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Tubalcaïn (Toubal-Caïn dans les bibles françaises) est, selon la Genèse, le premier forgeron, « qui forgeait tous les instruments d’airain et de fer ». Les manuscrits des anciens devoirs l’ont intégré à l’histoire légendaire du métier, et la Franc-maçonnerie spéculative en a fait un mot de passe, attesté dès le milieu du XVIIIe siècle et associé selon les rites à des grades différents. Figure ambivalente, descendant de Caïn et maître du feu, il invite à méditer sur la maîtrise de la matière et sur le rapport aux biens de ce monde.
Le Tubalcaïn biblique

La Genèse (4, 22) le présente comme le fils de Lamek et de Tsilla, dans la lignée de Caïn. Ses demi-frères Yabal et Youbal sont les ancêtres des pasteurs et des musiciens, sa sœur Naama est parfois considérée comme la première tisserande. Le texte biblique place ainsi l’origine des arts et des techniques dans la descendance du premier meurtrier, ce qui a nourri de nombreux commentaires sur l’ambiguïté de la civilisation technique. On a souvent rapproché son nom de celui de Vulcain, dieu romain de la forge, sans que cette étymologie soit établie.
Dans les Old Charges
Les Anciens Devoirs des maçons opératifs (Old Charges, à partir du XVe siècle) racontent une histoire légendaire du métier. Les enfants de Lamek y figurent comme les inventeurs des sciences : Tubalcaïn y est le fondateur de la forge. La légende rapporte qu’ils gravèrent leurs savoirs sur deux colonnes, l’une de marbre pour résister au feu, l’autre de brique pour résister à l’eau, afin de les transmettre après le Déluge. Tubalcaïn appartient donc à la mémoire du métier bien avant la naissance des Grandes Loges.
Un mot de passe maçonnique
La divulgation L’Ordre des francs-maçons trahi (1745) atteste déjà son usage comme mot de passe. Selon les rites, il est associé à des grades différents, ce qui reflète les échanges historiques de mots entre les systèmes « anciens » et « modernes ».
- Au Rite Français, il est traditionnellement lié au premier grade.
- Au REAA et dans le Rite Émulation, il est associé au passage à la maîtrise.
- Les rituels anglais l’expliquent par l’idée de « possessions terrestres », d’où la glose française « les biens de ce monde ».
- Les étymologies hébraïques proposées (« monde », « acquérir », « lance ») restent discutées.
Le forgeron et le feu

La forge occupe une place particulière dans l’imaginaire des métiers : le forgeron maîtrise le feu, transforme le minerai en outil et fabrique les instruments de tous les autres artisans. Le maçon opératif dépendait de lui pour ses ciseaux et ses marteaux. Dans la lecture symbolique, Tubalcaïn figure donc la puissance de transformation, mais aussi ses risques : le même fer sert à bâtir et à tuer. Cette ambivalence le distingue d’Hiram, l’artisan du Temple, dont il est parfois rapproché comme fondeur de bronze.
« Les biens de ce monde »
L’interprétation du nom comme possessions terrestres ouvre une réflexion morale. Le maçon n’est pas invité à mépriser la matière ni les richesses, mais à ne pas s’y asservir. Le dépouillement des métaux lors de l’initiation, qui précède l’entrée en loge, prolonge cette idée : on laisse à la porte ce qui relève de la valeur marchande pour entrer dans un espace où compte la valeur intérieure. Tubalcaïn rappelle ainsi que la maîtrise technique n’est pas encore la sagesse.
Interprétations et débats
Certains auteurs voient en Tubalcaïn un ancêtre mythique de la maçonnerie et en font une figure prométhéenne ; d’autres insistent sur sa filiation caïnite pour souligner la part d’ombre de toute civilisation. Dans les milieux antimaçonniques, ce lien avec Caïn a parfois été exploité pour accuser la maçonnerie de « culte caïnite », lecture polémique sans fondement historique. La plupart des commentateurs maçonniques s’en tiennent à une lecture éthique : maîtriser la matière sans se laisser posséder par elle.
Dans l’art et l’iconographie

Tubalcaïn est représenté dès le Moyen Âge parmi les inventeurs des arts, souvent auprès d’une enclume. Une tapisserie des Pays-Bas du Sud du début du XVIe siècle, conservée au musée de Cluny, le montre avec Giohargius dans une scène consacrée à l’invention de la pesée et de l’art de forger. L’iconographie maçonnique, en revanche, le figure rarement : il reste surtout un nom, transmis par la parole rituelle.
Repères
- Source : Genèse 4, 22.
- Lignée : fils de Lamek et de Tsilla, descendant de Caïn.
- Old Charges : inventeur légendaire de la forge.
- Usage maçonnique : mot de passe attesté en 1745, grade variable selon les rites.
- Sens symbolique : maîtrise de la matière et rapport aux biens terrestres.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Mot de passe, Anciens Devoirs (Old Charges), Métaux, Hiram, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique).
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