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Les Grandes Constitutions de 1786 se présentent comme adoptées à Berlin le 1er mai 1786, sous la présidence du roi de Prusse Frédéric II, Souverain Grand Commandeur. Elles fondent le Rite écossais ancien et accepté en 33 degrés et son gouvernement par des Suprêmes Conseils. Mais le roi meurt trois mois plus tard, le texte n’apparaît qu’à Charleston après 1801 et sa première version connue est anglaise : les historiens y voient un document rédigé en Amérique. Apocryphes ou non, ces Constitutions demeurent la charte de référence des Suprêmes Conseils du monde entier.
Date : 1er mai 1786 (date revendiquée)
Lieu : Berlin, Prusse (attribution traditionnelle)
Le contexte : la floraison des hauts grades

Au XVIIIe siècle, au-delà des trois grades symboliques, se multiplient les hauts grades dits écossais. À Bordeaux et à Paris, des Constitutions de 1762 organisent un « Rite du Royal Secret » en 25 degrés et 7 classes. Le négociant Étienne Morin, porteur d’une patente de grand inspecteur, transmet ce système aux Antilles ; Henry Andrew Francken le diffuse en Amérique du Nord. C’est sur cette base que naîtra le Rite écossais ancien et accepté.
Ce que disent les Grandes Constitutions
Le texte se dit « fait et approuvé » au Grand Orient de Berlin le 1er mai 1786, Frédéric II présidant. Il porte la hiérarchie à 33 degrés, contre 25 auparavant, et confie le gouvernement du rite à un Suprême Conseil de neuf Souverains Grands Inspecteurs Généraux, dont au moins cinq doivent professer la religion chrétienne. Il prévoit un seul Suprême Conseil par royaume européen, deux aux États-Unis et un dans chacune des Antilles britanniques et françaises. La devise Ordo ab Chao lui est associée.
Une attribution à Frédéric II très discutée
Frédéric II, souverain maçon initié en 1738, meurt le 17 août 1786, malade depuis des mois. Aucune trace de ces Constitutions n’existe dans les archives prussiennes, et la maçonnerie prussienne, exclusivement chrétienne, aurait mal accepté l’éclectisme religieux du texte. L’historien Pierre Noël conclut que l’attribution au roi est pour le moins discutable et que le document a sans doute été rédigé outre-Atlantique par des maçons d’origine européenne, pour qui le nom de Frédéric avait une valeur quasi mythique.
Apparition à Charleston

Le texte surgit dans l’orbite du premier Suprême Conseil, fondé à Charleston en 1801 autour de John Mitchell et Frederick Dalcho. Sa circulaire du 4 décembre 1802 annonce un rite de 33 degrés régi par des Constitutions « signées » par Frédéric, sans en publier le contenu. Le plus ancien manuscrit connu est en anglais, de la main de Dalcho ; une version française légalisée par Jean-Baptiste Delahogue en est la traduction. Le texte n’est imprimé qu’en 1832, dans le recueil de Sétier, et une version latine paraît en 1834 sous l’égide du comte de Saint-Laurent.
La portée pour la franc-maçonnerie
Ces Constitutions donnent au REAA son architecture durable : degrés symboliques, degrés de perfection, chapitre, aréopage, consistoire et trente-troisième degré. Elles légitiment la création des Suprêmes Conseils : celui des Isles d’Amérique en 1802, puis, en 1804, celui de France par le comte de Grasse-Tilly. Révisées au convent international de Lausanne en 1875, elles restent le texte de référence des Suprêmes Conseils réguliers.
Postérité et débats
Le débat sur l’authenticité des Grandes Constitutions est aujourd’hui largement tranché par les historiens en faveur d’une rédaction américaine, sans que cela entame leur autorité rituelle. La date du 1er mai 1786 demeure une date symbolique, célébrée comme l’acte de naissance du rite par les Suprêmes Conseils, en France comme à l’étranger. Les principales versions sont désormais publiées et comparées, notamment par Pierre Noël.
Repères chronologiques
- 1762 : Constitutions et règlements du Rite du Royal Secret, en 25 degrés.
- 1er mai 1786 : date revendiquée des Grandes Constitutions de Berlin.
- 17 août 1786 : mort de Frédéric II.
- 1801 : fondation du Suprême Conseil de Charleston.
- 4 décembre 1802 : circulaire de Charleston annonçant le rite en 33 degrés.
- 1804 : Suprême Conseil de France fondé par Grasse-Tilly.
- 1832 : première impression des Grandes Constitutions ; 1875 : convent de Lausanne.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Pierre Noël (Auteur).

