Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

Élevé au XVIe siècle à deux pas du Panthéon, le palais Giustiniani est l’un des lieux les plus chargés de l’histoire maçonnique italienne. Siège du Grand Orient d’Italie de 1901 jusqu’à la confiscation fasciste, puis partiellement occupé par les maçons jusqu’en 1985, il a donné son nom à l’obédience, encore appelée « Grand Orient d’Italie – Palazzo Giustiniani ». Devenu résidence de représentation du président du Sénat, il reste l’objet d’une revendication de l’obédience, qui souhaiterait y installer un musée.
Lieu : Via della Dogana Vecchia / Piazza della Rotonda, Rome, Italie
Construction : XVIe-XVIIe siècle
Architecte : Giovanni Fontana ; Francesco Borromini (remaniements)
Site officiel : grandeoriente.it
Un palais romain de la Renaissance et du baroque

Situé entre la Via della Dogana Vecchia et la Piazza della Rotonda, dans le rione Sant’Eustachio, le palais est d’abord construit au XVIe siècle pour Mgr Francesco Vento, sur des plans de Giovanni Fontana, probablement aidé de son frère Domenico. En 1590, il est acquis par Giuseppe Giustiniani, issu de la grande famille génoise et ancien gouverneur de Chio. Son fils, le cardinal Benedetto Giustiniani, l’agrandit en y annexant les immeubles voisins jusqu’à occuper un îlot entier.
Les travaux de la première moitié du XVIIe siècle s’achèvent avec l’intervention de Francesco Borromini, auteur du portail et du balcon sur la Via della Dogana Vecchia ainsi que d’une cour intérieure à arcs surbaissés. Le frère du cardinal, Vincenzo Giustiniani, y réunit une collection d’environ 1 600 œuvres, antiques et peintures de Giorgione, Titien, Raphaël et Caravage. À l’extinction de la branche principale de la famille, en 1859, le palais passe aux Grazioli.
La salle Zuccari et l’histoire de Salomon
La pièce la plus célèbre est la Grande Galerie, dite salle Zuccari, seule salle restée inchangée depuis la construction. Son plafond, peint en 1586-1587 et attribué à Federico Zuccari (avec des interventions liées à Antonio Tempesta et Pietro Paolo Bonzi, l’attribution restant discutée), illustre l’Histoire de Salomon, sujet qui ne pouvait que résonner auprès des futurs occupants maçonniques, héritiers de la légende du Temple.
Le « Vatican vert » du Grand Orient d’Italie
En 1898, la famille Grazioli loue le palais au Grand Orient d’Italie, qui y installe son siège le 21 avril 1901. Selon la presse italienne, c’est le Grand Maître Ernesto Nathan, futur maire de Rome (1907-1913), qui choisit l’édifice, acheté par l’obédience en 1911. Les initiés le surnomment alors le « Vatican vert » ou le « Vatican des 33 », allusion au grade suprême du Rite Écossais Ancien et Accepté.
Le palais est aussi le théâtre d’un drame : en 1917, Achille Ballori, Grand Commandeur du Rite Écossais et Grand Maître adjoint, y est assassiné par un déséquilibré.
Confiscation fasciste et long contentieux

Avec les lois « fascistissimes » de 1925, qui interdisent la franc-maçonnerie, le palais est confisqué (en 1925-1926 selon les sources) et confié au Sénat. En 1938, un passage souterrain, toujours existant, le relie au Palazzo Madama, siège de la haute assemblée. Après la guerre, les loges se reconstituent mais ne recouvrent pas leur siège : un accord de 1960, négocié par le ministre Giuseppe Trabucchi à l’initiative du secrétaire d’État américain Christian Herter, laisse aux maçons la partie donnant sur la Piazza della Rotonda. En 1985, le Grand Orient s’installe à la villa du Vascello, sur le Janicule, et le Sénat dispose de tout l’édifice.
En 1991, le président du Sénat Giovanni Spadolini signe une transaction attribuant environ 140 m² à l’obédience, jamais appliquée. Le Grand Maître Stefano Bisi a relancé la revendication, en vue d’y créer un musée ; le tribunal administratif régional puis le Conseil d’État se sont déclarés incompétents au profit du juge ordinaire, et l’obédience a saisi la Cour de cassation de la question de compétence (situation en 2023).
Un lieu de la République italienne
Chef provisoire de l’État de 1946 à 1948, Enrico De Nicola fait du palais sa résidence officielle plutôt que le Quirinal, et c’est dans sa bibliothèque qu’il entérine la Constitution italienne. Le palais accueille aujourd’hui l’appartement de représentation du président du Sénat, la salle Zuccari, des bureaux pour les sénateurs à vie et les anciens présidents de la République et du Sénat, ainsi que des services administratifs.
Repères
- Adresse : Via della Dogana Vecchia et Piazza della Rotonda, rione Sant’Eustachio, Rome
- Construction : XVIe siècle, remaniements dans la première moitié du XVIIe siècle
- Architectes : Giovanni Fontana (projet initial) ; Francesco Borromini (portail, balcon, cour)
- Décor : plafond de la salle Zuccari (1586-1587), Histoire de Salomon
- Siège du Grand Orient d’Italie : 1901 – confiscation 1925-1926 ; occupation partielle jusqu’en 1985
- Usage actuel : Sénat de la République (résidence du président du Sénat, bureaux)
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce bâtiment.
Voir aussi dans le glossaire : Grand Maître, Obédience.
À lire aussi sur 450.fm

