mer 08 février 2023 - 01:02

Fenêtres, des cadres pour quelle lumière en Franc-maçonnerie ?

Le mot fenêtre se dit en latin fenestra, signifiant la voie, l’ouverture mais aussi l’issue. En tant qu’ouverture sur l’air et la lumière, la fenêtre symbolise la réceptivité.La fenêtre est souvent composée d’une base carrée surmontée d’un arc de cercle, représentant le passage du plan terrestre au plan céleste. Si l’ouverture est ronde, la réceptivité est de même nature que celle de l’œil ou de la conscience. Si l’ouverture est rectangulaire, elle induit une réceptivité de l’ordre terrestre.

Dans l’iconographie du vitrail, la fenêtre carrée ou rectangulaire  contient des messages de nature humaine, alors que les fenêtres de forme circulaire véhiculent des messages divins. Il est montré alors le symbolisme du nombre quatre (4) de nature terrestre et celui du cercle symbole de la voûte de nature céleste c’est-à-dire divine ; la liaison étant,  respectivement, avec l’équerre et le compas.

Sur le tapis de loge (au premier et deuxième degré de certains rites), sont représentées des fenêtres grillagées, exprimant la possibilité de faire entrer de la lumière, ou pour les membres autorisés de la loge de regarder au-dehors. Les tapis de loge font figurer ces fenêtres à l’Orient, au Midi et à l’Occident. Elles donnent notamment la marche du Soleil: celle de l’Orient indique le lever du Soleil, celle du Midi le milieu du jour et celle de l’Occident le coucher du Soleil ; elles sont des polarisations différentes de la lumière unique. Par celle du Midi parvient le feu purificateur et régénérant. Par celle d’occident sont perçus les rayons déclinant du soleil, annonçant la limitation de la vie terrestre. Par celle de l’Orient, la lumière se lève à nouveau, indiquant  la participation de l’initié au cycle cosmique.

On n’en trouve pas au Nord car il n’y a pas de lumière, c’est la colonne des apprentis qui se trouve dans le froid et l’obscurité, ne recevant la lumière que par le reflet de la lune. Selon la plupart des manuels des apprentis, ces derniers se trouvent dans la zone supposée être la moins éclairée de la loge. On peut considérer au contraire que, placés au nord, ils reçoivent l’intensité la plus vive de la lumière de la fenêtre sud qui leur fait face et les éclaire.

L’orientation de la loge est-ouest vient du temps où le monde connu se limitait à la Méditerranée. L’ouest était cette partie au-delà des colonnes d’Hercule, c’est à dire le monde humide au-delà duquel il n’y avait que de l’eau. L’est, par opposition, était le côté sec et chaud d’où venait la lumière avec le lever du soleil, le lever de Dieu. Le sud était le côté de l’air chaud, des vents venant d’Afrique, à une époque où le vent était la parole de Dieu. Le nord était symbole du froid, c’est pour cela qu’aucune lumière, aucune chaleur ne venant de ce côté, il n’y a pas de fenêtres. Cette disposition était celle des ouvertures lumineuses des loges opératives, ateliers des maçons francs et des œuvriers travaillant sur le chantier des cathédrales. En effet, les loges, à l’abri du regard des profanes, étaient accolées contre le mur sud de la cathédrale, donc privées de la lumière du nord. D’ailleurs dans les régions froides, le côté Nord des églises ne comporte que peu de fenêtres, voire pas du tout.

Les fenêtres grillagées, dont l’une est à l’Orient, ont une forme de maillage qui peut être aussi bien en losange qu’en carré et, au lever du soleil, l’ombre du grillage projette une Planche à tracer sur le tapis de loge. Sur la Planche à tracer sont indiqués les schémas qui constituent la clé de l’alphabet maçonnique ; ils pourraient être considérés comme l’ombre de grillage de fenêtres pour en faire le lieu de l’écriture structurée par la lumière. Le symbolisme maçonnique fait que le papier sur lequel on écrit est appelé «planche à tracer» et que le verbe «écrire» est remplacé par l’expression «tracer une planche». À partir de cette remarque, le rôle de la planche à tracer n’est pas d’écrire un texte ou un discours, mais de découvrir les traces de la lumière autour de nous et en nous. La planche à tracer invite à apprendre à recevoir la lumière, ce qui nécessite une démarche totalement opposée à celle de l’élaboration d’un discours.

Dans I, Rois 6,4 il est rapporté que  Le Roi [Salomon] fit à la Maison [de l’Éternel] des fenêtres solidement grillagées. Le talmud explique que les fenêtres du Temple, à la différence de toutes les autres fenêtres qui font entrer la lumière, étaient conçues à l’inverse pour permettre de la diffuser de l’intérieur vers l’extérieur. N’est-ce pas aussi ce que le rituel permet par une “alchimisation” de la lumière profane en lumière spirituelle et fraternelle ? Alors n’oublions pas de porter au-dehors l’œuvre commencée dans nos temples.

Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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