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La règle est l’outil droit et gradué qui permet au bâtisseur de tracer, de mesurer et de vérifier l’alignement. En franc-maçonnerie, elle compte parmi les premiers instruments confiés à l’initié : elle enseigne la mesure, la méthode et la rectitude. Divisée en vingt-quatre parties dans la tradition anglaise, elle est aussi l’image du temps quotidien à répartir avec justesse entre le travail, le repos et le service d’autrui. Associée au compas, à l’équerre ou au levier lors des voyages du Compagnon, elle rappelle qu’aucune construction, matérielle ou morale, ne tient sans une norme acceptée et vérifiable.
Un mot qui dit à la fois l’outil et la loi

« Règle » vient du latin regula, la barre droite, de la même famille que regere, diriger, et rex, le roi. Le même mot désigne en français l’instrument du dessinateur et la norme de conduite : la règle monastique, la règle de droit, la « règle de l’art ». La franc-maçonnerie joue de ce double sens. L’outil de métier, sur le chantier, permet de tracer une ligne juste et de contrôler la planéité d’une surface ; le symbole rappelle qu’une vie se construit selon des principes choisis et tenus.
La règle des vingt-quatre pouces
Dans le rite anglais d’Émulation, les trois outils de travail de l’Apprenti sont la règle de vingt-quatre pouces (twenty-four inch gauge), le maillet et le ciseau. L’instruction publiée en donne une lecture devenue classique : les vingt-quatre divisions figurent les vingt-quatre heures du jour, à partager entre la prière à Dieu, le travail et le repos, et le service d’un ami ou d’un Frère dans le besoin. Cette leçon de tempérance, d’une grande simplicité, a été reprise dans de nombreux rituels francophones.
Dans les rituels français
Au Rite Écossais Ancien et Accepté et au Rite Français, la règle apparaît surtout au deuxième degré. Lors des cinq voyages du Compagnon, le récipiendaire porte successivement plusieurs outils, et la règle revient à plusieurs reprises, associée au compas, au levier ou à l’équerre : elle est l’élément de continuité entre les différentes étapes du travail. On en tire l’idée que la méthode accompagne toutes les formes d’action, de la conception à l’exécution.
- Avec le compas : la règle donne la ligne droite, le compas la courbe ; ensemble, ils permettent toutes les constructions de la géométrie classique.
- Avec le levier : la force ne vaut que dirigée par la mesure.
- Avec l’équerre : la ligne juste et l’angle juste se contrôlent mutuellement.
- Seule : elle exprime la droiture, l’égalité de traitement et la constance.
Rectitude, impartialité, mesure

La règle est inflexible : elle ne se plie pas à la pierre, c’est la pierre qui doit s’y conformer. Pour beaucoup d’auteurs, elle est l’image de la loi morale et du jugement impartial, la même mesure appliquée à tous. Mais une règle n’a de valeur que si elle est juste : un outil faussé fausse tout le chantier. Le maçon est donc invité à éprouver ses propres règles de vie, à vérifier qu’elles ne sont ni des préjugés ni des habitudes déguisées en principes.
La règle exprime aussi la mesure au sens de modération. Elle découpe, elle proportionne, elle évite l’excès. La tradition antique de la tempérance, chère aux moralistes du XVIIIe siècle que lisaient les premiers francs-maçons, trouve dans cet outil une figure concrète.
Le saviez-vous ?
Le mot grec kanôn, qui désignait la règle du charpentier, a donné « canon » : la liste des livres reconnus, le canon des proportions de la sculpture grecque et le droit canonique. Comme regula en latin, il passe de l’atelier à la norme.
Une lecture initiatique

Dans le travail sur la pierre brute, la règle intervient après le dégrossissage : elle permet de constater ce qui reste à faire. Elle n’est donc pas un instrument de condamnation, mais de diagnostic. Appliquée à soi-même, elle invite à mesurer sans complaisance ni découragement l’écart entre l’idéal et le réel. C’est en ce sens que les rituels l’associent à la persévérance : on revient sans cesse à la règle, comme l’ouvrier repasse l’outil sur la surface jusqu’à ce qu’elle soit plane.
Pour approfondir
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
- Oswald Wirth, La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, tome II, Le Compagnon, Dervy (rééditions).
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Équerre, Compas, Levier, Compagnon, Pierre brute, Outils.
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