
L’ère maçonnique est le système de datation propre à la franc-maçonnerie. Dans sa forme la plus répandue, l’Anno Lucis ou « an de la Vraie Lumière », on ajoute 4 000 ans au millésime de l’ère commune : 2026 devient ainsi 6026. Héritée des chronologies bibliques du XVIIe siècle, cette convention figure depuis le XVIIIe siècle sur les planches, diplômes, patentes et procès-verbaux. Elle ne remplace pas le calendrier civil ; elle rappelle que la loge se pense comme héritière d’une lumière aussi ancienne que le monde, et chaque corps maçonnique a parfois adopté sa propre ère.
Anno Lucis : ajouter 4 000 ans

L’Anno Lucis (abrégé A∴L∴) place l’origine du compte vers 4000 avant notre ère, c’est-à-dire à la création du monde telle que la situaient les chronologies savantes de l’époque moderne. Le calcul retenu est volontairement simple : on ajoute 4 000 à l’année civile. En français, la formule usuelle est « l’an de la Vraie Lumière » (A∴ de la V∴ L∴), souvent opposée à l’« ère vulgaire » (E∴ V∴) pour désigner le calendrier commun.
Les Constitutions d’Anderson, publiées à Londres en 1723, datent déjà leur édition à la fois de l’année de la maçonnerie et de l’an de grâce, ce qui montre l’ancienneté de l’usage dans la maçonnerie spéculative.
D’où vient le chiffre de 4 000 ?
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, de nombreux érudits cherchent à dater la création à partir des généalogies bibliques. La chronologie de l’archevêque James Ussher, qui la fixe à 4004 avant notre ère, devient la plus diffusée dans le monde protestant ; Isaac Newton, de son côté, retient environ 4000. Le calendrier hébraïque traditionnel, lui, part de 3761 avant notre ère. La maçonnerie a retenu le chiffre rond, plus commode, sans prétendre à une exactitude historique.
Le sens est donc symbolique : la « lumière » dont il est question est celle du Fiat lux de la Genèse, et dater ses travaux de l’an de la Lumière revient à inscrire la loge dans une histoire qui dépasse celle des institutions humaines.
Le calendrier maçonnique français
Dans la tradition française, l’ère maçonnique s’accompagnait d’un calendrier particulier : l’année maçonnique commençait le 1er mars et non le 1er janvier, comme le précise Bazot en 1810, et les mois étaient désignés par leur numéro d’ordre. Une planche pouvait ainsi être datée « du 15e jour du 3e mois de l’an de la V∴ L∴ 5810 », c’est-à-dire du 15 mai 1810.
Cet usage, hérité de l’année juive qui fait commencer certains comptes au printemps, a reculé au profit de dates doubles ; beaucoup d’obédiences et de loges continuent néanmoins d’indiquer l’année de la Vraie Lumière sur leurs documents officiels et leurs convocations.
Une ère par rite ou par corps maçonnique

Les différents systèmes de hauts grades ont développé leurs propres ères, chacune liée au récit fondateur du corps concerné. Les plus citées, notamment dans la maçonnerie anglo-saxonne, sont les suivantes :
- Anno Lucis (A∴L∴), loges symboliques : année civile + 4 000.
- Anno Mundi (A∴M∴), Rite écossais ancien et accepté : année civile + 3 760, d’après le calendrier hébraïque.
- Anno Inventionis (A∴I∴), Arche royale : année civile + 530, en référence à la reconstruction du second Temple.
- Anno Depositionis (A∴Dep∴), Maîtres royaux et choisis : année civile + 1 000, en référence à l’achèvement du Temple de Salomon.
- Anno Ordinis (A∴O∴), Chevaliers du Temple : année civile − 1 118, date traditionnelle de la fondation de l’ordre du Temple.
Un temps symbolique
La datation maçonnique n’a pas d’usage administratif : elle est un signe. Elle rappelle que le travail de la loge ne se mesure pas au rythme de l’actualité, mais s’inscrit dans une transmission longue. Le décalage de millésime crée une légère distance avec le temps profane, comme les formules d’ouverture qui fixent les travaux « de midi à minuit ».
Certains auteurs y voient aussi une affirmation d’universalisme : en prenant pour origine la création plutôt qu’un événement propre à une religion ou à une nation, la maçonnerie se donnait un repère commun à tous les hommes, même si ce repère reste issu de la culture biblique.
Le saviez-vous ?
Le calcul n’est pas toujours uniforme : selon la date de l’année et le rite, l’Anno Mundi du Rite écossais ajoute 3 760 ou 3 761, car l’année hébraïque change à l’automne. C’est pourquoi une même patente peut porter des millésimes différents selon le corps qui la délivre.
À retenir
- Ère maçonnique et année maçonnique désignent le même système de datation.
- Anno Lucis = année civile + 4 000 ; on écrit « an de la Vraie Lumière ».
- En France, l’année maçonnique commençait traditionnellement le 1er mars.
- Chaque grand système de hauts grades possède sa propre ère.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Année maçonnique, Vraie Lumière, Lumières (trois), Planche, Patente.
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