C comme Consécration en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En franc-maçonnerie, la consécration désigne la cérémonie par laquelle une loge nouvellement créée reçoit son existence rituelle. Les obédiences françaises parlent volontiers d’« allumage des feux » : lors de cette première tenue solennelle, un représentant de l’obédience installe l’atelier, lui remet sa patente, allume les lumières symboliques et installe le premier Vénérable et ses officiers. À partir de ce moment, la loge peut initier, travailler et se réunir régulièrement. Le mot s’applique aussi, plus largement, au geste par lequel un nouveau membre est « créé et constitué » maçon : dans les deux cas, il marque un commencement placé sous le signe du sacré ou, pour les loges laïques, du solennel.

Le mot et son histoire

Consécration

« Consacrer » vient du latin consecrare, formé sur sacer, « sacré » : c’est mettre à part, réserver un lieu, un objet ou une personne à un usage qui n’est plus ordinaire. La maçonnerie a hérité de ce vocabulaire de la tradition chrétienne et de celle des confréries de métier, qui plaçaient leurs assemblées sous la protection d’un saint patron. Les loges du XVIIIe siècle se réunissaient « sous les auspices » de saint Jean et recevaient des lettres de constitution de leur Grande Loge, faute desquelles elles n’étaient pas reconnues.

L’allumage des feux

Dans la tradition française, la naissance officielle d’un atelier porte le nom d’allumage des feux. Les membres fondateurs, après une période où la loge existe « en instance » ou « en formation », obtiennent de l’obédience une patente qui les autorise à travailler. Une délégation de l’obédience, souvent conduite par un Grand Maître ou un grand officier, vient alors présider la tenue d’allumage : lecture de la patente, inscription de la loge au tableau de l’obédience, allumage des lumières, installation du Vénérable et des officiers. La loge reçoit son numéro et son titre distinctif, et ses travaux entrent dans la chaîne de l’obédience.

La consécration dans la tradition anglaise

La maçonnerie anglaise et les rites qui en dérivent, comme Émulation, conservent une véritable cérémonie de Consecration, conduite par le Grand Maître provincial ou son délégué, entouré d’officiers consécrateurs. Elle comporte des prières, la lecture de passages des Écritures et des libations symboliques de blé, de vin et d’huile, éléments que la Bible associe à l’abondance, à la joie et à la paix, et parfois de sel. Ces gestes rappellent les offrandes de fondation des anciens bâtisseurs et la dédicace du Temple de Salomon. La loge est ensuite déclarée consacrée et constituée, et son premier Maître installé.

Déroulement type

Consécration
Composition illustration de Solange Sudarskis inspirée de Gustave Moreau
  • Ouverture des travaux par la délégation de l’obédience, qui prend la direction de la tenue.
  • Lecture de la patente ou des lettres de constitution, et proclamation du titre distinctif de la loge.
  • Allumage des lumières, souvent à partir d’une flamme apportée de l’Orient ou d’un atelier parrain.
  • Selon les rites, consécration par des éléments symboliques (blé, vin, huile, sel) et prière.
  • Installation du premier Vénérable, puis des officiers dans leurs offices.
  • Remise des maillets : la loge travaille désormais sous sa propre responsabilité.

Le feu et la lumière

L’image du feu est au cœur de la cérémonie. Allumer les feux, c’est faire passer un espace du temps profane au temps rituel : le lieu devient temple, l’assemblée devient loge. La flamme transmise rappelle aussi la chaîne de transmission : aucune loge ne se crée seule, elle reçoit la lumière d’une autre, comme un initié la reçoit de ceux qui l’ont précédé. Les loges qui « mettent en sommeil » leurs travaux parlent d’ailleurs, inversement, d’extinction des feux. Le vocabulaire du feu donne ainsi à la vie d’un atelier une dimension presque organique : naissance, sommeil, réveil.

Consécration et laïcité

Toutes les obédiences n’investissent pas le mot du même sens. Pour les grandes loges dites régulières, attachées à la croyance en un Être suprême, la consécration garde une dimension religieuse explicite, avec invocation du Grand Architecte de l’Univers. Pour les obédiences libérales et adogmatiques, la cérémonie est d’abord un acte solennel d’institution, et l’on préfère généralement l’expression « allumage des feux ». Dans tous les cas, la cérémonie engage la nouvelle loge envers l’obédience, ses règlements et ses principes.

La consécration du nouvel initié

Le terme désigne aussi, dans de nombreux rituels, le moment où le Vénérable proclame le nouvel Apprenti membre de l’Ordre. Dans plusieurs rites, la formule par laquelle il le « crée, reçoit et constitue » franc-maçon s’accompagne d’un geste accompli avec l’épée flamboyante ou le maillet. La symétrie est parlante : la loge, comme l’initié, naît par une parole prononcée et une lumière reçue, devant témoins.

Le saviez-vous ?

Les obédiences tiennent un registre de leurs loges, le « tableau », où chaque atelier figure avec la date de son allumage des feux ; certaines loges françaises font ainsi remonter leur constitution au XVIIIe siècle, malgré les mises en sommeil liées à la Révolution ou à l’Occupation.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Allumage des Feux, Patente, Installation, Élection de Portalis comme vénérable de L’Étroite Persévérance des Amis Réunis à Aix, 1768 (date historique), Lumières (trois), Obédience, Épée flamboyante.

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