
L’élévation désigne, dans l’usage maçonnique le plus courant, la cérémonie par laquelle un Compagnon est reçu au grade de Maître : on dit qu’il est « élevé à la maîtrise », comme l’anglais dit raised. Certains glossaires emploient aussi le mot pour le passage de l’Apprenti au grade de Compagnon, que la plupart des rites appellent plutôt « passage » ou « augmentation de salaire ». Dans les deux cas, l’élévation est une progression initiatique décidée par la loge. Mais au 3e degré, le mot prend un sens très fort : le récipiendaire, qui a figuré la mort d’Hiram, est littéralement relevé et rappelé à la vie.
Initié, passé, élevé

La tradition anglaise distingue nettement trois moments : le profane est initiated, initié Apprenti ; l’Apprenti est passed, passé Compagnon ; le Compagnon est raised, élevé Maître. Les rituels français ont adopté une terminologie proche : initiation au 1er degré, passage ou augmentation de salaire au 2e, élévation à la maîtrise au 3e. Le mot vient du latin elevare, « soulever, mettre plus haut ». On trouve cependant, dans certains dictionnaires et usages locaux, « élévation » au sens général de toute promotion à un grade supérieur, ce qui explique les définitions divergentes.
Une décision de la loge
Nul ne s’élève lui-même. Avant toute progression, l’Apprenti ou le Compagnon doit avoir accompli un temps minimal dans son grade, fixé par les règlements de l’obédience, souvent de l’ordre d’une année, avoir été assidu, et présenté une ou plusieurs planches. Il est parfois soumis à un examen ou à des questions sur l’instruction de son grade. La loge, ou la Chambre du Milieu pour la maîtrise, vote ensuite son augmentation de salaire. Cette expression, empruntée au monde des bâtisseurs, rappelle que l’ouvrier plus qualifié reçoit un meilleur salaire : ici, un enseignement plus approfondi.
La légende d’Hiram
La cérémonie d’élévation à la maîtrise est construite autour de la légende d’Hiram, l’architecte du Temple de Salomon. Selon ce récit, fixé dans les textes maçonniques des années 1720-1730, Hiram est assassiné par trois mauvais compagnons qui veulent lui arracher le mot de Maître ; son corps, enterré à la hâte, est retrouvé grâce à une branche d’acacia. Le récipiendaire revit symboliquement ce drame : il est identifié à Hiram, connaît sa mort, puis est relevé par le Vénérable Maître au moyen des cinq points parfaits de la maîtrise. C’est ce relèvement qui donne tout son sens au mot « élévation ».
- Préparation : vote de la loge, instruction, temps de réflexion.
- Ouverture en Chambre du Milieu : la loge travaille au grade de Maître, dans un décor souvent tendu de noir.
- Récit et épreuves : le récipiendaire figure Hiram.
- Relèvement : il est relevé par les cinq points parfaits.
- Communication : il reçoit les signes, mots et attouchements du grade.
Mort et renaissance

L’élévation à la maîtrise met en scène, plus nettement que les grades précédents, le thème universel de la mort et de la renaissance. Le Compagnon meurt à son ancien état pour renaître Maître. L’acacia, toujours vert, symbolise l’immortalité de ce qui a été transmis ; la parole perdue avec la mort d’Hiram est remplacée par un mot substitué, signe que la recherche continue. L’élévation n’est donc pas l’aboutissement d’un parcours, mais l’entrée dans une nouvelle forme de recherche, celle de la parole perdue.
Ce que change la maîtrise
Devenu Maître, le Frère ou la Sœur dispose de la plénitude des droits maçonniques dans sa loge : il peut voter sur toutes les questions, être élu à un office, participer aux enquêtes sur les profanes, et siéger en Chambre du Milieu. Il peut aussi, s’il le souhaite, poursuivre dans les ateliers de hauts grades. Mais les rituels insistent sur la responsabilité plus que sur les droits : le Maître doit l’exemple, transmet l’enseignement aux Apprentis et aux Compagnons et veille à l’harmonie de l’atelier.
Une élévation intérieure
Au-delà de la cérémonie, le mot « élévation » exprime une orientation : celle d’un travail qui tend vers le haut, vers plus de lumière et de conscience. L’élévation ne signifie pas une supériorité sur les autres ; elle désigne un mouvement intérieur, qui suppose d’abord d’accepter la descente, l’épreuve, la mort symbolique. C’est le paradoxe du 3e degré : on n’est élevé qu’après avoir été couché dans la tombe.
À retenir
- L’élévation désigne d’abord la réception au grade de Maître, « élevé à la maîtrise ».
- Le passage au grade de Compagnon est plutôt appelé « passage » ou « augmentation de salaire ».
- La cérémonie repose sur la légende d’Hiram et sur le relèvement du récipiendaire.
- Elle est précédée d’un vote de la loge et d’un temps de travail dans le grade précédent.
- Elle ouvre à la plénitude des droits maçonniques et à de nouvelles responsabilités.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Hiram, Cinq points parfaits de la maîtrise, Acacia, Chambre du Milieu, Augmentation de salaire…, Compagnon.
À lire aussi sur 450.fm



















