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Le 10 décembre 1851, huit jours après le coup d’État du 2 décembre, le Grand Orient de France suspend toutes les réunions maçonniques jusqu’à la fin de l’année. La décision, prise sous la pression de la police, intervient alors que la résistance républicaine est écrasée et que de nombreux francs-maçons sont arrêtés ou contraints à l’exil. Elle empêche aussi l’élection prévue d’un nouveau dirigeant. Ce silence imposé ouvre la voie à une solution politique : l’élection, le 9 janvier 1852, du prince Lucien Murat, cousin du prince-président, à la grande maîtrise rétablie.
Date : 10 décembre 1851
Lieu : Paris, France
Le coup d’État du 2 décembre 1851

Le mandat de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République en décembre 1848, arrive à son terme et la Constitution lui interdit de se représenter. Le 2 décembre 1851, date anniversaire du sacre de Napoléon Ier et d’Austerlitz, il dissout l’Assemblée nationale et annonce une nouvelle constitution. Le maréchal Magnan, commandant de l’armée de Paris, figure parmi les organisateurs militaires de l’opération. Ouvriers, intellectuels et républicains tentent de résister ; la répression est sévère dans toute la France, et des opposants comme Victor Hugo prennent le chemin de l’exil.
Les francs-maçons dans la tourmente
Nombre de francs-maçons s’opposent au coup de force et subissent la répression. À Londres, des loges comme « Les Philadelphes », « Les Proscrits » ou « Les Gymnosophistes » accueillent des exilés, parmi lesquels Louis Blanc, Martin Nadaud, Pierre Leroux et le colonel Charras. Pour le nouveau pouvoir, les loges sont des lieux de réunion difficiles à contrôler, suspects d’abriter des républicains « rouges ».
La suspension des travaux
Le Grand Orient n’a plus de grand maître depuis 1815. Après la démission de Marie-Auguste Desanlis, qui le représentait, une élection devait avoir lieu en décembre 1851. Selon les historiens du Second Empire, c’est la police qui fait suspendre les réunions jusqu’au 1er janvier 1852 ; les chronologies maçonniques datent du 10 décembre la décision par laquelle l’obédience suspend toutes ses réunions jusqu’à la fin de l’année. Les ateliers entrent ainsi dans un sommeil forcé de quelques semaines, au moment même où le régime organise le plébiscite des 20 et 21 décembre, approuvé par plus de 90 % des suffrages exprimés.
Les acteurs

Autour de l’obédience, plusieurs dignitaires cherchent une issue : Saint-Albin Berville, grand maître adjoint, et Marie-Auguste Desanlis, avocat. Le dignitaire Adolphe Perier propose la formule d’un « prince protecteur ». L’accord se fait sur Lucien Murat, fils de Joachim Murat et de Caroline Bonaparte, cousin du prince-président, député sous la Deuxième République puis sénateur.
Portée et conséquences
La suspension marque la fin de l’autonomie relative dont la maçonnerie avait joui en 1848. Le 9 janvier 1852, le convent élit Lucien Murat grand maître ; une centaine de loges seront suspendues dans l’année. La constitution de 1854, dite « bonapartiste », renforce les pouvoirs du grand maître, et le nombre de loges du Grand Orient chute de 327 en 1853 à 167 en 1858. La maçonnerie française entre dans une décennie de tutelle impériale, avant une libéralisation progressive dans les années 1860.
Repères chronologiques
- 10 décembre 1848 : élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence.
- 2 janvier 1851 : interdiction de la Grande Loge nationale de France.
- 2 décembre 1851 : coup d’État.
- 10 décembre 1851 : suspension des réunions maçonniques jusqu’à la fin de l’année.
- 20-21 décembre 1851 : plébiscite approuvant le coup d’État.
- 9 janvier 1852 : élection de Lucien Murat à la grande maîtrise.
- 2 décembre 1852 : proclamation du Second Empire.
Le saviez-vous ?
Les loges d’exilés de Londres ont joué un rôle de refuge pour les proscrits du 2 Décembre : la sociabilité maçonnique y a servi de réseau d’entraide, comme elle le fera pour d’autres exilés européens au XIXe siècle.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Convent, Grand Maître, Maître de loge ou Maître en chaire, Louis Blanc (Personnalité).

