré les sept lois noachides : un ensemble de préceptes universels, comme l’interdiction du meurtre, du vol ou de l’idolâtrie et l’obligation d’établir des tribunaux, que doit respecter tout être humain, juif ou non.
Être « fils de Noé », c’est donc appartenir à une humanité réunie par une morale commune, au-delà des différences de culte. Cette idée a séduit les penseurs des XVIIe et XVIIIe siècles en quête d’une religion naturelle.
Le « vrai Noachide » d’Anderson
Dans la seconde édition des Constitutions de James Anderson, en 1738, le premier article des Obligations précise que le maçon est tenu d’observer la loi morale en vrai Noachide. Les Noachides y sont présentés comme le premier nom des francs-maçons. La formule prolonge l’esprit de l’édition de 1723, qui n’obligeait le maçon qu’à la religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord.
Cette référence fait de la maçonnerie l’héritière d’une alliance antérieure à Moïse et au Christ, et fonde son ouverture à des hommes de confessions différentes. Elle est souvent citée dans les débats sur la tolérance et l’universalisme maçonniques.
Le 21e degré : Noachite ou Chevalier prussien
Le grade de Noachite ou Chevalier prussien apparaît au XVIIIe siècle et devient le 21e degré du REAA. Sa légende se rattache à la tour de Babel : l’orgueil des bâtisseurs y est puni par la confusion des langues, et la figure de l’architecte Phaleg incarne le repentir et l’humilité. Le grade enseigne que le savoir sans humilité conduit à la chute, et que la justice doit s’exercer sans considération de rang.
Il est connu pour sa dimension de tribunal : les Chevaliers prussiens jugent avec équité, et le grade porte un fort accent sur la justice. Le qualificatif de « prussien », dont l’origine précise est discutée, est souvent rapproché du prestige de Frédéric II dans la maçonnerie du temps.
À retenir

- Noachide : descendant de Noé, membre de l’humanité réunie par l’alliance post-diluvienne.
- Sept lois noachides : préceptes universels tirés de la tradition rabbinique.
- Anderson, 1738 : le maçon doit observer la loi morale en « vrai Noachide ».
- 21e degré du REAA : Noachite ou Chevalier prussien, légende de Babel et de Phaleg.
- Valeurs : humilité, justice, universalisme moral.
Babel, une leçon pour les bâtisseurs
Le choix de la tour de Babel pour un grade maçonnique n’est pas anodin. La maçonnerie fait du Temple de Salomon le modèle de l’œuvre juste, bâtie pour une fin sacrée et dans l’harmonie. Babel en est l’anti-modèle : une construction inspirée par l’orgueil, qui aboutit à l’incompréhension et à la dispersion. Le Noachite apprend ainsi que la qualité d’un édifice dépend de l’intention de ses bâtisseurs, et que la parole partagée est la condition de toute œuvre commune.
Postérité du noachisme
Au XIXe siècle, le rabbin italien Élie Benamozegh a fait du noachisme une proposition de religion universelle, dans Israël et l’humanité, publié après sa mort. Son disciple Aimé Pallière en a diffusé l’idée en France. Sans lien institutionnel avec la maçonnerie, ce courant rejoint l’intuition du « vrai Noachide » : une fraternité humaine fondée sur une éthique commune.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- James Anderson, The New Book of Constitutions, Londres, 1738.
- Élie Benamozegh, Israël et l’humanité, Paris, 1914 (posthume).
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééd.).
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Publication des Constitutions d’Anderson, 1723 (date historique), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Arche d’alliance, Tolérance, Aréopage.
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