
Le mot « exaltation » s’emploie en franc-maçonnerie pour désigner une élévation solennelle à un grade. Dans l’usage anglo-saxon, il a un sens précis : c’est la cérémonie par laquelle un Maître maçon est reçu dans l’Arche Royale (Royal Arch), considérée en Angleterre comme l’achèvement de la maîtrise. En français, on le rencontre aussi, de façon plus libre, pour parler du passage du grade de Compagnon à celui de Maître, que les rituels nomment plutôt « élévation ». Dans les deux cas, il évoque une montée, une réception plus haute et la découverte d’un enseignement qui complète le précédent.
Un mot de la langue religieuse

« Exalter » vient du latin exaltare, « élever », de altus, haut. La langue chrétienne parle de l’« exaltation de la Sainte Croix », fête du 14 septembre, et le mot a pris le sens d’élévation glorieuse. Les maçons anglais du XVIIIe siècle l’ont adopté pour l’entrée dans l’Arche Royale : on y est exalted, comme on est initiated Apprenti, passed Compagnon et raised Maître. Chaque étape a donc son verbe propre.
L’exaltation dans l’Arche Royale
L’Arche Royale apparaît en Irlande dans les années 1740 : une « Royal Arch » est portée en procession à Youghal le 27 décembre 1743, et Fifield D’Assigny mentionne le grade en 1744. Les « Anciens » la tenaient pour le quatrième degré de la maçonnerie bleue. En 1813, l’acte d’union des Grandes Loges d’Angleterre déclare que la maçonnerie « pure et ancienne » se compose de trois degrés, y compris l’Ordre suprême de la Sainte Arche Royale. Le candidat, Maître maçon, est exalté dans un chapitre, dirigé par trois Principaux qui portent les noms de Zorobabel, Aggée et Josué, et devient Compagnon de l’Arche Royale.
La légende du grade se situe lors de la reconstruction du Temple de Jérusalem après l’exil à Babylone : en dégageant les ruines, des ouvriers découvrent une voûte souterraine et ce qui avait été perdu. L’exaltation donne ainsi au candidat la « parole retrouvée » qui répond à la parole perdue du grade de Maître. En France, le thème de la voûte sacrée se retrouve dans le 13e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, dit Royale Arche.
L’usage français : élévation et exaltation
Les rituels français parlent d’initiation pour l’Apprenti, de passage ou d’augmentation de salaire pour le Compagnon et d’élévation pour le Maître. Le mot « exaltation » est cependant employé par certains auteurs et certaines loges pour la réception à la maîtrise, en raison de la scène où le candidat, après avoir figuré la mort d’Hiram, est relevé par le Vénérable. L’ancienne version de cette notice faisait de l’exaltation le terme propre du passage à la maîtrise : il s’agit en réalité d’un usage secondaire, le sens technique restant celui de l’Arche Royale.
Repères

- Initiation : réception de l’Apprenti.
- Passage : réception du Compagnon.
- Élévation (anglais raising) : réception du Maître, relevé après la mort symbolique.
- Exaltation : réception d’un Maître dans l’Arche Royale ; usage plus libre en français pour la maîtrise.
- 1743-1744 : premières mentions connues de l’Arche Royale, en Irlande.
Le sens symbolique de l’élévation
Qu’il s’agisse de la maîtrise ou de l’Arche Royale, l’exaltation suppose qu’on a d’abord été abaissé. Le Maître est relevé après une mort symbolique ; le Compagnon de l’Arche Royale descend dans une voûte avant d’en remonter avec une découverte. Le mouvement de descente et de remontée est l’un des schémas les plus anciens de l’initiation. L’élévation n’est donc pas une promotion : c’est le fruit d’un dépouillement, et elle engage à une responsabilité nouvelle.
Le saviez-vous ?
En 2004, le Suprême Grand Chapitre d’Angleterre a redéfini l’Arche Royale comme un grade distinct, qui achève la maîtrise sans en être une simple partie, mettant fin à une ambiguïté héritée du compromis de 1813.
Pour approfondir
- Bernard E. Jones, Freemasons’ Book of the Royal Arch, Harrap, 1957 (rééditions).
- Oswald Wirth, La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, tome III, Le Maître, Dervy (rééditions).
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Élévation, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Hiram, Parole perdue, Augmentation de salaire…, Initiation.
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